jeudi 24 mai 2018

Opération programmée......

Depuis deux mois l'homme souffre...oui! je sais,  je le dis souvent, mais en général c'est souvent  en dépression qu'il est ...Mais cette fois, c'est physique...

Il traîne la patte et malgré cela continue à faire ses 10 kms à pieds dans la nature ou en ville...Il consulte un médecin barjot, qui est capable de faire attendre ses patients 6 heures d'affilée dans sa salle d'attente !! La première fois qu'il y est allé, il avait rendez vous à 14h...Il est est passé à 19h...La salle d'attente est pleine et chacun connait les problèmes d'attente de ce toubib, mais il est tellement génial,  que les gens campent et étalent leurs maux à qui veut bien les entendre...

Parler entre eux est déjà un début de soins parait il !! Passé à 19h sorti à 21h , l'homme a pu s'étaler et se faire engueuler copieusement par un vieux géant débonnaire noir qui remet toujours en perspectives les "futiles" problèmes de l'homme et la misère en Afrique....

Il y va chaque semaine se faire engueuler....et il arrive même que lorsqu'il se pointe, la porte est fermée...."monsieur" n'a pas envie de consulter...Et quand l'homme dépité l'appelle au téléphone, il ne lui répond pas......
et là, l'angoisse monte chez lui...ouiiiiiiii, il m'abandonne....et comment je vais vivre et nanananannanann....

Donc il lui file 50 tubes de préparation homéopathique et il a l'impression d'aller mieux...Quand il s'est agit du dos, ça a été une autre histoire !! J'ai dû lui crier dessus pour qu'il lui demande  de passer un scanner....

Là, deux vertèbre écrasées, le canal rachidien bouché qui coince le nerf sciatique... Faut passer à l'opération ! Deux mois qu'il traîne en essayant toutes les autres possibilités : acupuncture, ostéopathe, composition de liquides miracles par son médecin gourou.....

Il y a 2 semaines j'ai dû l'emmener aux urgences...La jambe gauche enflée et paralysée...Mon médecin traitant lui a fait un papier pour les urgences car lui , ne pouvait rien faire....
Il souffre tellement qu'en deux mois il a perdu 6 kgs....Il était mince, mais actuellement il est d'une maigreur effrayante....La douleur lui bouffe ses réserves...

Il tergiverse encore pour l'opération...ouiiiiiiii untel m'a dit que son beau-frère c'était pire après, ouiiiiiiiiii Françoise m'a dit qu'avec une infiltration pas besoin d'opération.....ouiiiiiiiiii....
Merde !! Fais ce que tu veux et ne viens pas te plaindre !

Il a donc fait son infiltration......aucun soulagement ! le canal est tellement rétréci que le liquide ne pénètre pas....

Donc, rendez vous avec le chirurgien...qui lui a dit, plus vous attendez et pire ce sera...rendez vous donc à la clinique pour le 8 juin....

Suis pas sure qu'il ira...S'il voit son médecin "doudou", il est bien capable de changer d'avis !
Il a quand même été rassuré quand le chirurgien lui a dit qu'il pourrait continuer à marcher...mais pas de voiture.....!

ça va être coton pour moi qui suis coincée aussi ! Première décision de prise: Prendre  une femme de ménage ! et pour les courses ce sera Drive que les gamins iront récupérer....Après on vivra au ralenti.....comme des vieux que nous sommes devenus !
Fait pas bon vieillir hein !! lol



dimanche 20 mai 2018

Fiction........


Lorsqu'elle ouvrit les yeux un éclair douloureux déchira sa tête de part en part.....Elle les referma très vite tout en ayant remarqué qu'il y avait de nombreuses personnes dans la pièce où elle se trouvait.....

Un peu fébrile, elle essaya de faire remonter les souvenirs à sa mémoire...que faisait elle là, dans ce lit blanc...dans cette pièce pleine de gens qui semblaient affligés, quelle était cette douleur infâme qui lui torturait le cerveau...elle tenta de soulever ses paupières mais elles étaient de plomb et elle se laissa dériver au loin, dans cet univers où la douleur était absente....

Elle remonta à la surface et à nouveau la douleur fut là...ça chuchotait tout près d'elle...
-Je ne peux plus supporter de la voir ainsi...Il faut faire quelque chose...je suis sure qu'elle n'aurait pas voulu continuer à vivre ainsi...Elle l'a toujours dit; "pas d'acharnement thérapeutique"....pourquoi continuer à la maintenir comme un légume...elle n'aurait pas aimé....

Elle comprend les mots, elle sent la douleur des mots mais n'est pas capable de se les approprier....de qui parle t on tout bas se demande t elle? y a t'il quelqu'un d'autre qui souffre dans la même pièce ?
Elle voudrait pouvoir regarder, elle voudrait compatir elle aussi avec ce compagnon de misère dont on parle, mais elle est épuisée ...ça s'agite autour d'elle, une voix domine les autres, une voix qui fait grincer les chaises, une voix qui fait fuir...et le silence revient, cotonneux...tous les soirs cette voix lui enlève la douleur et la plonge dans un sommeil sans rêve...

Elle émerge silencieusement, entrouvre ses paupières et voit le jour entre les lamelles du store...C'est calme, apaisant, la douleur n'est pas encore là....Elle entends des voix résonner dans le couloir, ça rit, s'interpelle dans un joyeux charivari ...un  chariot passe en grinçant....la porte s'ouvre et se referme...Encore une nouvelle qui ne sait pas qu'elle n'a plus besoin de nourriture terrestre....

Et puis, elle entend frapper; trois petits coups...c'est ainsi presque tous les matins, elle ne sait pas qui frappe mais elle sait que des mains douces et fortes vont la manipuler pour la toilette....Elle s'appelle Lola cette petite magicienne qui continue à toquer à sa porte...Les autres lui disent : "mais pourquoi tu frappes? elle ne t'entend pas et peut encore moins te répondre..."

ça ne fait rien chantonne t elle, s'il lui reste un tout petit peu de conscience, je veux qu'elle sache que je respecte son espace, et que je suis tout près d'elle...
Les autres se moquent, mais Lola n'en fait qu'à sa tête...Elle lui parle de tout, de rien, du film qu'elle a vu à la télé hier soir, de sa petite fille qui  dessine partout sur les murs, de son chat qui court toute les nuits après les chattes du quartier...Il est couillon ce chat dit elle en riant, il ne s'est même pas rendu compte qu'il était castré, il continue à aller conter fleurette à toute la gente féline qui rode  dans les jardins la nuit....Il rentre au matin épuisé, mange ses croquettes gloutonnement et se couche bien heureux sur sa couverture doudou.....

