mercredi 28 octobre 2026

Le retour...7 fin....

 Amina est revenue un dimanche, à 18h32. Le train avait du retard. 

Paris avait été bruyant, brillant, épuisant. Deux mois dans un open-space qui sentait le neuf, de réunions truffées de mots high-tech, un p'tit studio de 12m² où elle entendait son voisin éternuer, elle avait hâte de retrouver Madeleine..

Elle a monté les quatre étages de la rue Baron Louis deux par deux. Sa valise cognait contre chaque marche.

Elle a ouvert la porte avec sa clé. La clé qui marchait encore.

L'odeur l'a frappée en premier. Pas le propre neutre de Paris. L'odeur de la maison. Café filtre, cire d'abeille, le ficus un peu trop arrosé.

Madeleine n'était pas dans la cuisine. Elle était dans le salon, avec sa canne posée contre le fauteuil. Elle écoutait France Culture. Trop fort. Comme Amina le mettait.

"Amina ?"

Amina n'a rien dit. Elle a posé son sac. Madeleine s'est levée lentement.

"Tu as maigri. Ils ne vous nourrissent pas à Paris ?"

Amina a ri. Et puis elle a pleuré. Un peu. Elle a serré Madeleine très fort dans ses bras...

Elles se sont assises à la table. Deux tasses fumaient déjà, des sablés au chocolat débordaient d'un sachet...Ils étaient tout frais...

"Alors ? C'était comment, Paris ?" a demandé Madeleine.

"C'était bien mais c'était pas chez moi."

Madeleine a hoché la tête, comme si elle attendait cette phrase.

"Je sais. Quand je suis revenue de chez ma fille, j'ai eu la même chose. On croit qu'on a déménagé, mais en fait on a juste deux maisons. C'est fatigant, deux maisons."

Amina a regardé autour. sa plante avait survécu. Mieux que chez elle à Paris, où elle en avait tué deux. Il y avait une nouvelle photo sur le frigo : elle et Madeleine, prise par Chloé lors d'une visite surprise . Madeleine faisait un V avec les doigts. Elle détestait ça d'habitude.

"J'ai mis ta musique", a dit Madeleine, un peu gênée. "Je ne l'aime toujours pas. Mais la maison faisait moins vide."

"Et moi j'ai mis France Culture à Paris", a dit Amina. "Dans mon studio de 12m². Mon voisin a cru que j'étais devenue très intelligente d'un coup."

Elles ont ri.

Le soir, Amina n'a pas défait sa valise tout de suite. Elle a laissé son sac à dos contre la porte, comme une preuve qu'elle pouvait repartir, mais qu'elle choisissait de rester .

À 21h30, Madeleine s'est couchée. À 22h, Amina a éteint son ordi. À 3h du matin, aucune des deux ne s'est levée. 

Pour la première fois depuis longtemps, elles dormaient toutes les deux.

Le lendemain, Amina a collé un nouveau post-it sur le frigo, à côté de l'article 15 et de l'article 16.

Article 17 : On peut avoir deux maisons. Et on revient toujours là où il y a deux tasses qui fument. M & A.



mardi 27 octobre 2026

Départ...6

 Cette fois, c'est Amina qui faisait sa valise.

Une résidence de deux mois à Paris. Un vrai contrat, payé, dans une agence. Le truc qu'elle attendait depuis un an. Le mail est arrivé un mardi à 11h03. Objet : "On vous veut".

Elle a crié. Madeleine est arrivée en courant de la cuisine, avec sa louche.

"Quoi ? Quoi ?"

"J'ai la résidence ! À Paris ! Deux mois !"

Madeleine a posé sa louche.

"Ah."

Deux mois, c'était long. Plus long que les trois semaines de Madeleine chez sa fille. Amina a commencé à parler très vite, pour combler.

"Mais je reviens ! C'est juste deux mois, l'appart reste, enfin ma chambre, je veux dire, je paye toujours, et je vous appelle, et on fait des vocaux......."

Elles ont fait comme si c'était normal. Amina a plié ses pulls. Madeleine a fait des sablés "pour le train". Elle en a mis une dizaine dans un petit sac en tissu qu'elle a fermé avec un ruban.

La veille du départ, Amina a réalisé qu'elle n'avait jamais vu l'appartement sans son bazar à elle. Son tapis de yoga dans un coin, ses plantes qui débordaient, ses post-it partout.

"Vous allez avoir de la place", a-t-elle dit.

"Je vais avoir trop de place", a répondu Madeleine.

Le matin du départ, 6h45. Le même rituel, inversé. Deux tasses, mais cette fois, c'est Madeleine qui a allumé France Culture sans y penser. Elle a même mis le volume un peu plus fort, comme Amina aimait.

"Vous avez pris votre chargeur ?"

"Oui."

"Et votre écharpe ? Il fait froid à Paris, c'est pas Nancy."

"Oui, Madeleine."

Elles se sont regardées au seuil de la porte. Amina avec son sac à dos, sa valise marron. Madeleine avec son sac de sablés.

"Article 17", a dit Madeleine, d'une voix qui tremblait un peu. "Quand l'une part, l'autre garde sa tasse à la même place. Pour qu'elle sache où revenir."

Amina a senti ses yeux piquer.

"Et elle met France Culture le matin. Même si elle n'aime pas la philo."

"Et elle met la musique d'Amina le soir. Même si ça fait du bruit."

Amina est partie. Elle s'est retournée une fois, dans l'escalier. Madeleine était toujours sur le pas de la porte avec son peignoir fleuri .,.

Dans le train, Amina a reçu un vocal. 3 minutes 04. Un record battu.

"Coucou Amina c'est Mamie Madeleine, voilà t'es bien partie, j'ai fermé la porte, le ficus va bien, j'ai mis ta musique, celle avec le monsieur qui répète toujours la même phrase, j'aime pas trop mais ça fait moins vide, tu me dis quand t'arrives, et tu manges les sablés avant ce soir sinon ils ramollissent, bisous."

Amina a pleuré dans le TGV. La dame d'en face lui a donné un mouchoir.

À Nancy, Madeleine a remis la tasse d'Amina exactement à sa place. Elle n'a pas enlevé l'autre chaise. Elle a laissé la porte de la chambre d'Amina entrouverte, pour que la lumière passe

L'appartement s'était vidé. Mais pour la première fois, il ne sonnait pas vide. Il sonnait comme quelqu'un qui attend.



lundi 26 octobre 2026

La chute...5

 Madeleine est tombée dans la salle de bain. Pas fort. Pas cassé. Juste assez pour que sa fille dise "Maman, tu viens 3 semaines à la maison, on ne discute pas".

Le jour du départ, Madeleine avait mis son peignoir fleuri dans une petite valise. Elle a laissé le reste accroché au crochet, comme si elle allait revenir le soir.

"Vous arrosez le ficus une fois par semaine. Pas plus. Et vous mettez France Culture le matin, sinon il va croire que je suis morte."

Amina a ri. "Promis."

Au début, c'était le paradis. Pouvoir laisser ses chaussettes au milieu du salon. Mettre sa musique à fond. Faire une visio sans chuchoter.

Le deuxième jour, le silence a commencé à peser.

Amina s'est levée à 8h. D'habitude, elle entendait Madeleine tousser, la radio qui s'allumait à 7h30 pile, l'odeur du café filtre. Là, rien. L'appartement faisait 65m² mais sans Madeleine il  en faisait 200.

Elle a fait son café. Sans réfléchir, elle a allumé le petit poste radio posé sur la table. France Culture. L'émission sur la philosophie.

Elle s'est assise. Une seule tasse sur la table. La chaise en face, vide. Le peignoir toujours au crochet.

Elle a travaillé. À midi, elle a mangé les restes de la compote de Madeleine, datée du 12. Elle a arrosé le ficus. Deux fois. Puis elle a culpabilisé et et a épongé.

Le soir, elle a mis le volume un peu plus fort pour ne pas entendre le frigo ronronner seul.

Le cinquième jour, elle a reçu un message vocal de Madeleine. 1 minute 22. Record pour elle.

"Coucou Amina c'est Mamie, enfin Madeleine, ma fille me dit que je dis Mamie à tout le monde maintenant. Voilà je vais bien, on est allées chez le médecin, il a dit que c'était une entorse, je vous ai dit que ce n'était rien, ma fille fait des soupes avec trop de sel, votre ficus va bien ? Vous pensez à mettre la radio ? Il ne faut pas qu'il s'ennuie. Bisous."

Amina l'a réécouté quatre fois. Elle a répondu par un vocal de 14 secondes. Puis elle a rappelé pour en faire un plus long, de 2 minutes. Elle a raconté que le voisin du 2ème avait mis ses poubelles devant sa porte.

Le dixième jour, elle s'est surprise à parler toute seule. "Bon, on fait quoi ce matin ? On met France Culture ?" Elle l'a dit à voix haute, dans la cuisine vide.

C'est là qu'elle a compris. Ce n'était pas le ficus qui avait besoin de la radio. C'était elle. Elle avait pris les rituels de Madeleine sans s'en rendre compte. 7h30 radio, 8h café, 12h30 compote. Elle s'était moquée de ces horaires fixes, et maintenant elle les gardait comme si l'appartement allait s'effondrer si elle les lâchait.

Elle n'était pas seule dans un appart vide. Elle gardait la place chaude.

Quand Madeleine est revenue, trois semaines plus tard, avec une canne et sa valise, Amina a ouvert la porte.

"Vous avez arrosé deux fois, hein ? Je le vois à sa tête", a dit Madeleine en regardant le ficus.

