mercredi 29 juillet 2026

Réveil en fanfare !!

 Avec cette chaleur, je dors fenêtres grandes ouvertes.

Et tous les matins, dès que le jour se lève, il y a deux tourterelles dans le jardin qui prennent leur service....

5 h 30.

Précises comme une horloge suisse. À 5 h 30, je suis donc réveillée, parfaitement lucide, et je maudis ces deux oiseaux qui semblent drogués aux amphétamines.

Roucou.

Silence.

Roucou roucou.

Puis elles se lancent dans un duo endiablé, comme si elles venaient de gagner la finale de « The Voice des oiseaux ».



Moi, dans mon lit, je passe directement de « je dors profondément » à « je sens que vais commettre un crime».

Impossible de me rendormir !!  les deux coupables continuent tranquillement leur conversation avec l'insouciance de gens qui ne paient ni loyer ni impôts.

Et pourtant, j'adore les oiseaux.

La preuve : depuis des années, je nourris un couple de corbeaux.... (c'est pas une photo des miens, ils s'envolent des qu'ils me sentent derrière la vitre de la porte...😂)



Eux, au moins, ont reçu une éducation...

Jamais ils ne me réveillent.. Les corbeaux, c'est bien plus subtil.

Dès qu'ils me voient apparaître sur la terrasse, ils m'appellent.

Pas un petit « coucou » discret.

Non.

Ils me font comprendre très clairement que le service de restauration est ouvert.

Ils me voient :

« CRAA ! CRAA ! »

Traduction :

« Madame est sortie. Madame a sûrement quelque chose à manger.  »

Et moi, évidemment, je leur donne à manger. Je les aime ces deux sombres volatiles 

Et ils le savent parfaitement.

Donc, si je résume :

🐦‍⬛ Les corbeaux : ils m'appellent quand ils me voient.

🕊️ Les tourterelles : elles me réveillent quand elles ne me voient pas.

Finalement, je suis devenue la cantine officielle du quartier.

Mais bon, faut relativiser hein ! . Avec ce monde qui déconne plein tube, je pourrais être réveillée par le sifflement des bombes...  ou par des camions qui font trembler toute la rue...ou par des pompiers toutes sirènes hurlantes...

Moi, je suis réveillée par deux tourterelles amoureuses qui ont décidé que leur histoire devait commencer chaque matin à 5 h 30... 

 Dans ce monde de fous je ne vais quand même pas me plaindre d'avoir des oiseaux plein d'amour dans le jardin.

Mais demain matin,  si je les entends je vais ouvrir la fenêtre et leur dire :

«eh  ! les loulous, je vous aime beaucoup… mais votre histoire d'amour peut parfaitement  commencer vers 8 heures , non? » ya des gens qui travaillent ici ! ( Enfin... surtout des gens qui voudraient dormir...😉)


samedi 25 juillet 2026

La femme qui lisait les ombres


Personne ne savait quand la maison était apparue.

Elle se trouvait au bord de la mer, derrière un mur blanc que le temps avait griffé. Au-dessus de la terrasse, une vigne sombre s’étendait comme une chevelure....

Chaque matin, à la même heure, la jeune femme venait s’asseoir à la petite table bleue.

Elle portait toujours la même robe aux motifs étranges, un tissu couvert de formes qui semblaient changer selon la lumière. Elle ouvrait un vieux livre, posé devant elle, et lisait.

Mais personne ne l’avait jamais vue tourner une page. Jamais.

Sur la table, une orange rougeoyait. Trois pétales de rose étaient tombés près d’elle. Et, chaque jour, un papillon venait se poser sur le mur, exactement au-dessus de son épaule.

Un matin, un pêcheur aperçut la scène et s’arrêta. Il connaissait cette femme.

Ou plutôt… il se souvenait d’elle.

Elle était morte depuis cinquante-deux ans.

La veille de sa mort, elle avait disparu de la maison sans laisser de trace. On avait retrouvé son livre ouvert sur la table, une orange à côté, et trois pétales rouges posés sur les pages.

Depuis, personne n’avait osé habiter la maison.'Le pêcheur s’approcha.

La femme continuait de lire, les yeux baissés. Il remarqua alors quelque chose d’impossible : son ombre ne correspondait pas à son corps.

La femme était assise. Son ombre, elle, était debout.

Et elle regardait la mer.

Le pêcheur voulut partir, mais la jeune femme parla enfin.

- Vous êtes en retard.

Il sentit le froid lui traverser la poitrine.

-  En retard pour quoi ?

Elle leva lentement les yeux vers lui.

Ses lèvres rouges esquissèrent un sourire triste.

Le pêcheur recula.

Alors le livre se mit à tourner ses pages tout seul.

Une page.

Puis une autre.

Sur chaque page, il n’y avait pas de mots, mais des portraits. Des hommes, des femmes, des enfants. Tous avaient le même regard absent.

Et, au dernier feuillet, le pêcheur vit son propre visage.

Il comprit. C'était la fin..

La femme ne lisait pas un livre. Elle lisait les personnes qui allaient disparaître.

À cet instant, le papillon quitta le mur et vint se poser sur la page.

La jeune femme referma doucement le livre. L’orange roula sur la table.

Et l’ombre qui se tenait debout derrière elle,  tourna enfin la tête vers le pêcheur.

Le lendemain, la maison était vide. Il n’y avait plus de femme. Plus de livre.

Plus de table. Seulement une orange rouge posée sur le sable...

Au loin les cloches de l'église sonnaient... c'était l'enterrement du pêcheur...

Allez une p'tite toile ! 

Edie Seberg 



samedi 11 juillet 2026

La vie..

Il fait chaud... j'ai pris mes quartiers d'été dans ma chambre au sous sol...il y fait 21 degrés jour et nuit... Je cuisine, je lis , je dessine, je regarde des séries et parfois j'écris...

Une petite fiction....

Ils s'étaient rencontrés à la faculté. Le genre de rencontre qui ne fait pas de bruit. Un regard, un café partagé, de longues promenades, et très vite cette évidence : ils feraient le chemin ensemble.

La vie leur donna un petit coup de pouce. Elle hérita de l'appartement de sa grand-mère. Sans cela, ils auraient probablement commencé leur histoire dans une chambre de bonne où il aurait fallu choisir entre le chauffage et le dîner. Il ne parla jamais mariage.. c'était bien trop cher, à quoi bon gaspiller de l'argent pour une robe et un costume qu'on ne remettrait jamais...

Elle était déçue mais...... peut-être changerait - il d'idée avec le temps...

Ils poursuivirent leurs études. Lui dans le commerce, elle en comptabilité. Ils travaillaient quelques heures le soir pour payer les factures. Les nouilles chinoises devinrent un membre de la famille. Elles coûtaient  peu , elles rechauffaient et comblaient leurs jeunes estomacs...

Ils n'étaient pas malheureux. Ils étaient... économes. Enfin, lui appelait cela de la sagesse. Elle appelait cela remettre le bonheur  à plus tard.

Un restaurant ? « On peut manger à la maison. » Un week-end ? « Ça coûte cher. » Le cinéma ? « Il passera à la télévision. » Le coiffeur ? « Tes cheveux poussent très bien tout seuls. »

Alors elle les laissa pousser. Les cheveux. Les regrets aussi.