Ce joyeux babillement , elle ne se lasse pas de l'entendre, et lorsque Lola est en congé, elle déprime pour la journée...Celle qui la remplace a les mains dures, efficaces et ne dit pas un mot . c'est expédié en 10 minutes et ça lui laisse un sentiment de manque....

Des voix masculines la réveille...Elle sait que ce sont des médecins car ils emploient plein de mots savants qu'elle ne comprend pas....Ils parlent de la suggestion faite hier par un parent...Ils parlent fort car certains ne sont pas d'accord....Il faudra quand même prendre une décision, il n'y a guère d'espoir qu'elle revienne à la vie...et puis,  quand bien même elle ouvrirait les yeux son cerveau est endommagé, sera t elle encore une personne? est ce bon d'infliger cette épreuve aux gens qui l'aiment.....Je vais poser la question en comité et si la famille est toujours d'accord, nous la laisserons partir .....à quoi bon s'acharner ?
Elle fait des efforts inouïs pour ouvrir les yeux, elle essaie tellement fort que la douleur la submerge et l'emporte...

Elle sent une présence près d'elle....quelqu'un lui murmure des choses à l'oreille...Il est question d'enfants, de chien, de jardin, d'un banc qu'il a gravé à leurs initiales et qui l'attend...ouvre les yeux mon amour, ne me laisse pas...je t'en prie, je suis si seul sans toi...Ils veulent te laisser partir et je n'ai pas voix au chapitre, ils refusent de m'écouter...Je suis ton amour, mais nous n'avons jamais voulu officialiser, ils ne m'ont jamais accepté mais  je ne veux pas te perdre...Je suis près de toi lorsqu'ils ne sont pas là, ils me refusent l'entrée de ta chambre, ils disent que je ne suis rien...que la famille c'est eux et qu'ils ne veulent plus me voir rôder dans cet hôpital...Mais je vais mourir si je ne te vois pas...C'est Lola qui me laisse te parler tous les jours où elle travaille, je t'en supplie, réveille toi...ouvre les yeux, serre mes doigts....
.
Elle aimerait répondre à ses sollicitations mais elle ne sait pas qui il est....Elle aime ces murmures tout contre son oreille, elle aime sa voix chaleureuse et ses mains chaudes...mais elle ne le connait pas....
Puis c'est le silence....Elle essaie d'analyser les bruits du couloir....Elle comprend ce qui se passe mais n'a aucun souvenir personnel....
Ses journées sont toutes les mêmes, mais depuis deux jours elle remarque que la douleur la submerge moins....est ce pour ça qu'elle a pu ouvrir les yeux? serait elle en train de revenir à la vie?

La porte s'ouvre sur plusieurs personnes.....ça chuchote, marmonne, ça ne parle jamais tout haut..comme si elle était déjà morte...et c'est toujours le même sujet qui revient...doit on oui ou non la laisser partir ?
ça commence à faire long dit une voix de femme, vous êtes les parents c'est vous qui devez prendre la décision...On ne peut pas continuer à venir chaque jour et la voir dans cet état...Et les enfants qui posent des questions sur leur mère, je leur dis quoi moi ?? Je suis fatiguée de leur mentir ! ils veulent venir la voir, et je n'ai plus d'excuses à leur donner pour les en empêcher.....et la petite qui veut voir le gars avec qui elle vivait ? je lui dis quoi moi, à cette petite ? C'est facile pour vous, mais c'est quand même moi qui gère les gosses ! Et je le vois ce grand dadais qui rode autour de la maison dans l'espoir de voir les petits..Il faut faire quelque chose, car moi je déclare forfait ! j'ai vu une assistante sociale cette semaine, et elle est prête à les placer en famille d'accueil....

elle entend des gens qui reniflent....oui, tu as raison, il faut arrêter tout cela...Je vais en parler au médecin chef, ils n'ont pas l'air d'être contre cette proposition de la débrancher...Ils m'ont même demandé si on était d'accord pour donner ses organes.....Mais  je t'en supplie, garde encore les enfants le temps que ça se fasse, il sera temps ensuite de prendre une décision...Nous sommes trop âgés, nous ne pouvons pas nous en occuper...Il y a de bonnes familles d'accueil si tu ne veux pas continuer à t'en occuper.....J'ai eu les gens de l'assurance ce matin, nous allons toucher un bon pactole tu sais ! Le gars qui lui a refusé la priorité est en prison , il était saoul et drogué...heureusement, il était assuré ! Ce sera un gros chèque de 820 000 euros ! et ils devront s'acquitter des frais occasionnés par son coma ..6 mois à l'hôpital, ils vont le sentir passer !
Comme nous sommes les tuteurs des enfants, c'est nous qui géreront cet argent et je t'ai promis de t'en faire profiter , alors soit patiente !

Le ton s'est apaisé, ils ont enfin pris une décision ......
Elle vient d'apprendre qu'elle a des enfants....Combien ?? ils n'ont rien dit, n'ont jamais prononcé leurs prénoms....filles ??? garçons??  Ils veulent les placer en famille d'accueil, elle comprend les termes, elle sait ce que c'est mais n'arrive toujours pas à ressentir d'émotions...

Elle ne sait plus à quel moment elle a plongé dans le sommeil....
Le lendemain elle sait que c'est Lola...son cœur se réjouit à l'avance...trois petits coups.....et le silence....et puis une petite voix chagrine:" ils veulent vous débrancher, ils veulent vous laisser partir...je suis triste à cette idée et si vous m'entendez il faut vite faire un signe.....Je sais que vous m'entendez, alors bougez vous; ne les laissez pas faire ! commencez par ouvrir les yeux, ça retardera le protocole....."

Elle ne peut pas ouvrir les yeux, et c'est pas faute d'essayer...Chaque fois qu'elle force elle plonge  dans le néant.....Ne soit pas triste petite Lola, à quoi bon continuer à vivre comme un légume? Ce qui m'ennuie c'est que je vais mourir sans souvenirs, sans rien savoir de ma vie....
Elle sent un souffle chaud sur sa joue, Lola lui fait tendrement ses adieux.....

Et puis, plus tard, la voix à son oreille lui murmure des mots d'amour....Ses joues sont mouillées des larmes de la voix...."Je sais qu'ils vont te retirer tout cet attirail qui te permet de respirer....Je suis tellement en colère contre eux qui te laissent partir sans éprouver le moindre remord....Je voudrais t'enlever afin qu'ils ne puissent pas agir...Je t'aime tellement, et les enfants me manquent...Marc ce petit bonhomme de 10 ans avec ses taches de rousseur sur le nez, Nina petite princesse adorable avec ses boucles rousses....Je n'en peux plus de ne plus les voir....Je sais que je leur manque, on n'efface pas trois années de vie commune comme ça...d'un coup! ces petits sont devenus les miens, ils m'aiment et je les aime aussi....mon bel amour, ma précieuse endormie , j'aurais tellement aimé te rencontrer plus tôt.....

