La violence se manifestait le plus souvent à la sortie du
collège...Moi, j'avais appris des trucs pour les éviter, mais pas elle...Elle
ne leur cédait pas d'un pouce..Elle sortait aux mêmes heures, savait qu'ils l'attendaient dans le petit
chemin qu'elle empruntait pour rentrer chez elle, ils l’entraînait dans une
remise à foin afin que personne ne les voient faire leurs petites saloperies et
la bagarre commençait..Elle ne faisait pas le poids mais se battait
vaillamment...ça durait 10 à 20 minutes,
elle saignait du nez, une fois il lui cassèrent une dent...J'ai assisté une
fois à cet abattage en règle, d'autres élèves étaient là qui encourageaient les
tortionnaires par leurs cris...j'ai pris la fuite lâchement...j'étais
terrorisée...
Ce soir là, alors que je m'étais réfugiée en pleurant dans le
placard sous l'escalier , la porte s'ouvrit et je vis apparaitre mon frère...Il
s'installa tout près de moi sans un mot....Il me tendit un mouchoir et me dit : "raconte!"
J'ai tout dis, tout ce que j'avais subi, tout ce que cette
gamine subissait, tous ces adultes qui s'en foutait....et moi qui n'en pouvait
plus d'avoir peur, qui n'avais pas d'amis , qui n'osais pas vivre pleinement ma
scolarité de peur de me faire tabasser....Je le voyais serrer les dents, j'ai
même vu une larme pointer dans ses yeux.....Pourquoi n'as tu rien dit ? je l'ai
regardé....je n'ai pas eu besoin de parler, il savait qu'il n'avait pas été
présent, ni pour moi, ni pour les parents...
Ce soir là, on s'est parlé comme jamais...il m'a parlé de ses
frustrations, de cette vie qu'il n'acceptait pas, de son incompréhension ...Les
parents n'avaient rien expliqué de leurs problèmes, on s'était retrouvé dans le
camion de déménagement sans une explication...
Il leur en voulait de ce silence, il avait 17 ans, il pouvait
comprendre....
c'était les vacances de Noël, cette parenthèse sans école
allait nous faire du bien à tous...Notre père ne travailla pas durant une
semaine et fut plus disponible...On put reprendre le dialogue, des questions
furent posées, sans crainte...Mon père y répondit, et pour la première fois
depuis bien longtemps on le vit détendu
...Car il aurait peut être une bonne nouvelle à nous
annoncer pour Noël...La boite qui l'embauchait cherchait un comptable, son
patron appréciait beaucoup son courage
et sa détermination et c'était lui qui lui avait proposé ce nouveau job...Notre
mère, elle, venait de passer un entretien...Un poste de secrétaire était à
pourvoir dans la même entreprise que lui... et si tout fonctionne bien, mon
patron nous propose d'occuper une maison tout près de l'entreprise...Une belle
maison qu'on pourra acheter en location-vente...
Que des bonnes
nouvelles pour Noël...mon frère et moi, n'eûmes pas le courage de parler du harcèlement
scolaire . Ils étaient heureux, à quoi
bon assombrir ce bon moment qu'on passait tous ensemble !
Il y eut des belles journées pleines de complicité entre mon
frère et moi....Bientôt l'école reprendrait et rien que d'y penser la nausée
montait....
Mon frère me rassurait, il prenait mon bien-être très à cœur...Je
te promets que les choses vont changer, fais moi confiance!
Je ne savais pas ce qu'il complotait, mais il y eut des coups
de fils, des rencontres à l'extérieur d'où il revenait le sourire aux lèvres
....
Noël fut superbe! mes parents rassurés sur leur sort, nous firent
des cadeaux , un beau sac d'école pour moi, un abonnement sportif pour mon
frère, on veilla tard, on eut même droit
à un petite coupe de champagne...
Le jour de la rentrée arriva trop vite.....Ma mère fut
étonnée quand elle me vit descendre avec mon bon vieux sac...Tu ne portes pas
le nouveau m'interrogea t elle? Non, je préfère le garder encore un peu...celui
là, fera bien l'affaire jusqu'à la fin de l'année...
Ils avaient obtenu tous les deux le travail qu'ils
voulaient...et ce matin là, nous franchîmes à 4 la porte de
l'appartement...Nous pouvions commencer à faire les cartons, on déménagerait à la fin du mois !
Mon frère m'accompagna jusqu'au collège...C'était bien la première
fois qu'il le faisait! Je serai là ce soir à 16h et je t'attendrai dans le
petit chemin, tu n'as aucune crainte à avoir !
J'étais rassurée de le savoir là...Toute la journée, j'ai
essayé de parler à Marie, afin qu'elle parte en même temps que moi...à deux,
avec mon frère, on ne risquait pas de se faire attaquer...Mais je n'ai pas pu
lui parler ...
Dès la sortie, l'attaque commença dans la cour...le sac de
Marie vola dans les buissons et comme elle se penchait pour le ramasser, un des
garçon la poussa fortement du pied afin qu'elle s' affale durement par terre...
Deux profs discutaient dans la cour, ils virent tous les deux ce qui se
passait, à part pousser un cri, pas un ne bougea...
Les 4 tarés sortirent en
ricanant et se dirigèrent vers le petit chemin.... J'aidais Marie à se relever, et je lui dis de
m'accompagner, mon grand frère serait là pour nous protéger...elle me suivit,
un peu réticente...
Dès que nous arrivâmes dans le petit chemin, on stoppa net au
spectacle qui se présentait à nous....Il y avait une quinzaine de grands
gaillards qui faisaient un rempart autour des 4 bourreaux....Mon frère, des
amis qui étaient au même lycée que lui, les 4 frères de Marie et leurs copains ....Ils
poussèrent sans ménagement les quatre tortionnaires qui commençaient à ne plus
crâner vers la remise ...on sentait la peur dans leur yeux! La terreur avait changé de camp ...Mon frère nous
demanda à Marie et à moi de rentrer chez nous...
