jeudi 27 octobre 2011

c'est dur.............

J'écris peu en ce moment...je suis un peu déstabilisée...je fais connaissance avec l'agonie et c'est terrible...
je la regarde, je ne la reconnais pas.....elle hurle, geint, crie ....jour et nuit...elle délire, a la voix cassée.....
Lorsque je lui tiens la main, qui est glacée, elle me regarde, égarée, avec dans les yeux tous les reproches du monde....

Mon Dieu , comme c'est dur pour elle.....Elle est sous perfusion , avec des produits qui sont sensés la calmer; mais je la sens encore plus agitée.....
Elle me  fait peur, j'ai peur......je rentre fourbue, moulue...tout mon corps me fait mal....
Ma soeur, ma pauvre soeur, puisse Dieu avoir pitié de toi et te rappeler à lui.....

vendredi 21 octobre 2011

c'est l'hôpital psychiatrique pour elle......


 Hier, repos...pas d'angoisse, pas de culpabilité....j'avais prévenu ma soeur que je ne viendrais pas..j'y étais allée Mercredi avec deuxième fils et ma petite fille Léna, et , pas un sourire, des regards noirs à la petite...j'ai dû l'emmener dans le couloir pour ne pas qu'elle  la gêne avec son babillement  incessant....

Moi : viens, on va voir les infirmières....
Elle : c'est quoi, mamy , une infirmière?
Une infirmière s'est approchée et lui a expliqué avec des mots simples en quoi consistait son travail...lui à fait toucher son pouls sur son poignet et lui a fait écouter son coeur avec un stéthoscope....

Je lui ai demandé comment allait ma soeur...elle a levé les yeux au ciel en souriant! Nous sommes obligés de nous adapter car elle épuiserait facilement toutes les équipes si on la laissait faire....alors, on ouvre sa porte et on déplace son lit pour qu 'elle nous voit dans le couloir...Autrement elle crie (alors qu'elle ne parle pratiquement plus) et elle empêche les autres malades de se reposer...

Nous avons eu droit au "va t en " habituel.....et là, je lui ai demandé si elle préférait qu'on ne vienne plus...
Peut être qu'elle préfère être seule? 
Elle a murmuré "non! mais je suis tellement malheureuse, tellement mal que je veux mourir...alors quand tu viens, je pense que tu vas partir et quand tu es partie , je suis encore plus malheureuse...."
c'est cornélien ça....."alors comment fait on? " tu veux que je m'installe avec toi? ce sera peut être plus facile pour toi?
"Non.....je veux mourir...apporte moi des cachets;..je veux en finir..."
Tu sais bien que ce n'est pas possible, il faut que tu sois patiente....
"je ne peux pas...je n'ai jamais su être patiente....aide moi, je t'en prie..."

mais tu n'as pas mal n'est ce pas? non, répond elle, mais j'en ai marre....je ne peux plus bouger mon corps dans le lit, je ne peux plus me lever, ni marcher...je ne suis plus rien....je n'existe déjà plus.....

Qui a parlé de vie intérieure?? il faut que je cesse de faire des comparaison entre elle et moi...j'ai été deux ans, alitée sans désir, sans envie, sans force....je ne pouvais ni lire, ni regarder la télé...j'étais à la fois consciente et inconsciente, mais je fermais les yeux et je partais dans mes souvenirs, je revivais les moments merveilleux que j'avais pu vivre...ça m'a gardée en vie , ça m'a évité l'amertume, l'agressivité....

j'essaie de lui expliquer, que toute sa vie on se tricote des souvenirs pour pouvoir se les revisionner lorsqu'on devient vieux....Il faut qu'elle essaie de se remémorer tous les instants de bonheur qu'elle a vécu..
Elle me regarde, l'oeil égaré et vide.....Moi, j'ai rien.....
Comment ça t'as rien? maman, ton homme, tes chiens...t'as pas vécu de bons moments avec eux? 
j'm'en fout....j'ai rien vécu....ya que du vide dans ma tête...

quel désespoir dans ces paroles...

Je viens de téléphoner à l'infirmière, qui me dit qu'ils ne peuvent plus la garder, car ce n'est pas sa place dans ce service....Ils ont l'intention de la mettre à l'hôpital psychiatrique....
j'en suis malade....Mais elle les épuise jour et nuit et ils n'en peuvent plus....

mardi 18 octobre 2011

Le Mardi c'est permis........

Qu’est ce qui nous a influencé dans notre vie ???
Ouh là là ! je sais pas faire simple…Pour moi c’est un abbé…et avec toutes les histoires que l’on entend actuellement rapport à ces prêtres qui ont abusé d’enfants, je voudrais raconter cette histoire…..ou plutôt ces 2 histoires où il est intervenu….J'ai déjà raconté ces histoires par le passé...j'ai l'impression de radoter !! Comme c'est très long, ne vous croyez pas obligés de lire !! je fais ma séance de psychothérapie!!

Lorsque j’étais petite……Il s’est passé des trucs pas drôles….et s’il n’avait pas été là…..Je remonte dans le temps….j’ai 12 ou 13 ans….
Nous avons une dette énorme avec les HLM, il faut quand même en parler pour comprendre la suite…Avis d’expulsion , avis de saisie……
Ma mère fait appel à son frère, celui qui habite Marseille, celui qui a un « bon poste » lui…C’est pas comme mon père ….Mon frère, Il ne s’est jamais Sali les mains LUI, il travaille dans un bureau…Crie ma mère à qui veut l’entendre !!
C’est le mois de juillet, grandes vacances, et qui on voit arriver ? le tonton, la tata, et les deux enfants….La voilà, la merveille des merveilles, le frère Zorro, le frère « je vais te sauver ma sœur », enfin, DIEU quoi……
Tout juste si on doit pas s’incliner… Moi, j’me dis qu’il va régler le problème et je suis déjà pleine de reconnaissance pour le tonton sauveur .
Je ne sais pas ce qu’il fait, mais on a une espèce de sursis…..plus rien dans la boite au lettres....