"Une fois et demie", a dit Amina.

Madeleine s'est assise à sa chaise. Amina à la sienne. Deux tasses. La radio déjà allumée.

"C'était long 3 semaines sans votre 'désolée de vous déranger' au téléphone", a dit Madeleine.

"C'était long 3 semaines sans vos vocaux de 7 minutes."

Elles n'ont rien ajouté. France Culture parlait d'une expo à Pompidou. Dehors, il pleuvait .

L'appartement ne faisait plus 200m². Il refaisait 65.



vendredi 23 octobre 2026

La nuit blanche...4

 À 3h07, la cuisine s'est allumée.

Amina n'avait pas dormi. Rendu client à 9h. Elle avait refait trois fois la même présentation le curseur clignotait, elle avait froid malgré son plaid. Elle est allée se faire de l'eau chaude pour une tisane, en espérant que le bruit de la bouilloire ne réveillerait pas Madeleine...

La lumière s'est allumée quand même.

Madeleine, en peignoir fleuri, chaussons, cheveux détachés pour la première fois. Sans son chignon, elle paraissait plus petite.

"Vous aussi ?" a dit Madeleine.

"Je n'arrive pas à éteindre mon cerveau", a dit Amina.

"Moi c'est mon dos. Il décide à 2h que c'est le jour."

Elles ne se sont pas excusées de se réveiller mutuellement. Elles ont fait deux infusions. Verveine pour Madeleine, qui a dit "ça ne sert à rien mais ça occupe". Menthe pour Amina.

Elles se sont assises à la petite table, comme d'habitude. Sauf que dehors, la ville était noire, et que la cuisine était trop silencieuse pour faire semblant.

"C'est quand que vous avez eu le plus  peur ?" a demandé Amina, d'un coup. Elle ne savait pas pourquoi elle demandait ça.

Madeleine a tourné sa tasse entre ses mains. Ses articulations craquaient.

"J'avais 17 ans. Il s'appelait Robert. Il partait en Algérie. On s'était promis de s'écrire tous les jours. J'ai attendu une lettre qui n'est jamais venue. Et après, je l'ai revu 30 ans plus tard au marché. Il vendait des pommes. On s'est dit bonjour. Comme si de rien n'était."

Elle a dit ça sans larmes. Comme on raconte une recette.

"C'est la première fois que je le raconte à quelqu'un d'ici. Mon mari le savait, mais il n'aimait pas que j'en parle."

Amina a écouté. Elle n'a pas dit "je comprends". Elle a juste hoché la tête.

"C'est à vous", a dit Madeleine.

Amina a regardé son ordinateur entrouvert sur le plan de travail. L'écran en veille.

"J'ai peur de rater. Pas mon rendu. Ma vie. J'ai 26 ans, je vis dans 9m² d'un appart qui n'est pas à moi, je fais des logos pour des gens qui ne savent pas ce qu'ils veulent, ma mère m'appelle tous les jours pour savoir si j'ai trouvé un 'vrai travail'. Et quand je réussis un truc, je me dis que c'est de la chance. Et quand je rate, je me dis que c'est de ma faute...."

Elle a bu une gorgée trop chaude. Elle s'est brûlée.

"Je me dis que si je n'y arrive pas maintenant, je n'y arriverai jamais."
Madeleine n'a pas donné de conseil. Elle n'a pas dit "mais vous êtes jeune". Elle a juste poussé la petite boîte de biscuits vers elle.

"Vous voulez que je vous dise ? À 82 ans, j'ai toujours peur de rater ma vie. La seule différence, c'est que je sais que rater, ce n'est pas grave. On recommence le lendemain. Même mal."

Elles sont restées comme ça jusqu'à 4h12. Deux tasses vides. La bouilloire qui s'était rallumée toute seule pour rester chaude.

Amina a fermé son ordinateur sans le sauvegarder. Madeleine a remis son chignon, approximativement.

"On se recouche ?" a dit Madeleine.

"Oui. Mais si on ne dort pas, on se retrouve ici demain à la même heure ?"

"C'est un rendez-vous ?"

"C'est l'article 16", a dit Amina. "Les insomniaques ont le droit à la cuisine à 3h du mat."

Madeleine a souri. Pour la première fois, elle n'avait pas l'air d'avoir 82 ans. Juste l'air de ne pas dormir.

Elles ont éteint. La cuisine est redevenue noire.




jeudi 22 octobre 2026

Le téléphone...3

 Le mardi, c'était le jour de l'article 12.

Madeleine s'est assise à table avec un petit carnet à spirales. Amina avec son téléphone.

"Cette semaine, c'est moi qui commence", a dit Madeleine. "Vous ne savez pas téléphoner."

Amina a failli s'étouffer avec son café.

"Pardon ?"

"Vous vous excusez. Tout le temps. J'écoute depuis ma chambre. 'Désolée de vous déranger, désolée, je vous prends juste deux minutes, désolée'. Si vous êtes désolée, ne téléphonez pas."

Amina a ri jaune. C'était vrai. Elle détestait téléphoner. Elle envoyait un mail pour prévenir qu'elle allait téléphoner.

"Et vous, Madeleine, vous ne savez pas envoyer un vocal."

"Je ne veux pas envoyer de vocal. À qui pourrais-je bien envoyer ce truc là ?

"Justement. Cette semaine, vous allez apprendre. Votre petite-fille habite à Lyon, non ? Elle préfère les vocaux."

Madeleine a soupiré. Sa petite-fille, Chloé, 19 ans, lui répondait toujours : "Mamie, fais un vocal, c'est plus simple !!"

"Bon. Montrez."

Amina lui a montré. Bouton avec micro, on  appuie, on parle. Simple.

Madeleine a pris le téléphone comme si c'était un explosif.

"Je fais quoi ?"

"Vous parlez. Racontez votre journée à Chloé."

Madeleine a appuyé. Très fort.

"ALLO ? ALLO CHLOÉ ? C'EST MAMIE MADELEINE ! TU M'ENTENDS ?"

Amina a baissé le volume.

"Non, pas besoin de crier. Parlez normalement."

Madeleine a recommencé. Elle s'est éclairci la gorge.

"Coucou Chloé, c'est Mamie. Voilà. Aujourd'hui je me suis levée à 6h30. J'ai fait ma gym du dos. Après j'ai été chez le boucher, il n'avait plus de paupiettes, alors j'ai pris des côtes. Après je suis rentrée, j'ai arrosé le ficus. Amina m'a dit que je l'arrosais trop. Ensuite..."

Amina regardait le compteur. 00:47. 01:32. 02:18.

Madeleine continuait, imperturbable.

"... ensuite j'ai écouté France Culture, il y avait une émission sur les algues, j'ai pensé à toi parce que tu n'aimes pas les algues, tu te souviens à Noirmoutier en 2016 tu avais vomi, après j'ai fait des mots fléchés, 14 horizontal c'était 'fleuve d'Afrique' en 4 lettres, j'ai mis NIL, et puis Amina a fait du bruit avec sa machine à café, et puis voilà, je t'embrasse, c'est Mamie, tu me réponds quand tu peux, mais pas trop tard parce que je me couche à 21h30."

Elle a cliqué sur le bouton. Triomphante.

"Voilà !"

Amina a regardé l'écran. 7 minutes 12.

"Madeleine... un vocal, c'est 30 secondes."

"30 secondes ? Mais on ne dit rien en 30 secondes ! C'est pour ça que vous vous excusez tout le temps, vous n'avez pas le temps de dire quelque chose !"

Elles ont éclaté de rire.

L'après-midi, c'était l'épreuve d'Amina. Elle devait appeler la mairie pour un justificatif de domicile. Sans dire "désolée".

Madeleine s'est mise à côté d'elle, carnet en main, comme une coach.

"Allez. Composez le numéro ! ."

Amina a composé. Une voix a répondu.

"Bonjour, service urbanisme de Nancy."

"Bonjour, désolée de vous déran—" Elle s'est reprise. Madeleine l'a fusillée du regard. "Bonjour. Je vous appelle pour un justificatif de domicile pour la rue Baron Louis. J'habite en colocation."

"Oui, il faut vous déplacer avec une pièce d'identité." Amina a paniqué. Son réflexe est revenu.

"Désolée, mais est-ce que ce serait possible de—"

Madeleine lui a tapé sur le bras.

"Je veux dire : est-ce qu'il y a une possibilité de l'envoyer par mail ? Ce serait plus simple pour moi."

Un silence. Puis : "Oui, on peut faire ça, envoyez à urbanisme@nancy.fr."

Amina a raccroché. Elle était rouge, mais elle avait réussi.

"J'ai dit désolée qu'une seule fois !"

"Zéro fois aurait été mieux, mais c'est un progrès", a dit Madeleine, très prof. "Vous avez vu ? On ne meurt pas quand on ne s'excuse pas."

Le soir, Chloé a répondu au vocal de 7 minutes. Un vocal de 12 secondes :

"MAAAMIIIEEE 😭😭😭 J'AI TROP RIII, t'es la meilleure, tu fais trop bien les vocaux, je le garde pour toujours !!"

Madeleine a réécouté trois fois. Elle a demandé à Amina :

"On peut le mettre plus fort ? Je veux l'entendre dans la cuisine."

Et Amina a compris  qu'on  ne téléphone pas pour s'excuser d'exister. On peut téléphoner pour dire : je me suis levée à 6h30, j'ai pensé à toi et aujourd'hui est une belle journée.😅





mercredi 21 octobre 2026

Cuisine de nuit...2

 Le frigo était un frigo de 1987. Grand, qui faisait du bruit la nuit, avec un bac à légumes qui coinçait. Madeleine l'avait séparé en deux zones avec un bout de scotch bleu. À gauche, écrit au feutre : M. À droite : A.

