mardi 27 février 2018

La gnaque !!

Cette semaine, je me suis amusée à remonter les années avec mon blog.......J'ai commencé ce blog le 22/10/2010......et avant celui là, j'avais  écris durant quelques années sur "psychologie" et "vive les rondes"....

En ce moment, je n'ai pas trop la gnaque pour écrire, ma grippe me fait sentir que je deviens vieille et que mon corps prend son temps pour récupérer des forces...

Depuis 15 jours je dors beaucoup durant la journée et c'est une chose nouvelle pour moi.....Je ne lutte pas, et  je sens quand il est temps de poser ma tête sur l'oreiller et de me laisser aller dans les rêves ...

J'ai retrouvé dans mes archives un p'tit bijou de causticité  et je ne savais pas à ce moment là  c'était  la dernière fois que je voyais  cette vieille amie  , décédée peu de temps après.....


La "Marcelle"

On arrive donc chez la Marcelle 90 ans;..les bras chargés de fleurs et de gâteaux....à la pâtisserie, j'avais fait le choix d'en prendre plusieurs...Un aux myrtilles et framboises, un éclair café et une part de gâteau au fromage blanc.....

à peine arrivés...Elle, pliée en deux, se levant difficilement de son fauteuil...." Mais.....mais.....c'est qui ???? Ah c'est vous! pas de sourire, l'oeil qui frise....La télé qui marche , mais sans le son.......

ben oui! nous voilà, Marcelle! Comment allez vous....

Elle : (énervée)...comment je vais...comment je vais! t'as que des questions idiotes comme ça à me poser ????

Moi : (déconcertée) ben ....vous avez l'air d'aller bien.....
Elle : c'est toi qui le dit hein ! vous les jeunes vous savez rien de rien de la vieillesse.....
Moi : je sais Marcelle, c'est pas facile.....
Elle : mais tais toi donc....j'ai pas envie d'écouter des conneries.....allez! on change de sujet....

Moi : les vases sont toujours dans le placard ???
Elle : Et où veux tu qu'ils soient ??? tu crois que j'ai encore la force de changer les choses de place ??? Elle est vraiment bête celle là.....
Moi (à l'homme) : Tiens, en voilà un....
Elle : Mais tu vois donc pas qu'il est trop petit ???
J'en prends un plus gros qui semble avoir sa préférence..... 2 minutes pour mettre de l'eau, ranger les fleurs.....

Elle se rassoit, grogne, grommelle....
Moi : (souriante hein?!)  Il fait drôlement beau aujourd'hui...
Elle  (menaçante !): Pourquoi ? les autres jours il faisait mauvais ????
Moi : ben....il a beaucoup plu jusqu'à présent.....

Elle : (secouant la tête et me regardant d'un air apitoyé...)  Il a pas plu du tout ! 
Moi: Mais si Marcelle...Vous n'avez pas vu aux informations......les inondations....
Elle : Mais elle est folle celle là...! t'as vu jouer ça où ???  Allez , allez! changeons de sujet , je veux pas entendre ce genre de conneries....

Moi : (déballant les gâteaux) : Vous voulez lequel Marcelle ???
Elle : pourquoi ? ils sont différents ??? je comprends pas qu'on n'achète pas le même gâteau....tiens! je veux pas choisir! et elle me tourne le dos pour bien me montrer son désaccord.....

Moi : ben....je voulais qu'il y ait du choix.....
Elle : j'en veux pas...prenez les vôtres et je prendrai ce qui reste....
Je lui mets sur l'assiette le gâteau aux myrtilles.....et l'homme lui sert un thé....Vous voulez du sucre Marcelle demande t il ???
Elle : Mais il est con celui là....t'en prends, toi, du sucre ??? 
Lui : ben non....
Elle : ben moi j'en prends....je lui tends le sucrier et elle reste là, à me regarder , l'oeil goguenard....
Moi : un sucre ?? et je lui glisse dans sa tasse....
Elle : y t'en  faut du temps pour comprendre que j'ai du mal avec mon bras....
Moi:  ben....je ne savais pas....ça va? il est bon le gâteau ??
Elle : ouais......

Grand silence...mon esprit travaille comme une bête pour chercher un sujet de conversation.....

Moi : Vous avez fait raboter votre porte d'entrée Marcelle...C'est bien, car la dernière fois qu'on est venus, on a eu du mal de la pousser....(elle nous avait engueulé car nous n'arrivions pas à l'ouvrir!!...)

Elle : quelle porte?  t'as pas encore compris qu'elle coulisse sur elle même???
Moi : Pas celle de la véranda....la porte d'entrée...
Elle : J'ai pas de véranda....
Moi : Mais si Marcelle...celle de la véranda coulisse, mais l'autre, pour rentrer dans la maison , on n' arrivait pas à la pousser la dernière fois.....
Elle : mais qu'est ce que tu me racontes comme connerie ,?? j'ai jamais eu de véranda et la porte marche bien....