V’là t’y pas que le tonton commence à me coincer dans les coins  , le v’là t’y pas qu’il met sa main dans ma culotte….Je suis tétanisée au bord de l’évanouissement, je ne sais pas si je dois crier, pleurer…..Un bruit, il me lâche….Bouleversée, je ne sais pas quoi faire, personne à qui parler, je ne veux pas faire de peine à ma mère, mon père le tuerait s’il savait…..
Je dors avec ma cousine, je lui en parlerais bien, mais comment aborder ce genre de chose ? Ce n’était pas comme maintenant ! Le N° vert…On connaissait pas à l’époque !
Cette nuit là, j’entends la porte s’ouvrir et mon oncle qui se glisse sous les draps…Je n’ose bouger un cil, sa fille est à côté de moi et il ose tout de même….Je raconte ça avec des mots aujourd’hui, à l’époque je ne savais pas comment le dire….Tout ce dont je me souviens , c’est la peur, je suis morte de trouille.. Je crie…Il se lève et pars avec une rapidité qui me fait penser qu’il a l’habitude.
Ma cousine se réveille, « tu as fais un cauchemar me demande-t-elle ? » que répondre à ça ? je suis une petite fille, j’ai peur, il fait noir, personne ne peut me sauver….et toute la journée, tous les jours que Dieu fait, il me coincera consciencieusement , au nez et au vue de tout le monde…A table, il se met à côté de moi, glisse sa main dans ma culotte, je m’étrangle.. Me sauve…cours aux toilettes, vomis ce que je viens de manger….
Ma mère s’inquiète, mais je la vois si heureuse au contact de son frère, que je n’ose même pas imaginer lui dire quoique ce soit…
Un jour, elle m’envoie à la cave chercher des œufs, à l’époque nous les conservions à l’intérieur d’un immense pot en grés, dans un produit gluant qui ressemblait à de la fraye de grenouille, il fallait plonger son bras jusqu’en haut pour pouvoir les prendre…

Je descends et l’oncle est sur mes talons, je me mets à trembler sachant ce qui m’attend, il me bloque contre le mur et essaie de baisser mon short….je baisse les yeux et je vois mes jambes couvertes de « trucs » noirs……Des puces !!!!!!!! la chatte avait fait ses petits et la cave était infestée de puces.. J’étais couverte de puces, je pousse un hurlement qui me casse la voix, mon oncle se demande ce qui se passe et je lui échappe en sanglotant…

Je suis hystérique, je m’arrache les cheveux, j’ai peur des puces…De mon oncle, de tout…Ma mère me récupère en pleurs, impossible de me calmer, elle entend le mot puces et regarde mes jambes, effectivement ça grouille…Elle me met dans la baignoire et ouvre le jet…
Je ne veux plus descendre à la cave je sanglote, si tu m’y envoies encore je me sauverai…Ma mère rit, elle hurle de rire, et le tonton apparaît se met à rire avec elle et je sens que je tombe…..

Je ne me suis pas assommée mais presque ! Une fièvre de cheval, rien ne la fait descendre, ni le Diénol, ni le bain, ni rien….J’ai peur.. je claque des dents…Que d’histoires pour quelques malheureuses puces dit ma mère !
On me fait coucher dans la salle à manger pour ne pas gêner ma cousine, je suis en transe, je m’endors et je fais des cauchemars horribles, mon père accourt et reste auprès de moi, il me met des mouchoirs mouillés sur le front…..
Mon oncle a le culot de venir , voit mon père et s’approche de mon lit, compatissant, proposant de payer le médecin…Je me mets à hurler, la température monte…Mon oncle réintègre sa chambre, je me calme….

Il leur reste 2 semaines de vacances, comment je vais faire, je m’épuise dans une bataille de grands.. A l’aide !
Mon beau-frère, passe me chercher un matin avec sa voiture pour aller garder ses gosses…. Je monte à l’arrière, et avant qu’il ne démarre , mon oncle ouvre la portière côté passager et s’installe…..

Je ne suis pas rassurée, mais mon beau-frère est là….Mon oncle se tourne vers moi, pas de ceinture à ce moment là.. ou je ne m’en souviens pas.. Là n’est pas le propos d’ailleurs…. Je sais pas si je peux le dire, c’est tellement énorme, mais il glisse sa main dans ma culotte et mon beau-frère en fait de même…. Complices comme cochons, je hurle, je tire la portière qui s’ouvre d’un coup.. Mon beau-frère pile net, je sors de la voiture et cours.. cours… cours… 
Je ne reconnais plus rien ; je ne suis jamais venue toute seule en ville, je pleure, je crie, je fonce dans une vieille dame, on tombe toutes les deux… Mon beau frère qui m’avait suivie, n’ose intervenir, et s’en retourne…
La dame, gentille essaie de me calmer, elle croit que je me suis fais mal en tombant, je ne la détrompe pas… que dire ? que j’ai envie d’être morte ? qu’on me fait de vilaines choses, que deux hommes en même temps me font du mal….
Qui va me croire, même moi je ne me crois pas !
Il faut que je parte, ailleurs, mais où ? je demande à la dame comment on fait pour aller chez le curé, et gentiment la dame m’accompagne… Heureusement, l’abbé qui m’a suivie pendant tout mon catéchisme est là.. je vacille jusqu’à lui et tombe à ses pieds, en larmes, hystérique…. Il ne m’a jamais vu ainsi, s’affole, me fait rentrer dans son bureau. Comment lui expliquer, je n’ai pas les mots, c’est pas un homme comme tout le monde, est-ce qu’il va comprendre…

Ce jour là, chez l’abbé, j’ai tout déballé, en vrac, comme on vomit….Le pauvre me regardait, abasourdi, il veut me raccompagner à la maison pour en parler à mes parents…
Mais je refuse, je ne veux pas que ma mère soit malheureuse par rapport à son frère. l’abbé me ramène à la maison en 2chv…. monte avec moi…A la cuisine, mon oncle et mon beau-frère sont installés à la table où l’on roule, ça pue la peur, la sueur…Ou autre chose que je ne sais pas nommer…. Je les regarde bien en face et leur dit : merci de m’avoir déposée chez l’abbé, j’avais plein de choses à lui dire….
Ma mère éberluée me dit : « tu n’étais pas en train de garder les gosses ? »
Ces deux ordures leur avaient dit qu’ils m’avaient laissée avec les gosses… « non, ma sœur est rentrée et elle s’en est occupée…J’ai pu aller voir l’abbé… »
Ils ont quand même eu la décence de baisser les yeux devant le regard dégoutté de l’abbé…Ce dernier a lâché avant de partir : « N’hésite pas à venir me voir, je promets de faire le nécessaire… » Paroles sibyllines qui ont dû inquiéter mes tourmenteurs !

Les jours suivants, mon oncle a paru se calmer, j’ai coincé ma mère dans un coin pour lui dire, que le tonton il « essayait » de faire des choses avec moi.. Elle m’a regardée et elle a dit « tu dois rêver ma fille, arrête de dire des vilaines choses…. » Mais je te jure maman, il essaie de baisser ma culotte…..
Elle crie, hurle que je suis une menteuse….Je ne vais pas plus loin, c’est inutile, je n’ai pas envie d’un drame à la maison.