Le côté Amina, au début, c'était simple : houmous, citrons confits, avocats pas mûrs, une bouteille de lait d'avoine, un reste de couscous...

Le côté Madeleine, c'était militaire : un demi munster sous cloche, du beurre en motte, des endives, et une compote maison datée.

Tout a dérapé un mardi.

Amina ouvre le frigo. Plus d'avocats. À la place, un petit mot sur un post-it jaune : Trop mous. J'ai jeté. Ça attirait les mouches. M.

Le lendemain, Madeleine ouvre le frigo. Son munster a disparu. Post-it rose, écriture d'Amina : Désolée, ça sentait dans toute la cuisine. J'ai mis sur le balcon. A.

La guerre froide a commencé.

Madeleine a déplacé le scotch bleu de 3 centimètres vers la droite. Amina a mis sa musique un peu plus fort pendant qu'elle cuisinait.

Madeleine a commencé à étiqueter même l'eau : EAU - M. 

Amina a acheté un deuxième bac à légumes et l'a étiqueté Amina - NE PAS TOUCHER, MÊME SI ÇA A L'AIR MORT.

Le jeudi soir, il y a eu une coupure de courant dans tout l'immeuble. 21h47. Noir complet. Le frigo s'est tu.

Amina est sortie de sa chambre avec son téléphone en lampe torche. Madeleine était déjà dans la cuisine, avec une vraie bougie, comme si elle attendait ça depuis 1970.

"On va tout perdre", a dit Madeleine en regardant le frigo.

"On a qu'à tout manger", a dit Amina.

Elles ont tout sorti sur la table. Le munster revenu du balcon. Les endives un peu tristes. Le houmous. Le reste de couscous. La compote datée. Les deux avocats miraculeusement rescapés du vide-ordures parce qu'Amina les avait cachés derrière le lait d'avoine.

"Vous savez faire des crêpes avec ça ?" a demandé Amina en montrant la farine.

Madeleine a ri. Pour la première fois, pas son petit rire poli.

"Ma mère faisait des crêpes fourrées au munster. C'était pendant la guerre. On mettait ce qu'on avait."

"Ma mère met du cumin dans tout. Même dans les crêpes. Vous voulez essayer ?"

À la lueur de la bougie, elles ont fait des crêpes. Ratées, un peu brûlées, beaucoup trop garnies. Munster fondu, houmous, cumin, compote  en dessert. C'était bizarre. C'était bon.

Le courant est revenu à 23h12. Le frigo a ronronné de nouveau.

Madeleine a pris un nouveau post-it. Elle a écrit, et elle a collé au milieu du frigo, pile sur le scotch bleu :

Article 14 : Dans ce frigo, on ne jette plus sans demander. Et on cuisine ensemble quand il fait noir. M & A.

Amina a ajouté en dessous : PS : ton munster peut rester. Mais il dort sur le balcon la nuit.

Elles ont laissé le scotch bleu. Mais plus personne ne savait vraiment où était la frontière.







mardi 20 octobre 2026

Amina et Madeleine..1


Comme il ne se passe pas grand chose dans ma vie en ce moment j'ai imaginé une petite histoire de colocation... Une mamie et une jeune fille... Ce sera une histoire avec plusieurs épisodes... Une vie à deux c'est compliqué, surtout avec une aussi grande différence d'âge ! J'ai écrit le texte et je me suis amusée avec l'IA pour l'illustration...

Amina, 25 ans : freelance graphiste, casque vissé sur les oreilles, commande trop de sushis, panique à l'idée d'appeler l'administration.

Madeleine, 82 ans : propriétaire de l'appart, veuve, fait des mots fléchés à l'encre, écoute France Culture trop fort, n'a jamais eu de smartphone avant.

Le deal : Amina paie un loyer minuscule contre de la présence le soir et des courses. Sauf que personne n'avait prévu la cohabitation. En effet Amina travaille à la maison sur son ordi et elles vont devoir apprendre à vivre ensemble...


 Amina a lu l'annonce trois fois pour être sûre que ce n'était pas une arnaque.

"Nancy, centre, 68m², loyer solidaire contre présence bienveillante. Cherche jeune femme calme. Pas de soirées. Plantes acceptées si elles ne meurent pas dans le couloir. M. D."

M.D., c'était Madeleine Duvivier. 82 ans, un chignon impeccable, un petit gilet en laine malgré les 24 degrés.

Ça lui fait peur à Amina, elle n'a jamais vécu avec une personne âgée .. Devant la porte elle hésite.. elle n'a pas le choix, il lui faut un lit rapidement sinon elle sera obligée de coucher dans sa voiture.. elle ferme les yeux et appuie sur la sonnette...

Madeleine ouvre la porte, regarde Amina..... baskets trouées, sac à dos d'où dépasse une plante à l'agonie  

"Vous êtes en avance. J'aime bien."

L'appartement sentait le savon de Marseille et le café. Grand, lumineux, avec des moulures et une pile de Télérama haute comme un tabouret. Dans le salon, sur la table basse, un dossier. Un vrai dossier, avec intercalaires.

"J'ai préparé ça", a dit Madeleine..Il faut des règles pour vivre ensemble...

Un règlement intérieur. Douze pages.

Article 1 : On ferme à double tour. Même en journée.

Article 4 : La salle de bain est libre entre 6h30 et 8h15. Après, c'est à moi.

Article 7 : On ne fait pas sécher de chaussures sur le radiateur. J'ai eu des moisissures en 1998.

Article 9 : Pas de tofu qui sent le plâtre dans le frigo commun.

Amina retient un fou rire."Le tofu, c'est pas......

"Si. Ça sent le plâtre. J'en ai goûté chez ma petite-fille. C'est du plâtre."

Elle a besoin de cet appart. Son CDD vient de sauter. Ça va être compliqué mais elle n'a pas le choix....

"Et vous, vous avez des articles ?" a demandé Madeleine en la fixant par-dessus ses lunettes.

Amina n'avait rien préparé. Elle a improvisé :

"Euh... Article... 10 ? On a le droit d'écouter de la musique un peu fort mais on prévient. Et on... on mange au moins une fois par semaine ensemble ?"

Madeleine a froncé les sourcils. Puis elle a sorti un stylo à plume. Un vrai stylo à plume.

Elle a tourné jusqu'à la dernière page, a écrit d'une écriture très droite :

Article 12 : On s'apprend un truc par semaine. Une vraie chose. Pas comment allumer une application. Puis elle a signé avec une belle écriture faite de pleins et de déliés 

Elle a poussé le dossier vers Léonie.

"À vous."

Amina a signé à côté du nom de Madeleine.

"Vous emménagez quand ?"

"Demain ?" Elle a les yeux pleins d'espoir..

"Demain 10 heures. Pas 10h15. J'aime la ponctualité...

Le lendemain à 10h00 pile, Amina était là avec deux valises, trois cartons et sa plante mourante. Madeleine l'attendait avec deux tasses.

"J'ai fait du café. Et j'ai commencé l'article 12. Aujourd'hui, je vous apprends à faire une vraie vinaigrette. Pas avec ces bouteilles en plastique."

Amina a posé son carton le plus lourd. Dedans, il y avait ses carnets de dessin.

"Et moi je vous apprends à faire une story. Pour que vous puissiez montrer vos mots fléchés à votre petite-fille."

Madeleine a eu l'air horrifiée. Puis intriguée.

"Ça dure combien de temps, une story ?"

"24 heures."

"Ah!  Comme une bonne vinaigrette alors. Ça ne dure pas, mais on s'en souvient."

Et c'est comme ça que la coloc a commencé. Pas avec un état des lieux, avec un article 12.....

À demain pour de nouvelles aventures ! 😉



mercredi 7 octobre 2026

Les blessures.....

 Certaines blessures ne font pas de bruit .....Il y a quelques mois, j’ai perdu mon amie Marie Jeanne.

Je n’arrive toujours pas vraiment à parler d’elle au passé.

Marie Jeanne, c’était une partie de mon adolescence. Avec trois autres amies, nous avions cette drôle d’habitude de nous retrouver une fois par an.

Une fois par an seulement. C'était pas beaucoup et pourtant, cela suffisait.

Parce que certaines amitiés n’ont pas besoin de se voir tous les jours pour continuer d’exister. Elles traversent les années, les silences, les mariages, les séparations, les bonheurs et les drames.

Nous avions fait nos études ensemble. Nous préparions un diplôme d'infirmière... j'avais dû quitter la maison, être en internat, je ne connaissais personne et nous avions tout de suite formé une équipe soudée...

Elles m'ont soutenue lorsque mon père est mort , huit mois avant l’examen... J'ai dû quitter cet endroit rassurant pour devenir veilleuse de nuit afin d'aider ma mère et ma petite sœur de douze ans à survivre.

À cet âge-là, on devrait penser aux examens, aux amoureux, aux copains, à l’avenir.

Moi, je pensais à la façon dont on allait payer les factures.

La vie m’avait fait grandir beaucoup trop vite. Et elles étaient là.

Elles avaient connu la jeune fille que j’étais avant que la vie ne m’oblige à devenir une femme.

C’est peut-être pour cela que certaines personnes deviennent irremplaçables. Elles ne connaissent pas seulement celle que vous êtes aujourd’hui. Elles connaissent celle que vous avez été.

Et parfois même celle que vous avez dû devenir.

Puis Marie Jeanne est tombée malade. Un cancer du pancréas.

