jeudi 2 juillet 2026

L'homme qui enseignait les mots....


Il a 78 ans. Il prétend qu'il est à la retraite. Mais c'est faux.

Chaque matin, il prépare son sac avec la gravité d'un instituteur de campagne. Quelques feuilles,  des stylos qui disparaissent mystérieusement d'une semaine à l'autre, et cette patience qui ne s'achète nulle part.

Puis il part retrouver sa classe.

Sa classe ne ressemble à aucune autre. On y entend des accents venus de loin. Très loin. Du Soudan, d'Iran, d'Afghanistan, d'Érythrée, et d'autres pays où la vie a parfois décidé d'être plus dure qu'ailleurs. 

Ils sont douze, parfois quinze. Des très jeunes qui pourraient être ses petits-enfants. Des hommes aux cheveux déjà blancs. Des femmes discrètes. Tous portent dans leur regard un voyage dont ils parlent peu.

Ils n'ont souvent pas de papiers. Mais ils ont des histoires.

Des histoires de désert, de frontières, de bateaux trop pleins, de nuits sans sommeil, de familles laissées derrière eux. Des histoires qu'ils racontent rarement, parce que certains souvenirs préfèrent le silence.

C'est une classe où les cartes de géographie semblent avoir pris vie... le Soudan s'assoit près de l'Iran.. l'Afghanistan sourit au Pakistan...

Ce qui frappe d'abord, c'est leur sourire.

Ils arrivent avec un "Bonjour professeur !" lancé comme une victoire. Ils remercient pour tout. Un café. Un cahier. Un mot nouveau. Ils offrent parfois une poignée de dattes, un couscous fait avec amour, quelques biscuits achetés avec presque rien.

Ils donnent sans compter, alors qu'ils possèdent si peu.

Mon mari leur apprend les subtilités de la langue française. 

Pourquoi "eau s'écrit avec trois lettres ?"Mon mari répond en riant " parce que si le français était simple, les français ne pourraient plus râler !! 

Toute la classe éclate de rire.

« Pourquoi on dit j'ai faim, mais je suis fatigué ? »

Il réfléchit une seconde... puis répond :

« Parce que le français adore compliquer la vie de ceux qui veulent l'aimer."

Il ne leur apprend pas seulement la grammaire.

Il les emmène au musée. Au cinéma. Leur montre une cathédrale, un jardin, une bibliothèque. Des lieux où beaucoup d'entre eux n'auraient jamais osé entrer, persuadés que ce n'était pas pour eux.

Il ouvre une porte.

Puis une autre.

Et encore une autre.

Il ne leur offre pas seulement des mots. Il leur dit, sans jamais le prononcer :

« Vous avez votre place ici. »

Eux, en retour, lui offrent quelque chose de précieux.

Ils lui rappellent qu'on peut avoir tout perdu sans perdre sa dignité.

Qu'on peut avoir faim sans perdre son humour.

Qu'on peut attendre des mois une réponse administrative et continuer malgré tout à sourire. 

Il les regarde parfois arriver.

Ils saluent chacun avec une politesse presque oubliée. Ils s'entraident. Celui qui comprend un peu mieux traduit pour celui qui hésite. Celui qui reçoit partage aussitôt.

On parle souvent de ce qu'ils n'ont pas.

On parle moins de tout ce qu'ils apportent.

Mon mari les aime profondément.

Il dit que ce sont eux qui lui apprennent le plus.

Je crois qu'il a raison.

Seulement voilà...

À 78 ans, le cœur est immense, mais les journées ne s'allongent plus.

Il rentre fatigué, ses yeux  brillent toujours mais se ferment un peu plus tôt tous les soirs..

Il affirme que tout va bien. Que ce n'est "qu'un petit coup de pompe". Pourtant, je vois ses épaules un peu plus basses, ses pas un peu plus lents.. il ne parle pas de sa fatigue mais je la vois...

Il voudrait être le professeur, le guide, le traducteur, le confident, parfois même le grand-père de chacun.

Il oublie qu'on ne peut pas porter le monde entier, même avec un immense cœur.

Je suis certaine que ses élèves, s'ils lisaient ces lignes, lui diraient dans leur français parfois hésitant :

« Monsieur... maintenant, un peu repos. Nous, on a appris. C'est votre tour d'écouter. »

Et lui sourirait.

Parce que les sourires sont devenus leur langue commune.

Il croit leur enseigner le français.

En réalité, ils apprennent ensemble une langue bien plus rare.

La bonté.

Celle qui ne demande ni passeport, ni visa, ni diplôme.

Seulement un cœur assez grand pour faire une place à l'autre.