Les années s'empilèrent comme les relevés de compte qu'il classait religieusement. Chaque dépense passait devant un tribunal dont il était le juge et même le procureur ...

Ils eurent une fille. Une enfant brillante, drôle, curieuse. Leur plus belle réussite. Elle quitta le nid avec un diplôme et une immense envie de vivre. Sans doute avait-elle compris qu'une existence ne se résume pas à comparer le prix du beurre dans trois supermarchés.

Trente-deux ans passèrent.

Un soir, il rentra d'un déplacement professionnel.

Lorsqu'elle rentra du travail elle trouva une clé sur la table. À côté, un mot.

"J'ai rencontré la femme de ma vie. Je pars..."

Elle fila dans leur chambre, l'armoire était vide....Il avait fait lâchement  ses valises... même pas le courage de lui dire en face...

Trente-deux ans résumés en une phrase qui tenait sur un demi Post-it.

Elle s'effondra.

Pendant un an, elle survécut plus qu'elle ne vécut. Les journées avaient perdu leur couleur. Même les nouilles chinoises semblaient la regarder avec compassion.

Puis un samedi matin, sans trop savoir pourquoi, elle acheta un pot de peinture.

Elle repeignit le salon. Puis la chambre. Puis les portes.

Puis elle changea les rideaux. Installa un fauteuil jaune, un divan vert..toutes les couleurs qu'il détestait...

Au fond, elle ne rénovait pas l'appartement. Elle décollait les trente-deux années de gris qui avaient fini par recouvrir les murs.

Une collègue insista pour l'emmener à une soirée. Elle y alla presque malgré elle. Elle rit.

Le son lui parut étrange. Comme une vieille connaissance retrouvée par hasard.

Quelques semaines plus tard, elle prit rendez-vous chez le coiffeur. Le premier depuis une éternité.

La coiffeuse demanda :

« On coupe combien ? »

Elle répondit :

« Trente-deux ans, si c'est possible. »

Nouvelle coupe. Nouveaux vêtements. Quelques voyages. Des amis. Des livres lus en terrasse. Des fleurs achetées juste parce qu'elles étaient jolies. Elle découvrit qu'on pouvait commander un dessert sans avoir besoin de justifier cette extravagance à un comité des finances.

Elle n'était plus la femme qu'il avait quittée. Elle était enfin devenue celle qu'elle aurait dû être. Un homme rencontré en vacances s'intéressait à elle tendrement..

Trois ans plus tard, un soir d'automne, on sonna à la porte.

Elle ouvrit.

C'était lui.

Une valise fatiguée. Moins de cheveux. Plus de ventre. Beaucoup moins de certitudes.

Il esquissa ce sourire de propriétaire revenant récupérer un meuble laissé en dépôt.

- Je me suis trompé... Elle n'était pas celle que je croyais. Je rentre à la maison.

À la maison.

Comme on revient rapporter une perceuse empruntée.

Il entra d'un pas assuré.

Enfin... il essaya.

Elle ne bougea pas.

- Tu peux te pousser ? demanda-t-il.

Elle répondit très calmement :

- Pourquoi ?

Il resta interdit.

- Eh bien... c'est chez nous.

Elle éclata de rire.  Un rire immense. Libre.

- Chez nous ? Tu as laissé une clé... mais tu as rendu ta place. Tu n'es plus chez toi...

Il tenta son regard de mari raisonnable.

-  Tu ne vas quand même pas jeter trente-deux ans de vie commune... tu as 52 ans, tu risques de rester seule..tu n'es plus à l'âge de faire des rencontres 

Elle sourit.

Tu sais quoi ? Ces 32 ans  m'ont appris exactement ce que je ne veux plus jamais vivre.

Il balbutia :

-  Tu n'as rencontré personne j'espère ?

 - Si.

Il pâlit.

-  Qui ?

Elle se désigna du doigt.

- Moi et bien d'autres ! 

Le silence tomba comme une facture qu'il n'avait pas prévue.

Elle poursuivit :

- Tu sais ce qui est extraordinaire ? Pendant trente-deux ans, tu surveillais le prix de mon shampooing. Depuis ton départ, j'ai découvert quelque chose qui n'a pas de prix : la paix.

Il regarda autour de lui.

Les murs lumineux. Les tableaux. Les plantes.La musique. Le fauteuil d'un jaune éclatant.. l'appartement vivait...

Une bouteille de bon vin ouverte.

- Tu as changé...

- Oui.

- Tu dépenses beaucoup maintenant ?

Elle répondit avec un sourire délicieux.

- Énormément.

Son visage se décomposa.

Elle ajouta :

-  J'achète des fleurs qui fanent, des livres que je relirai peut-être, des billets de train pour voir la mer, du bon fromage, du champagne quand il n'y a rien à fêter... et parfois même des nouilles chinoises.

Il leva les yeux, surpris.

- Pourquoi les nouilles ?

- Pour me rappeler que la pauvreté n'était jamais dans notre porte-monnaie.

Elle était dans ton imagination.

Elle referma doucement la porte.

Pas avec colère.

Avec élégance.

De l'autre côté, il resta longtemps sur le palier.

Pour la première fois de sa vie, il comprit que l'on peut économiser sur tout...

Sauf sur l'amour.

Car lorsqu'on passe trente-deux ans à compter les centimes, il arrive un matin où l'on découvre que c'est le bonheur qui manque à la caisse.

Allez une p'tite toile !

Mikhail Vainstein artiste ukrainien 

"Morning", 1981





jeudi 2 juillet 2026

L'homme qui enseignait les mots....


Il a 78 ans. Il prétend qu'il est à la retraite. Mais c'est faux.

Chaque matin, il prépare son sac avec la gravité d'un instituteur de campagne. Quelques feuilles,  des stylos qui disparaissent mystérieusement d'une semaine à l'autre, et cette patience qui ne s'achète nulle part.

Puis il part retrouver sa classe.

Sa classe ne ressemble à aucune autre. On y entend des accents venus de loin. Très loin. Du Soudan, d'Iran, d'Afghanistan, d'Érythrée, et d'autres pays où la vie a parfois décidé d'être plus dure qu'ailleurs. 

Ils sont douze, parfois quinze. Des très jeunes qui pourraient être ses petits-enfants. Des hommes aux cheveux déjà blancs. Des femmes discrètes. Tous portent dans leur regard un voyage dont ils parlent peu.

Ils n'ont souvent pas de papiers. Mais ils ont des histoires.

Des histoires de désert, de frontières, de bateaux trop pleins, de nuits sans sommeil, de familles laissées derrière eux. Des histoires qu'ils racontent rarement, parce que certains souvenirs préfèrent le silence.

C'est une classe où les cartes de géographie semblent avoir pris vie... le Soudan s'assoit près de l'Iran.. l'Afghanistan sourit au Pakistan...

Ce qui frappe d'abord, c'est leur sourire.

Ils arrivent avec un "Bonjour professeur !" lancé comme une victoire. Ils remercient pour tout. Un café. Un cahier. Un mot nouveau. Ils offrent parfois une poignée de dattes, un couscous fait avec amour, quelques biscuits achetés avec presque rien.

Ils donnent sans compter, alors qu'ils possèdent si peu.