Le bon tonton n’avait pas réussi à arrêter le processus très longtemps !!! (au fait, le bon tonton a voulu revenir à Pâques, et c’est ma mère elle-même, qui a dit non. Elle n’a jamais donné d’explication…Elle a dit non c’est tout.)
Donc, dans le temps, on n'avait pas à donner de préavis, on n'avait pas besoin de faire des centaines de papiers, il suffisait qu’on trouve une personne qui veuille bien déménager avec nous et on échangeait les appartements. Mon père en avait trouvé un, en ville, 2 chambres une salle à manger, une minuscule cuisine, sans wc et sans salle de bain .35m2 à tout casser

  les HLM qu’on habitait, nous les avions occupés les premiers, on avait une cuisine, salle à manger 3 chambres 1 salle de bain et des wc. 2 grands balcons…Un immense jardin… Ca allait nous changer ! on n’avait pas le choix, il fallait y aller !
Les gens qui devaient prendre notre suite, apportait tous les jours un peu de leur déménagement, ils en mettaient dans les caves, dans l’appartement, ce qui fait que le jour du déménagement tout était là. Nous, on a fait le déménagement avec une camionnette, un copain de mon père, et lorsque nous sommes arrivés à l’adresse prévue……. L’appartement était déjà occupé !! 
Eh oui, on s’était fait avoir, les gens avait joué avec notre naïveté, nous v’là à la rue, avec nos meubles sur le trottoir, maman qui pleure, mon père hébété , ma sœur courant partout et moi, rasant les murs, ayant déjà conscience du ridicule de la situation .La mairie nous case dans un taudis inhabité depuis plus de 20 ans...des murs qui ruissellent, des planchers pourris...une horreur, ça se compose de 3 petites pièces en enfilade.....
  Et je tombe malade. 40° de température, je ne peux rien manger, ma bouche me brûle, elle est remplie de pustules…. On appelle le médecin qui me prescrit un médicament sous forme de poudre à diluer dans de l’eau…. J’ai le muguet…c’est horrible, ça brûle, j’avale de l’eau avec une paille…..
Ma mère qui n’a certainement rien compris de ce que le médecin lui a expliqué, me donne la poudre directement dans la bouche, je crie, je pleure…La fièvre augmente…A l’époque pas de téléphone pour rappeler le toubib pour lui demander conseil…

Chaque fois qu’elle approche de moi pour me donner mon médicament , c’est les grandes eaux…. je pleure tellement, que même mon père lui interdit de m’approcher…ça fait une semaine que je n’ai pas mangé, ma mère n’en peut plus. Un jour , en ville , elle rencontre l’abbé, mon abbé, et elle lui parle de ses difficultés à me faire prendre mon médicament…

Je viens avec vous dit le brave homme…. Et là………. je vois l’abbé dans l’encadrement de la porte…Lui ne me voit pas, il voit le papier peint déchiré, la moisissure, le plancher troué à divers endroit…. Il me regarde, s’approche de mon lit et me prend la main…je sens qu’il est ému…j’ai de la fièvre, il faut te soigner ma grande, il prend le flacon de poudre et lit la notice…. 
Il appelle ma mère et lui dit…. Il faut diluer la poudre avec de l’eau, c’est pas étonnant qu’elle ai mal, ma mère pleure…C’est pour ça qu’elle hurlait…mon père trouve la force de l’engueuler, et moi, je suis incapable de dire un mot…ça fait quelques jours que je ne peux plus parler tellement j’ai mal….

On dilue la poudre, et l’abbé me donne la première cuillère…qui passe toute seule, juste un peu chaud dans la bouche mais rien de commun avec la poudre à l’état pur…je pleure de soulagement.. L’abbé me serre la main, pourquoi ne m’as-tu jamais rien dit sur tes conditions de vie ?impossible de répondre, d’abord, c’est pas moi qu’il doit plaindre, moi je suis barrée  en internat une bonne partie de l’année…C’est eux, mon père, ma mère, ma sœur…..

Il se penche et me dit , je te jure que ça va changer, je te le jure ! Soignes toi, je reviens dès que possible…

 
 Donc, au fond de ce lit humide, les draps ne sont jamais secs, vue l’humidité ambiante…..je commence à aller mieux, ma mère me fait des œufs au lait que je savoure avec délectation…. Toute ma vie, les œufs au lait me rappelleront plein de souvenirs …
  Un jour, on entend toquer à la porte, ma mère ouvre et trouve 3personnes dans le couloir…L’abbé, une assistante sociale et un adjoint au maire.

Ils rentrent, je suis toujours couchée, un peu pâle, l’abbé s’approche et me dit « je t’avais promis de revenir très vite…. Puis, il s’adresse aux 2 autres personnes , et leur demande de visiter« notre palace »…. j’ai honte, le seau hygiénique n’a pas été vidé et ça sent……. J’ai envie de me cacher sous les couvertures, de ne plus les voir…et là, merveille des merveilles, l’assistante sociale traverse le plancher… les pauvres planches disjointes n’ont pas résisté à son poids . Elle crie de peur, mais elle n’ira pas bien loin, y a rien en dessous…Nous on les compte plus les fois où on traverse ! on les compte plus les plaques pour réparer les dégâts…

L’adjoint l’a soutient du mieux qu’il peut…L’abbé en rajoute, les emmène derrière, vers la rivière, leur montre les dangers de la maison éboulée, les rats…..
Ma sœur qui patauge parmi les étrons…. leur conciliabule sera très court, l’abbé revient me voir, et me dit :
« il faut commencer à emballer vos affaires, il y a un logement de libre pour vous… » le comble, c’est que le logement qui est libre est celui que nous avions échangé lors de notre déménagement. Il est dans la même rue, au troisième étage une cuisine, une salle à manger et 2 petites chambres….

L’abbé revient avec quelques jeunes de la paroisse et tout se fait tellement rapidement que j’ai tout juste le temps de sortir de mon lit !!!!

C’est sûr, ce n’est pas le luxe, mais le logement est sain. Tout près de là, à la maison du peuple, on a la possibilité d’aller prendre des douches. C’est payant, mais ma sœur et moi, en prenant la même on fait des économies…Toujours le seau hygiénique…Mais ça on n’y peut rien.

L’abbé est là, avec les deux autres…. l’adjoint au maire : « Vous savez, on imaginait pas dans quel état c’était…. Il fallait venir nous le dire, on est désolé…N’empêche que chaque mois la mairie encaissait bien le loyer pour ce taudis, 100 Francs je crois…. Quand on avait du retard, on recevait des semonces au courrier…..Je ne me gêne pas pour le leur dire, l’abbé dit qu’il va en parler dans le bulletin paroissial…. Que tous les mal logés lèvent le doigt !

On devrait demander au correspondant local de venir faire des photos…dit l’abbé…Je vois l’adjoint pâlir…. Mr l’abbé, j’ai fait ce que j’ai pu, si on avait su plus tôt ce qui se passait…..Bien sûr qu’il a raison cet étron, c’est de notre faute, on avait qu’à aller se plaindre…. C’est sûr qu’avec la dette qu’on avait aux HLM, on nous aurait donné un logement de premier ordre…Quand on nous a casés dans ce taudis, on nous a dit qu’on avait de la chance d’avoir un toit !! et quel toit ! Les pauvres ne parlent pas monsieur…. Ils encaissent !