Le bruit de la porte le fait sursauter....elle entend la voix de Lola qui le presse de sortir...Elle sent sa bouche sur son front et il disparait.....
Marc et Nina....elle a deux enfants...Pourquoi son cerveau refuse de lui donner des informations...on est donc capable d'oublier ses enfants ? Elle se sent impuissante, démunie....
Tout à coup, elle sent du monde dans la chambre....ce n'est pourtant pas l'heure des visites...à moins qu'elle n'ait dormi profondément ?
Elle entend des paroles de réconfort..."Tout va bien se passer, tu vas partir rejoindre ta grand mère ...Tu n'aurais pas aimé vivre ainsi, nous avons donc décidé qu'il était temps que tu te reposes.....au revoir ma chérie, veille sur nous et sur tes petits..."

Et elle sent qu'on triture l'appareil qui est sur sa bouche...on retire d'un coup sec ce qui la relie à la machine et elle entend une voix d'homme dire : "ça peut être rapide, mais ça peut durer aussi quelques heures...L'appareil respiratoire l'aidait à respirer mais il se peut qu'elle puisse quand même respirer d'elle même ...Ne vous inquiétez pas, elle ne souffre pas, nous avons fait le nécessaire...Elle va s'éteindre doucement ...."

Elle sombre dans le noir.....quand elle est de nouveau consciente, elle sent que la pièce est vide...Elle est seule....ce n'est pas le matin, il fait noir, elle ne sent pas la caresse du soleil....trois petits coups à la porte...Lola ? elle a perdu le sens du temps.....
"c'est moi, Lola, j'ai pris le service de nuit pour être près de vous....Je sens votre respiration à présent, ce n'est plus le bruit de la machine.....je vois enfin votre visage au complet....vous êtes très jolie vous savez ! je suis contente que vous soyez encore avec nous, ça étonne tout le service, les médecins en perdent leur latin mais vous êtes toujours là !! ça fait 8 h à présent, et votre respiration est là, fidèle au poste.....y'a des grincheux qui marmonnent...Je devrais pas vous dire ça mais votre famille c'est pas la crème des familles hein ! Ils se sont tirés dès que vous avez été débranchée..." je ne peux pas supporter de la voir mourir qu'elle a dit la grande bringue ! oui, c'est pas gentil de parler de votre sœur comme ça, mais elle en tient une couche hein !! l'autre jour , à la machine à café, elle parlait avec son homme de ce qu'ils allaient faire de l'argent qu'ils allaient toucher de l'assurance....On la sentait jubiler la grincheuse ! Deux billets pour Las Végas.....elle rêvait déjà sur les machines à sous ! et je ne veux pas vous faire de la peine, mais ils ont décidé de placer Marc et Nina ....Ils veulent vivre leur vie ! Ils n'ont jamais voulu d'enfants à eux,  ce n'est pas pour se charger d'enfants qui ne sont pas les leurs....
Quant à vos parents, Ils ont déjà été visiter une maison en Charente.....Pour se remettre de toute cette fatigue qu'a causée votre hospitalisation !! pignoufs va!

euh...Pardon ! je ne devrais pas dire ça....je voudrais tellement vous dire de jolies choses, comme celles que vous susurre à l'oreille votre amoureux....Lui, c'est un amour ! Il vous aime tellement, qu'il campe pratiquement à l'hôpital dans l'espoir de vous entrevoir...Il est désespéré à la pensée de votre départ, désespéré de ne plus voir vos enfants....

J'ai passé 6 mois à côté de vous, vous faites partie de ma vie, et je ne voulais pas vous laisser partir seule....alors je vais prendre votre main, et nous allons faire un bout de chemin ensemble.....
Elle sent le soleil....La nuit est passée et Lola est partie....à moins que ça ne soit qu'un rêve? Lola est elle restée avec elle?
En tout cas, ce sont les mains dures et sèches qui viennent faire sa toilette...Pas encore partie toi? lui murmure t elle?
Elle voudrait bien lui répondre, mais sa bouche reste muette.....

Visite des grands pontes....Elle sent le froid du stéthoscope, elle entend leur voix étonnées , et une voix dit : "vous arrêtez les antalgiques ...arrêtez les perfusions...ça ne sert plus à rien, ce n'est plus une personne  que nous avons là, c'est juste l'enveloppe d'un corps....." et si on lui faisait un scanner dit un autre ? à quoi bon dit la voix autoritaire! Des examens pour rien.....Attendons....C'est une question d'heures ! qu'on me prévienne quand ce sera la fin.....

La journée se passe avec les bruits habituels.....La douleur est devenue présente, plus forte, plus d'antalgiques, son corps se rebelle....elle s'échappe dans le sommeil ou dans autre chose;..la mort peut être?
La veilleuse de nuit qui entre la réveille....elle a les lèvres gercées...elle sent de la fraicheur sur sa bouche, bénie soit elle d'avoir compris sa détresse....Elle a soif et ce gant imbibé d'eau fraîche lui fait un bien fou.....
Le matin est là, la mort prend son temps la garce !
ça chantonne dans la chambre et une odeur de pins des Landes envahit la pièce....Elle reconnait la personne tout de suite! C'est Rosa, qui a un accent à couper au couteau qui passe le balai partout...Elle est gaie Rosa, toujours de bonne humeur, parfois elle lui parle dans une langue qu'elle ne comprend pas...C'est une langue chantante, douce qui l'apaise....là, elle fredonne ce qui ressemble à un fado, lancinant, elle a toujours l'impression que les poils de ses bras se dressent en l'écoutant chanter....
Rosa  s'arrête et elle voudrait lui dire de continuer....Elle voudrait mourir avec dans la tête ce chant mélancolique et fort....

Quelqu'un pousse un cri...et la porte s'ouvre...Rosa hurle des mots dans sa langue natale...des mots qui font courir des gens...des gens qui se pressent dans sa chambre....et Rosa, haletante dit: "elle a bougé sa main......" Mais non, tu as rêvé Rosa! regarde, elle ne bouge pas.....
Elle entend la voix de Lola tout près de sa tête...Je le savais que vous entendiez ! je le savais ! bougez encore, je suis sure que vous pouvez le faire ! tu faisais quoi Rosa quand elle a bougé ???
Mais je sais pas, je chantonnais un fado, qui parlait de ma tristesse de la voir partir si jeune !!
Chante,  Rosa! Chante ! et la voix de Rosa s'éleva, hésitante au début, puis plus prenante et le cri de Lola retentit "regardez ! elle bouge sa main......"