Le chemin fut long jusqu'à la maison, le temps s'écoulait
lentement...J'attendais le retour de mon frère avec impatience .....lorsqu'il
rentra , il me prit dans ses bras et me dit : c'est fini....plus jamais, ils ne
viendront vous torturer....
Le lendemain, j'abordais la cour de l'école le cœur un peu
plus léger...Marie était là et me souriait....viens, me dit elle! Je la suivis
à l'intérieur de l'établissement, et j'ai dû me mordre les lèvres pour ne pas
éclater de rire ! les 4 tarés étaient là en piteux état...Non seulement ils
avaient pris la raclée qu'ils méritaient, mais ils avaient tous les quatre la
boule à zéro....les deux filles qui avaient des cheveux longs superbes, avaient
le crâne rasé, ainsi que les deux garçons...leurs parents hurlaient près du
bureau du proviseur, ils demandaient à ce que des têtes tombent...que les
bandits qui avaient rasé leurs petits chéris se dénoncent, qu'ils allaient
porter plainte.....
Je croisai leurs regards, et Marie, elle , éclata de rire !! cet éclat était si
contagieux que tous les autres élèves se mirent à rire eux aussi ! il faut dire
que nous n'avions pas été les seules à avoir été maltraités...Tous, dans ce
collège les craignaient...et de les voir déplumés ainsi ça nous réconfortait , ça
nous mettait du baume au cœur...
Une enquête fut ouverte....Mais personne ne connaissait la
bande de jeunes qui avaient puni ces malheureux ...et même si certains en connaissait,
personne n'osa ouvrir la bouche !
Rapidement les parents changèrent leurs rejetons d'école
...Mais comme ça avait fait la UNE du journal local ils ne passaient jamais
inaperçus....Ces petites brutes avait trouvé plus forts qu'eux et n'étaient pas
prêts de recommencer...
Curieusement, plus personne dans le collège ne s'amusa à ce
genre de harcèlement...Le mot avait été passé et quiconque prendrait un gamin ou une gamine pour cible subirait la
même chose que les 4 petits tondus....
Nous changeâmes de maison, la vie devint plus douce dans la
nouvelle maison....les années au collège passèrent très vite et mes notes
s'envolèrent comme par magie !
J'abordai le lycée avec beaucoup plus de sérénité...Mon frère y avait passé 3 ans et
avait laissé de bons souvenirs dans la tête des profs... Je me suis fais plein
d'amis mais souvent, je pense à la
petite souris que j'étais lors de mon arrivée en 6 ème....et souvent je pense à
tous ces jeunes qui subissent encore les sévices de gamins trop surs de leur
impunité...Souvent je me dis que les profs, les adultes ne sont pas assez
attentifs à la souffrance scolaire, et qu'il faut de temps en temps les
rappeler à l'ordre...
C'est ce que je fais dans le journal que j'écris avec
quelques camarades...Chaque mois différents sujets sont abordés, et une boite à
idées est mise à la disposition des élèves....Chacun peut y parler anonymement
ou pas, de ce qui le préoccupe....Avec le proviseur et les professeurs nous
nous réunissons chaque mois...Parfois, pour dire tout ce qui va bien, mais
aussi pour dire ce qui va mal...et chacun fait un bout de chemin pour améliorer
le quotidien .....
ouf !
RépondreSupprimerla lâcheté, fermer les yeux, ne rien entendre... quel confort, pas de vagues surtout !
hélas même si la parole se délie combien de souffrance avant et les "réseaux dit sociaux" sont une nouvelle source pour le harcèlement.
tu as raison , les réseaux exacerbent la méchanceté, la lâcheté de certains...heureusement, il y a quand même de belles choses qui s'y passent !
SupprimerDe toute façon si ça se passe c'est que les adultes ne sont pas assez attentifs et que la communication a disparu entre eux...
bises Josette !
Justice faite ! Les boules à zéro ! C'est tellement jubilatoire ! :)
RépondreSupprimertu sais à quel point j'aime la justice !! lol bises
Supprimerle harcelement frappe sans distinction ,gratuitement, lachement.....il faut que les parents soient attentifs au plus petit changement d'attitude chez leurs enfants..bisous
RépondreSupprimeroui, mais souvent, à la vitesse où va la vie, les parents passent à côté..je sais que même sans les réseaux sociaux le harcèlement existait...Dans mon enfance il ne fallait pas être roux, italien ou autre, pauvre et sans habit à la mode....Je me souviens d'un petit rouquin avec des centaines de taches de rousseurs qui a vécu l'enfer....
Supprimerà nous d'être attentif !! dans les deux sens !! bises
Je viens de lire ta nouvelle (1 & 2) c'est une belle histoire comme tu sais les raconter...
RépondreSupprimerLe passage par le collège est la pire époque pour les gamins...Une sorte de méchanceté gratuite s'empare des cerveaux un peu forts pour écraser les plus faibles...Et c'est l'effet de groupe qui est dangereux. Quelquefois c'est même fatal !
Bien sur les adultes sont souvent lâches et ne sortent pas de leur zone de confort... pourtant c'est au début qu'il faut agir, et c'est visible la plus part du temps
Parents, vous aussi, sortez vos œillères et soyez à l'écoute des moindres signes des bourreaux ou des victimes
Bravo Chaourcinette Bisous
oui, l'écoute est très importante ! et je surveille de près mes petits enfants !
RépondreSupprimercar ça peut basculer dans un sens comme dans un autre !
bisous !