mercredi 23 septembre 2020

Lettre ouverte .....

 


Je te connais mon fils...je te connais ! c'est moi qui t'ai porté, chéri, caressé, imaginé dans ce ventre rond de jeune femme de 18 ans....je ne connaissais rien de la vie, rien de cet homme plus âgé qui était devenu mon mari...je ne savais pas qui tu allais être, qui j'allais devenir...je savais que je te portais, te parlais, je savais que j'avais peur, que j'étais seule toute la semaine, ton père parti travailler au loin...Je ne comprenais rien à tous les changement de mon corps, à ces vomissements incessants, à cette nourriture qui ne voulait pas rester en moi....je dois être une de ces très rares femmes qui pesaient 10kg de moins  à la fin de leur grossesse...

Je t'ai voulu pour de mauvaises raisons, quand je me suis fais piéger dans une relation qui n'aurait pas dû être...Je me suis dit qu'un bébé allait venir compenser le manque d'amour , que tu allais combler et me faire oublier le vide que je sentais en moi...je t'ai voulu envers et contre tout...

Je t'ai porté seule, je t'ai aimé seule, je t'ai parlé seule...je te faisais écouter ma musique, je te lisais des pages de mes auteurs favoris, je t'ai tellement rêvé que tu es arrivé un mois plus tôt...j'étais seule le jour où un liquide chaud a coulé le long de mes jambes, j'étais effrayée, affolée, ton père n'était pas là....Pas de téléphone pour appeler à l'aide ! ce sont les voisins que j'ai réveillé pour qu'ils aillent chercher ma mère, ta grand mère ! c'est elle qui a appelé l'ambulance, qui est venue avec moi, qui m'a tenue la main durant 8heures d'affilé sans jamais broncher...c'est moi qui ai pleuré, crié, qui ai cru que j'allais mourir...car cette douleur, personne ne te l'explique, personne n'en parle...

et tu es sorti à la ventouse, on t'a extirpé de mes entrailles de force...et je t'ai aimé de suite, et ton regard a croisé le mien et on s'est reconnus...et j'ai fermé les yeux en te serrant fort...tu as passé ta première nuit sur moi....et toutes les autres nuits à la clinique tu ne m'as pas quitté...Dès que je te reposais dans ton berceau, tu hurlais...alors on dormait ensemble, ton petit souffle contre le mien..

Ton père est venu le lendemain de ta naissance, il ne manifestait pas beaucoup ses sentiments, mais il était fier d'avoir un garçon...Il est vite reparti travailler et je me suis retrouvée à la maison avec un bébé ventouse...tu refusais ton lit, tu vivais dans mes bras...et la solitude, la peur ont commencé à me submerger...je ne savais pas ce qui m'arrivait. Je pleurais sans cesse, toute la journée j'avais le sentiment de mal faire...Ma mère arrivait, te prenait dans ses bras, te câlinait et te couchait...et tu hurlais....Laisse le disait elle, il se fait les poumons....et moi, je sentais que je sombrais mais je n'avais pas de mot pour expliquer ma détresse. Dépression post-partum...Il m'a fallu de nombreuses années avant de savoir que ça existait...et c'est pourtant ce que je vivais...j'ai commencé par rester couchée avec toi sur mon ventre.....dès que tu avais faim tu grognais, émettais des petits cris ...Je me levais ; préparais un biberon et me recouchais pour te le donner....Je n'avais plus de vie, j'étais connectée à tes besoins, j'en oubliais les miens...Lorsque ma mère venait, elle ne savait pas quoi faire...Remues toi me disait elle, sors le ce bébé....demande aux voisins de t'aider à descendre le landeau...ne reste pas coincée à la maison, un bébé il lui faut de l'air...Tout me semblait énorme, ce qu'elle me demandait là c'était les 7 travaux d'Hercule...c'était impossible à réaliser....

Le week-end ton père rentrait...Le vendredi soir il enfilait son survêtement et filait faire ses 20 kms en courant...Le samedi, il partait reconnaître le terrain des futurs cross qu'il organisait...Le dimanche il te mettait dans la poussette et partait en courant avec toi dedans....et moi, je me morfondais....je mettais une lessiveuse sur le feu, faisais bouillir tes couches, les rinçais dans la baignoire...et ton père arrivait...avec toi, hurlant dans ses bras...Pourquoi il pleure tout le temps? je sais pas....il a faim peut être.??

La nuit, il te mettait dans le salon...fini les bras de maman, tu hurlais pendant des heures et il refusait que je me lève. Tu as bien fini par le convaincre un soir et tu as évité qu'on soit brûlés vif dans un incendie...le survêtement que ton père faisait sécher au-dessus de la cuisinière était tombé dessus et se consumait dans une fumée noire et âcre....il t'a lancé dans le lit où j'étais et a éteint ce début de feu...Tu as terminé ta nuit avec de gros sanglots contre moi....

Un jour, j'ai voulu te sortir avec la poussette...Comme une idiote le temps de fermer la porte à clé, je t'avais mis dans le sens des marches et oublié d'enclencher le frein...toi qui ne bougeais pas beaucoup,  pour la première fois tu as lancé tes jambes et donné de l'élan à la poussette ...Tu as dévalé les escaliers et tu a cogné ta tête contre les marches. Comme une folle j'ai couru chez le médecin, défoncé sa porte. Il a appelé l'ambulance...traumatisme crânien ! 6 semaines couché sur le dos, sans pouvoir te prendre, je te donnais le biberon dans ton lit, te changeais dans ton lit, te lavais dans ton lit...tout ça en pleurant, en m'en voulant d'avoir risqué ta vie sur une simple envie d'aller te promener...

On s'est aimés mon fils, on s'est accompagnés, on a grandi ensemble...

à présent tu n'es plus là....10 ans que tu as rompu toute relation avec nous....10 ans que tu m'en veux d'exister...10 ans ...c'est long 10 ans !

J'ai appris à ne plus attendre. J'ai appris à t'oublier...Mais je n'ai pas oublié toutes ces années de symbiose qui furent les nôtres...Alors qu'importe que tu m'aies supprimée de ta vie et de ton esprit , moi, mes souvenirs sont là...et quand tu me fais une vacherie, quand tu ne viens pas enterrer ton père, quand tu me renies, je pense à ce bébé collé à moi, qui ne respirait que par moi, qui ne vivait que grâce à moi et mon esprit s'apaise car ça, tu ne peux pas me l'enlever...