Quelques mots seulement, mais derrière eux, tout un monde qui s'écroule.

Nous sommes allées la voir à l’hôpital avec Monique.

Je me souviens de son regard.

Ce regard qui semblait déjà partir quelque part où nous ne pouvions pas la suivre.

Il y avait encore Marie Jeanne. Son visage, sa voix, sa présence.

Mais quelque chose avait changé. La mort était là.'Pas encore visible pour tout le monde peut-être. Mais nous, nous l’avons sentie.

Et dans ces moments-là, les mots deviennent ridicules.

Qu’est-ce qu’on peut dire à quelqu’un qu’on aime quand on sait que le temps lui échappe ?

« Ça va aller » ? On n’y croit pas.

« Il faut garder espoir » ? On voudrait y croire pour elle.

Alors on reste là. On prend une main. On sourit.

On parle de choses sans importance parce que parler de l’essentiel ferait trop mal.

Monique pleurait sans pouvoir se retenir. Et Marie Jeanne souriait, se remémorant nos frasques, nous rappelant à quel point nous avions eu de la chance d'avoir vécu ces années si proches les unes des autres...

Nous l'avons quittée le cœur gros, elle nous a serré très fort contre elle...

Nous sommes sorties de l’hôpital.

Et dès que la porte s’est refermée derrière nous, Monique s’est effondrée.

Je pensais qu’elle pleurait Marie Jeanne. Elle pleurait aussi autre chose.

Elle m’a raconté que ses deux filles avaient rompu avec elle.

Pas après une dispute. Pas après une trahison. Pas après un événement précis.

Non.

Elles avaient simplement décidé de couper les liens. Ses deux filles. Ses trois petits-enfants.

Une famille qu’elle décrivait comme fusionnelle. Une famille pleine d’amour.

Et soudain, plus rien. Bloquée. Plus de téléphone. Plus de messages.

Plus de petits-enfants.

Le silence.

Elle m’a expliqué que ses filles étaient engagées dans des recherches spirituelles, dans le développement personnel, le coaching de vie.

Elles remettaient beaucoup de choses en question.

Leur enfance. Leurs parents. Leur façon d’avoir été élevées.

Et elles reprochaient notamment à leur mère de ne pas assez « évoluer ».

D’être trop « béni oui-oui ». D’être toujours heureuse.

Cette phrase m’est restée dans la tête.

D’être toujours heureuse.

Comme si le bonheur devait forcément cacher quelque chose.

Comme si une personne qui choisit de voir le beau, de pardonner, de sourire malgré les difficultés, ne pouvait pas être suffisamment lucide.

Comme si souffrir était devenu une preuve de profondeur. Et Monique ne comprenait pas.

Elle ne comprenait plus rien. Elle qui avait toujours donné. Elle qui aimait ses filles. Elle qui aimait ses petits-enfants.

Elle qui n’avait jamais imaginé qu’un jour ses propres enfants pourraient devenir des étrangères....

Elle me regardait avec cette question silencieuse dans les yeux :

« Qu’est-ce que j’ai fait pour qu’elles ne veuillent plus de moi ? »

Et je n’ai pas su répondre. Parce que moi aussi, j’ai connu une rupture.

Moi aussi, je connais cette douleur particulière de voir des liens se défaire sans pouvoir les retenir.

Alors elle pense que je peux comprendre. Elle m’appelle. Elle me parle.

Elle attend peut-être de moi une réponse, une solution, une petite lumière.

Et je me sens terriblement démunie.

Parce que parfois, lorsqu’une personne souffre exactement là où nous avons nous-mêmes souffert, notre expérience ne nous rend pas plus forts.

Elle nous paralyse. On voudrait trouver les bons mots.'Mais il n’y en a pas.

Depuis cette journée à l’hôpital, je pense beaucoup à tout cela.

Au développement personnel.

À la spiritualité.

À cette volonté que nous avons aujourd’hui de comprendre nos blessures, nos parents, notre enfance, nos mécanismes.

Et je crois profondément que ça peut être une bonne chose. J'ai un mari qui cherche depuis plus de cinquante ans. Parce que  comprendre permet parfois de se libérer.

Mais je me demande aussi où se trouve la limite.

À quel moment chercher à comprendre son passé devient-il une manière de condamner ceux qui en faisaient partie ?

Nos parents ont été imparfaits. Ils ont fait des erreurs. Ils ont parfois mal aimé. Ils ont parfois aimé maladroitement.

Mais ils étaient eux aussi des êtres humains avec leurs propres blessures, leurs propres peurs, leurs propres histoires.

Et nous ne sommes pas obligés de leur ressembler. Nous avons le droit de changer. De faire autrement. De construire notre propre vie.

Mais faut-il pour autant effacer ceux qui nous ont précédés ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas la réponse.

Je sais seulement que Monique souffre. Et que cette souffrance est réelle.

Je sais aussi qu’une mère peut avoir fait des erreurs et avoir aimé ses enfants de toutes ses forces.

Les deux peuvent être vrais en même temps.

On peut reconnaître les blessures de son enfance sans nier les moments d’amour. On peut comprendre ses parents sans tout leur pardonner.

On peut leur pardonner sans tout excuser.

On peut prendre de la distance sans forcément détruire tous les ponts.

Et surtout... on peut évoluer sans devenir cruel.

Marie Jeanne est partie.

Et pendant que nous essayons d’accepter son absence, Monique doit accepter une autre forme de deuil.

Un deuil sans cercueil.

Celui d’enfants qui sont toujours vivants mais qui ont choisi de ne plus être là.

Je crois que c’est l’une des douleurs les plus difficiles à expliquer. Parce qu’il n’y a pas de dernier adieu. Pas de cérémonie. Pas de « je t’aime » avant de fermer la porte.

Il y a seulement une porte fermée. Et quelqu’un qui attend derrière.

Alors je ne sais toujours pas quoi dire à Monique.

Mais peut-être que finalement, elle n’a pas besoin que je lui dise quoi faire.

Peut-être qu’elle a simplement besoin que quelqu’un reste assis à côté d’elle pendant qu’elle traverse cette tempête.

Qu’on lui rappelle qu’elle est une mère. Qu’elle a aimé. Qu’elle a donné.

Qu’elle n’est pas définie uniquement par les reproches que ses filles portent aujourd’hui sur leur histoire.

Et qu’un jour, peut-être, les portes se rouvriront. Je l’espère.

Parce que la vie nous rappelle parfois brutalement qu’elle ne nous garantit rien.

Marie Jeanne nous l’a rappelé. Son regard à l’hôpital. Nos mains autour des siennes. Nos silences. Cette sensation terrible que le temps était compté.

Et maintenant je me dis :

Pourquoi attendons-nous toujours d’être au bord de perdre quelqu’un pour comprendre l’importance de lui dire qu’on l’aime ?

Pourquoi faut-il parfois une maladie, une mort, une rupture, un silence pour mesurer la valeur d’une présence ?

La vie est courte. Terriblement courte.

Alors oui, je comprends que ses filles cherchent à évoluer. Qu'elles essaient de comprendre leurs blessures..

Mais sans vouloir juger je trouve que c'est un phénomène de mode...Tous ces gourous qui fleurissent sur le net et qui veulent vous apprendre à être heureux... qui vous disent que si vous ne l'êtes pas c'est parce qu'il y a des coupables.. et qu'il faut les supprimer..

Mais faut pas oublier que derrière nos théories, nos prises de conscience et nos grandes découvertes sur nous-mêmes, il y a des êtres humains.

Des mères. Des pères. Des enfants. Des amis.

Des gens imparfaits qui ont parfois fait du mieux qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient.

Et peut-être que la véritable évolution commence aussi là :

être capable de comprendre sans juger, de s’éloigner sans détruire, de pardonner sans nier, et surtout de continuer à aimer sans exiger que l’autre devienne quelqu’un qu’il n’est pas.

Marie Jeanne, tu me manques. Tes rires me manquent.. Ton bon sens me manque... Ta tendresse me manque...

Et Monique, si un jour tu lis ces mots, j’aimerais simplement que tu saches ceci :

Tu n’as pas besoin d’avoir toutes les réponses aujourd’hui. Tu as seulement besoin de continuer à être toi.

Cette femme lumineuse que je connais. Cette femme qui, malgré les blessures, continue d’aimer. Continue bravement de sourire aux autres..

 Mais je sais aussi qu'il y a  cette femme qui pleure la nuit, qui sort plein de petites maladies liées au stress.. qui perd du poids, qui se voûte sous le poids de reproches qu'elle ne comprend pas... Et qui se lève le matin le sourire aux lèvres pour ne pas inquiéter son mari qu'elle sent fragile et un peu perdu....

 Peut-être que finalement... être encore capable d’aimer après tout ce que la vie nous a fait subir, c' est déjà une très belle forme d’évolution.

Vous savez quoi ? Je suis triste... et j'aimerais avoir toutes les réponses..

Allez une p'tite toile ! Qui n'en est pas une mais qui représente assez bien ce que je pense...






lundi 14 septembre 2026

Chronique.....

 Même si je suis toujours d'humeur chafouine j'ai ri ce matin....
Mais vraiment ri... Il me fait rire ce gars là... je me suis dit qu'il fallait partager les rires à défaut de partager les pleurs...

Bonne journée à vous tous !

Auteur : Christophe Khider..