Allez une p'tite toile ... rien à voir avec le texte... mais j'aime bien 😂

René Magritte 








21 commentaires:

  1. La bonté, le partage, l'écoute la plus belle des langues!

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    1. C'est vrai ! Il porte depuis toujours la misère du monde sur ses épaules... Il s'est toujours senti coupable de tout... là il donne , il écoute, il aide et il va bien... Avant ça il s'est investi avec les SDF, il est devenu visiteur de prison...proche de tous ceux qu'on oublie.. toute cette misère le fait tenir debout et avancer,..
      Parfois je le taperais mais j'hésite 😂... Il apporte un peu de bonté dans ce monde de brutes !! Bisous 😘

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    2. Ne le tape pas :-)))
      Tu l'as choisi pour sa bonté :-)

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    3. Rhooo ! Je vais essayer de ne pas le taper durant ces trois jours ! Il est en stage d'écriture dans une abbaye en Alsace ça va le ressourcer...des horaires, des prières et des graines...😂 sont végétariens !! Il crève donc de faim mais je lui ai fait un gâteau pour tenir le coup !! Bisous à toi 😘

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    4. Atelier d'écriture en Alsace ! Waouh !!! La chance ! Malgré les graines :-))

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    5. Oui il y a ses habitudes.. c'est comme Compostelle 😂... réglé comme du papier à musique !!seul problème.... Les graines ! Il avait déjà perdu 3kg durant la canicule..va revenir avec un os en moins !! 🥵

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  2. Quel bel hommage au travail inlassable de ton mari, à cette oeuvre indispensable pour l'intégration de toutes ces personnes ! Pour nous aussi, pour la fierté d'un pays qui sait garder son humanité. Que serait ce pays sans le travail bénévole de toutes les personnes, toutes les associations qui aident...
    "Chaque matin", c'est beaucoup !!! S'accorder une pause régulièrement ??? Mais quand le coeur est pris, quand la bonté est en marche...
    Mais le cadeau en retour est immense de richesses humaines, d'amitiés, de fierté de part et d'autres. Celui qui vient d'ailleurs n'est plus un étranger mais un humain avec un visage, un sourire, une histoire, souvent très chahutée, parfois dramatique. Quel courage il faut pour ces hommes et ces femmes qui quittent leur pays qu'ils aiment mais par nécessité, pour espérer vivre encore.
    Apprendre le français est une nécessité vitale quand on arrive dans notre pays. C'est pourquoi le généreux travail de ton mari est d'une importance capitale.
    Toute mon admiration !!!
    Bravo d'avoir mis ton talent à nous rapporter cette belle oeuvre au service du prochain, un prochain, même quand il vient de loin !!!

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    1. Il faut beaucoup de courage pour partir, quitter son pays, ses racines.. ça m'a toujours fascinée la force qu'ils dégagent.. Ils sont gais, reconnaissants, respectueux de l'attention qu'ils reçoivent.. ce n'est pas du travail pour lui.. parfois je sens sa fatigue et la semaine dernière il a eu un coup de chaud dans le local où ils travaillent..36 degrés même à l'intérieur c'est trop chaud 🥵 il commençait à devenir confus.. Il est resté deux jours au frais, et est reparti vaillamment le lundi.. il aime donner mais il reçoit aussi beaucoup.. Il apprend énormément d'eux et lui qui a tendance à déprimer relativise beaucoup plus !! Il oublie ses p'tits bobos 😂..
      J'admire et j'ai pris ma plus belle plume pour lui rendre hommage...
      Je t'embrasse Fifi 😘

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  3. Apprendre la bonté il n'y a pas plus beau métier
    quel bel hommage à ton mari ,
    une belle personne qui fait vivre l'espoir ...c'est si rare

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    1. Oui il fait vivre l'espoir.. j'aime cette phrase...même si je râle parfois car il est plus dans la lune que sur terre, je sais que ce qu'il fait est important.. et surtout, il le fait malgré certaines critiques de personnes de sa famille qui n'apprécient pas la richesse de tous ces hommes et femmes.. j'apprécie qu'il le fasse envers et contre tous.. bisous Josette 😘 😘

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  4. Bizarre cette toile, c'est Magritte ! La seule chose qui me plait ce sont ces petits nuages ronds, comme des ballons au balcon !
    Cet homme là, il se fait plaisir en même temps qu'il donne de son temps !
    Arnaud continuait à faire le prof avec les enfants de sa ville en leur expliquant des choses et ces gosses le nommaient Wilipédia (!)
    Bisous ma Coccinelle

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    1. Oui bizarre, tarabiscotée, un peu comme l'homme 😂 qui partage ma vie !! C'est vrai qu'il se fait plaisir, et qu'il reçoit beaucoup . ça l'empêche de vieillir trop vite !! C'est super qu'Arnaud ait continué à faire le prof il a dû enrichir plus d'un jeune cerveau !, bisous zoupinette 😘😘