L’abbé est en colère, je le vois à ses lèvres pincées, à sa pâleur…. C’est une honte, je vous préviens que j’en parlerai au sermon  dimanche, vous pouvez le dire autour de vous…….
Je prends l’abbé à part et je lui dis : «ne citez pas de noms, on a suffisamment la honte comme ça…. » Ne t’inquiète pas, c’est pas vous les coupables , relève la tête et ne baisse pas les yeux…. Ma mère pleure dans son coin, mon père a l’œil qui brille…..tu vois papa, ça y est, on y est dans l’appartement que tu nous avais trouvé….

On commence à s’installer, tout le monde nous aide, le souvenir qui est le plus fort pour moi, c’est cette solidarité des gens entre eux…Ils ne sont pas riches, non…Ils ont juste du cœur, et l’aide qu’ils nous apportent me donne de l’espoir.
Toute les personnes qui sont là, c’est autant de mains tendues, c’est une force qui soulève des montagnes….Il a fallu que j'écrive tout ça, pour que vous compreniez l'influence que l'abbé a eu sur moi.....

C’est plus dur de trouver ce genre de personne maintenant, on préfère faire les chèques aux assocs ou pour le tsunami…C’est plus facile que de regarder à côté de chez soi. Je pense avoir gardé ce côté « je donne…. », ce qui fait que parfois je suis considérée comme une retardée ! Les gens n’aiment pas qu’on leur donne, ils se sentent redevables…et vous en veulent de ne pas pouvoir rendre…On s’en fout qu’ils rendent, on fait pas les choses pour ça . S’ils savaient le plaisir qu’on ressent quand on donne un coup de main, quand on tend l’oreille aux misères, quand on trouve une solution là où il n’y en avait pas, quand on regarde les autres, tout simplement…. J’ai de la chance, les gens qui me sont proches répondent bien à ce genre de sollicitation.

L’abbé, tout seul, a soulevé la poussière sur le bureau du maire, il a fait souffler un vent de colère qui a permis à plein d’autres de se retrouver dans de meilleures conditions de vie…Son sermon a été magistral, l’article est bien paru dans le bulletin ……Quelques mois après, les bulldozers détruisaient ce nid à rats qui fut notre foyer durant presque 3 ans……

L’abbé m’a encore plus d’une fois sauvée la mise, il m’a appris à éviter la haine, (ce fut parfois difficile), il était très malade et avait besoin d’être dialysé chaque mois…Et pourtant , il a repris son bâton de pèlerin et il est parti dans une grande ville du sud de la France afin d’aider les drogués, il a vécu dans la rue avec eux, donnant tout son temps, tout son amour, les tirant de toutes ses forces, il en a sauvé qq uns mais il en perdu plein d’autres….. Jamais il n’a perdu courage, dialysé lorsqu’il avait le temps…. Il est mort, jeune, il avait 42 ans…. je lui rends hommage aujourd’hui, c’était un grand homme et pourtant on n’en n’a pas parlé dans les journaux…..salut mon abbé....
J'aime à penser que c'est lui qui a fait de moi ce que je suis.....

lundi 17 octobre 2011

Ce n'est pas encore l'heure de l'acceptation...


Hier, avec dernier fils et sa compagne nous sommes allés manger au restaurant et tout de suite après, nous sommes allés la voir....

Pas un sourire...rien....je remarque que ses ongles sont longs...je décide de lui faire une manucure et de les lui couper...de grands ongles grisâtres, c'est pas l'idéal...
en plus, elle qui n'a jamais fait attention , ni à sa peau, ni à ses cheveux, ni à quoique ce soit d'ailleurs, prenait du temps pour se faire les ongles....maman était pareille...ses ongles étaient toujours impeccables, limés , et avec du vernis incolore...
je fais donc tremper ses doigts dans une petite cuvette, et elle commence à grogner  au bout de 2 secondes...
"fini...fini maintenant marmonne t elle!"
mais non, laisse tremper, que je puisse te faire les ongles.....elle  lève les yeux au ciel....je peux enfin lui couper, lui limer, lui faire des ongles tout propres.....
Va t en...qu'elle me dit...! au même moment, une infirmière vient lui installer une perfusion....elle l'entend et lui dit : " eh bien, c'est pas gentil pour votre soeur ça....ça fait à peine 5 mn qu'elle elle là...."
Elle l'a regarde, l'oeil mauvais....partez! partez tous! qu'elle dit....
Je lui prends la main, la caresse, et essaie de la calmer....mais rien n'y fait...elle est agitée, en colère....
Au bout de 10 minutes, on sent qu'il faut partir. Je l'embrasse et lui dit : je t'appelle demain....
Je suis troublée, peinée....elle ne veut plus qu'on reste près d'elle...
Ce matin, 5 fois, j'essaie d'appeler. Comme personne ne répond, j'appelle les infirmières...
Oui, me dit la personne que j'ai au bout du fil, on sait qu'elle ne répond pas...nous, elle nous sonne toutes les dix minutes, elle nous épuise et à peine arrivée dans sa chambre, elle nous dit de partir....

quel est votre prénom? me demande t elle...je le lui dis et elle dit que depuis ce matin, elle crie mon prénom sans arrêt...
Je lui dis, que j'arrive, je ne peux pas la laisser comme ça, mais elle m’arrête tout de suite : ce n'est pas la peine de venir, je crois que sa colère est tellement grande qu'elle refusera tout net de vous voir...comme elle refuse de vous avoir au téléphone....

Et je fais quoi? eh bien, il faut attendre, elle a des nouveaux antidépresseurs.....il faut que ça fasse effet..Pour l'instant elle refuse tout contact, même avec nous! ce matin, on en avait tellement marre, qu'on l'a mise sur un fauteuil roulant et on l'a placée dans le couloir....elle voyait du monde, ça avait l'air de lui convenir....
Mais alors, quand puis je venir??? rappelez demain, on vous dira.....

Et voilà, rien ce n'est pas aussi simple que je le pensais....Ma soeur, qui est une personne simple, facile, s'est transformée en une personne invivable et difficile! même le personnel s'épuise....


mercredi 12 octobre 2011

ceci est son testament.....

Aujourd'hui, elle a les lunettes sur le nez...signe pour moi, que ça va mieux..
c'est bête ce que je dis là, mais quand elle n'a pas ses lunettes, j'ai l'impression que c'est parce qu'elle ne veut plus voir....ne plus exister...
MOI : Alors, tu as bien mangé?
ELLE : oui, j'ai bien mangé aujourd'hui....Et puis, ils m'ont fait marcher dans le couloir ce matin...Ils étaient deux, et j'ai marché 3 minutes....

MOI: c'est super bien ! et tu es restée un peu dans ton fauteuil?
ELLE : toute la matinée....mais j'avais mal aux fesses alors, j'ai demandé à retourner au lit...
MOI: Oui, mais tu as tenu debout! c'est mieux qu'hier tu vois!
ELLE: Je sais que je ne rentrerai plus.....
MOI: ah..... tu as parlé avec le toubib?
ELLE : non, mais je le sais...Je vais mourir, d'ailleurs je ne verrai pas le jour demain matin....
MOI: Mais qu'est ce que tu dis?  tu te sens moins bien, tu as mal quelque part?...
ELLE : Non, mais je le sais....
Le Kiné rentre dans sa chambre...On va faire quelques pas lui demande t il? 
ELLE : Non...j'ai trop mal...
MOI: vous savez, elle a marché ce matin avec deux personnes et elle est restée dans son fauteuil...Elle est peut être fatiguée....
LUI : alors, on fait une séance de claping, je sens que vous êtes encombrée....elle fait la grimace mais se laisse faire en geignant...