Mon mari leur apprend les subtilités de la langue française. 

Pourquoi "eau s'écrit avec trois lettres ?"Mon mari répond en riant " parce que si le français était simple, les français ne pourraient plus râler !! 

Toute la classe éclate de rire.

« Pourquoi on dit j'ai faim, mais je suis fatigué ? »

Il réfléchit une seconde... puis répond :

« Parce que le français adore compliquer la vie de ceux qui veulent l'aimer."

Il ne leur apprend pas seulement la grammaire.

Il les emmène au musée. Au cinéma. Leur montre une cathédrale, un jardin, une bibliothèque. Des lieux où beaucoup d'entre eux n'auraient jamais osé entrer, persuadés que ce n'était pas pour eux.

Il ouvre une porte.

Puis une autre.

Et encore une autre.

Il ne leur offre pas seulement des mots. Il leur dit, sans jamais le prononcer :

« Vous avez votre place ici. »

Eux, en retour, lui offrent quelque chose de précieux.

Ils lui rappellent qu'on peut avoir tout perdu sans perdre sa dignité.

Qu'on peut avoir faim sans perdre son humour.

Qu'on peut attendre des mois une réponse administrative et continuer malgré tout à sourire. 

Il les regarde parfois arriver.

Ils saluent chacun avec une politesse presque oubliée. Ils s'entraident. Celui qui comprend un peu mieux traduit pour celui qui hésite. Celui qui reçoit partage aussitôt.

On parle souvent de ce qu'ils n'ont pas.

On parle moins de tout ce qu'ils apportent.

Mon mari les aime profondément.

Il dit que ce sont eux qui lui apprennent le plus.

Je crois qu'il a raison.

Seulement voilà...

À 78 ans, le cœur est immense, mais les journées ne s'allongent plus.

Il rentre fatigué, ses yeux  brillent toujours mais se ferment un peu plus tôt tous les soirs..

Il affirme que tout va bien. Que ce n'est "qu'un petit coup de pompe". Pourtant, je vois ses épaules un peu plus basses, ses pas un peu plus lents.. il ne parle pas de sa fatigue mais je la vois...

Il voudrait être le professeur, le guide, le traducteur, le confident, parfois même le grand-père de chacun.

Il oublie qu'on ne peut pas porter le monde entier, même avec un immense cœur.

Je suis certaine que ses élèves, s'ils lisaient ces lignes, lui diraient dans leur français parfois hésitant :

« Monsieur... maintenant, un peu repos. Nous, on a appris. C'est votre tour d'écouter. »

Et lui sourirait.

Parce que les sourires sont devenus leur langue commune.

Il croit leur enseigner le français.

En réalité, ils apprennent ensemble une langue bien plus rare.

La bonté.

Celle qui ne demande ni passeport, ni visa, ni diplôme.

Seulement un cœur assez grand pour faire une place à l'autre.

Allez une p'tite toile ... rien à voir avec le texte... mais j'aime bien 😂

René Magritte 








mardi 30 juin 2026

Les codes...

Une petite fiction... mais pas complétement car j'ai eu cette conversation avec quelqu'un de ma famille cette semaine et c'était le même sujet.. j'ai juste brodé autour...

Marcel avait quatre-vingt-trois ans. Une fille qui habitait Lille,  et qui l'avait oublié.. Elle avait sa vie, ses enfants, son mari, son travail..ajouter un vieux père à tout ça était au dessus de ses forces.. Elle était venue enterrer sa mère, vite, très vite... ne s'était pas posé de questions sur la suite..

Je t'appelle lui avait elle dit... Il attendait, souvent pour rien.. Il n'avait plus de place, il avait essayé d'appeler mais il avait vite senti qu'il dérangeait..

Elle habitait loin... Il comprenait..

À son âge, on ne demandait plus grand-chose à la vie. Juste que le facteur passe encore, que les douleurs oublient parfois les genoux, que l'hiver ne soit pas trop long... et que la retraite arrive à la date prévue.

Ce mardi-là, il s'était réveillé avant le jour.

Sur la table de la cuisine, une enveloppe blanche attendait. La facture d'électricité.

Il la regardait comme on regarde un nuage noir approcher.

Si la pension n'était pas versée, il ne pourrait pas payer.

Autrefois, cette inquiétude n'aurait même pas existé.

Louise s'occupait de tout.

Elle connaissait les dates, les papiers, les démarches. Elle avait cette intelligence discrète des femmes qui tiennent une maison sans jamais donner l'impression d'en porter le poids.

Lui travaillait. Elle organisait la vie.

Quand elle est morte, il n'a pas seulement perdu son épouse. Il a perdu la personne qui savait traduire le monde.

Depuis, les lettres étaient devenues compliquées.

Les formulaires semblaient écrits pour d'autres.

Et les mots nouveaux... "identifiant", "espace personnel", "application", "QR Code"... avaient remplacé les bonjours.

À la banque, Marcel prit un ticket.

Le numéro 48.

Il attendit longtemps.

Autour de lui, les clients baissaient les yeux sur leurs téléphones. Leurs doigts glissaient sur les écrans avec une facilité qui ressemblait à un autre langage.

Lui tenait son téléphone à clapet dans sa poche. Il ne sonnait presque jamais. Mais au moins, il savait répondre quand il sonnait.

Enfin... il le croyait.

Quelques mois plus tôt, un homme l'avait appelé.

Une voix douce. Respectueuse.

« Monsieur Marcel, nous avons détecté une opération suspecte sur votre compte. Nous allons vous aider à le sécuriser. »

Il connaissait son nom. Sa banque. Son adresse.

Alors Marcel avait cru parler à quelqu'un d'honnête.

Il avait donné ses codes. Tous.

Le soir même, ses économies avaient disparu.

Ce n'était pas l'argent qui lui faisait le plus mal.

C'était d'avoir découvert qu'on pouvait voler un homme en utilisant simplement la gentillesse .

Quand son numéro s'afficha, il s'approcha du guichet.

Une jeune employée leva les yeux quelques secondes. Son visage était fatigué.

On devinait qu'elle courait depuis le début de la journée.

« Bonjour... Je voudrais savoir si ma pension est arrivée. »

Elle continua de taper sur son clavier.

« Vous avez regardé sur l'application ? »

Marcel hésita.

« Je n'en ai pas. »

« Alors sur votre espace client ? »

Il secoua la tête.

« Je ne sais pas ce que c'est. »

Elle soupira.

« Votre adresse mail ? »

Il répondit presque en s'excusant.

« Je n'en ai jamais eu. »

La jeune femme ferma les yeux une seconde.

Il y avait la file d'attente.

Les objectifs.

Le téléphone qui sonnait.

Les rendez-vous.

Le temps qui manquait toujours.

« Monsieur... aujourd'hui tout se fait en ligne. Je ne peux pas expliquer tout ça à chaque personne. »

Marcel resta immobile. Il n'avait rien compris. Pas parce qu'il était incapable. Parce que personne ne parlait sa langue.

Autrefois, il savait réparer une toiture sous la pluie. Poser une charpente sans plan.

Reconnaître une panne de moteur à l'oreille.

Aujourd'hui, il ne savait plus demander un simple renseignement.

Il baissa la tête.