Le service est en ébullition; le grand ponte fait une entrée fracassante et éberlué il voit cette main qui bouge.....oh, elle ne fait pas des grands gestes, non ! elle bouge doucement.....Il s'approche du lit, l'ausculte et ordonne rapidement des examens...Bilan sanguin, scanner......
Il se penche sur elle et elle ouvre les yeux....Elle a réussi à ouvrir les yeux sans que la douleur ne la terrasse....
Vous m'entendez ? si vous m'entendez pressez ma main.....et elle presse sa main ...Tout le monde exulte ! Lola pleure, Rosa est devenue l'héroïne du jour, celle qui a réveillé la belle au bois dormant....
Toute la matinée elle va subir une batterie d'examens qui ne feront que confirmer son retour à la vie...un traitement plus approprié lui est administré, on la nourrie à nouveau avec des perfusions...et c'est avec un plaisir sans nom qu'elle suit des yeux toutes les personnes qui traversent son champs de vision...

L'après midi, la famille est de retour...décontenancée la famille...Elle sait tellement de choses sur eux, des choses peu ragoutantes que tout le temps qu'ils sont là elle garde les yeux fermés....elle entend sa sœur demander si ce n'est pas une erreur, est elle vraiment revenue à la vie ??
Ils parlent à présent comme si elle ne pouvait pas les entendre....."tu crois qu'on pourra toucher quand même le chèque? car telle qu'on la voit tu seras sa tutrice maman, elle n'est pas capable de prendre de décisions...Il faut que le médecin fasse un papier qui le dise....Elle sera mise sous ta tutelle et tu pourras disposer de l'argent....N'oublie pas la maison en  Charente......"

C'est pathétique, elle n'en peut plus de les voir si cupides à son chevet...Alors, elle ouvre les yeux et d'une voix croassante, d'une voix qu'elle ne reconnait pas elle crie "Sortez !!" elle a crié tellement fort que Lola est arrivée....et elle fait sortir tout le monde sans ménagement.....

Les larmes coulent sur son visage...Lola lui prend la main et se réjouit d'avoir entendu sa voix....Reposez vous à présent, on va les empêcher d'entrer...
Lola....sa voix n'est pas sure, mais elle a pu dire son prénom....Je ne veux plus les voir dit elle faiblement.....Je ne sais pas encore grand chose sur moi, mais je ne veux pas de ces gens dans ma vie....Lola, je veux voir cette personne qui venait me parler chaque matin....
"vous voulez parler de Guillaume? mais je vais le chercher de suite! il campe pratiquement devant l'hôpital ! dit elle en riant...

Quand la porte s'est ouverte,  elle a sincèrement cru qu'elle le reconnaitrait....Il est venu vers elle, a pris sa main, à posé sa bouche sur son front et elle a eut l'impression qu'elle était en sécurité....
Elle a pressé sa main, et de sa drôle de voix lui a dit "je ne sais encore rien de ma vie avec vous, uniquement ce que vous avez murmuré à mon oreille, mais je sais que je suis apaisée lorsque vous êtes là ....Il faut que mes enfants sortent de cette famille où ils ne sont pas bien accueillis....Je ne sais pas comment je dois faire  pour les avoir , peut être voir un avocat, un juge...enfin je ne sais pas, ce que je sais c'est qu'ils ne doivent pas rester une minute de plus avec ma famille....Je ne me souviens plus de ma vie, mais  pour protéger mes enfants je suis prête à tout....

Il y a bien une solution lui dit il...épouse moi  et tes enfants seront les miens!
Mais, est ce que j'ai été mariée ? Le père des enfants peut il me les retirer?
Rassure toi me dit il, lorsque je t'ai rencontrée il y a 4 ans, tu venais de perdre ton compagnon....Tu n'as jamais été mariée...Depuis 3 ans nous vivons ensemble dans ma grande maison ...
Il s'occupa de tout...Prit contact avec un avocat,  régla avec lui tous les détails relatifs aux enfants, au grand dam de sa famille !

Elle fit connaissance avec ses deux petits par un bel après midi de septembre...Son cœur battait très fort, et quand elle les vit sur le pas de la porte, timides, inquiets, elle ouvrit tout grands ses bras....Elle ne les reconnaissait pas avec ses yeux mais son cœur les avait reconnus...
Elle allait de mieux en mieux, marchait chaque jour avec la kiné car 6 mois d'inaction avait eu raison de ses muscles...Chaque jour Guillaume lui rappelait sa vie d'avant, les enfants parlaient, parlaient, l'incluaient dans les aventures et elle avait l'impression de se souvenir....Mais c'était toujours le trou noir...Le médecin lui avait dit d'être patiente , c'était déjà un miracle que vous soyez  revenue parmi nous !
Un jour, elle put sortir de l'hôpital et elle regagna la maison où elle avait vécu durant 3 ans...Elle passa d'une pièce à l'autre, sans le moindre souvenir...
La première nuit avec Guillaume fut pleine de tendresse et de pudeur...Il ne voulait rien forcer, il l'aimait si fort qu'il savait qu'un jour ce serait réciproque...

Ils décidèrent de se marier...Elle, la réfractaire au mariage, se rendait compte avec frayeur qu'elle aurait pu perdre ses enfants ....
Lola et Rosa seraient ses demoiselles d'honneur ! elles fréquentaient assidûment la maison, elle leur disait à quel point elles avaient été précieuses pour elle durant ces 6 mois....Elle se souvenait de tout, riait avec Lola de la grande bringue qui revenait si souvent dans la conversation...! Rosa fredonnait ses fados, Guillaume la regardait avec amour et les enfants s'accrochaient à ses jupes comme s'ils avaient peur de la perdre encore....

Elle avait rompu avec ses parents...pour une fois, elle remerciait sa  perte de mémoire ! Lorsqu'ils étaient venus à sa sortie d'hôpital , elle était passé à côté d'eux sans les reconnaitre...Ils s'étaient approché d'elle, lui avaient saisi la main, lui avaient demandé pardon.....Elle les avait regardé avec étonnement, et c'est Guillaume qui les avait nommés....Ils avaient essayé de lui soutirer de l'argent sous prétexte qu'ils avaient payé pour la réservation de la maison en Charente et ils espéraient un geste de sa part.....
La grande bringue avait dit sournoisement qu'elle méritait un petit quelque chose pour s'être occupé de ses enfants durant 6 mois....
Heureusement, Guillaume était intervenu en disant que l'assurance l'avait largement dédommagée !
Et à présent, je vous conseille de partir leur a t il dit, nous n'avons plus rien à nous dire !