2h00 du mat’. Je suis réveillé par un mal de bide d’une violence inouïe, à réveiller Lénine, le truc. Faut dire que ça fait deux/trois heures à cause SÛREMENT de mon poiscaille de chez Lidl que ça me ramone à l’intérieur, ça brûle comme du phosphore israélien, toujours la nuit comme par hasard. Déjà que je suis pas un mec qui dort beaucoup, mais là je passe du côté obscur. Je capte plus rien, façon Pénélope Fillon quand on lui dit qu’elle a bossé de 2000 à 2015, tu vois le truc.

Première connerie que je fais souvent dans ces cas-là : je vais consulter Doctissimo !

Doctissimo, c’est à l’hypocondriaque ce que la coke est au toxico : sa came, son addiction, le truc. Tu sais que ça va te finir mais t’y vas quand même. L’humain a de ces instincts débiles, faut pas chercher à comprendre. Le type voit écrit « symptômes bénins », il clique immédiatement sur « cancer stade IV ». On est une espèce qui a peut-être marché sur la Lune mais qui continue à chercher sa date de décès sur un forum à 2 plombes du mat’.

Bref, je commence à surfer sur le site.

Au bout de trois minutes à peine, je vois que Sarah est présente sur le forum.

Sarah, c’est un peu comme la mort dans un hôpital. Sûr que c’est une collaboratrice de la Mort, d’ailleurs. Elle a dû signer une sorte de pacte pour attirer de la viandasse. Elle erre jour et nuit dans les travées sombres du site, toujours à guetter comme une ombre.

Elle voit que je suis connecté et me demande si ça va.

J’t’explique : c’est la même meuf qui, il y a trois mois, quand je parlais de migraine, m’avait diagnostiqué une tumeur au cerveau et m’avait annoncé tout à trac, en buvant son café, qu’à tout péter j’en avais pour deux/trois semaines maximum. Qu’il fallait que je sois serein. Que la vie d’après était meilleure. Que si j’avais un petit billet planqué quelque part en ce bas monde, valait mieux le léguer. De préférence à elle qu’il fallait le léguer.

En somme, c’était une vicieuse.

Inutile de dire que la tumeur au cerveau, je te l’avais soignée avec un Doliprane 1000. Pas solide la tumeur. Moins que celle qui avait embarqué un pote en trois mois et qui avait tellement fait gonfler sa tête qu’à la fin on savait plus si c’était un homme ou une pastèque, le type.

La maladie, ça vous déforme une personne, ça joue avec. Bref, c’est dégueulasse ! La conne.

Ceux qui vivent la nuit le savent : la nuit, tout est démultiplié. Tes sens sont aiguisés comme la lame d’un boucher, t’es parano comme tu peux pas savoir. La Dame Blanche est dans ta chambre, le monstre du Loch Ness dans ta baignoire, Balkany en train de vider tes comptes et la poupée de ta gamine de 5 ans veut ta mort en te regardant de travers.

Tu commences même à croire à ce que BFM raconte. C’est dire…

Bon.

Je lui dis que forcément, si je suis sur le site à 2h15 du mat’, c’est qu’il y a une couille dans le potager. J’lui dis que j’ai mal au bide.

Elle me pose deux/trois questions.

Son diagnostic est rapide, tout à fait dans sa lignée : encore une fois, je vais mourir dans les plus brefs délais.

Rien à faire, qu’elle me dit.

Je dois avoir une sorte de ver qui me bouffe de l’intérieur, une espèce de chat pourri qui doit mûrir depuis quelques années et qui veut me transformer en becquetance pour asticots.

La charogne, elle m’avait filé les foins !

J’avais envie de m’en aller. Énormément. Absolument. Tellement le fait d’être allé consulter ce site m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur.

Oui mais voilà, quand on sait qu’on va mourir, on s’accroche. L’humain dos au mur, y a pas pire fiotte ! Le condamné négocie même avec la pendule quand elle commence à avancer trop vite.

Mais elle commence à me rassurer. Elle me dit qu’elle a un remède, transmis de génération en génération. Une sorte de don familial.

350 euros, qu’elle me dit que ça vaut. Payable de suite en CB.

C’est que ça coûte cher, un don familial. Faut le rentabiliser. La vie, c’est comme l’amour au Bois de Boulogne, ça se monnaye. Même les miracles ont maintenant un terminal de paiement.

Je sens que ça pue l’arnaque, bien entendu. On veut bien être con quand on va mourir, mais quand même !

Elle voit que je marche pas trop dans son délire, alors elle me souhaite bonne chance pour la suite, tout en me donnant deux/trois conseils pour « que ça passe plus vite ». La connasse.

Elle continuait à balancer de l’essence sur l’incendie. Sans pitié qu’elle était, la Sarah !

Un certain Bernard se glisse dans la conversation :

« Est-ce que t’as essayé une rééducation du sphincter ? »

OH PUTAIN.

On se connaissait uniquement depuis deux minutes, et encore sous pseudo, Batman mon pseudo, et le gars voulait déjà me tâter de l’oignon façon Mitterrand sur un jeune mineur en Thaïlande. Aucune nuance, aucune pudeur.

Comme ça, tout de go, le gars surenchérit :

« Faut se retenir de respirer et se masser le truc en même temps. Montre-moi, je vais te guider par WebCam. »

OH LA VACHE. J’avais la gerbe.

Je voulais pas mourir mais de là à finir sur YouPorn, y avait un monde de dégueulasserie. À choisir, je préférais crever, MERDE. Faut se dépêcher, que j’me dis. Faut pas la rater, sa mort. Y a des sorties qui réclament un minimum de dignité.

La maladie, la misère qui vous disperse des heures, des années, l’insomnie qui nous barbouille de gris, les huissiers qui perchent devant chez moi comme des corbeaux… Mais avec ces deux-là, sûr, j’étais disposé à partir !

La Sarah continuait son speech :

« Sert à rien, Bernard, tes conseils de rééducation du trou de balle, il va claquer, faut accepter, voilà tout ! »

Elle voulait me faucher comme on fauche le blé en été. Elle voulait que j’y passe, la charogne. Elle aimait le fric, la coquine. Vu qu’elle n’avait pas eu le mien, elle voulait que je mette ma peau sur la table. Juste échange.

J’avais compris d’un coup la vie de la Sarah. Elle ne faisait qu’un avec le tiroir-caisse. On l’avait élevée pour qu’elle devienne la femme d’un riche. Ambition de parents. Quelque part, ça avait foiré. Fallait se rattraper.

On passe notre vie à se rattraper. Certains rattrapent leurs erreurs, Sarah rattrapait les cartes bleues.

J’ai zappé le Bernard et la Sarah.

J’ai commencé à chercher dans les médecines parallèles. Là, attention, c’était le folklore.

Ça passait de :

« Bois un bol de ta pisse à chaud » à :

« Passe-toi du persil sur le bide en chantant du Jacques Brel. »

FOUTAGE DE GUEULE intégral.

Un peu de respect avec la mort ! On rigole pas. Ça n’arrive qu’une fois, cette connerie-là, faut pas déconner avec la Faucheuse ! Si je dois passer l’arme à gauche, ce sera pas avec du persil sur le bide en gueulant Ne me quitte pas. Y a encore une Constitution dans ce pays, bordel.

J’suis pas des médocs, mais là faut avouer que j’ai cherché dans ce qui me sert de placard.

Tu trouves de tout dans ce bordel. De la paire de gants Asics qui date de 97 en passant par une veste achetée à Babou, à la paire de pompes que t’as jamais voulu jeter, espérant qu’elle chope de la valeur sur eBay et qui, plus de 12 ans après, vaut même pas un tiers de ce que t’as craché.

Bref, une vie entière à se faire vaseliner dans ce placard.

Une vie de capitaliste !

Au bout d’une demi-heure, je tombe sur une boîte d’Inexium 40. Le truc est périmé depuis 2010.

Je REconsulte Doctissimo.

Oui, je sais.

À ce stade-là, c’est plus une erreur, c’est un abonnement.

Un mec, Jérôme qu’il s’appelle, ancien médecin qu’il dit être, me dit que je peux le prendre, que la molécule doit être encore efficace, mais qu’au cas où ça partirait en freestyle, que mon bide changerait de couleur ou que j’aurais une grosseur qui apparaîtrait au niveau du cou, de me tenir prêt à alerter le Centre Antipoison de ma région.

Rassurant, le gars.

Sur Doctissimo, même quand on te rassure, on te donne le numéro du SAMU dans la phrase suivante.

J’avale le truc, tellement épais qu’il me faut deux litres de Cristaline pour faire passer le cacheton !

En attendant l’effet, je retourne sur le forum.

Sarah toujours présente, en train d’aguicher une sexagénaire qui se plaint de ses genoux, sûrement pour lui refourguer du cartilage. Cartilage refourgué de génération en génération.

Le Bernard, toujours là lui aussi, à prospecter s’il n’y a pas un mort en sursis qui voudrait lui bouffer le chibre, histoire de ne pas mourir con.

4h30 du mat’. Je suis toujours en feu. Je titube avec la vie.

Je vais attendre encore un peu.

Au point où j’en suis, à 6h j’irai me chercher quelques croissants chez un boulanger qui aura trimé toute la nuit et qui, lui, par manque de chance, ne connaît ni Sarah ni Bernard.

Je vais me faire ça. Beau programme. Histoire que ça passe.

Et puis si je dois crever, autant mourir avec du beurre dans le sang. C’est toujours plus français que du persil sur le bide.

Quelle belle nuit ça a été !

Allez une p'tite toile !! 🤣



lundi 7 septembre 2026

Chafouine...

 Je n'écris pas beaucoup en ce moment...je suis d’humeur CHAFouINE… 🐱🦦

Un peu chat : je ronchonne, je boude, je veux des câlins… mais seulement quand JE décide.