Je file dans le couloir où je rencontre sa toubib qui me dit : "vous savez, elle n'a pas marché ce matin ...ni été dans son fauteuil...
Je la regarde éberluée...mais elle m'a dit....oui, me dit elle, elle est un peu confuse par moment....Nous cherchons un antidépresseur qui lui convienne mais ce n'est pas simple...
Je lui raconte la conversation que nous avons eues toutes les deux..Elle a l'air surprise qu'elle ait pu dire ça...
Moi aussi je suis surprise, ça m'a l'air bien soudain, hier elle voulait entrer chez nous...et aujourd'hui, c'est fini..
Nous avons pu parler encore durant une heure , doucement...
Elle m'a dit : je ne veux pas que tu préviennes quiconque de ma mort...ni mes soeurs, ni personne...je veux que toi...et soudain, une flamme dans son oeil : et tu dois suivre tout ce que j'ai écris....sinon, je me retournerai dans ma tombe...
MOI : mais quand as tu écrit?
Elle : ça fait longtemps, c'était lorsque je suis arrivée...j'ai caché les papiers dans ma chambre...Tout est marqué...Tu me jures de faire ce qui est écrit???
MOI: je te le jure....Mais, moi, ce que je veux, c'est t'accompagner lors de ton dernier voyage...je veux te tenir la main, et t'aider à passer la porte...
ELLE : avec un grand sourire : alors si tu es là, tout se passera bien...et tu sais, de là haut, je te protègerai, toi, l'homme et mes deux neveux....
J'ai pas osé dire que j'avais 3 fils...mais comme elle sait qu'il s'est fâché avec moi, et qu'elle lui en veut, elle l'a déjà rayé de sa mémoire...
J'ai le coeur moins lourd ce soir...on s'est dit les choses avec des mots et elle a seulement regretté de n'avoir pas pu faire un plus long bout de chemin avec nous.....

Je ne sais pas quoi faire.....

Hier, c'était " RIDEAU".... pas de regard, pas de sourire....une sonde à nouveau posée...de la fièvre...
Je lui parle tout doucement, et elle a les yeux brouillés....Je vais voir une infirmière et je lui dis que je la trouve très mal....
Oui, me dit elle...Elle est angoissée et nous n'arrivons pas à trouver la molécule qui pourrait lui donner un peu de vigueur et d'envies...
Elle vient la voir avec moi, et lui demande si elle n'a pas mal....non dit elle doucement...
Elle lui dit, que c'est normal d'être angoissée et que si on peut faire quelque chose pour elle, il faut qu'elle demande....
Elle secoue la tête...Non....je veux rentrer.....
Vous savez que vous ne pouvez pas rentrer, qu'il faut accepter de rester ici....
Ses yeux vides semblent m'implorer....
Tu veux que je reste près de toi? Je peux avoir un lit à côté de toi.....
Non.....je veux rentrer....
Et tout à coup, elle s'endort...d'une masse....
Elle a fait ça tout l'après midi, et quand elle ouvrait les yeux elle me disait : " ne reste pas, va t en..."
Et je suis partie....

lundi 10 octobre 2011

Dialogue de sourds...................

J'ai suivi les conseils de Lalwende, et j'ai commencé à parler " réellement" à ma soeur.....Parler n'est pas une chose simple avec elle, car elle n'entend que ce qu'elle veut entendre, et en plus elle fait un tri dans les informations.....
J'ai commencé à lui dire des choses au téléphone... parce que je suis lâche,  parce que je ne peux pas la regarder  les yeux dans les yeux, et je ne peux pas lui expliquer que la vie s'en va tout doucement.....je n'en suis pas encore capable.

Alors au téléphone a commencé ce dialogue :
MOI : tu vas bien?
ELLE : non
MOI: Le médecin est passé?
ELLE : oui, je lui ai dis que je n'en pouvais plus de ne pas bouger..qu'il fallait absolument qu'il trouve le médicament qui va me guérir.....
MOI: Tu crois qu'il existe ce médicament?
ELLE : Il a dit qu'il cherchait......
MOI : Tu ne penses pas qu'il faudrait réfléchir la dessus? tu sais que le service dans lequel tu es, est un service où on fait tout ce qu'il faut pour adoucir tes jours...ils n'ont pas le médicament miracle qui va te rendre la forme...Ils sont au plus proche du malade, parce que les médicaments ne peuvent plus te guérir, ils peuvent juste t'éviter de souffrir.....
ELLE  : ça veut dire que je vais "crever"....
MOI: pourquoi tu dis ce genre de mot? les êtres humains ne "crèvent" pas, il s'éteignent, ils meurent.....
ELLE : c'est pareil ...
MOI: Tu sais que le Dr G.....a abandonné les soins, et qu'il t'a confiée à ce service, parce qu'il ne pouvait plus rien faire pour toi....il te l'a dit.....
ELLE : Je veux rentrer à la maison.....
MOI: je sais...je le voudrais, mais je ne peux pas.....je ne peux pas te porter, et toi tu es trop faible pour bouger..la où tu es, je sais que tu es bien, que le personnel est formé pour te donner du bien-être...Chose que je ne pourrais pas faire si tu rentrais....je serais perpétuellement angoissée, de te faire du mal, de mal te soigner...et on risquerait de s'en vouloir mutuellement pour des conneries...
ELLE : raccroche! je suis fatiguée...

Et voilà...j'ai l'angoisse au ventre, mais j'ai pu dire des choses.....

Et cet après midi, elle m'a dit : j'ai vu le médecin ce matin, et je lui ai demandé quand j'allais pouvoir rentrer...parce que c'est plus possible, j'en ai marre d'être ici......
Alors, je me suis réfugiée dans le couloir deux minutes, pour souffler...






samedi 8 octobre 2011

Moi, j'abandonne .......

ça s'en va et ça revient.......non! je ne chanterai pas....mais c'est l'impression que j'ai, quand un matin ça me retombe dessus.......
4 années de dépression....Il me manque 4 années à ma vie...

j'ai vécu ces années au ralentis, dans le brouillard, avec une seule envie en tête : mourir....
Alors, j'ai tenté le coup ! après une centaine de cachets, et un réveil nauséeux aux urgences; j'ai beaucoup travaillé avec un psy merveilleux, qui est malheureusement parti à Genève après six mois de psychothérapie....
Il m'a donné des clés mais pas toutes ! et j'ai encore des réveils douloureux.....
j'ai des périodes où "ça" me submerge à nouveau.....alors j'augmente mes doses de cachets; parfois ça marche et parfois non....
là, ça fait deux semaines que je suis border line....je le sens dans mes os, dans ma tête, dans ma peau...Je serre les dents, mais ça monte....ça monte.....ça monte....