Les vieux apprennent vite à avoir honte. Honte de faire attendre. Honte de demander. Honte de ne plus suivre.

Alors ils disent souvent :

« Ce n'est pas grave... »

Même quand ça l'est.

Il allait repartir lorsqu'une voix s'éleva derrière lui.

« Excusez-moi... »

Un jeune homme venait de quitter la file.

Vingt-cinq ans peut-être.

Des baskets usées.

Un ordinateur dans un sac à dos.

Le visage encore plein de cette jeunesse qui croit pouvoir réparer beaucoup de choses.

« Je pense que monsieur demande simplement un relevé de compte. »

La guichetière leva les yeux.

« Oui... mais... »

« Il ne demande pas Internet. Il ne demande pas une application. Il demande une feuille de papier. »

Quelques secondes de silence. Puis l'imprimante se mit à ronronner.

Le bruit était presque dérisoire. Quelques grammes de papier.

Quelques lignes d'encre. Il n'avait fallu que vingt secondes.

Marcel prit la feuille entre ses mains comme un objet précieux.

Sa pension était là.

Il pourrait payer l'électricité. Ses épaules s'abaissèrent doucement.

Il respirait de nouveau.

En sortant, le jeune homme le rejoignit.

Ils marchèrent côte à côte. Sans parler d'abord.

Puis Marcel murmura :

« Vous savez... j'ai construit des écoles... des maisons... une mairie... Dans mon métier, on disait que j'avais de l'or dans les mains. Aujourd'hui, j'ai l'impression d'être devenu idiot. »

Le jeune homme s'arrêta.

« Non, monsieur. Le monde est juste allé plus vite que vous. Ce n'est pas la même chose. »

Ces mots firent vaciller quelque chose dans le regard du vieil homme.

Depuis des mois, personne ne lui avait rendu sa dignité.

Ils s'assirent sur un banc. Le jeune expliqua les arnaques. Les faux conseillers. Les SMS. Les mails. Les pièges.

Marcel, lui, parla de Louise.

Il parla des saisons où l'on réparait tout. Des voisins qui entraient sans frapper. Du café partagé sur un chantier.

Des mains qui savaient fabriquer presque tout.

Le jeune écoutait.

Il découvrait un monde sans mot de passe.

Marcel découvrait un monde où l'on pouvait parler à quelqu'un vivant à l'autre bout de la planète.

Ils riaient de leurs ignorances respectives. L'un ne savait pas installer une application. L'autre était incapable de planter correctement un clou.

Ils avaient chacun un morceau du monde.

Aucun ne possédait le monde entier.

Avant de se quitter, le jeune écrivit son prénom et son numéro sur un petit papier.

« Si quelqu'un vous demande vos codes... »

Marcel sourit.

« Les seuls codes que je donnerai désormais... ce sont ceux du portail de mon jardin. »

Le jeune éclata de rire. Si vous avez besoin d'aide pour vos papiers, appelez moi.. j'habite tout près.. vous m'apprendrez à planter un clou et moi je trierai avec vous ce qui est important et ce qui ne l'est pas...

Puis il serra cette vieille main, large, déformée par une vie de travail.

Une main qui avait construit des maisons où d'autres avaient appris à vivre.

En regardant Marcel s'éloigner, il comprit soudain une chose.

On répète souvent que les personnes âgées doivent apprendre le monde des jeunes.

C'est vrai.

Mais on oublie que les jeunes ont, eux aussi, un apprentissage à faire.

Celui de la patience. Celui de l'écoute. Celui de ralentir assez pour ne laisser personne au bord du chemin.

Une civilisation ne se mesure pas à la vitesse de sa fibre optique.

Elle se mesure au temps qu'elle accepte de consacrer à celui qui avance moins vite.

Le progrès est extraordinaire lorsqu'il ouvre des portes.

Il devient cruel lorsqu'il transforme une simple demande, "Est-ce que ma pension est arrivée ?", en une énigme impossible.

Et peut-être qu'un jour, lorsque les doigts du jeune homme trembleront à leur tour devant les inventions d'un siècle nouveau, il se souviendra de Marcel.

Il espérera alors qu'un inconnu s'arrête quelques minutes.

Non pour lui apprendre une machine.

Mais pour lui rappeler qu'avant d'être des utilisateurs, des clients ou des numéros de dossier, nous sommes des êtres humains.

Et qu'aucune application, aussi perfectionnée soit-elle, ne remplacera jamais la plus ancienne des technologies : une main tendue.

Allez une p'tite toile !!





jeudi 4 juin 2026

L'apprenti...


Encore une petite fiction....

Je m'appelle Antoine et je suis maçon... depuis 15 jours un jeune apprenti nommé Fabien était venu renforcer notre équipe...

Il arrivait avant tout le monde. Il se changeait vite. Il prenait le balai sans qu’on le lui demande.

S’il fallait monter des seaux, il montait des seaux. S’il fallait dégager des gravats, il dégageait des gravats. Si Marcel, le plus ancien de l’équipe, lui lançait une remarque avec sa voix sèche, Fabien hochait la tête et s’exécutait.

Marcel avait cinquante-neuf ans et presque toute une vie dans le bâtiment. C’était le genre d’homme qui a l’air fâché même quand il est tranquille. Il râlait pour tout : les outils mal rangés, le café trop clair, les jeunes qui ne savaient pas tenir une truelle.

Mais c’était aussi le premier à te tendre une bouteille d’eau quand il te voyait pâlir.

Le chantier se trouvait dans un vieil immeuble  de Lyon. Un appartement avec des couloirs étroits, du carrelage défraîchi et des voisins qui passaient la tête toutes les dix minutes pour demander quand on aurait fini.

Rien d’exceptionnel.

Un chantier de plus.

Mais Fabien a commencé à m’intriguer pour une raison simple.

À l’heure du déjeuner, il disparaissait.

Nous, on s’installait dans un coin à peu près propre du rez-de-chaussée, sur des planches. On sortait les boîtes, les sandwichs, les fruits, les thermos de café. Marcel apportait presque toujours une omelette,  ou un reste de la veille préparé par sa femme.

Moi, je prenais ce que ma compagne me préparait. Parfois du riz, parfois des lentilles, parfois un gros sandwich avec tomate et fromage.

Fabien , lui, disait toujours la même chose :

- Je vais passer un coup de fil.

Ou bien :

- Je reviens, chef.

Et il partait.

Au début, j’ai pensé que c’était de la timidité. Qu’il n’avait pas envie de s’asseoir avec deux hommes plus âgés qui parlaient de mal de dos, de factures et de chantiers payés trop tard.

Mais les jours ont passé. Puis les semaines.

Et Fabien continuait à disparaître chaque midi.

Un vendredi, Marcel a dit en ouvrant sa gamelle :

- Il est bizarre, ce gamin. Il ne mange jamais avec nous.

Je n’ai rien répondu. Mais quelque chose m’est resté en tête.

Le lundi suivant, je suis allé chercher un mètre dans la camionnette. En passant derrière l’immeuble, je l’ai vu.

Fabien était assis seul sur une marche en béton. Il tenait un morceau de pain dans la main.

Rien d’autre. Pas de jambon. Pas de fromage...

Juste du pain.

À côté de lui, il y avait une bouteille en plastique remplie d’eau du robinet.