Un peu fouine : je cherche la petite bête, je chipote, je râle pour pas grand-chose… et je surveille tout du coin de l’œil. 

Bref, aujourd’hui : mi-chat, mi-fouine, 100 % chafouine ! 😼

Donc ne m'en veuillez pas.. je me mets en vacances.. à bientôt les amis !



jeudi 13 août 2026

Et si.......

 C'est pas de la fiction... c'est du vécu..

Ma mère avait 76 ans.

La maladie avait peu à peu changé son corps. La polyarthrite déformante lui avait pris de la force, de la souplesse, de petits gestes qui autrefois semblaient tellement ordinaires. 

Se laver, se coiffer, s'habiller… certaines choses étaient devenues de véritables expéditions.

Nous étions trois sœurs et, par chance, nous habitions toutes près d'elle.

Mais chaque samedi, invariablement, le téléphone sonnait chez moi....

- Ma fille… tu ne viendrais pas m'aider à prendre un bain ?

Je savais déjà que le bain ne serait que le début.

- Et si tu pouvais m'apporter des rouleaux pour ma mise en plis…

- Et si tu pouvais prendre le casque pour me sécher les cheveux…

Puis venaient les petits « et si »…

Et si tu pouvais passer à la pharmacie…

Et si tu pouvais regarder pourquoi la télé ne marche plus…

Et si tu pouvais changer cette ampoule…

Et si tu pouvais remplir ma feuille de maladie....

Et si tu pouvais m'emmener faire deux courses…

Et si tu pouvais éplucher quelques légumes pour ma soupe ce soir ? J'arrive plus à tenir l'éplucheur avec mes doigts déformés...

Et parfois, le « et si » devenait carrément une journée complète.

— Et si tu m'emmenais en ville ? J'aimerais bien m'acheter une petite robe…

Je râlais , mais intérieurement.....je râlais beaucoup il faut le dire et qu'est ce que je regrette !! Je donnerais sans problème quelques années de ma vie pour l'entendre encore.... 

Mais je venais de faire mes 42 heures à l'usine. J'étais épuisée. J'avais mal partout, envie de mon canapé, d'un café tranquille et surtout de ne rien faire.

Et bien sûr, dans ces moments-là, mes deux sœurs étaient toujours miraculeusement occupées ailleurs.

Alors je soupirais... Et  j'y allais. Je lui lavais le dos. Je lui mettais ses rouleaux.

Je portais le casque sous lequel elle disparaissait presque entièrement.

Je l'emmenais en ville. Je lui donnais mon bras pour marcher.

Et elle essayait sa robe devant le miroir avec ce petit sourire satisfait des femmes qui viennent de trouver quelque chose qui leur plaît.

Moi, je regardais ma montre. Elle, elle regardait son reflet.

À l'époque, je pensais lui rendre service.

Aujourd'hui, je comprends autre chose....

Parce que ma mère ne demandait pas vraiment qu'on lui lave le dos.

Elle ne voulait pas seulement des rouleaux, un casque à cheveux, une ampoule changée ou une robe neuve.

Elle voulait qu'on soit là.

C'était peut-être cela, son véritable « et si ».

Et si tu venais un peu me tenir compagnie ?

Et si tu me permettais de me sentir encore une femme ?

Et si, pendant quelques heures, je pouvais oublier que mon corps ne m'obéit plus ?

Et si tu restais encore un peu ?

Mais elle ne savait peut-être pas le dire autrement.

Et moi, je ne savais pas encore l'entendre.

Les années ont passé. Ma mère n'est plus là pour téléphoner le samedi.

Et aujourd'hui, j'ai  le même âge qu'elle avait à cette époque.

Et il m'arrive de penser à elle lorsque je fais quelque chose que mon corps ne veut plus faire aussi facilement.

Alors je me surprends à rêver. Je rêve d'avoir une fille qui habiterait tout près.

Une fille qui, un samedi matin, recevrait mon coup de téléphone.

- Ma fille… tu ne viendrais pas m'aider ?

Et j'aimerais presque entendre son petit soupir à l'autre bout du fil.

J'aimerais aussi qu'elle râle un peu.

Qu'elle pense : Bon sang, maman pourrait peut-être se débrouiller toute seule…

Et puis qu'elle vienne quand même.

J'aimerais lui demander :

- Et si tu m'emmenais en ville ? J'ai vu une robe qui me plaît.

Et je voudrais la voir lever les yeux au ciel avant de répondre :

- Allez, maman… prépare-toi.

Aujourd'hui, je comprends une chose qui me serre un peu le cœur.

On croit toujours que nos parents nous demandent des choses.

En réalité, parfois, ils nous demandent simplement du temps.

Et le temps, quand on est jeune, nous semble inépuisable. On pense qu'il y aura toujours un prochain samedi.

Un prochain bain. Une prochaine sortie. Une prochaine robe.

Un prochain « et si ».

Puis un jour, le téléphone ne sonne plus.

Et là, les « et si » changent de sens.

Et si j'avais moins râlé ?

Et si j'étais restée une heure de plus ?

Et si je l'avais serrée dans mes bras au lieu de regarder ma montre ?

Et si j'avais compris plus tôt ?

Les regrets sont parfois de drôles de compagnons. Ils arrivent toujours après la fête, quand les chaises sont rangées et que la lumière s'est éteinte.

Alors aujourd'hui, si ma mère pouvait encore me téléphoner, je crois que je ne lui dirais plus :

- Maman, tu ne pourrais pas demander à une de mes sœurs ?

Je lui dirais :

- Oui maman. J'arrive.

Et si elle ajoutait :

- Et si tu pouvais apporter les rouleaux ?

Je répondrais en souriant :

- Oui maman. Et je prends aussi le casque.

Et si elle me disait :

- Et si on allait en ville ? J'aimerais bien m'acheter une robe…

Je lui répondrais :

- Bien sûr. Mais cette fois, maman, on ne regarde pas l'heure.

Parce qu'au fond, ce qu'elle voulait depuis le début, ce n'était pas une fille pour faire des choses à sa place.

C'était une fille qui soit là.

Et maintenant que j'ai son âge, je donnerais beaucoup pour entendre encore une fois cette petite voix au téléphone :

« Ma fille… et si tu venais ? »

Cette fois, je ne râlerais pas.

Je courrais. ❤️

( Ma mère ne m'appelait jamais par mon prénom, hormis pour m'engueuler,  elle disait " ma fille"... c'était sans doute un mot doux pour elle...)

Allez une p'tite toile.....





mardi 11 août 2026

Les lunettes noires....

Cinquième canicule.... je vis toujours dans mon bunker et parfois j'écris...

Ceci est une fiction....


À l'enterrement, tout le monde disait du bien de lui.

C'était étrange.

Presque indécent.

Elle était assise au premier rang, les mains croisées sur ses genoux, vêtue de noir. Sur son visage, d'immenses lunettes noires dissimulaient ses yeux.

Les gens venaient lui prendre la main. 53 ans... c'est trop tôt pour mourir..

- c'était un homme admirable…

-  Il va tellement nous manquer.

-  Vous avez partagé trente belles années…

Trente ans.

Elle aurait aimé leur dire que trente ans, c'était long. Très long.

Quand on est heureux, trente ans passent comme une chanson.

Quand on apprend à survivre, trente ans ressemblent à une éternité.

Alors elle ne disait rien. Elle hochait la tête. Elle remerciait.

Et derrière ses lunettes, elle regardait le cercueil. Elle ne pleurait pas.

Elle se sentait coupable de ne pas pleurer.

Puis elle se demanda :

Pourquoi devrait-elle pleurer ? Parce qu'il était son mari ? Parce qu'il était mort ? Parce que les autres pleuraient ?

Elle baissa la tête.

Et, pour la première fois depuis trente ans, elle inspira profondément.

Sans avoir peur.

Il ne l'avait jamais frappée.

C'était ce qu'elle répétait parfois lorsqu'elle essayait de comprendre pourquoi elle n'était jamais partie....

Alors de quoi se plaignait-elle ?

Elle n'avait pas de bleu sur le visage. Pas de côte cassée. Pas de cicatrice.

Seulement quelque chose de beaucoup plus difficile à montrer.

Elle avait perdu peu à peu la femme qu'elle était.

Au début, il y avait eu les petites remarques.

Presque anodines.

- Tu vas sortir comme ça ? Tu es ridicule...

Elle changeait de robe.

-  Tu as vraiment besoin de ça ?

Elle reposait l'objet.

Puis les remarques étaient devenues une habitude.

Ses vêtements étaient trop voyants. Ses cheveux trop courts. Son parfum trop cher.

Ses chaussures inutiles.

Ses envies étaient déraisonnables.

Son rire était trop fort.

Même son bonheur semblait parfois lui coûter quelque chose.

Alors elle avait appris. Elle avait appris à faire attention.

À ne pas rire trop fort. À ne pas demander. À ne pas acheter. À ne pas déranger.

À ne pas être trop heureuse.

L'hiver, il faisait froid dans la maison. Elle mettait un pull. Puis un deuxième.

Elle dormait parfois avec une couverture supplémentaire sur les pieds.

Le chauffage restait bas. Très bas.

Parce que le chauffage coûtait cher.

Tout coûtait cher.

Une paire de chaussures ?

-  Les anciennes peuvent encore tenir.

Un manteau ?

- Tu en as déjà un. 

Un parfum ?

-  Quelle idée de dépenser autant pour ça. Pour plaire à qui ? Tu t'es regardée ? 

Elle finissait par reposer les choses. Toujours. Elle rentrait chez elle les mains vides.