Elle s'accrocha au bras de Guillaume, reconnaissante de sa force,  de  sa façon d'agir,  ferme et sans concession, et ils tournèrent définitivement le dos à la mesquinerie de ces gens....

Le mariage se fit en petit comité, quelques amis de Guillaume, Lola....Rosa...

Et lorsqu'elle dit OUI en le regardant dans les yeux elle sut qu'elle lui confiait sa vie passée, présente et future ! et qu'importe les souvenirs, ils s'en fabriqueraient des tonnes à l'avenir,  car ils en connaissaient le prix!

mardi 3 avril 2018

Lundi de Pâques......

Un beau Lundi de Pâques avec les enfants...Deuxième fils s'était mis aux fourneaux et tous les enfants sont partis à la chasse aux œufs dans le jardin...

Le temps était grisouille, mais doux et les deux papys - mamies se sont retrouvés avec plaisir autour de la table !! Une bien  belle journée !






dimanche 1 avril 2018

Joyeuses Pâques !


Il pleut...Il pleut ! c'est la fête à la grenouille et pourtant il y a des oeufs qui ont été semés dans tous les jardins.........Joyeuses Pâques à tous !!
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samedi 17 mars 2018

Maya malade........

Elle s'appelle Maya....diminutif "guéguette".....d'ailleurs elle ne répond à aucun de ses deux prénoms , rien que pour nous embêter....
l'homme la siffle, crie son nom à tous les vents mais elle ne rentre que si elle en a envie...
Finalement, on a vite compris que c'était elle qui commandait....elle est chez elle, et nous sommes ses colocataires....sauf que c'est moi qui ait la clé du placard à croquettes, alors de temps en temps j'ai droit à un frottement continu contre mes jambes et un p'tit ronron sympa.....je suis sure qu'elle a vite compris qu'avec moi, la bouffe serait de première classe ! et elle vient me chercher avec insistance, avec un léger miaulement, pour me faire comprendre qu'il est temps de la nourrir...elle ne fait pas ça avec l'homme !

Donc guéguette a fugué mercredi toute la journée......
elle est rentrée vers  21 h.....Inutile de la réprimander, elle lève la queue avec insolence et va se lover dans son fauteuil préféré sans explication d'aucune sorte !! c'est une ingrate cette petite !!

Le jeudi....elle dort...Pas de cavalcade, pas de jeux....Rien...
Je me dis qu'elle a dû sacrément faire la fête la veille pour dormir autant ! Elle grignote, boit un p'tit coup et retourne dormir......

Pas normal...Le vendredi matin, elle se met assise et nous regarde d'un air égaré, comme si elle avait pris une bonne cuite....L'homme la pose sur mon lit...et catastrophe, elle fait pipi dessus et se sauve sous le lit.....
Changement de couette.....Je suis inquiète , on appelle le vétérinaire qui nous donne rendez vous à 16h 30.....
Plus de 40° de fièvre...Il décide de la garder et de la perfuser pour la nuit....Un virus...Mais lequel ?? 


Elle est rentrée ce matin, en petite forme, avec un traitement d'anti-inflammatoires pour la semaine et si ça ne va pas.....on la ramène lundi....
Elle monte les escaliers comme une vieille mamie et elle est venue me chercher dans ma chambre en miaulant.....La faim, sans doute ! 
Elle a recommencé à me frôler en ronronnant et je lui ai découpé la moitié d'un steak qu'elle a mangé comme une vorace !! Deux jours de diète, ça creuse !!

Puis, dodo sur son fauteuil favori......  


mardi 27 février 2018

La gnaque !!

Cette semaine, je me suis amusée à remonter les années avec mon blog.......J'ai commencé ce blog le 22/10/2010......et avant celui là, j'avais  écris durant quelques années sur "psychologie" et "vive les rondes"....

En ce moment, je n'ai pas trop la gnaque pour écrire, ma grippe me fait sentir que je deviens vieille et que mon corps prend son temps pour récupérer des forces...

Depuis 15 jours je dors beaucoup durant la journée et c'est une chose nouvelle pour moi.....Je ne lutte pas, et  je sens quand il est temps de poser ma tête sur l'oreiller et de me laisser aller dans les rêves ...

J'ai retrouvé dans mes archives un p'tit bijou de causticité  et je ne savais pas à ce moment là  c'était  la dernière fois que je voyais  cette vieille amie  , décédée peu de temps après.....


La "Marcelle"

On arrive donc chez la Marcelle 90 ans;..les bras chargés de fleurs et de gâteaux....à la pâtisserie, j'avais fait le choix d'en prendre plusieurs...Un aux myrtilles et framboises, un éclair café et une part de gâteau au fromage blanc.....

à peine arrivés...Elle, pliée en deux, se levant difficilement de son fauteuil...." Mais.....mais.....c'est qui ???? Ah c'est vous! pas de sourire, l'oeil qui frise....La télé qui marche , mais sans le son.......

ben oui! nous voilà, Marcelle! Comment allez vous....

Elle : (énervée)...comment je vais...comment je vais! t'as que des questions idiotes comme ça à me poser ????

Moi : (déconcertée) ben ....vous avez l'air d'aller bien.....
Elle : c'est toi qui le dit hein ! vous les jeunes vous savez rien de rien de la vieillesse.....
Moi : je sais Marcelle, c'est pas facile.....
Elle : mais tais toi donc....j'ai pas envie d'écouter des conneries.....allez! on change de sujet....

Moi : les vases sont toujours dans le placard ???
Elle : Et où veux tu qu'ils soient ??? tu crois que j'ai encore la force de changer les choses de place ??? Elle est vraiment bête celle là.....
Moi (à l'homme) : Tiens, en voilà un....
Elle : Mais tu vois donc pas qu'il est trop petit ???
J'en prends un plus gros qui semble avoir sa préférence..... 2 minutes pour mettre de l'eau, ranger les fleurs.....

Elle se rassoit, grogne, grommelle....
Moi : (souriante hein?!)  Il fait drôlement beau aujourd'hui...
Elle  (menaçante !): Pourquoi ? les autres jours il faisait mauvais ????
Moi : ben....il a beaucoup plu jusqu'à présent.....

Elle : (secouant la tête et me regardant d'un air apitoyé...)  Il a pas plu du tout ! 
Moi: Mais si Marcelle...Vous n'avez pas vu aux informations......les inondations....
Elle : Mais elle est folle celle là...! t'as vu jouer ça où ???  Allez , allez! changeons de sujet , je veux pas entendre ce genre de conneries....