Je suis resté immobile, sans faire de bruit.

Et là, j’ai vu quelque chose qui m’a serré le cœur.

Il a coupé le morceau de pain en deux. Il en a mangé une moitié lentement. L’autre, il l’a enveloppée dans une serviette froissée avant de la glisser dans son sac.

Ce n’était pas seulement de la faim. C’était mesurer chaque bouchée ....

Je suis retourné sur le chantier sans qu’il me voie.

Je n’ai pas voulu l’humilier. Il y a des aides que l'on peut donner sans arrière pensée et qui peuvent blesser ...

Dans l’après-midi, pendant qu’on rangeait les outils, je lui ai demandé comme si de rien n’était :

- Tout va bien, Fabien ?

Il a souri trop vite.

-  Oui, Antoine. Tout va bien.

Ce “tout va bien”, je le connais. C’est celui des gens qui encaissent trop.

Plus tard, il m’a raconté un peu. Très peu, parce que Fabien n’était pas du genre à étaler ses malheurs.

 Son père n’était plus là. Sa mère faisait des ménages quand elle trouvait du travail. Il avait une petite sœur. Lui gagnait peu, comme tous les apprentis, mais il donnait presque tout à la maison.

Il l’a dit calmement. Comme si c’était normal.

Comme si, à dix-huit ans, on devait déjà porter des soucis d’homme épuisé.

Ce soir-là, après le chantier, j’ai pris Marcel à part.

- Fabien ne mange pas correctement, je lui ai dit.

Marcel a froncé les sourcils.

-  Comment ça, il ne mange pas correctement ?

Je lui ai raconté le pain. La moitié gardée pour plus tard.

Marcel est resté silencieux. Et quand Marcel se taisait, c’est que quelque chose l’avait vraiment touché.

Le lendemain, j’ai apporté un énorme plat de pâtes en salade. Beaucoup trop grand, évidemment.

Marcel est arrivé avec des croquettes, du pain, des clémentines et une omelette qui aurait pu nourrir une famille entière.

À midi, j’ai tout posé sur une planche et j’ai appelé :

- Fabien, viens ici une minute. Ma compagne a cuisiné pour un régiment. Si tu ne nous aides pas, ça va finir à la poubelle.

Fabien est resté à l’entrée.

- Non merci. J’ai quelque chose.

À cet instant précis, son ventre a gargouillé. Fort.

Personne n’a ri.

Marcel a poussé une chaise avec le pied.

-  Assieds-toi, gamin. Sur un chantier, on ne jette pas la bouffe.

Fabien s’est assis lentement, comme s’il n’était pas certain d’avoir le droit de prendre cette place. Je lui ai servi une assiette pleine.

Il a commencé à manger doucement. Trop doucement. Comme mangent ceux qui veulent cacher qu’ils ont faim.

Au bout de quelques bouchées, ses yeux sont devenus brillants.

- Merci d'avoir partagé avec moi, a-t-il dit presque à voix basse.

J’ai regardé ma boîte et j’ai fait semblant de trouver la situation parfaitement normale.

- Tu n’acceptes rien. Tu nous rends service.

Marcel a ajouté :

- Et mes croquettes ne vont pas rester là à déprimer.

Fabien a laissé échapper un petit rire. Le premier vrai rire que je lui entendais.

À partir de ce jour-là, des restes énormes ont commencé à apparaître sur le chantier.

Un jour, trop de riz. Le lendemain, des sandwichs en plus.

Une autre fois, des fruits, des yaourts, une quiche, de l’omelette.

Toujours par hasard. Toujours parce qu’il “fallait finir”.

Jamais nous n’avons dit : “C’est pour toi.”

Parce que la dignité d’un gamin vaut plus que n’importe quel plat chaud.

Peu à peu, Fabien a cessé de disparaître. Il s’est assis avec nous. Au début, il parlait peu. Puis il a commencé à évoquer son apprentissage, sa petite sœur, sa mère, son envie d’apprendre vraiment le métier.

Il ne voulait pas devenir riche. Il ne voulait pas se faire remarquer.

Il voulait juste travailler proprement et ramener quelque chose chez lui sans baisser les yeux.

Un lundi, il est arrivé avec une petite boîte.

Il l’a posée sur la planche et a dit :

-  C’est ma mère qui les a faits. Des petits gâteaux. Ils ne sont pas très beaux, mais…

À l’intérieur, il y avait des gâteaux un peu tordus, légèrement brûlés sur les bords.

Marcel en a pris un, a croqué dedans et a déclaré :

- Meilleurs que ceux de n’importe quelle boulangerie.

Fabien a baissé la tête. J’ai vu sa gorge se serrer.

Et ce jour-là, j’ai compris quelque chose qu’aucune formation ne vous apprend.

Nous n’avions pas sauvé Fabien. On ne sauve personne avec une gamelle.

Mais nous lui avions montré qu’il n’avait pas à avoir faim en silence. Que lorsqu’un jeune travaille avec vous, il n’est pas seulement une paire de bras de plus. Il fait partie de l’équipe.

Et une vraie équipe ne laisse jamais l’un des siens manger un demi-morceau de pain en cachette.

Les mois suivants, Fabien est devenu un vrai gars du chantier.

Pas seulement parce qu’il portait les sacs plus droit, qu’il maniait mieux la truelle ou qu’il savait enfin préparer un mortier sans demander trois fois si la consistance était bonne. Il est devenu un gars du chantier parce qu’il ne baissait plus les yeux quand il entrait dans la pièce où nous mangions.

 Il posait son sac dans un coin, se lavait les mains, s’asseyait avec nous, et même quand il n’avait presque rien apporté, il ne faisait plus semblant de devoir passer un coup de fil.

Quelques semaines plus tard, sa mère est venue nous voir.

Elle s’appelait Rosa. Petite femme aux épaules maigres, visage marqué par le travail, cheveux tirés en arrière, mains rouges d’eau de javel et de froid. Elle est arrivée un vendredi en fin de journée, avec une boîte ronde enveloppée dans un torchon. Diego l’accompagnait, gêné comme un enfant qui présente sa famille à un monde qu’il n’a pas encore tout à fait le droit d’habiter.

-  Bonjour, messieurs, a-t-elle dit. Je voulais vous remercier.

Marcel s’est essuyé les mains sur son pantalon.

-  Nous remercier de quoi ?

Elle a regardé son fils. Fabien a tourné la tête.

-  De ne pas l’avoir laissé faire semblant, a-t-elle répondu.

Personne n’a parlé.

Elle a posé la boîte sur une planche. À l’intérieur, il y avait une tortilla épaisse, encore tiède, faite avec des pommes de terre, des œufs, un peu d’oignon. Simple. Nourrissante. Le genre de plat qui dit “je n’ai pas grand-chose, mais ce que j’ai, je le mets au milieu.”

- Ce n’est pas beaucoup, a-t-elle ajouté.

Marcel a attrapé son couteau.

- Madame, sur un chantier, ce qui est posé sur la table devient sacré.

Rosa a souri, et ce sourire m’a fait quelque chose.