Et avec le temps, elle avait cessé d'avoir envie. C'était peut-être cela, le plus terrible. Pas qu'on lui dise non. Mais qu'elle finisse par ne plus rien demander.

Dans l'église, quelqu'un parlait de sa générosité.

Elle baissa les yeux.

Généreux.

Elle se demanda combien de personnes savaient qu'il pouvait passer une heure à étudier un ticket de caisse.

Il prenait le papier entre ses doigts.

Le dépliait.

Le lisait.

Ligne après ligne.

- Pourquoi tu as pris cette marque ?

Elle ne répondait pas.

-  C'était moins cher à côté.

Silence.

-  Tu ne regardes jamais les prix. On voit bien que ce n'est pas toi qui trime pour rapporter de l'argent...

Elle avait appris à regarder.

Oh oui.

Elle connaissait les marques les moins chères. Les promotions.

Les jours où certains produits étaient moins chers. Elle savait combien coûtait presque tout.

Mais elle avait oublié combien coûtait une envie.

Elle ne savait plus.

Parce qu'une envie, chez elle, devait toujours être justifiée.

Alors elle s'était mise à économiser sur elle-même.

Sur ses plaisirs. Sur ses rêves. Sur sa vie.

 Un jour, elle avait regardé une vieille photographie.

Elle avait vingt-huit ans. Elle riait.

Un vrai rire.

La tête légèrement renversée en arrière.Les yeux brillants. Elle portait une robe colorée.

Elle avait l'air heureuse.

Elle avait regardé cette jeune femme longtemps.

Puis elle avait murmuré :

-  Où es-tu passée ?

Elle n'avait pas de réponse.

Aujourd'hui, elle était assise dans l'église.

Les gens continuaient à parler.

- Il avait un grand cœur.

Elle serra les lèvres. Un grand cœur.

Peut-être.

Mais pas pour elle.

Pas comme elle aurait eu besoin.

Elle ne leur en voulait même pas.

Ils ne savaient pas. Personne ne savait.

Parce que les violences qui ne laissent pas de traces sur la peau sont terriblement faciles à cacher.

Elles s'installent derrière les portes fermées. Dans les cuisines silencieuses.

Dans les chambres où l'on pleure sans bruit.

Dans les magasins où l'on repose une paire de chaussures.

Dans les maisons où l'on garde un pull sur le dos parce qu'on n'ose pas monter le chauffage.

Elles finissent par entrer dans la tête.

Et elles parlent avec la voix de celui qui les a plantées là.

Tu dépenses trop.

Tu n'es jamais assez bien.

Tu devrais avoir honte.

Tu ne sais pas choisir.

Tu n'es pas raisonnable.

Tu n'as besoin de rien.

La cérémonie prit fin. Les gens sortirent. Le cercueil disparut.

Elle resta quelques secondes seule sur son banc.

Puis elle se leva.

Lentement.

Une amie s'approcha et lui murmura :

-  Je suis tellement désolée pour toi.

Elle la regarda derrière ses lunettes noires.

Et cette fois, elle sourit.

Un tout petit sourire.

Elle répondit simplement :

- Moi aussi.

Mais elle ne parlait pas de lui.

Le lendemain matin, elle ouvrit les fenêtres. L'air frais entra dans la maison.

Elle resta là, immobile. Puis elle alluma le chauffage. Elle tourna le bouton.

Encore. Encore un peu.

Et elle éclata de rire.

-  Je n'ai plus envie d'avoir froid aujourd'hui....

Elle le dit à voix haute.

Comme si elle venait de découvrir un droit fondamental.

J'ai froid.

Alors elle se chauffa. Sans demander.'Sans calculer. Sans culpabiliser.

Quelques jours plus tard, elle entra dans une boutique.

Elle vit une robe rouge.

Elle l'essaya.

Elle se regarda dans le miroir.

Et elle entendit cette vieille petite voix dans sa tête :

Tu n'as pas besoin de ça.

Elle resta silencieuse.

Puis elle sourit.

-  Justement.

Elle acheta la robe.

Elle coûta cher. Beaucoup trop cher, probablement.

Elle s'en fichait.

En sortant du magasin, elle marcha quelques mètres.

Puis elle se mit à rire. Elle avait envie de rire.

Alors elle riait.

Elle recommença à sortir. À inviter ses amies. À boire un verre en terrasse.

À partir quelques jours.

À manger au restaurant sans regarder le prix du dessert.

Elle acheta des fleurs. Des livres. Un joli sac. Des chaussures.

Elle mit de la musique dans la maison. Elle dansa dans la cuisine.

Puis dans le salon. Puis dans le jardin sous la pluie....

Elle dansait seule.

Et pourtant, elle n'avait jamais été aussi accompagnée. Par elle-même.

Un soir, elle se regarda dans le miroir.

Elle avait remis ses lunettes noires.

Elle sourit à son reflet.

-  Tu sais quoi ?

Elle marqua une pause.

- On a perdu trente années....Mais pas les trente prochaines.

Et elle se mit à danser....

Pas joliment.

Pas gracieusement.

Pas comme dans les films.

Elle dansait comme dansent les gens qui viennent de retrouver leur corps.

Elle riait.

Elle pleurait aussi.

Mais cette fois, ses larmes étaient à elle.

À l'enterrement, tout le monde avait parlé du mort.

De l'homme qu'ils avaient connu. De l'homme qu'ils admiraient.

Elle ne leur en voulait pas. Ils avaient leur souvenir.

Elle avait sa vérité.

Et désormais, elle avait autre chose.

Elle avait ses matins. Ses soirées. Ses envies. Ses robes. Ses voyages.

Ses fous rires.

Ses chaussures trop chères.

Son chauffage. Son temps. Sa voix.

Et surtout… sa vie.

Alors elle garda ses lunettes noires.

Pas pour cacher ses larmes..

Elle les portait pour que personne ne puisse voir ce qui brillait dans ses yeux.

La liberté.

Une liberté immense. Presque insolente.

Et le plus drôle, c'est qu'après avoir économisé comme un fou toute sa vie,il lui avait laissé de quoi vivre pleinement.... Elle allait enfin vivre et dépenser toutes les économies de bouts de chandelles qu'il avait fait sur son dos... Elle avait un compte bien rempli...

Elle sortit de chez elle. Le soleil était magnifique

Et elle se mit à marcher. Puis à sourire. Puis à rire. Puis à danser.

Parce qu'il était mort.

Mais elle…elle venait enfin de renaître.

Allez une p'tite toile !!











mercredi 29 juillet 2026

Réveil en fanfare !!

 Avec cette chaleur, je dors fenêtres grandes ouvertes.

Et tous les matins, dès que le jour se lève, il y a deux tourterelles dans le jardin qui prennent leur service....

5 h 30.

Précises comme une horloge suisse. À 5 h 30, je suis donc réveillée, parfaitement lucide, et je maudis ces deux oiseaux qui semblent drogués aux amphétamines.

Roucou.

Silence.

Roucou roucou.

Puis elles se lancent dans un duo endiablé, comme si elles venaient de gagner la finale de « The Voice des oiseaux ».



Moi, dans mon lit, je passe directement de « je dors profondément » à « je sens que vais commettre un crime».

Impossible de me rendormir !!  les deux coupables continuent tranquillement leur conversation avec l'insouciance de gens qui ne paient ni loyer ni impôts.

Et pourtant, j'adore les oiseaux.

La preuve : depuis des années, je nourris un couple de corbeaux.... (c'est pas une photo des miens, ils s'envolent des qu'ils me sentent derrière la vitre de la porte...😂)



Eux, au moins, ont reçu une éducation...

Jamais ils ne me réveillent.. Les corbeaux, c'est bien plus subtil.

Dès qu'ils me voient apparaître sur la terrasse, ils m'appellent.

Pas un petit « coucou » discret.

Non.

Ils me font comprendre très clairement que le service de restauration est ouvert.

Ils me voient :

« CRAA ! CRAA ! »

Traduction :

« Madame est sortie. Madame a sûrement quelque chose à manger.  »

Et moi, évidemment, je leur donne à manger. Je les aime ces deux sombres volatiles 

Et ils le savent parfaitement.

Donc, si je résume :

🐦‍⬛ Les corbeaux : ils m'appellent quand ils me voient.

🕊️ Les tourterelles : elles me réveillent quand elles ne me voient pas.

Finalement, je suis devenue la cantine officielle du quartier.

Mais bon, faut relativiser hein ! . Avec ce monde qui déconne plein tube, je pourrais être réveillée par le sifflement des bombes...  ou par des camions qui font trembler toute la rue...ou par des pompiers toutes sirènes hurlantes...

Moi, je suis réveillée par deux tourterelles amoureuses qui ont décidé que leur histoire devait commencer chaque matin à 5 h 30... 

 Dans ce monde de fous je ne vais quand même pas me plaindre d'avoir des oiseaux plein d'amour dans le jardin.

Mais demain matin,  si je les entends je vais ouvrir la fenêtre et leur dire :

«eh  ! les loulous, je vous aime beaucoup… mais votre histoire d'amour peut parfaitement  commencer vers 8 heures , non? » ya des gens qui travaillent ici ! ( Enfin... surtout des gens qui voudraient dormir...😉)


samedi 25 juillet 2026

La femme qui lisait les ombres


Personne ne savait quand la maison était apparue.

Elle se trouvait au bord de la mer, derrière un mur blanc que le temps avait griffé. Au-dessus de la terrasse, une vigne sombre s’étendait comme une chevelure....