Et je dois penser à ma soeur..... elle traverse une phase où elle vit très mal son hospitalisation et où elle m'en veut...
Aujourd'hui, j'ai dû appeler mon amie Manue en catastrophe, je ne me sentais pas capable d'aller faire des courses et d'aller voir ma soeur , seule.....
Heureusement, elle est toujours là, prête à partir en guerre contre mes démons !

à notre arrivée à l’hôpital , je suis accueillie par un oeil noir....pas de sourire...Elle me regarde comme si elle ne me reconnaissait pas...elle se force à sourire à Manue, mais on sent sa colère...
Contre quoi, contre qui est elle en colère?

Plusieurs infirmières se présentent dans la chambre....Une, se présente car elles ne se connaissent pas....elle est à peine polie avec elle, et elle lui fait comprendre qu'elle veut être avec moi.....Une autre vient lui proposer un massage : ça ne m'intéresse pas...j'en ai eu un hier, ça m'a rien fait.....sans un sourire, sans un regard aimable...
C'est moi, qui me sent obligée de les remercier pour leur gentillesse......

Une autre vient lui proposer un goûter..."je veux rien"....
La jeune femme nous propose un café, un jus de fruit, que nous acceptons mon amie et moi..... j'en suis malade de la voir se comporter aussi mal....Ce n'est pas son genre pourtant ...
Que lui arrive t il ?
Enfin , elle accepte du fromage et du pain.....Deux personnes la remontent sur ses oreillers, l'installent confortablement ....
à peine sont elles sorties , qu'elle nous fait comprendre que c'est du pipeau tout ça! que la plupart du temps, elle est toute seule....Elles font ça parce que vous êtes là....

J'ai du mal à l'admettre....Elles me semblent toutes sympas, aux petits soins avec elle....
Que croire? que penser ?

Et je suis là, avec mon mal être...avec mon mal de vivre...heureusement, Manue est là..Quelles sont les phases qu'on traverse lorsqu'on est en fin de vie????
Elle ne veut pas savoir qu'elle est en fin de vie...Doit on lui dire afin qu'elle se prépare? doit on continuer à lui faire croire "qu'ils" vont trouver un médicament qui va lui redonner des forces ? Je ne sais pas....
Je vais prendre rendez vous avec la psy du service afin de savoir ce qu'elle en pense...Car moi, je ne sais pas quoi faire......

mercredi 5 octobre 2011

Anecdote suite au mardi de Pödane.......

Une petite note pour raconter une anecdote, sur un prof que je n'oublierai jamais......

C'est la rentrée ....à mon époque, on continuait après le cm2....on ne rentrait pas tout de suite en 6ème...j'ai donc fait le cours fin d'étude 1 et le cours fin d'étude 2...et ensuite "certificat d'études primaires".....

Après, ce fut le grand saut...mais encore une fois, on nous faisait sauter la sixième et on entrait directement en 5ème.....en tout cas, ce fut le cas pour nombreux d'entre nous.....
Malgré tout, certains élèves n'avaient pas fait le même parcours et étaient entrés en 6ème normalement, ce qui fait que par rapport à eux, nous avions du retard , surtout en Allemand qui était la langue obligatoire.....

Donc, me voilà, perdue dans ce grand collège, persuadée que je ne vais pas y arriver...j'ai perdu mon cocon, mes petites habitudes, mes maitresses......

On nous donne un prof principal.....Monsieur C .... C'est la première fois que j'ai un homme qui va me faire cours...On se retrouve dans une salle et il nous explique la vie du collège...
Moi, je n'ai d'yeux que pour lui.....je bois littéralement ses paroles !

Il a entre 35 et 40 ans et à me lire on doit penser que c'est l’Apollon du belvédère !!
Pas du tout ! Il est petit, brun , il a l'oeil gauche qui s'égare....on ne peux pas dire qu'il soit beau , ni même séduisant....

Mais il a une voix...et c'est sa voix qui va m'envouter jusqu'en 3ème ! Je l'ai donc en Français, histoire et Géographie......Les filles se moquent de lui car il louche et les garçons parce qu'il semble frêle et sans autorité.....Ils comprendront vite que ce n'est pas le cas!!

Et moi, je ne dis rien... je le regarde...j'écris ses initiales dans un coeur percé d'une flèche, sur tous mes cahiers...R . C........
Tout de suite, je me fais remarquer en Français....je resterai 1ère dans cette matière jusqu'au bout..... Je suis une des seules qui lit, et il le remarque tout de suite....Il va donc me guider durant ces trois années, me conseiller des livres, me demander ce que j'en pense.....

Ces trois années, je m'en souviens comme si c'était hier ! j'écrivais mon journal, et je ne parlais que de lui... Ce fut le premier homme de ma vie! Lui, n'a rien remarqué, ou il devait être habitué à ces emballements enfantins.....
J'ai quitté la 3ème le coeur gros, je l'ai quitté "lui"....pour un autre lycée , dans une autre ville....
Et la vie a passé....

J'ai travaillé une vingtaine d'années dans une association comme économe gestionnaire....On y recevait des jeunes placés par la Dass et la PJJ....
Je me suis bien éclatée dans mon boulot et un jour, j'ai reçu la médaille du travail...pour 15 années de bons et loyaux services !!

Nous nous sommes retrouvés dans une immense salle, car nous étions une quarantaine à être récompensés....
Je suis au deuxième rang, assise, et devant moi, tous les membres de l'association: le trésorier, le secrétaire, le directeur.....que du beau monde quoi !!

Mon oeil se fixe sur la nuque qui est devant moi.....je me penche, voit un profil....j'ai l'impression de rêver, mais il me semble bien le reconnaitre....je reconnais même sa veste (enfin, ce n'est plus la même qu'à l'époque hein !!) mais dans le même style...des ronds en cuir aux coudes....

Gonflée, je lui tapote l'épaule, et c'est l'éblouissement....c'est lui, c'est mon prof....35 ans après !!
Il me regarde et il dit mon nom....oui, 35 ans après il dit mon nom...pas mon prénom, car à l'époque on nous appelait par notre nom....

Je suis époustouflée! Mais qu'est ce que vous faites ici??? eh bien je suis le secrétaire de l'association...
Et voilà que tout d'un coup j'ai une illumination.....dans toutes les notes, dans tous les comptes rendus , il y a une signature et un nom....à chaque fois, que j'ai lu une note et vu ce nom, j'ai pensé à mon prof, mais pas une minute je n'ai imaginé que ce pouvait être lui.....