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  5. Bonjour Chaourcinette, je rentre à l'instant du jardin où j'ai taillé avant que le soleil soit trop chaud ma sauge de Jérusalem. Je repasserai lorsque je me serai douchée mais déjà je rebondis sur ton commentaire d'aujourd'hui. Mon père disait qu'il ne faut pas deux jardiniers dans un jardin et cela est bien vrai. Cependant il faut bien supporter certains désagréments si on ne peut tout faire seul (e). L'homme aurait pu cependant remarquer que la terre avait été travaillé, c'est curieux aussi de ne pas avoir l'oeil pour déterminer les plantes.
    Ma fille a l'aide d'une jeune homme qui travaille dans une boîte d'entretien de jardin, il vient tondre sa pelouse qui est en réalité une prairie en pente. Il lui a déjà ratiboisé un althéa que je lui avais donné issu d'un semis spontané. Elle avait déjà vu qu'il avait des fleurs blanches puis le printemps suivant, couic !
    Il a fait pire cette année, ma fille a été désolée de m'annoncer qu'un rosier que j'avais bouturé soigné pendant trois ans avant de lui planter le long d'un grillage en prenant soin de le tuteurer, qui avait bien pris, donnant des fleurs trois ans de suite a été coupé ras avec le rotofile. Ma fille avait eu la mauvaise idée d'enlever les bambous que j'avais placés pour le protéger !!! Je n'ai pas le courage de me lancer dans une nouveau cycle de reproduction...
    Mon rosier c'est celui-là >

    https://cergipontin.blogspot.com/2020/06/la-rose-rosa.html

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    1. L'homme est "Un planteur"... Il essaie des arbustes, des plantes et vogue la galère faut que ces plantes se débrouillent... surtout dans son jardin des Vosges qui est devenu une véritable jungle.. j'ai abandonné l'idée d'y aller depuis longtemps 😂... et comme il ne va dans ce jardin que Tous les 15 jours ce qu'il a planté a intérêt à se débrouiller tout seul.. arrosage à la plantation et ensuite.... plus rien... sauf la pluie éventuellement... le nombre d'arbres et autres plantes qui sont décédés après est très important 😂 mais il continue...ceux qui résistent on peut les appeler "warriors"..donc mes pauvres marguerites et griffes de roses trémières tu penses qu'elles n'ont pas fait long feu 🔥 je vais aller voir ton rosier... je comprends ton désarroi face à la disparition de ton rosier bouturé !!

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    2. J'adore ton magnifique rosier !! Mon dieu quelle merveille !! Tu me donneras le nom j'ai une amie qui les collectionne !

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  6. On sent tout l'amour que tu portes à ce drôle d'homme de 78 ans qui a tant de passions et d'empathie en lui. Il mérite tout de même (beaucoup) d'indulgence pour les quelques (gros) défauts qu'il a
    Lorsque mon père est parti à la retraite, assez jeune car il avait fait les "colonies", il a envisagé d'enseigner les sciences naturelles en collège ou en lycée. Sa mission a été autre : il a relevé le niveau de mon frère qui était un cancre, qui en souffrait et avait deux ans de retard. Il a changé sa vie, il est devenu médecin
    Mon père était toujours attentif, une de ses relations au Vietnam lui ayant dit qu'il avait attrapé la tuberculose, il s'est arrangé pour lui faire parvenir des médicaments qu'il adaptait en suivant les prescriptions de notre généraliste selon l'avancement de son mal. Et cet homme a guéri
    Bises chaleureuses, Chaourcinette

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    1. Tu as eu un père admirable qui a su donner aux bons endroits l'aide dont chacun avait besoin... Quant à ce drôle d'homme qui me sert de mari il a fallu s'adapter... je construis une balance dans ma tête... tu sais celle avec deux plateaux... sur l'un je mets le bon sur l'autre le moins bon... parfois ça penche d'un côté, entre nous c'est souvent le positif qui l'emporte, ça m'empêche de m'énerver avec lui... et puis nous sommes trop vieux à présent pour jouer le rôle de Simone Signoret et Jean Gabin dans le chat !!! J'ai plein de défauts aussi, je suis une sauvage, qui vit à côté de lui... Il supporte aussi... gros bisous Cergie 😘

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  7. J'appelle cela: être un passeur, un homme qui transmet, qui donne un sens à sa vie. Il n'y a rien de plus beau !
    J'admire tous ces gens courageux qui quittent leur pays. Ma femme de ménage est Kabyle et a quitté son pays pour être libre. Elle s'est remarquablement adaptée à notre culture. Elle est volontaire et déterminée pour réussir. Il faut aider ces gens là !!

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    1. Tu as raison il faut les aider.. Ma femme de ménage est marocaine et c'est quelqu'un de courageux qui aide sa vieille mère malade restée au pays. Quant à mon passeur de mari il s'épanouit dans cette transmission du savoir...

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  8. J"ai vu une vidéo il y a peu qui disait que le secret des mariages qui durent était que lorsque le (a) partenaire évoluait il fallait l'accepter et aimer au fil du temps la personne qu'il (elle) était devenue

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    1. C'est sans doute vrai ! Au début de nos jeunes années j'essayais vainement de le changer.. Les personnes qui vivent dans les nuages font peur à des gens pragmatiques comme moi 🤣 et puis j'ai arrêté de m'épuiser et accepté ses failles... Nous sommes différents, il est curieux de tout, il entreprendra des choses même sur son lit de mort 😉 et moi je suis casanière, je raisonne et je le canalise quand il va trop loin.. avec le temps...on devient grands !! Bisous 😘

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