Chaque matin, à la même heure, la jeune femme venait s’asseoir à la petite table bleue.

Elle portait toujours la même robe aux motifs étranges, un tissu couvert de formes qui semblaient changer selon la lumière. Elle ouvrait un vieux livre, posé devant elle, et lisait.

Mais personne ne l’avait jamais vue tourner une page. Jamais.

Sur la table, une orange rougeoyait. Trois pétales de rose étaient tombés près d’elle. Et, chaque jour, un papillon venait se poser sur le mur, exactement au-dessus de son épaule.

Un matin, un pêcheur aperçut la scène et s’arrêta. Il connaissait cette femme.

Ou plutôt… il se souvenait d’elle.

Elle était morte depuis cinquante-deux ans.

La veille de sa mort, elle avait disparu de la maison sans laisser de trace. On avait retrouvé son livre ouvert sur la table, une orange à côté, et trois pétales rouges posés sur les pages.

Depuis, personne n’avait osé habiter la maison.'Le pêcheur s’approcha.

La femme continuait de lire, les yeux baissés. Il remarqua alors quelque chose d’impossible : son ombre ne correspondait pas à son corps.

La femme était assise. Son ombre, elle, était debout.

Et elle regardait la mer.

Le pêcheur voulut partir, mais la jeune femme parla enfin.

- Vous êtes en retard.

Il sentit le froid lui traverser la poitrine.

-  En retard pour quoi ?

Elle leva lentement les yeux vers lui.

Ses lèvres rouges esquissèrent un sourire triste.

Le pêcheur recula.

Alors le livre se mit à tourner ses pages tout seul.

Une page.

Puis une autre.

Sur chaque page, il n’y avait pas de mots, mais des portraits. Des hommes, des femmes, des enfants. Tous avaient le même regard absent.

Et, au dernier feuillet, le pêcheur vit son propre visage.

Il comprit. C'était la fin..

La femme ne lisait pas un livre. Elle lisait les personnes qui allaient disparaître.

À cet instant, le papillon quitta le mur et vint se poser sur la page.

La jeune femme referma doucement le livre. L’orange roula sur la table.

Et l’ombre qui se tenait debout derrière elle,  tourna enfin la tête vers le pêcheur.

Le lendemain, la maison était vide. Il n’y avait plus de femme. Plus de livre.

Plus de table. Seulement une orange rouge posée sur le sable...

Au loin les cloches de l'église sonnaient... c'était l'enterrement du pêcheur...

Allez une p'tite toile ! 

Edie Seberg 



samedi 11 juillet 2026

La vie..

Il fait chaud... j'ai pris mes quartiers d'été dans ma chambre au sous sol...il y fait 21 degrés jour et nuit... Je cuisine, je lis , je dessine, je regarde des séries et parfois j'écris...

Une petite fiction....

Ils s'étaient rencontrés à la faculté. Le genre de rencontre qui ne fait pas de bruit. Un regard, un café partagé, de longues promenades, et très vite cette évidence : ils feraient le chemin ensemble.

La vie leur donna un petit coup de pouce. Elle hérita de l'appartement de sa grand-mère. Sans cela, ils auraient probablement commencé leur histoire dans une chambre de bonne où il aurait fallu choisir entre le chauffage et le dîner. Il ne parla jamais mariage.. c'était bien trop cher, à quoi bon gaspiller de l'argent pour une robe et un costume qu'on ne remettrait jamais...

Elle était déçue mais...... peut-être changerait - il d'idée avec le temps...

Ils poursuivirent leurs études. Lui dans le commerce, elle en comptabilité. Ils travaillaient quelques heures le soir pour payer les factures. Les nouilles chinoises devinrent un membre de la famille. Elles coûtaient  peu , elles rechauffaient et comblaient leurs jeunes estomacs...

Ils n'étaient pas malheureux. Ils étaient... économes. Enfin, lui appelait cela de la sagesse. Elle appelait cela remettre le bonheur  à plus tard.

Un restaurant ? « On peut manger à la maison. » Un week-end ? « Ça coûte cher. » Le cinéma ? « Il passera à la télévision. » Le coiffeur ? « Tes cheveux poussent très bien tout seuls. »

Alors elle les laissa pousser. Les cheveux. Les regrets aussi.

Les années s'empilèrent comme les relevés de compte qu'il classait religieusement. Chaque dépense passait devant un tribunal dont il était le juge et même le procureur ...

Ils eurent une fille. Une enfant brillante, drôle, curieuse. Leur plus belle réussite. Elle quitta le nid avec un diplôme et une immense envie de vivre. Sans doute avait-elle compris qu'une existence ne se résume pas à comparer le prix du beurre dans trois supermarchés.

Trente-deux ans passèrent.

Un soir, il rentra d'un déplacement professionnel.

Lorsqu'elle rentra du travail elle trouva une clé sur la table. À côté, un mot.

"J'ai rencontré la femme de ma vie. Je pars..."

Elle fila dans leur chambre, l'armoire était vide....Il avait fait lâchement  ses valises... même pas le courage de lui dire en face...

Trente-deux ans résumés en une phrase qui tenait sur un demi Post-it.

Elle s'effondra.

Pendant un an, elle survécut plus qu'elle ne vécut. Les journées avaient perdu leur couleur. Même les nouilles chinoises semblaient la regarder avec compassion.

Puis un samedi matin, sans trop savoir pourquoi, elle acheta un pot de peinture.

Elle repeignit le salon. Puis la chambre. Puis les portes.

Puis elle changea les rideaux. Installa un fauteuil jaune, un divan vert..toutes les couleurs qu'il détestait...

Au fond, elle ne rénovait pas l'appartement. Elle décollait les trente-deux années de gris qui avaient fini par recouvrir les murs.

Une collègue insista pour l'emmener à une soirée. Elle y alla presque malgré elle. Elle rit.

Le son lui parut étrange. Comme une vieille connaissance retrouvée par hasard.

Quelques semaines plus tard, elle prit rendez-vous chez le coiffeur. Le premier depuis une éternité.

La coiffeuse demanda :

« On coupe combien ? »

Elle répondit :

« Trente-deux ans, si c'est possible. »

Nouvelle coupe. Nouveaux vêtements. Quelques voyages. Des amis. Des livres lus en terrasse. Des fleurs achetées juste parce qu'elles étaient jolies. Elle découvrit qu'on pouvait commander un dessert sans avoir besoin de justifier cette extravagance à un comité des finances.

Elle n'était plus la femme qu'il avait quittée. Elle était enfin devenue celle qu'elle aurait dû être. Un homme rencontré en vacances s'intéressait à elle tendrement..

Trois ans plus tard, un soir d'automne, on sonna à la porte.

Elle ouvrit.

C'était lui.

Une valise fatiguée. Moins de cheveux. Plus de ventre. Beaucoup moins de certitudes.

Il esquissa ce sourire de propriétaire revenant récupérer un meuble laissé en dépôt.

- Je me suis trompé... Elle n'était pas celle que je croyais. Je rentre à la maison.

À la maison.

Comme on revient rapporter une perceuse empruntée.

Il entra d'un pas assuré.

Enfin... il essaya.

Elle ne bougea pas.

- Tu peux te pousser ? demanda-t-il.

Elle répondit très calmement :

- Pourquoi ?

Il resta interdit.

- Eh bien... c'est chez nous.

Elle éclata de rire.  Un rire immense. Libre.

- Chez nous ? Tu as laissé une clé... mais tu as rendu ta place. Tu n'es plus chez toi...

Il tenta son regard de mari raisonnable.

-  Tu ne vas quand même pas jeter trente-deux ans de vie commune... tu as 52 ans, tu risques de rester seule..tu n'es plus à l'âge de faire des rencontres 

Elle sourit.

Tu sais quoi ? Ces 32 ans  m'ont appris exactement ce que je ne veux plus jamais vivre.

Il balbutia :

-  Tu n'as rencontré personne j'espère ?

 - Si.

Il pâlit.

-  Qui ?

Elle se désigna du doigt.

- Moi et bien d'autres ! 

Le silence tomba comme une facture qu'il n'avait pas prévue.

Elle poursuivit :

- Tu sais ce qui est extraordinaire ? Pendant trente-deux ans, tu surveillais le prix de mon shampooing. Depuis ton départ, j'ai découvert quelque chose qui n'a pas de prix : la paix.

Il regarda autour de lui.

Les murs lumineux. Les tableaux. Les plantes.La musique. Le fauteuil d'un jaune éclatant.. l'appartement vivait...

Une bouteille de bon vin ouverte.

- Tu as changé...

- Oui.

- Tu dépenses beaucoup maintenant ?

Elle répondit avec un sourire délicieux.

- Énormément.

Son visage se décomposa.

Elle ajouta :

-  J'achète des fleurs qui fanent, des livres que je relirai peut-être, des billets de train pour voir la mer, du bon fromage, du champagne quand il n'y a rien à fêter... et parfois même des nouilles chinoises.

Il leva les yeux, surpris.

- Pourquoi les nouilles ?

- Pour me rappeler que la pauvreté n'était jamais dans notre porte-monnaie.

Elle était dans ton imagination.

Elle referma doucement la porte.

Pas avec colère.

Avec élégance.

De l'autre côté, il resta longtemps sur le palier.

Pour la première fois de sa vie, il comprit que l'on peut économiser sur tout...

Sauf sur l'amour.

Car lorsqu'on passe trente-deux ans à compter les centimes, il arrive un matin où l'on découvre que c'est le bonheur qui manque à la caisse.

Allez une p'tite toile !

Mikhail Vainstein artiste ukrainien 

"Morning", 1981