Moi : (abandonnant)...ben;..j'ai dû me tromper alors.....
Elle : J'ai fait venir quelqu'un pour la raboter....
Moi : C'est bien ce que je disais !
Elle : tu disais quoi ??? elle a toujours bien fonctionné ma porte.....c'est les gens qui sont cons qui n'ont pas compris qu'il ne fallait pas pousser mais la faire coulisser....

Et là....J'ai abandonné......Lâchement ! je n'avais plus qu'une envie, c'était partir au plus vite....je presse la main de l'homme pour lui faire comprendre, mais lui, lit tranquillement le journal.....
j'insiste et je dis : "tu sais qu'on doit aller acheter une moustiquaire ,??"

Elle : Une moustiquaire ? c'est quoi de ça ??? 
Moi : C'est fait pour empêcher les insectes de rentrer dans ma chambre...
Elle : (levant les yeux au ciel ) Les p'tites bêtes mangent pas les grosses....et pis, t'as vu des moustiques où ????

Moi : des moustiques, des mouches....dès qu'une fenêtre est ouverte, ça rentre! vous n'avez pas de mouches Marcelle??
Elle : JAMAIS...J'ai jamais eu de mouches ni de moustiques dans la maison....
Moi : ben...vous avez de la chance...
Elle: Mais quelle connerie ! quelle connerie! t'as rien de mieux à me raconter ??? allez! changeons de sujet!

ça a duré deux heures et demi......Pas une seconde nous n'avons eu un sourire, une approbation, une gentille parole...Ce ne fut que récriminations, colère et disputes.....

Maints sujets sur sa fille, sa petite fille furent abordés.... Rien ....

Je crois qu'elle a débranché de la vie....et nous sommes partis un peu éberlués.....et puis, nous avons ri  ! Nous avons répété ce dialogue de sourds que je viens de vous écrire,  en rigolant comme des malades.....

Je savais qu'elle vieillirait comme une "vieille tatie Danielle"....Je le savais !!!



dimanche 4 février 2018

La soupe.....

La soupe.........
Ce matin , sur le net je suis tombée en arrêt devant une recette de cuisine ...  
Alors, je copie la recette avant de vous raconter  les souvenirs qu'elle a fait monter en moi......



SOUPE PAYSANNE CORSE
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
- 4 tomates
-1 saucisse à cuire
- 100 g de pâte tagliatelle ou macaroni
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette : 
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux. 
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire  et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.

Cette soupe était  la soupe détestée,  haïe de mon enfance ....hormis la saucisse à cuire tout se trouvait dans l'immense jardin  derrière la maison....

Nous étions 7 à table, 5 filles et les parents....Ce n'était pas l'argent qui nous étouffait, mais cette satanée soupe qui revenait chaque soir comme un cauchemar...Pour moi, c'était un calvaire, rien que de voir l'énorme gamelle au milieu de la table je sentais la nausée me monter...

Nous étions pauvres, mais riches en légumes de toutes sortes....je me souviens, mon père arrivait à faire pousser n'importe quel légume, et pourtant, nous habitions les Vosges et le temps n'était pas spécialement clément....en été, tomates, courgettes, aubergines , poivrons, piments....au printemps, les radis, la salade, les petits pois...haricots, carottes,  pomme de terre, betteraves,  navets.....J'en passe et des meilleurs !

Il complétait par la cueillette des champignons, des pissenlits dans les labours ,de la rapine dans les vergers...Mirabelles, prunes, pommes, poires...et à la saison des fruits des bois, nous partions tous en file indienne dans les bois du père Marin ramasser les fraises des bois, les framboises, les mûres que ma mère transformait en confitures et en sirops ...

On n'a jamais eu faim, mais fallait le gagner son pain !! L'hiver, mon père prenait quelques coupes de charbonnette, et on allait l'aider à empiler les bouts de bois dans une espèce de remorque attachée à sa mobylette....il faisait un grand feu , plaçait des pommes de terre dans la braise et ça faisait notre repas du midi avec un bout de saucisse à cuire qu'il faisait griller dans le feu.....ça c'était du bonheur ! je n'ai plus jamais retrouvé le goût ni l'odeur de ces saucisses.....

Il nous laissait empiler ,  le temps de repartir à la maison où il stockait dans la cabane à lapins  les morceaux de bois récoltés....puis il venait nous rejoindre et on ré- empilait dans la remorque....J'avais des vieilles chaussettes en guise de gants, un bonnet qui me cachait les yeux, et des godasses trouées car elles avait déjà servi à 3 de mes sœurs avant d'atterrir à mes pieds....ça faisait floc-floc quand je marchais, et si je ne bougeais pas mes pieds s'engourdissaient rapidement....

Ce chemin pour aller dans les bois du Père Marin, longeait d'immenses prés où paissaient des moutons...Des fils en barbelés les empêchaient de s'échapper....Lorsque nous avions besoin d'un nouveau matelas, nous avions une autre corvée, c'était d'aller décrocher la laine que les moutons laissaient sur les fils barbelés...à  sept, ça nous prenait 3 jours pour en venir à bout...Nous rentrions le soirs, les mains égratignés, le corps gelé car nous ne pouvions pas bouger pour nous réchauffer...à genoux dans l"herbe humide et parfois glacée, on tirait la laine , on la démêlait et la mettions dans un sac qui pendait à notre taille...On vidait notre sac dans la bâche que notre père avait mis dans la remorque et on recommençait.....Ma mère nous emballait les  genoux dans des sacs plastiques pour éviter d'être trempés....