Je le regarde, passionnément..Il n'a pas changé....son oeil part toujours en vadrouille et ça m'attendrit....J'ai envie de le prendre dans mes bras....
Vient le moment de la remise des médailles.....C'est mon tour...Il se lève et demande au Directeur s'il peut me la remettre...
Je m'avance vers lui, il prend le micro et dit :

Je vous présente une de mes élèves...Je l'ai suivie durant trois ans, et ce fut un réel plaisir de guider ses pas...aujourd'hui, je suis fier de lui donner cette médaille, et je suis ravi de voir le chemin qu'elle a parcouru.....

Je ne peux pas m’empêcher de prendre le micro à mon tour...et c'est la larme à l'oeil, que je dis :
"Monsieur C...a été le meilleur prof que j'ai eu , c'est grâce à lui, que j'ai aimé faire des études, il m'a donné le goût des bons livres, le goût d'étudier.....
Et puisqu'on en est aux confidences, sachez que j'ai été amoureuse de lui durant ces trois années, et que je vais faire, enfin, quelque chose que j'ai toujours eu envie de faire : l' embrasser....

Et sous un tonnerre d'applaudissement j'ai pris mon prof dans mes bras et je l'ai tendrement embrassé... j'avais la larme à l'oeil, lui aussi....
Que d'émotion cette médaille !!
Peu de temps après, j'ai appris sa mort...Il souffrait déjà d'un cancer lorsque nous nous sommes revus....
Il fait partie de ces personnes que j'ai croisé sur mon chemin et qui ont fait de moi ce que je suis... Respect Monsieur C.......

mardi 4 octobre 2011

J'adore "le mardi c'est permis " !!


Je n’ai pas connu l’école maternelle…Dans l’endroit où nous habitions, il n’y en avait pas…

et puis , ce n’était pas obligatoire ,à l’époque !

Lorsque j’ai dû rentrer à l’école primaire, elle était située à 2 km, et une de mes sœurs m’y déposait le matin, venait me reprendre à midi, et m’y redéposait l’après midi…. j’avais une impression d’aller retour , de marche à n’en plus finir…..

J’ai 6 ans, et je n’ai pas les bases de la maternelle…je dois donc apprendre un peu plus que les autres pour rattraper mon retard….

Et , là, je découvre la lecture, l’écriture, le calcul…. ce sont des émotions intenses…. surtout la lecture ! en 1 mois, je sais lire couramment et je commence à dévorer tout ce qui me tombe sous la main…. même les boites de sel, de pâtes, je lis ce qu’il y a dessus !

Je dévore tous les livres de lecture, même lire un problème de calcul n’est pas rébarbatif…je me saoule de mots…. je suis avec une maitresse, qui me regarde avec un œil clément…

Elle doit comprendre ce que je vis, et pourquoi je m’applique avec autant d’intensité…Mes cahiers d’écriture sont parfaits, elle les montre même à l’ensemble de la classe comme modèle….

J’ai vite rattrapé mon retard, et j’ai même pris de l’avance, tellement j’ai soif d’apprendre….

Un matin, visite de la Directrice…Tout le monde se lève pour la saluer…Elle regarde toutes les élèves et me désigne du doigt…Approche me dit elle !

J’ai peur, je suis rouge, les larmes montent…. Mon dieu, qu’ai je fait de mal ???

Et là, elle sort de sa poche une grande image cartonnée…. Un magnifique oiseau…Elle me le tend et me dit : « C’est pas souvent que j’interviens dans les classes, mais pour une fois, je suis contente de te donner cette image…Tu es celle qui a fait le plus d’efforts, la plus sage, celle qui a des cahiers parfaits…Et tu mérites cette récompense… »

Moi, émue, je ne sais que dire « Merci »….

Plus tard, j’ai appris qu’elle avait eu mes trois sœurs en classe et que ça avait été tellement dur, qu’elle avait hésité à m’accepter dans son école !!

Toute ma vie j’ai gardé des contacts avec elle, 35 ans après lorsque je la croisais à la bibliothèque, (elle allait vers 80 ans !), elle me reparlait de cette image qu’elle m’avait offerte ! Pour elle comme pour moi, c’était un merveilleux souvenir…

Elle est décédée à présent, elle s’appelait Madame Vigne…..

Et cette image, je l’ai gardée très , très longtemps…. elle s’est perdue dans un déménagement…..

Mais l’oiseau qu’elle représentait, n’existait pas…C’était un Phoenix…et j’ai cherché la définition dans le dictionnaire :

« oiseau fabuleux qui selon la légende se brulait lui même et renaissait de ses cendres…. »

Et au sens figuré : « Personne unique en son genre et remarquable par son existence…. »

C’était trop compliqué pour une petite fille de 6 ans…. je n’ai pas vraiment compris ce que cela voulait dire…

C’est seulement plus tard, lorsque je suis devenue grande, que je me suis posée la question : « est ce que ça avait un sens caché ?? Est ce qu’elle me l’avait donné pour me dire quelque chose ??? je n’ai jamais osé lui demander…»

lundi 3 octobre 2011

Je veux rentrer chez nous......


Elle est là sans l'être...aujourd'hui nouveaux petits pépins...elle est sondée car elle n'arrive plus à uriner et elle a une perfusion...
Un germe pulmonaire, et une infection urinaire...car elle se retient de boire pour ne pas avoir à se lever.....

Je ne sais pas si c'est par peur de déranger ou si c'est qu'elle a trop mal quand on la bouge...

L'infirmière lui a enlevé sa perfusion, à calé sa poche d'urine et nous voilà parties dans le jardin...Le soleil est chaud, et je tâte sa tête sans cheveux pour ne pas qu'elle attrape un coup de soleil ....
Sa voix est de plus en plus basse, et j'ai du mal de comprendre ce qu'elle me dit...
j'essaie de lui demander ce qu'elle a mangé...mais c'est toujours : "rien"...
qu'as tu envie de manger , à part les huitres? un bon steak me dit elle! eh bien d'accord! j'achète les steaks et on mangera ensemble demain....

Mais pas un gros hein?....mais non, un petit...je prendrai du filet, bien tendre...
J'ai droit à un sourire de la bouche mais pas des yeux...
Tu veux que je t'amène des bibelots, des photos?...
Les larmes lui viennent aux yeux...pourquoi tu dis ça??? ben, pour rendre ta chambre plus agréable, que tu y retrouves un peu de chez nous.....
Non, je veux rien....ce que je veux , c'est rentrer...Si tu amènes mes affaires c'est parce que tu veux me laisser??Je veux rentrer....Prends quelqu'un pour s'occuper de moi...
Mais on ne peut pas avoir quelqu'un à demeure 24h sur 24....
Eh bien, je ferai des efforts pour me lever...tu verras, on y arrivera...
Mais comment veux tu que je fasse? Tu as besoin de soins, regarde pour ta poche, si tu étais restée à la maison, il aurait fallu t'amener aux urgences....
là, c'est comme une maison de repos médicalisée.....Les infirmières sont sympas, elles prennent du temps, elle viennent discuter avec toi...
Elle hausse les épaules et dit : " c'est toi que je veux...."
Je sais ma soeur, que c'est moi que tu veux...Je sais... mais comment faire? peut être qu'il faut que je m'installe près d'elle? peut être qu'elle sera rassurée si je suis là?..

