Je suis paresseuse mais j'aime bien écrire sur ce blog....c'est comme lorsque j'étais adolescente et que j'écrivais mon journal...Que je planquais dans des endroits inimaginables afin qu'il ne soit pas trouvé et lu par mes soeurs ou mes parents...
Je pouvais être normale dedans...par normale, j'entends naturelle, ne pas faire d'effort pour plaire, ne pas maquiller mes mots, leur faire cracher leur vérité...
J'ai toujours été la plus "sage" de la famille...celle qui ne faisait pas de vagues...Seule ma mère avait des doutes ! souvent en me regardant elle disait "il faut se méfier de l'eau qui dort;..C'est celle qui noie..." et moi, je la regardais avec mes grands yeux bleus qui étaient le plus innocents possibles...
Mon père lui disait "vieille folle ! arrête de parler dans le vide ...quel plaisir de ne pas avoir de soucis avec elle !"....
Je ne mentais pas, je ne transgressais pas les lois de la maison, je vivais à côté d'eux dans un monde imaginaire qui aurait fait sans doute peur à mon père !
Mais finalement, c'était des rêves et le peu de fois où j'ai vécu des choses qu'il fallait laisser dans l'ombre, elles n'ont jamais données à mes yeux une couleur plus trouble...je vivais les choses en douce...je souffrais aussi en douce, à quoi bon faire participer les autres...Toute ma vie, j'ai évité les conflits, les esclandres...J'aurais pu casser des vies lors des tentatives de viols de l'oncle, du beau frère....j'ai lutté seule avec ce sentiment de frustration de ne pouvoir en parler... J'ai toujours eu envie de les tuer...j'ai échafaudé des centaines de plans, des centaines de rêves où je me délectais de les tuer...
J'ai vraiment eu une période où il ne m'aurait pas fallu grand chose pour basculer...J'avais une douzaine d'années et ces salauds avaient inscrit en moi ces idées de meurtres...J'ai cette violence à l'intérieur de moi qui n'a pas arrété son oeuvre...
Ils sont morts, mais la violence est toujours là.. Elle a fermé des choses dans mon coeur....Ma bouche est close et je ne sais pas dire....
Je me rends compte que cette haine m'a clouée dans le silence...elle a bloqué des sentiments qui n'ont pas pu exister..elle a porté le discrédit sur tous les hommes que j'ai croisés...j'ai toujours eu au fond de ma tête une petite lueur qui clignotait dès que je voyais des mains s'approcher de moi...Même des mains amicales hein! ...même des vieilles mains...Même des mains d'enfants...toujours la crainte, la peur d'être assaillie...Mon visage souriait et mon coeur et ma tête s'affolaient..inconsciemment je serrais les jambes, je tirais contre moi gilet ou manteau afin de me couvrir , de ne pas laisser de place, d'ouverture vers moi..
Toujours un mouvement de recul et dans ma poche je serrais un petit outil qui contenait une pointe et qui servait à faire des trous dans les ceintures....
c'était puéril je le sais, mais rassurant ! je n'aurais sans doute pas tué avec ça mais j'aurais pu faire très mal car le mien était super aiguisé par mes soins et ne quittait pas ma poche....Je n'ai jamais eu à m'en servir...Je l'ai trainé durant des années et il en a fait des trous à mes poches de manteau...! et puis un jour, je l'ai perdu...ça m'a angoissée durant des mois... et puis, je me suis dit que c'était un signe, que peut- être j'étais devenue assez grande dans ma tête pour ne plus avoir peur...
ça ne s'est pas fait d'un coup, lors de mes rencontres je cherchais instinctivement à mettre la main dans ma poche..Mais c'était plus par réflexe que par peur...il m'a fallu apprendre à faire confiance, et surtout à rejeter tout ce qui n'était pas conforme à l'homme idéal que j'avais en tête...J'avais 4 soeurs qui toutes avaient trouvé des maris violents , je connaissais donc tous les défauts de ces abrutis...
Je pense avoir été la seule de la famille à avoir rencontré des hommes gentils...des hommes incapables de lever la main sur qui que ce soit, des hommes qui ne forçaient pas l'autre à avoir des relations non désirées...des hommes respectueux de la femme...ça ne court pas les rues et je sais la chance que j'ai eue !
J’ai parfois presque honte de le dire, parce que je sais que beaucoup de femmes autour de moi ont souffert, ont eu à affronter la peur, les cris, parfois même les coups. Je n’ai pas connu cela. J’ai croisé des regards bienveillants, des mains qui rassurent, des bras qui protègent sans jamais enfermer.
Je me rends compte aujourd’hui de la fragilité de ce bonheur. Rien n’était écrit d’avance. J’aurais pu tomber sur l’inverse, me perdre dans la violence et le mépris.
J'ai fait des choix.. Me suis trompée parfois, mais à présent je n'ai plus peur...
Avec l'âge, beaucoup de peurs s'estompent, parce que l'expérience nous apprend que la vie continue, que les hommes ne sont que des hommes avec leurs faiblesses, leurs peurs aussi...
Je n'ai plus peur.. plus peur des mots, plus peur de l'autre.... je découvre que la sagesse ce n'est pas avoir toutes les réponses.. c'est parfois aimer ce qui est, ce qui fut et ce qui sera...
Je suis à présent tranquille... Je suis reconnaissante pour ceux qui m'aiment encore, pour ceux que j'ai aimé.. je me pardonne mes silences, mes manques, je me regarde enfin sans jugement.. Je me pardonne d'avoir aimé malgré l'incompréhension, d'avoir donné même lorsque l'autre ne donnait pas, d'avoir cru, espéré, lutté.. parfois en vain...
J'ai posé les valises.. je me suis allégée... Certains sont partis, d'autres n'ont pas compris, mais je suis ce que je suis... imparfaite, bancale, et je ne peux plus changer... je suis trop vieille !
Ceux qui restent sont ceux qui me connaissent, qui savent mes peines, mes doutes...ce sont ceux qui acceptent mes ombres, mes défauts, mes fragilités ...
C'est dans leurs regards que je peux me pardonner, que je peux avancer...
Le chemin devant moi est plus court que le chemin que j'ai déjà parcouru.. Alors il faut que mon bagage soit léger. je ne veux plus chercher à être ce que l'on voudrait que je sois.. je veux juste être moi..
Allez une p'tite toile !