Nous avons mangé tous ensemble ce soir-là, debout au milieu des sacs de plâtre et des outils rangés. Fabien regardait sa mère, puis nous, comme si deux morceaux de sa vie venaient de se toucher . Sa petite sœur,  n’était pas venue. Elle avait cours, disait-il. Mais Rosa avait gardé une part pour elle, soigneusement emballée.

À partir de ce jour-là, la boîte sur la table n’a plus été seulement la nôtre. Parfois, Rosa envoyait quelque chose. Des haricots mijotés. Du riz au lait. Des gâteaux trop secs qu’on mangeait quand même jusqu’au dernier. Et chaque fois, Fabien avait l’air un peu moins pauvre. Pas parce qu’il possédait plus. Parce qu’il n’était plus seulement celui qui reçoit. Il était aussi celui qui apporte.

C’est important, ça.

On croit souvent aider quelqu’un en lui donnant. Mais si on ne lui laisse jamais l’occasion de donner à son tour, on l’installe dans une dette invisible. Et on sentait que Fabien avait déjà assez de dettes sur le dos..... Mais plus les jours passaient et plus il devenait droit... la vie est plus légère lorsqu'on la porte à plusieurs....

Allez une p'tite toile !!







samedi 30 mai 2026

Séraphine...

 Une petite fiction.. sujet donné par l'homme qui est sur les routes de Compostelle.....

Le village de Valcreux s’arrêtait net après l’église.

Au-delà, la route était étroite, bordée de ronces et de vieux noyers tordus. Tout au bout, derrière une clôture mangée de mousse, vivait Séraphine.

Soixante cinq ans. Le dos encore solide. Les cheveux  gris attachés avec un élastique.

Des yeux pâles qui semblaient regarder derrière les gens plutôt qu’en eux.

On disait qu’elle parlait seule. Qu’elle connaissait les plantes capables de guérir… et celles capables de faire mourir une vache en trois jours.

Les enfants du village l’appelaient “la sorcière des noyers”.

Ça l’arrangeait. Moins les gens approchaient, plus elle respirait tranquille.

Sa maison était vieille, basse, couverte d’ardoises noircies. Elle élevait quelques poules, cultivait un immense jardin et vivait avec son chien Vasco, un bâtard noir trouvé dix ans plus tôt au bord d’une départementale.

Le seul homme qui osait monter jusqu’à chez elle sans peur s’appelait Armand Delorme.

L’homme le plus riche du canton. Costumes italiens. Voiture allemande.

Sourire de notaire et âme noire.

Depuis deux ans, il rachetait des terres à bas prix partout autour de Valcreux. Il voulait transformer les collines en résidence de luxe avec spa, golf miniature et “vue authentique sur la campagne”.

Mais au milieu de son futur projet, il y avait la propriété de Séraphine.

Et Séraphine refusait. Toujours.

- Je mourrai ici, avait-elle dit.

- Tout le monde meurt quelque part, avait répondu Delorme avec un sourire.

Le lendemain, Vasco disparut.

Elle le retrouva derrière la grange, raide dans l’herbe humide.... tué d'une balle en plein coeur..

Séraphine ne pleura pas devant les autres.

Mais cette nuit-là, les voisins entendirent un cri traverser les champs comme un animal qu’on égorge.

Puis les poules moururent à leur tour. Empoisonnées...

Ensuite le jardin fut saccagé. Les salades arrachées. Les bocaux explosés contre les murs. Les ruches renversées.

La gendarmerie vint. Constata. Soupira.

Pas de preuves. Toujours pas de preuves.

Delorme, lui, continuait ses visites.

- Vous êtes seule ici, Séraphine. La vie devient compliquée à votre âge.

Elle le regardait sans répondre. Avec cette immobilité étrange qui donnait aux gens envie de partir vite.

Puis arrivèrent les histoires des pompes à chaleur.

Dans tout le département, des commerciaux faisaient signer des devis à des retraités. Ils encaissaient les acomptes, promettaient des aides de l’État… puis disparaissaient.

La télévision locale parlait d’escroqueries massives. Séraphine regardait tout ça en silence.

Un mardi de novembre, un homme sonna chez elle.

Costume bleu. Chaussures trop propres pour la boue du chemin.

Sourire collé au visage.

- Bonjour madame ! Didier Lemaire, société EcoFuture Habitat. Vous êtes éligible à une rénovation énergétique quasi gratuite…

Elle le fixa longuement.

Puis, contre toute attente, elle sourit.

- Entrez donc.

L’homme sembla surpris.

Dans la cuisine, elle lui servit du café dans une tasse ébréchée. Il parla pendant une heure de crédits, d’économies d’énergie et de subventions miraculeuses.

Elle hochait la tête comme une vieille femme dépassée.

- Faudrait voir la grange, dit-elle finalement. Pour la future installation.

Il prit sa mallette et la suivit.

La grange sentait le bois humide et la terre froide. Une seule ampoule pendait au plafond.

- Là, expliqua-t-il en ouvrant son dossier, on pourrait mettre l’unité centrale…

Le coup de pelle lui fracassa le crâne avant la fin de la phrase.

Le bruit fut court. Épais.

L’homme s’écroula sans un cri.

Séraphine resta immobile plusieurs secondes, la pelle entre les mains. Son souffle faisait des petits nuages blancs. Lui ne respirait plus... 

Puis elle murmura : c'est pour tous les couillons que tu as arnaqués...

La nuit venue, elle enveloppa le corps dans une bâche, le hissa avec une force étonnante dans le coffre de sa vieille voiture et prit la route des bois.

Chez Delorme, les grilles étaient ouvertes. Il rentrait tard de dîner. Toujours tard.

Séraphine connaissait ses habitudes mieux que lui-même.

Elle déposa le cadavre derrière les hangars du domaine en prenant soin de laisser quelques cadeaux.

Un bouton arraché à une veste de Delorme qu’elle avait récupéré des mois plus tôt lors d’une altercation.

Un foulard portant ses initiales.

Et surtout… un carnet.

Le faux commercial y avait noté plusieurs rendez-vous. Parmi eux, un nom entouré en rouge :

“Armand D. – Terrain Séraphine.” ce mécréant avait fait affaire avec le Delorme afin de la ruiner ...

Le lendemain, un employé découvrit le corps.' L’affaire explosa immédiatement.

La presse locale parla d’un règlement de comptes. Puis d’arnaque. Puis de meurtre prémédité.

La police fouilla chez Delorme.

On retrouva des traces de sang dans un utilitaire. Une pelle récemment nettoyée. Des échanges téléphoniques avec des sociétés douteuses.

Et surtout, Delorme avait été vu plusieurs fois en train de menacer Séraphine publiquement.

Le dossier devint monstrueux. Delorme hurla au complot.

Mais plus il se défendait, plus il paraissait coupable. Même ses avocats semblaient parfois fatigués de l’entendre.

Le procès eut lieu huit mois plus tard. Tout Valcreux était présent.

Séraphine aussi.

Assise au dernier rang.

Manteau noir. Mains croisées.

Les experts parlèrent d’un homicide violent.

Les journalistes évoquèrent la cupidité d’un promoteur prêt à tout.

Le procureur décrivit Delorme comme un prédateur persuadé d’être intouchable.

Quand la condamnation tomba, un silence lourd traversa la salle.

Vingt-cinq ans.

Delorme devint livide.