Moi : (déballant les gâteaux) : Vous voulez lequel Marcelle ???
Elle : pourquoi ? ils sont différents ??? je comprends pas qu'on n'achète pas le même gâteau....tiens! je veux pas choisir! et elle me tourne le dos pour bien me montrer son désaccord.....

Moi : ben....je voulais qu'il y ait du choix.....
Elle : j'en veux pas...prenez les vôtres et je prendrai ce qui reste....
Je lui mets sur l'assiette le gâteau aux myrtilles.....et l'homme lui sert un thé....Vous voulez du sucre Marcelle demande t il ???
Elle : Mais il est con celui là....t'en prends, toi, du sucre ??? 
Lui : ben non....
Elle : ben moi j'en prends....je lui tends le sucrier et elle reste là, à me regarder , l'oeil goguenard....
Moi : un sucre ?? et je lui glisse dans sa tasse....
Elle : y t'en  faut du temps pour comprendre que j'ai du mal avec mon bras....
Moi:  ben....je ne savais pas....ça va? il est bon le gâteau ??
Elle : ouais......

Grand silence...mon esprit travaille comme une bête pour chercher un sujet de conversation.....

Moi : Vous avez fait raboter votre porte d'entrée Marcelle...C'est bien, car la dernière fois qu'on est venus, on a eu du mal de la pousser....(elle nous avait engueulé car nous n'arrivions pas à l'ouvrir!!...)

Elle : quelle porte?  t'as pas encore compris qu'elle coulisse sur elle même???
Moi : Pas celle de la véranda....la porte d'entrée...
Elle : J'ai pas de véranda....
Moi : Mais si Marcelle...celle de la véranda coulisse, mais l'autre, pour rentrer dans la maison , on n' arrivait pas à la pousser la dernière fois.....
Elle : mais qu'est ce que tu me racontes comme connerie ,?? j'ai jamais eu de véranda et la porte marche bien....

Moi : (abandonnant)...ben;..j'ai dû me tromper alors.....
Elle : J'ai fait venir quelqu'un pour la raboter....
Moi : C'est bien ce que je disais !
Elle : tu disais quoi ??? elle a toujours bien fonctionné ma porte.....c'est les gens qui sont cons qui n'ont pas compris qu'il ne fallait pas pousser mais la faire coulisser....

Et là....J'ai abandonné......Lâchement ! je n'avais plus qu'une envie, c'était partir au plus vite....je presse la main de l'homme pour lui faire comprendre, mais lui, lit tranquillement le journal.....
j'insiste et je dis : "tu sais qu'on doit aller acheter une moustiquaire ,??"

Elle : Une moustiquaire ? c'est quoi de ça ??? 
Moi : C'est fait pour empêcher les insectes de rentrer dans ma chambre...
Elle : (levant les yeux au ciel ) Les p'tites bêtes mangent pas les grosses....et pis, t'as vu des moustiques où ????

Moi : des moustiques, des mouches....dès qu'une fenêtre est ouverte, ça rentre! vous n'avez pas de mouches Marcelle??
Elle : JAMAIS...J'ai jamais eu de mouches ni de moustiques dans la maison....
Moi : ben...vous avez de la chance...
Elle: Mais quelle connerie ! quelle connerie! t'as rien de mieux à me raconter ??? allez! changeons de sujet!

ça a duré deux heures et demi......Pas une seconde nous n'avons eu un sourire, une approbation, une gentille parole...Ce ne fut que récriminations, colère et disputes.....

Maints sujets sur sa fille, sa petite fille furent abordés.... Rien ....

Je crois qu'elle a débranché de la vie....et nous sommes partis un peu éberlués.....et puis, nous avons ri  ! Nous avons répété ce dialogue de sourds que je viens de vous écrire,  en rigolant comme des malades.....

Je savais qu'elle vieillirait comme une "vieille tatie Danielle"....Je le savais !!!



dimanche 4 février 2018

La soupe.....

La soupe.........
Ce matin , sur le net je suis tombée en arrêt devant une recette de cuisine ...  
Alors, je copie la recette avant de vous raconter  les souvenirs qu'elle a fait monter en moi......



SOUPE PAYSANNE CORSE
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
- 4 tomates
-1 saucisse à cuire
- 100 g de pâte tagliatelle ou macaroni
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette : 
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux. 
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire  et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.

Cette soupe était  la soupe détestée,  haïe de mon enfance ....hormis la saucisse à cuire tout se trouvait dans l'immense jardin  derrière la maison....

Nous étions 7 à table, 5 filles et les parents....Ce n'était pas l'argent qui nous étouffait, mais cette satanée soupe qui revenait chaque soir comme un cauchemar...Pour moi, c'était un calvaire, rien que de voir l'énorme gamelle au milieu de la table je sentais la nausée me monter...

Nous étions pauvres, mais riches en légumes de toutes sortes....je me souviens, mon père arrivait à faire pousser n'importe quel légume, et pourtant, nous habitions les Vosges et le temps n'était pas spécialement clément....en été, tomates, courgettes, aubergines , poivrons, piments....au printemps, les radis, la salade, les petits pois...haricots, carottes,  pomme de terre, betteraves,  navets.....J'en passe et des meilleurs !

Il complétait par la cueillette des champignons, des pissenlits dans les labours ,de la rapine dans les vergers...Mirabelles, prunes, pommes, poires...et à la saison des fruits des bois, nous partions tous en file indienne dans les bois du père Marin ramasser les fraises des bois, les framboises, les mûres que ma mère transformait en confitures et en sirops ...

On n'a jamais eu faim, mais fallait le gagner son pain !! L'hiver, mon père prenait quelques coupes de charbonnette, et on allait l'aider à empiler les bouts de bois dans une espèce de remorque attachée à sa mobylette....il faisait un grand feu , plaçait des pommes de terre dans la braise et ça faisait notre repas du midi avec un bout de saucisse à cuire qu'il faisait griller dans le feu.....ça c'était du bonheur ! je n'ai plus jamais retrouvé le goût ni l'odeur de ces saucisses.....

Il nous laissait empiler ,  le temps de repartir à la maison où il stockait dans la cabane à lapins  les morceaux de bois récoltés....puis il venait nous rejoindre et on ré- empilait dans la remorque....J'avais des vieilles chaussettes en guise de gants, un bonnet qui me cachait les yeux, et des godasses trouées car elles avait déjà servi à 3 de mes sœurs avant d'atterrir à mes pieds....ça faisait floc-floc quand je marchais, et si je ne bougeais pas mes pieds s'engourdissaient rapidement....