Moi, je pleurais....la morve et mes larmes gelaient sur mon visage et ma mère sortait en grondant un grand mouchoir à carreaux pour m'essuyer le visage...."Mimi, disait elle (Mon père s'appelait Emile)...tu penses pas qu'on devrait rentrer? les gosses ont froid.....Quand il commencera à faire nuit disait il ! heureusement, la nuit tombait vers 17 h....

3 jours d'affilé on se tapait ce calvaire ! parfois plus si on avait pas assez de laine pour faire un matelas ....
Après c'était le travail de ma mère et des deux grandes...On rentrait, on se déshabillait, ma mère nous faisait couler un bain chaud , et on allait s'agglutiner contre le poêle et la cuisinière de la cuisine....

La laine trempait dans la baignoire, mon père démontait une porte qu'il posait dessus , et mes sœurs lavaient, tiraient, essoraient et étendaient à plat sur la porte....Elles la brassaient pour chasser l'humidité...

Le poêle du couloir, qui donnait sur la salle de bain était chargé à fond et une odeur bizarre envahissait petit à petit l'appartement...une odeur de laine feutrée, une odeur forte et désagréable.....Quand toute l'humidité était sortie, la laine était stockée dans le hangar .....

Les matelas, se faisaient l'été...Le père Cadici était le seul capable de vous faire un matelas en une journée....Dès que le soleil commençait à chauffer, une immense bâche était déployée sur la terrasse et les ballots de laine grisâtre arrivaient.....là, tout le monte s'y mettait...On devait prendre une boule de laine et l' étirer pour en faire quelque chose de fin et soyeux...on devait trier et enlever les  bouts d'herbes, de mousse, de brindilles qui étaient restées emmêlées dedans....

On mettait la radio pour se donner du coeur à l'ouvrage.....Quand la récolte des 3 jours était enfin triée, ma mère l'étendait au soleil....ça pouvait rester une semaine, et allez savoir pourquoi, un jour ma mère disait que c'était bon, on pouvait appeler le père Cadici....

Choix du tissu rayé gris et blanc....Négociations âpres sur le prix demandé ...et il se mettait au boulot....Il avait de grandes aiguilles courbées, des droites, du gros fil....Allez, filez les gosses, laissez moi bosser.....

Et le soir, on avait un matelas....pour un lit d'une personne, et on voulait toutes que ce soit notre lit qui l'accueille...J'ai jamais eu de matelas neuf...mais ça ne m'a pas empêché de dormir !!

Tout ça pour parler de cette soupe horrible que notre père nous faisait chaque soir !!!!
La gamelle au milieu de la table, je sentais monter les larmes...j'étais pourtant la préférée de mon père, mais je n'échappais pas au deux énormes louches qu'il versait dans nos assiettes....alors arrivait le "triage"....Je commençais par manger les pâtes....ensuite, les pommes de terre, et puis les carottes....Naturellement, arrivée à ce stade, ma soupe était froide...J'avais horreur du chou, des haricots, des poireaux, de l'oignon.....Je lançais des regards désespérés à ma mère mais ça ne changeait rien.....Alors, je mettais un morceau de chou dans ma bouche et aussitôt je sentais l'envie de vomir approcher.....Le bruit de renvoi que je faisais faisait hurler mes sœurs ! Oui, y'en a marre, elle va nous faire vomir.....

et moi, j'étais désespérée....Tout le monde quittait la table, sauf moi...."tu resteras là toute la nuit s'il le faut disait mon père ..."

Mes sœurs et ma mère s'installaient sur la table de la terrasse afin de rouler les tickets  de foire , qu'il fallait livrer le lendemain ...chaque jour ce travail nous rapportait 4 ou 5 francs, ce qui nous permettait d'acheter le lait  les œufs et  le pain ..Parfois du jambon si on avait roulé suffisamment...

Mon père ne roulait pas, et comme il était maçon la journée, il allait souvent se coucher tôt...Pas de télévision à l'époque !!

Alors, dès qu'il était couché, ma mère venait en douce, vider mon assiette dans les toilettes afin qu'il ne se rende compte de rien.....Allez, viens rouler me disait elle ! Mes sœurs râlaient, que c'était injuste, qu'elles le diraient au père, mais ma mère ne s'en laissait pas compter...La première qui ouvre la bouche , elle aura affaire à moi....ça grommelait, mais ça se taisait...

Encore que maintenant avec le recul, je reste persuadée que mon père savait très bien ce qui se passait après son départ au lit.....
à présent, c'est devenu ma soupe préférée.....et cette soupe régale mes enfants lorsque je la prépare ! Mais eux n'ont pas eu à la subir tous les soirs de l'année !!!!