La soupe.........
Ce matin , sur le net
je suis tombée en arrêt devant une recette de cuisine ...
Alors, je copie la recette avant de vous raconter les souvenirs qu'elle a fait monter en moi......
SOUPE PAYSANNE CORSE
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
- 4 tomates
-1 saucisse à cuire
-1 saucisse à cuire
- 100 g de pâte tagliatelle ou macaroni
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette :
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux.
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette :
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux.
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.
Cette soupe était la soupe détestée, haïe de mon enfance ....hormis la saucisse à
cuire tout se trouvait dans l'immense jardin
derrière la maison....
Nous étions 7 à table, 5 filles et les
parents....Ce n'était pas l'argent qui nous étouffait, mais cette satanée soupe
qui revenait chaque soir comme un cauchemar...Pour moi, c'était un calvaire,
rien que de voir l'énorme gamelle au milieu de la table je sentais la nausée me
monter...
Nous étions pauvres, mais riches en légumes de
toutes sortes....je me souviens, mon père arrivait à faire pousser n'importe
quel légume, et pourtant, nous habitions les Vosges et le temps n'était pas
spécialement clément....en été, tomates, courgettes, aubergines , poivrons,
piments....au printemps, les radis, la salade, les petits pois...haricots,
carottes, pomme de terre, betteraves, navets.....J'en passe et des meilleurs !
Il complétait par la cueillette des champignons,
des pissenlits dans les labours ,de la rapine dans les vergers...Mirabelles,
prunes, pommes, poires...et à la saison des fruits des bois, nous partions tous
en file indienne dans les bois du père Marin ramasser les fraises des bois, les
framboises, les mûres que ma mère transformait en confitures et en sirops ...
On
n'a jamais eu faim, mais fallait le gagner son pain !! L'hiver, mon père
prenait quelques coupes de charbonnette, et on allait l'aider à empiler les
bouts de bois dans une espèce de remorque attachée à sa mobylette....il faisait
un grand feu , plaçait des pommes de terre dans la braise et ça faisait notre
repas du midi avec un bout de saucisse à cuire qu'il faisait griller dans le
feu.....ça c'était du bonheur ! je n'ai plus jamais retrouvé le goût ni l'odeur
de ces saucisses.....
Il nous laissait empiler , le temps de repartir à la maison où il
stockait dans la cabane à lapins les
morceaux de bois récoltés....puis il venait nous rejoindre et on ré- empilait
dans la remorque....J'avais des vieilles chaussettes en guise de gants, un
bonnet qui me cachait les yeux, et des godasses trouées car elles avait déjà
servi à 3 de mes sœurs avant d'atterrir à mes pieds....ça faisait floc-floc
quand je marchais, et si je ne bougeais pas mes pieds s'engourdissaient
rapidement....
Ce chemin pour aller dans les bois du Père
Marin, longeait d'immenses prés où paissaient des moutons...Des fils en
barbelés les empêchaient de s'échapper....Lorsque nous avions besoin d'un
nouveau matelas, nous avions une autre corvée, c'était d'aller décrocher la
laine que les moutons laissaient sur les fils barbelés...à sept, ça nous prenait 3 jours pour en venir à
bout...Nous rentrions le soirs, les mains égratignés, le corps gelé car nous ne
pouvions pas bouger pour nous réchauffer...à genoux dans l"herbe humide et
parfois glacée, on tirait la laine , on la démêlait et la mettions dans un sac
qui pendait à notre taille...On vidait notre sac dans la bâche que notre père
avait mis dans la remorque et on recommençait.....Ma mère nous emballait
les genoux dans des sacs plastiques pour
éviter d'être trempés....
Moi, je pleurais....la morve et mes larmes
gelaient sur mon visage et ma mère sortait en grondant un grand mouchoir à
carreaux pour m'essuyer le visage...."Mimi, disait elle (Mon père
s'appelait Emile)...tu penses pas qu'on devrait rentrer? les gosses ont
froid.....Quand il commencera à faire nuit disait il ! heureusement, la nuit
tombait vers 17 h....
3 jours d'affilé on se tapait ce calvaire !
parfois plus si on avait pas assez de laine pour faire un matelas ....