Ce chemin pour aller dans les bois du Père Marin, longeait d'immenses prés où paissaient des moutons...Des fils en barbelés les empêchaient de s'échapper....Lorsque nous avions besoin d'un nouveau matelas, nous avions une autre corvée, c'était d'aller décrocher la laine que les moutons laissaient sur les fils barbelés...à  sept, ça nous prenait 3 jours pour en venir à bout...Nous rentrions le soirs, les mains égratignés, le corps gelé car nous ne pouvions pas bouger pour nous réchauffer...à genoux dans l"herbe humide et parfois glacée, on tirait la laine , on la démêlait et la mettions dans un sac qui pendait à notre taille...On vidait notre sac dans la bâche que notre père avait mis dans la remorque et on recommençait.....Ma mère nous emballait les  genoux dans des sacs plastiques pour éviter d'être trempés....

Moi, je pleurais....la morve et mes larmes gelaient sur mon visage et ma mère sortait en grondant un grand mouchoir à carreaux pour m'essuyer le visage...."Mimi, disait elle (Mon père s'appelait Emile)...tu penses pas qu'on devrait rentrer? les gosses ont froid.....Quand il commencera à faire nuit disait il ! heureusement, la nuit tombait vers 17 h....

3 jours d'affilé on se tapait ce calvaire ! parfois plus si on avait pas assez de laine pour faire un matelas ....
Après c'était le travail de ma mère et des deux grandes...On rentrait, on se déshabillait, ma mère nous faisait couler un bain chaud , et on allait s'agglutiner contre le poêle et la cuisinière de la cuisine....

La laine trempait dans la baignoire, mon père démontait une porte qu'il posait dessus , et mes sœurs lavaient, tiraient, essoraient et étendaient à plat sur la porte....Elles la brassaient pour chasser l'humidité...

Le poêle du couloir, qui donnait sur la salle de bain était chargé à fond et une odeur bizarre envahissait petit à petit l'appartement...une odeur de laine feutrée, une odeur forte et désagréable.....Quand toute l'humidité était sortie, la laine était stockée dans le hangar .....

Les matelas, se faisaient l'été...Le père Cadici était le seul capable de vous faire un matelas en une journée....Dès que le soleil commençait à chauffer, une immense bâche était déployée sur la terrasse et les ballots de laine grisâtre arrivaient.....là, tout le monte s'y mettait...On devait prendre une boule de laine et l' étirer pour en faire quelque chose de fin et soyeux...on devait trier et enlever les  bouts d'herbes, de mousse, de brindilles qui étaient restées emmêlées dedans....

On mettait la radio pour se donner du coeur à l'ouvrage.....Quand la récolte des 3 jours était enfin triée, ma mère l'étendait au soleil....ça pouvait rester une semaine, et allez savoir pourquoi, un jour ma mère disait que c'était bon, on pouvait appeler le père Cadici....

Choix du tissu rayé gris et blanc....Négociations âpres sur le prix demandé ...et il se mettait au boulot....Il avait de grandes aiguilles courbées, des droites, du gros fil....Allez, filez les gosses, laissez moi bosser.....

Et le soir, on avait un matelas....pour un lit d'une personne, et on voulait toutes que ce soit notre lit qui l'accueille...J'ai jamais eu de matelas neuf...mais ça ne m'a pas empêché de dormir !!

Tout ça pour parler de cette soupe horrible que notre père nous faisait chaque soir !!!!
La gamelle au milieu de la table, je sentais monter les larmes...j'étais pourtant la préférée de mon père, mais je n'échappais pas au deux énormes louches qu'il versait dans nos assiettes....alors arrivait le "triage"....Je commençais par manger les pâtes....ensuite, les pommes de terre, et puis les carottes....Naturellement, arrivée à ce stade, ma soupe était froide...J'avais horreur du chou, des haricots, des poireaux, de l'oignon.....Je lançais des regards désespérés à ma mère mais ça ne changeait rien.....Alors, je mettais un morceau de chou dans ma bouche et aussitôt je sentais l'envie de vomir approcher.....Le bruit de renvoi que je faisais faisait hurler mes sœurs ! Oui, y'en a marre, elle va nous faire vomir.....

et moi, j'étais désespérée....Tout le monde quittait la table, sauf moi...."tu resteras là toute la nuit s'il le faut disait mon père ..."

Mes sœurs et ma mère s'installaient sur la table de la terrasse afin de rouler les tickets  de foire , qu'il fallait livrer le lendemain ...chaque jour ce travail nous rapportait 4 ou 5 francs, ce qui nous permettait d'acheter le lait  les œufs et  le pain ..Parfois du jambon si on avait roulé suffisamment...

Mon père ne roulait pas, et comme il était maçon la journée, il allait souvent se coucher tôt...Pas de télévision à l'époque !!

Alors, dès qu'il était couché, ma mère venait en douce, vider mon assiette dans les toilettes afin qu'il ne se rende compte de rien.....Allez, viens rouler me disait elle ! Mes sœurs râlaient, que c'était injuste, qu'elles le diraient au père, mais ma mère ne s'en laissait pas compter...La première qui ouvre la bouche , elle aura affaire à moi....ça grommelait, mais ça se taisait...

Encore que maintenant avec le recul, je reste persuadée que mon père savait très bien ce qui se passait après son départ au lit.....
à présent, c'est devenu ma soupe préférée.....et cette soupe régale mes enfants lorsque je la prépare ! Mais eux n'ont pas eu à la subir tous les soirs de l'année !!!!



mercredi 31 janvier 2018

Réminiscences......

Le réveil  sonne à grand bruit ! vite la main dessus pour ne pas réveiller toute la maison qui dort encore....Il est 3h 20, et c'est pas une heure pour les gens honnêtes de se lever...et pourtant, il faut y aller..

Il y a des matins, je pleurerais, là, assise sur le bord du lit...mais pas le temps de s'attendrir, j'ai 30 minutes pour me préparer...L'été, ça va encore, on entend les oiseaux chanter, et on sait très tôt le temps qu'il va faire...

l'hiver , c'est l'angoisse...Il fait noir, il fait froid !

 marcher dans la maison sur la pointe des pieds durant une demie heure devient de plus en plus épuisant...Passage obligé à la salle de bain...J'allume ma première cigarette, et les gestes s'enchainent sans aucune réflexion de ma part..La machine est bien rôdée, je suis une femme d'habitudes....je fais les mêmes gestes tous les matins, inlassablement, et comme il est tôt, personne ne vient troubler mon rituel....maquillage,  assise sur la cuvette des wc, j'allonge mes cils tout en tirant sur ma cigarette ..La fumée monte et s'infiltre dans la petite bouche d'aération qui monte vers l'étage... je sais que l'homme sera réveillé par l'odeur désagréable de la fumée....je le sais, mais je le fais quand même....Parce qu'il m'énerve avec ses grandes affiches qu'ils a épinglé sur tous les murs de la maison..." FUMER...TUE"....m'en fout.....J'allume ma deuxième cigarette au mégot de la première et je file boire mon café....Un coup d'œil dans les chambres des garçons qui dorment et je sors dans la nuit froide pour aller prendre mon bus qui passe à 4h10.....7 minutes de trajet à pied.....