En quittant le tribunal, les menottes aux poings, il aperçut Séraphine près des marches.

Elle le regardait calmement, un petit sourire au coin des lèvres..

Alors il comprit. Pas totalement. Pas avec des preuves.

Avec quelque chose de plus terrible. .. L’intuition.

- C’était  vous… souffla-t-il.

Elle s’approcha assez près pour qu’il sente l’odeur de la terre humide sur son manteau et chuchota...

- Vous auriez dû laisser mon chien tranquille.

Puis elle repartit lentement sous la pluie fine.

À Valcreux, les gens continuèrent de l’éviter.

Mais désormais, quand on prononçait le nom de Séraphine, les voix baissaient encore plus.

Comme si le village avait enfin compris une chose ancienne et sauvage :

Certaines femmes vivent seules parce qu’elles savent parfaitement ce qu’elles sont capables de faire.....

Allez une p'tite toile !! 

Peinture d'Andrea Kowch 



jeudi 21 mai 2026

Violette....

 William Henry Margetson (1861_1940)


La jeune fille du tableau s’appelait peut-être Lucile. Ou Marie. Ou Violette...

Elle portait une robe légère semée de fleurs bleu pâle, si transparente à certains endroits qu’on voyait ses jolies courbes sans le vouloir... elle le savait et elle en jouait... À côté d’elle, sur un petit guéridon capricieux aux pieds torsadés, un bouquet de pensées ...Petites oreilles indiscrètes et colorées. Les pensées écoutent tout. C’est bien connu.

Derrière elle, un miroir au cadre bleu renvoyait une image légèrement différente. Dans le reflet, son sourire semblait moins sage. Plus dangereux. Comme si le miroir connaissait ses véritables intentions.

Et ses intentions n’étaient pas du tout celles qu’on imaginait.

Elle avait les mains croisées devant elle non par modestie, mais parce qu’elle cachait un petit billet plié en quatre. . Un rendez vous coquin après la longue séance de pose...

Le vase immense rempli de monnaie du pape brillait près derrière elle. Ses fleurs translucides ressemblaient à des pièces anciennes. Lucile les adorait parce qu’elles avaient l’air riches sans valoir un sou. 

Les femmes âgées voyaient en elle « une enfant délicate ». Les hommes y voyaient « un ange ».

Elle se considérait surtout comme une catastrophe élégante.

Car Violette collectionnait les fiançailles ratées avec une grande application. Trois en deux ans. Le premier fiancé était parti avec une comptable. Le second avait découvert qu’elle lisait ses lettres avant lui. Quant au troisième… il avait eu le tort de lui dire :« Une épouse doit être calme. »

Elle avait éclaté de rire si fort qu’un canari était mort de frayeur dans la pièce voisine.

Depuis, elle posait pour des peintres. Cela lui permettait de sourire pendant des heures sans avoir à écouter qui que ce soit.

Le peintre, lui, était tombé amoureux dès le deuxième jour. Évidemment. Ils tombent tous amoureux des filles qui regardent ailleurs.

« Ne bougez plus », disait-il.

Mais Violette bougeait intérieurement sans arrêt.

Elle imaginait des scandales délicieux.. Danser pieds nus sur une table. Boire du champagne jusqu'à l'ivresse....Le plus drôle était ce sourire.

Ce petit sourire malicieux que les visiteurs prenaient pour de la douceur.

Alors qu’il signifiait simplement :

"Vous n’avez aucune idée de ce que je viens de faire avant d’entrer dans cette pièce."

mardi 12 mai 2026

l'Italie


John Michael Cortes 



 

La rue s’étire , paresseuse et vivante à la fois. Entre les façades ocre et les volets délavés, une corde tendue raconte déjà mille histoires. Là-haut, suspendus entre deux immeubles qui se regardent depuis des décennies, des serviettes , des tee-shirts gonflent doucement .

Une femme les accroche un à un, avec une précision tranquille. Ses gestes ont la mémoire des jours répétés..... Elle secoue un tissu encore humide, et l’air s’emplit d’une odeur simple et rassurante : savon, chaleur, promesse de propreté.

En bas, la rue parle. Elle ne sait pas se taire. Naples est une ville vivante...

Un scooter file en laissant derrière lui un bourdonnement impatient. Deux voisins discutent à voix haute, comme si le monde entier devait profiter de leur débat sur la meilleure recette de sauce tomate. 

La femme au linge s’arrête un instant. Elle regarde la rue, respire profondément. Peut-être pense-t-elle à quelqu’un. Peut-être à personne. Le vent joue avec son linge, on dirait des fantômes  qui dansent au-dessus des passants.

Un enfant traverse en courant.... Une fenêtre s’ouvre, une radio chante quelque chose de vieux et de joyeux. L’odeur du café se mêle à celle du linge frais, et tout devient une seule et même chose : une vie ordinaire, mais vivante...

Les murs ont vu des départs, des retours, des colères et des baisers volés. Les cordes à linge ont porté des secrets, des saisons, des étés brûlants et des hivers humides. Et aujourd’hui encore, entre deux immeubles fatigués, une femme suspend un instant de paix coloré...

vendredi 8 mai 2026

Le chapeau jaune....



 Jef Bourgeau (1950)

Elle est là, parfaitement immobile, comme si quelqu’un avait appuyé sur “pause” dans un film d’auteur.

Banquette rouge.

Chapeau jaune éclatant, presque agressif pour les rétines.

Manteau vert pomme, tellement vif qu’il agace les dents...

Devant elle : un café.

À côté : un petit vase avec quelques fleurs . Un serveur s'approche, manifestement il vient encaisser le café...

 Elle est là,  plongée sur son portefeuille.

Elle l’ouvre. Elle regarde. Elle cligne des yeux. Elle regarde encore.

Rien.. pas la moindre pièce, pas le moindre billet..

Elle fouille. Elle tapote, comme si de l’argent pouvait apparaître miraculeusement...

Elle le secoue. Un vieux ticket tombe. Elle le ramasse, le lit.

-“Magnifique… j’ai payé 3,20€ pour un sandwich en 2016. Une époque prospère.”

Le serveur commence à reculer doucement.

Mais elle le rappelle d’un geste théâtral.

- “Attendez. J’ai une solution. Et si je vous laissais mon chapeau en gage ? 

Damien le serveur rougit... il ne sait pas comment faire... s'il doit appeler quelqu'un...

Et un homme apparaît, le patron du café... 

Tu n'en as pas assez d'enquiquiner mes serveurs ? Damien, je vous présente ma fille qui s'amuse à vous faire marcher .... 

Mettez sa note sur mon compte !! La belle enchapeautée ne fera pas la vaisselle !! 



mercredi 6 mai 2026

La vieille....


Peinture d'Antony Williams ...




 Elle est là, assise en silence. Ses cheveux, coupés au carré, encadrent son visage d'un halo blanc. Ils ne brillent pas. On dirait de la neige qui aurait décidé de rester, même au printemps.

Ses yeux… ces yeux bleu délavé, presque transparents, ressemblent à des morceaux de ciel après la pluie, quand les couleurs hésitent à revenir. Ils ne fixent rien vraiment.. Il y a dedans une absence, mais pas vide.