Après c'était le travail de ma mère et des deux
grandes...On rentrait, on se déshabillait, ma mère nous faisait couler un bain
chaud , et on allait s'agglutiner contre le poêle et la cuisinière de la
cuisine....
La laine trempait dans la baignoire, mon père
démontait une porte qu'il posait dessus , et mes sœurs lavaient, tiraient,
essoraient et étendaient à plat sur la porte....Elles la brassaient pour
chasser l'humidité...
Le poêle du couloir, qui donnait sur la salle de bain
était chargé à fond et une odeur bizarre envahissait petit à petit
l'appartement...une odeur de laine feutrée, une odeur forte et
désagréable.....Quand toute l'humidité était sortie, la laine était stockée
dans le hangar .....
Les matelas, se faisaient l'été...Le père
Cadici était le seul capable de vous faire un matelas en une journée....Dès que
le soleil commençait à chauffer, une immense bâche était déployée sur la terrasse
et les ballots de laine grisâtre arrivaient.....là, tout le monte s'y
mettait...On devait prendre une boule de laine et l' étirer pour en faire
quelque chose de fin et soyeux...on devait trier et enlever les bouts d'herbes, de mousse, de brindilles qui
étaient restées emmêlées dedans....
On mettait la radio pour se donner du coeur à
l'ouvrage.....Quand la récolte des 3 jours était enfin triée, ma mère
l'étendait au soleil....ça pouvait rester une semaine, et allez savoir
pourquoi, un jour ma mère disait que c'était bon, on pouvait appeler le père
Cadici....
Choix du tissu rayé gris et
blanc....Négociations âpres sur le prix demandé ...et il se mettait au
boulot....Il avait de grandes aiguilles courbées, des droites, du gros fil....Allez,
filez les gosses, laissez moi bosser.....
Et le soir, on avait un matelas....pour un lit
d'une personne, et on voulait toutes que ce soit notre lit qui
l'accueille...J'ai jamais eu de matelas neuf...mais ça ne m'a pas empêché de
dormir !!
Tout ça pour parler de cette soupe horrible que
notre père nous faisait chaque soir !!!!
La gamelle au milieu de la table, je sentais
monter les larmes...j'étais pourtant la préférée de mon père, mais je
n'échappais pas au deux énormes louches qu'il versait dans nos
assiettes....alors arrivait le "triage"....Je commençais par manger les
pâtes....ensuite, les pommes de terre, et puis les carottes....Naturellement,
arrivée à ce stade, ma soupe était froide...J'avais horreur du chou, des
haricots, des poireaux, de l'oignon.....Je lançais des regards désespérés à ma
mère mais ça ne changeait rien.....Alors, je mettais un morceau de chou dans ma
bouche et aussitôt je sentais l'envie de vomir approcher.....Le bruit de renvoi
que je faisais faisait hurler mes sœurs ! Oui, y'en a marre, elle va nous faire
vomir.....
et moi, j'étais désespérée....Tout le monde
quittait la table, sauf moi...."tu resteras là toute la nuit s'il le faut
disait mon père ..."
Mes sœurs et ma mère s'installaient sur la
table de la terrasse afin de rouler les tickets de foire , qu'il fallait livrer le lendemain
...chaque jour ce travail nous rapportait 4 ou 5 francs, ce qui nous permettait
d'acheter le lait les œufs et le pain ..Parfois du jambon si on avait roulé
suffisamment...
Mon père ne roulait pas, et comme il était
maçon la journée, il allait souvent se coucher tôt...Pas de télévision à
l'époque !!
Alors, dès qu'il était couché, ma mère venait
en douce, vider mon assiette dans les toilettes afin qu'il ne se rende compte
de rien.....Allez, viens rouler me disait elle ! Mes sœurs râlaient, que
c'était injuste, qu'elles le diraient au père, mais ma mère ne s'en laissait
pas compter...La première qui ouvre la bouche , elle aura affaire à moi....ça
grommelait, mais ça se taisait...
Encore que maintenant avec le recul, je reste
persuadée que mon père savait très bien ce qui se passait après son départ au
lit.....
à présent, c'est devenu ma soupe
préférée.....et cette soupe régale mes enfants lorsque je la prépare ! Mais eux
n'ont pas eu à la subir tous les soirs de l'année !!!!
