Je vole des roses jaunes sur la palissade d'un immense jardin que je longe....Ces fleurs vont ravir mes yeux durant mes 8h de travail à la chaîne....

Le bus arrive..Il en est à son 3ème arrêt et il y a déjà 5 personnes dans le bus...On se salue de la tête, certaines continuent leur nuit...C'est silencieux le matin, tout le monde est renfrogné...Je me racrapote sur mon siège et j'allume ma 3 ème cigarette...nous avons 17 kms à faire avant d'arriver à l'usine...Je ne compte plus souvent en kms, je préfère compter en cigarettes....

Du réveil à l'usine j'ai déjà salopé mes poumons avec 5 cigarettes ...Le bus freine et s'arrête...4 personnes montent, pas de paroles échangées, on dirait qu'on nous emmène à l'abattoir....

Sainte Hélène.....arrêt plus long..Il y en a toujours une en retard..Tous les jours, on attend quelques minutes, afin que Mme trucmuche  fasse son apparition...Elle est vieille, la soixantaine parait il, mais elle en fait dix de plus...cassée en deux par sa double journée...elle trait les vaches avant de partir et lorsqu'elle monte une odeur tenace de fumier s'impose à nos narines...Personne ne moufte ! à quoi bon ...Elle sent mauvais, on le sait, elle le sait, mais y'a pas le choix...Faut bien qu'elle vive...Elle ne voit plus trop clair, pas de quoi s'acheter des lunettes, n'entend plus très bien, mais chaque matin elle est là, fidèle au poste...même malade à crever, elle vient ...

Quand on arrive à l'usine, c'est le pointage..On lui sort sa carte et on la lui pointe, c'est comme ça depuis toujours...on pense qu'elle ne sait pas lire ni écrire, mais on n'en parle jamais...à quoi bon....On s'en est rendu compte le jour où elle a été embauchée....elle est restée devant le tableau rempli de cartes avec un oeil hébété, en prenant une au hasard, la reposant...puis une autre.....et puis, elle a dit "je n'ai pas mes lunettes...." et on lui a demandé son nom...et depuis, on la pointe chaque jour...Il arrive même qu'on la pointe alors qu'elle est en congé...

Puis on se masse toutes au milieu de l'atelier, attendant le chef....celui qui va décider de notre sort pour la journée...Il place tout de suite la plus âgée....vous allez faire de l'avance de coupelles Mme trucmuche...pas compliqué...Une vis, un ressort sur la vis et une coupelle pour terminer...elle est chargée de ravitailler toutes les chaines qui feront ce type de rétroviseurs ....Elle cherche sa chaise des yeux, car comme on fonctionne à 2 équipes, une du matin et une du soir, il arrive que nos chaises se trimballent dans l'atelier...C'est d'ailleurs la première chose qu'on fait en arrivant...Vous dire que c'est précieux une chaise n'est pas assez fort....c'est l'outil qui va faire que votre journée sera confortable ou pas...parfois, des ouvriers des autres ateliers viennent  les piquer ...Tant qu'on n'a pas retrouvé notre bien, celui qui est à la bonne hauteur, qui a presque pris la forme de nos fesses à force d'y être assis, on n'entame pas la journée...C'est con, mais les premières paroles qu'on entend le matin, c'est à propos des ordures qui ont piqué notre chaise...

Ensuite, selon l'humeur du chef, on est placé les unes après les autres sur une commande bien spécifique...La première assemble des tiges qu'elle balance sur la chaîne qui avance, la seconde assemble la tige sur le boitier, la troisième assemble les glaces sur des joncs brûlants qui sortent d'un four qui souffle une chaleur d'enfer, et la dernière emballe le rétro.....1200 rétros...1200 fois je prends le rétro sur le tapis, je claque une glace dessus, l'essuie avec un chiffon alcoolisé, remet le rétro sur le tapis, prends le nouveau rétro qui arrive.....1200 fois.....

Faut pas trop penser hein? Sinon, personne ne serait là...Si on se mettait à réfléchir on retournerait toutes se coucher....

Un matin, on en a ramassé une de plus sur le chemin...Une nouvelle, qui a encore l'oeil brillant et qui sourit en montant dans le bus...Comme personne ne répond à ses avances, elle s'installe toute seule dans le fond...je vais vous dire, quand on fait ce genre de boulot, on perd vite toute humanité...Moi, le premier jour, je suis montée toute fraîche et souriante, j'ai dit "bonjour" gaiement, mais j'ai pas eu de réponse....Mes premiers pas dans le vestiaire situé dans un sous sol m'ont refroidie d'office , j'ai  quitté mon manteau et suivi le troupeau...j'ai pointé, comme tout le monde et suis restée à l'écart ...
Mon premier jour je m'en souviendrai toute ma vie....je suis sortie avec les mains remplies d'ampoules, brûlée par les joncs des glaces car personne ne m'a filé de gants afin que ce soit plus confortable...deux fois 7 minutes pour aller aux toilettes, et ne  jamais partir sans être remplacée...et c'est jamais quand on en a envie, c'est quand "EUX" en avaient envie....J'ai vite appris à ne plus boire trop de café ou d'eau...
et puis il a fallu choisir: les toilettes ou la cigarette....J'ai choisi la cigarette, il suffisait de bien prendre ses précautions avant...

à 8h30...Casse croûte..Tout le monde en file indienne descend à la cantine...1/2 heure de repos...pipi, un café, un sandwich, 3 cigarettes.....

ça bourdonne  partout, ça rit, ça parle, ça crie....ça se réveille quoi !! à 9h, on se dit : "encore 4 heures à tirer..." C'est les plus longues, celles qui se traînent , celles où votre haut du dos commence à brûler, celles qui vous font dire chaque jour: "demain, je n'y vais pas...." car oui, à la fin, personne ne vous oblige à aller travailler dans cet atelier de merde....L'homme sera bien content de me voir rentrer à la maison la tête basse.....

13h....on quitte l'atelier sur un dernier pointage, on monte dans le bus et deux cigarettes plus loin, me voilà revenue à la maison.....

Dringggggg ! 3h20....il faut y retourner.....Car non ! pas question d'abandonner....


15 ans j'y ai passé !! 15 ans ! si ce n'est pas de la folie, ça y ressemble fortement !