mercredi 29 juillet 2026

Réveil en fanfare !!

 Avec cette chaleur, je dors fenêtres grandes ouvertes.

Et tous les matins, dès que le jour se lève, il y a deux tourterelles dans le jardin qui prennent leur service....

5 h 30.

Précises comme une horloge suisse. À 5 h 30, je suis donc réveillée, parfaitement lucide, et je maudis ces deux oiseaux qui semblent drogués aux amphétamines.

Roucou.

Silence.

Roucou roucou.

Puis elles se lancent dans un duo endiablé, comme si elles venaient de gagner la finale de « The Voice des oiseaux ».



Moi, dans mon lit, je passe directement de « je dors profondément » à « je sens que vais commettre un crime».

Impossible de me rendormir !!  les deux coupables continuent tranquillement leur conversation avec l'insouciance de gens qui ne paient ni loyer ni impôts.

Et pourtant, j'adore les oiseaux.

La preuve : depuis des années, je nourris un couple de corbeaux.... (c'est pas une photo des miens, ils s'envolent des qu'ils me sentent derrière la vitre de la porte...😂)



Eux, au moins, ont reçu une éducation...

Jamais ils ne me réveillent.. Les corbeaux, c'est bien plus subtil.

Dès qu'ils me voient apparaître sur la terrasse, ils m'appellent.

Pas un petit « coucou » discret.

Non.

Ils me font comprendre très clairement que le service de restauration est ouvert.

Ils me voient :

« CRAA ! CRAA ! »

Traduction :

« Madame est sortie. Madame a sûrement quelque chose à manger.  »

Et moi, évidemment, je leur donne à manger. Je les aime ces deux sombres volatiles 

Et ils le savent parfaitement.

Donc, si je résume :

🐦‍⬛ Les corbeaux : ils m'appellent quand ils me voient.

🕊️ Les tourterelles : elles me réveillent quand elles ne me voient pas.

Finalement, je suis devenue la cantine officielle du quartier.

Mais bon, faut relativiser hein ! . Avec ce monde qui déconne plein tube, je pourrais être réveillée par le sifflement des bombes...  ou par des camions qui font trembler toute la rue...ou par des pompiers toutes sirènes hurlantes...

Moi, je suis réveillée par deux tourterelles amoureuses qui ont décidé que leur histoire devait commencer chaque matin à 5 h 30... 

 Dans ce monde de fous je ne vais quand même pas me plaindre d'avoir des oiseaux plein d'amour dans le jardin.

Mais demain matin,  si je les entends je vais ouvrir la fenêtre et leur dire :

«eh  ! les loulous, je vous aime beaucoup… mais votre histoire d'amour peut parfaitement  commencer vers 8 heures , non? » ya des gens qui travaillent ici ! ( Enfin... surtout des gens qui voudraient dormir...😉)


samedi 25 juillet 2026

La femme qui lisait les ombres


Personne ne savait quand la maison était apparue.

Elle se trouvait au bord de la mer, derrière un mur blanc que le temps avait griffé. Au-dessus de la terrasse, une vigne sombre s’étendait comme une chevelure....

Chaque matin, à la même heure, la jeune femme venait s’asseoir à la petite table bleue.

Elle portait toujours la même robe aux motifs étranges, un tissu couvert de formes qui semblaient changer selon la lumière. Elle ouvrait un vieux livre, posé devant elle, et lisait.

Mais personne ne l’avait jamais vue tourner une page. Jamais.

Sur la table, une orange rougeoyait. Trois pétales de rose étaient tombés près d’elle. Et, chaque jour, un papillon venait se poser sur le mur, exactement au-dessus de son épaule.

Un matin, un pêcheur aperçut la scène et s’arrêta. Il connaissait cette femme.

Ou plutôt… il se souvenait d’elle.

Elle était morte depuis cinquante-deux ans.

La veille de sa mort, elle avait disparu de la maison sans laisser de trace. On avait retrouvé son livre ouvert sur la table, une orange à côté, et trois pétales rouges posés sur les pages.

Depuis, personne n’avait osé habiter la maison.'Le pêcheur s’approcha.

La femme continuait de lire, les yeux baissés. Il remarqua alors quelque chose d’impossible : son ombre ne correspondait pas à son corps.