Je rentre chez moi, moulue...comme si j'avais fait un marathon...c'est drôle d'être épuisée comme ça...alors que j'ai rien fait...


dimanche 2 octobre 2011

Je vous présente ma soeur.......




Journée chaude et ensoleillée...Nous avons embarqué ma soeur dans le jardin magnifique au rez de chaussée....Elle était contente de sortir, mais le sourire est rare..Elle est déjà ailleurs...dernier fils essayait de la faire sourire, mais c'était trop dur....

Elle a l'oeil voilé, et ailleurs...Lorsque nous sommes arrivés elle dormait, la bouche ouverte et dernier fils qui l'avait vue il y a 15 jours a vu l'évolution ...

Je n'ai pas dormi de la nuit me dit elle...Ils te donnent tes cachets ? ben non, ils n'ont pas mon dossier....

Je suis en rogne après son toubib qui n'a même pas fait l'effort de faire suivre son dossier....la seule radio qu'ils avaient est une radio de janvier....Il a fallu que je fasse un compte rendu de sa maladie, afin qu'ils comprennent mieux son cas...

J' y retourne demain, afin de la faire profiter au maximum du soleil , de la beauté du jardin....
Un pigeon est venu se baigner tout près de nous, et nous a fait beaucoup rire....elle n'a pas réagit.... comme si elle était déjà partie....

samedi 1 octobre 2011

On va vers la fin....

Voilà...je crois que j'ai compris...
Il y a trois jours, en rendant visite à ma soeur, j'ai rencontré une infirmière, très jeune, qui venait lui faire faire un aérosol.... Ma soeur râlait un peu, car elle a horreur de ça...
Mais , ferme, l'infirmière lui a mis sur le nez et lui a dit : un petit quart d'heure!

Comme elle me regardait en souriant, et qu'elle avait l'air d'avoir du temps, je lui ai demandé quand ma soeur allait récupérer un peu de forces, et quand, elle allait pouvoir se lever, car elle a mal aux fesses, au dos....
Elle m'a regardée bien en face, m'a sourit et m'a dit: vous savez je pense qu'elle ne récupèrera plus jamais ses forces.....c'est fini....et comme elle a vu mon regard consterné, car ma soeur était là, et entendait; elle s'en est sortie avec une pirouette, en lui disant : " Vous le savez , vous, que vous ne retrouverez pas vos vingt ans..."

Et j'ai réalisé qu'on allait vers la fin....Tout d'un coup, j'ai pris ça en pleine poire...
le matin même, je l'engueulais au téléphone en lui intimant de faire des efforts, de se lever et de faire quelques pas, d'avoir de la patience, que si elle ne se bougeait pas les fesses, elle ne pourrait pas rentrer...

Et là...j'ai réalisé qu'elle ne rentrerait sans doute plus.....

Il a fallu que je sorte...et dans le couloir, une famille d'une dizaine de personnes, formant manifestement deux clans, se disputaient devant la chambre d'un papy qui vivait ses derniers instants....Il était sous oxygène, et trois personnes étaient autour de lui, parlant fort...
"remets toi vite, et tu vas rentrer! tu vas voir, ça va aller mieux...faut juste que tu retrouves des forces......"
Et je me suis vue, avec elle, lui disant les mêmes choses....

Je suis rentrée, un peu chamboulée, comme si je n'avais pas bien fait mon boulot....comme si j'étais responsable de cette merde....

Le lendemain, mammographie pour moi, à 50 m de la clinique.... Depuis, quelques mois, j'ai une petite douleur sur le côté, au sein gauche.... pas de petite boule, rien....
à chaque fois que la douleur est là, je me dis : "mince! faut que je prenne rendez vous...!"
Et , comme si le ciel m'entendait, je reçois le papier de dépistage....rendez vous pris, je vais donc me faire radiographier...
La fille me fait faire l'examen, chiant mais pas douloureux et me dit, j'amène les radios au médecin...Ce dernier revient et me dit : " vous avez vos anciens clichés???"
Mon pôv monsieur, si je gardais précieusement ce genre de truc, ça se saurait !!!
Ben non! donc échographie......tache de 2 cm environ à l'endroit où j'ai mal....
Bon! comme on n'a pas les anciens clichés, faut revenir dans 4 mois, pour voir l'évolution.... Pour l'instant , on peut rien dire....

Bof! ça m'inquiète pas...J'aurai le temps d'y penser dans 4 mois...

Je passe donc voir ma soeur vers 11 h, juste avant le repas...elle est là, amorphe, dormant à moitié....son oeil ne s'allume pas en me voyant...Je m'approche, lui caresse la main.."ça va?"
Non...je l'entends à peine, sa voix est faible, son élocution lente......
"j'en ai marre....je veux partir ailleurs....."
Je sais ! lui dis je !
ils ont fait la demande pour que tu ailles dans un centre de rééducation....
Ah! c'est pour quand??? j'en peux plus......
Dès qu'il y aura de la place....
Oui, mais je veux y aller maintenant....
patiente encore un peu, ils ont fait une demande dans 5 centres....(dont un à une trentaine de kms! ça va pas être simple!)

Dans l'après midi, coup de fil...elle est prise dans un centre de soins palliatifs en centre ville dès le lendemain....
c'était aujourd'hui...je suis allée la préparer à 9h et demie ce matin et j'ai attendu les ambulanciers...
L' endroit où elle est , est tout neuf, une chambre immense, une grande salle de bain....elle a vue sur une petite chapelle...Une grande baie vitrée....
une infirmière très sympathique est venue discuter 1 heure avec moi...On a parlé de la vie de ma soeur, de son parcours...
Tout est aménagé pour faire plaisir aux malades...unité de 15 lits , une cuisine, une chambre un salon au même étage pour rester plus longtemps avec elle...On peut même venir manger, et lui apporter ce qu'elle désire.....(des huitres m'a t elle demandé!!) ...

Il lui ont promis de la promener dans le jardin cet après midi...au soleil...
J'ai vu un semblant de sourire apparaitre....et elle a refermé les yeux...
Deux médecins sont venu lui parler..Mais elle n'avait pas la force de leur répondre..J'ai dû prendre le relais...
Je voulais rester avec elle , mais elle n'a pas voulu...
"Je suis fatiguée...rentre à la maison.."
je suis partie, et je sais à présent qu'on va vers la fin......
je ne suis pas encore prête, il me faut encore un peu de temps...

l'infirmière m'a proposée de voir la psy de l'étage, car elle estime que j'ai des choses à régler avant qu'elle ne s'en aille...Je lui ai expliqué que ma mère me "les" avait confié avant de mourir, et que j'avais l'impression de faillir quelque part.. Il faut en parler et comprendre pourquoi votre mère vous a donné vos soeurs en garde...Il faut que vous vous fassiez aider sinon ça va être dur à vivre...

C'est déjà dur...