Chaque ride raconte une phrase qu’elle n’a jamais dite. Certaines descendent lentement de ses tempes, d’autres s’accrochent autour de sa bouche pincée, comme si les mots avaient longtemps frappé à la porte sans jamais entrer. Ce n’est pas une bouche dure. C’est une bouche qui a appris à se taire.

Son chemisier à rayures, un peu froissé, un peu oublié, semble appartenir à un autre jour. Peut-être à un dimanche. Peut-être à une époque où quelqu’un lui disait encore : “Ça te va bien, tu es belle”

On pourrait croire qu’elle est perdue.  Mais elle n’est pas perdue. Elle est restée. Restée dans une maison qui n’existe plus. Restée parce qu’elle a tenue une main jusqu’au bout. Elle est seule à présent.. presque sans illusions..

Et puis,  il y a un petit détail, presque invisible...

Au coin de ses lèvres serrées, une hésitation. Pas tout à fait un sourire, mais une mémoire de sourire. Comme si, au fond d’elle, une scène continuait de se rejouer.

Un enfant qui court. Une voix qui l’appelle “maman”. Un été qui ne finissait jamais. La tristesse est là, oui. Elle flotte comme une brume .

Mais sous cette brume, il y a une chaleur. Une tendresse ancienne, intacte, obstinée.

Si on tend l’oreille… la peinture ne pleure pas. Elle se souvient.

dimanche 3 mai 2026

La rêveuse...

 

Peinture de Vittorio Matteo Corcos... Une toile que j'aime beaucoup... dès mon réveil c'est la première chose que je vois... Elle est juste sur le mur en face de mon lit.....

Parfois j'en fais une femme futile, parfois  c'est une rêveuse.. et parfois elle est juste quelqu'un qui regarde les passants...


Elle est là, impeccable.. Une main sous le menton, le regard  perdu dans le vague… Elle donne l'impression de penser à des choses importantes... Elle se dit : 

“Si je reste encore cinq minutes comme ça, quelqu’un va forcément croire que j’ai le cœur brisé… Alors que j’essaie juste de me souvenir si je n'ai pas oublié de nourrir le chat… 

 Elle cultive ce petit air mélancolique. Avoir l’air profonde ... Donner l'illusion....Quelques bouquins posés là, prouvent qu'elle n'est pas futile.... Une femme qui lit est forcément intelligente.. En tout cas c'est ce qu'elle veut faire croire !!

Un homme passe, ralentit. Évidemment. Elle sent le regard. Elle ne bouge pas. Surtout pas. Elle devient une statue. Une œuvre. 

Elle pense :

“Allez, vas-y, admire. Je t’offre  une illusion. Profite. Je suis probablement plus intéressante immobile que si je parlais.

Elle décide de rester encore un peu...Maintenir un air rêveur demande une discipline de fer. Ce n’est pas donné à tout le monde. 

Le temps passe.. elle s'ennuie..

“Bon. Si je me lève maintenant, est-ce que ça fait mystérieux? … ou est-ce que j’ai juste l’air d’avoir des fourmis dans les jambes ?”



vendredi 1 mai 2026

Le trottoir....

 José Manuel Capuletti 1925- 1976.  Espagne


Au premier regard, elle est là. Une femme. Assise sur le trottoir comme si la ville l’avait rejetée ,  sans violence mais sans recours. Ses pieds nus reposent sur le béton froid. Ils racontent la fatigue .

Derrière elle, un châle abandonné. Pas posé, non. Tombé. Comme si elle l’avait laissé glisser sans même s’en rendre compte. Le vent le soulève parfois, juste assez pour donner l’illusion qu’il respire encore.

Le ciel, lui,  est lourd ,  chargé d’une menace qui ne tombe jamais. Les nuages s’entassent ...

Et puis, il y a le chat.

Noir et blanc, parfaitement immobile, à quelques mètres. Il ne regarde pas la femme. Il fixe le sol, ou plutôt ce qui s’y cache. Une souris. Invisible pour nous, mais pas pour lui. 

La femme, elle, ne voit rien de tout cela. Ou peut-être qu’elle voit tout...

Dans cette toile, rien ne bouge vraiment. Et pourtant, tout est sur le point d’arriver.

Le chat va bondir. La pluie va tomber. Quelqu’un va s’asseoir sur le banc.

Ou alors personne ne viendra jamais.

Et la femme… restera là, comme échouée entre deux mondes......

mercredi 29 avril 2026

Bleu Majorelle...


 

La ruelle s’élève  doucement. Une colonne vertébrale de pierre, faite d’escaliers usés par des siècles de pas . Les murs, peints d’un bleu Majorelle profond, semblent retenir le ciel prisonnier . La lumière s’y faufile comme elle peut ...

La vieille dame monte.

Chaque marche est une négociation.  Elle ne regarde pas en bas. Le bas, c’est le passé. Et aujourd’hui, elle a décidé d’aller vers la porte, vers ailleurs...

On dirait qu’elle ne mène pas à une maison, mais à une autre saison. Une autre vie peut-être. Il y fait sombre,  symbole de fraîcheur...

À mi-chemin, le tapis orange suspendu à la fenêtre danse doucement. Il ne sèche pas vraiment. Il respire. Il observe. Il se souvient peut-être. 

Elle ferme les yeux un instant..  

Elle reprend. Une marche. Puis une autre. Puis encore une.

Et lorsqu’elle atteint enfin la porte, elle ne frappe pas. Elle pose simplement sa main dessus. La maison la reconnaît, elle s'ouvre, elle est enfin chez elle...


vendredi 24 avril 2026

La chaise et la mer...

 Peintre Karen Hollingsworth 1955


La chaise n’était pas vraiment là pour s’asseoir. Elle attendait.

Chaque matin, la lumière entrait par la fenêtre ouverte comme une invitée fidèle, caressant la chemise bleu pâle posée là. Le chapeau de paille, lui, penchait légèrement, comme s’il écoutait la mer au loin.

La mer…  Ce jour-là, elle respirait calmement, comme si elle ne voulait déranger personne.

La chemise appartenait à Émile.

Enfin… appartenait, c’était une façon de parler. Depuis qu’il avait cessé de revenir chaque matin à la même heure, la chemise semblait abandonnée . Elle gardait encore la mémoire de ses épaules, de ses gestes tranquilles, de cette manière qu’il avait de s’arrêter devant la fenêtre, une main sur le dossier de la chaise pour regarder l'horizon..

C’est Lila qui l’avait posée là.

Elle n’avait rien changé dans la pièce. Ni la tasse ébréchée sur la table, ni le livre entrouvert, ni cette chaise près de la fenêtre. Elle disait que certaines choses n’avaient pas besoin d’être rangée....

Alors chaque jour, elle ouvrait la fenêtre.

Le rideau blanc s’animait aussitôt, léger comme un souffle heureux, Il passait devant la chaise, revenait, repartait....

Parfois, Lila s’asseyait par terre, dos contre le mur, et regardait la chemise.

— Tu crois qu’il voit la mer d’où il est ? murmurait-elle. Elle se leva puis prit la chemise dans ses mains.

Elle la porta à son visage et ferma les yeux.

Il y avait encore un peu de lui. Juste une odeur d'avant.....

 Doucement, elle enfila la chemise... juste pour mélanger leurs parfums.. juste pour le souvenir...