La femme était assise. Son ombre, elle, était debout.

Et elle regardait la mer.

Le pêcheur voulut partir, mais la jeune femme parla enfin.

- Vous êtes en retard.

Il sentit le froid lui traverser la poitrine.

-  En retard pour quoi ?

Elle leva lentement les yeux vers lui.

Ses lèvres rouges esquissèrent un sourire triste.

Le pêcheur recula.

Alors le livre se mit à tourner ses pages tout seul.

Une page.

Puis une autre.

Sur chaque page, il n’y avait pas de mots, mais des portraits. Des hommes, des femmes, des enfants. Tous avaient le même regard absent.

Et, au dernier feuillet, le pêcheur vit son propre visage.

Il comprit. C'était la fin..

La femme ne lisait pas un livre. Elle lisait les personnes qui allaient disparaître.

À cet instant, le papillon quitta le mur et vint se poser sur la page.

La jeune femme referma doucement le livre. L’orange roula sur la table.

Et l’ombre qui se tenait debout derrière elle,  tourna enfin la tête vers le pêcheur.

Le lendemain, la maison était vide. Il n’y avait plus de femme. Plus de livre.

Plus de table. Seulement une orange rouge posée sur le sable...

Au loin les cloches de l'église sonnaient... c'était l'enterrement du pêcheur...

Allez une p'tite toile ! 

Edie Seberg 



samedi 11 juillet 2026

La vie..

Il fait chaud... j'ai pris mes quartiers d'été dans ma chambre au sous sol...il y fait 21 degrés jour et nuit... Je cuisine, je lis , je dessine, je regarde des séries et parfois j'écris...

Une petite fiction....

Ils s'étaient rencontrés à la faculté. Le genre de rencontre qui ne fait pas de bruit. Un regard, un café partagé, de longues promenades, et très vite cette évidence : ils feraient le chemin ensemble.

La vie leur donna un petit coup de pouce. Elle hérita de l'appartement de sa grand-mère. Sans cela, ils auraient probablement commencé leur histoire dans une chambre de bonne où il aurait fallu choisir entre le chauffage et le dîner. Il ne parla jamais mariage.. c'était bien trop cher, à quoi bon gaspiller de l'argent pour une robe et un costume qu'on ne remettrait jamais...

Elle était déçue mais...... peut-être changerait - il d'idée avec le temps...

Ils poursuivirent leurs études. Lui dans le commerce, elle en comptabilité. Ils travaillaient quelques heures le soir pour payer les factures. Les nouilles chinoises devinrent un membre de la famille. Elles coûtaient  peu , elles rechauffaient et comblaient leurs jeunes estomacs...

Ils n'étaient pas malheureux. Ils étaient... économes. Enfin, lui appelait cela de la sagesse. Elle appelait cela remettre le bonheur  à plus tard.

Un restaurant ? « On peut manger à la maison. » Un week-end ? « Ça coûte cher. » Le cinéma ? « Il passera à la télévision. » Le coiffeur ? « Tes cheveux poussent très bien tout seuls. »

Alors elle les laissa pousser. Les cheveux. Les regrets aussi.

Les années s'empilèrent comme les relevés de compte qu'il classait religieusement. Chaque dépense passait devant un tribunal dont il était le juge et même le procureur ...

Ils eurent une fille. Une enfant brillante, drôle, curieuse. Leur plus belle réussite. Elle quitta le nid avec un diplôme et une immense envie de vivre. Sans doute avait-elle compris qu'une existence ne se résume pas à comparer le prix du beurre dans trois supermarchés.

Trente-deux ans passèrent.

Un soir, il rentra d'un déplacement professionnel.

Lorsqu'elle rentra du travail elle trouva une clé sur la table. À côté, un mot.

"J'ai rencontré la femme de ma vie. Je pars..."

Elle fila dans leur chambre, l'armoire était vide....Il avait fait lâchement  ses valises... même pas le courage de lui dire en face...

Trente-deux ans résumés en une phrase qui tenait sur un demi Post-it.

Elle s'effondra.

Pendant un an, elle survécut plus qu'elle ne vécut. Les journées avaient perdu leur couleur. Même les nouilles chinoises semblaient la regarder avec compassion.

Puis un samedi matin, sans trop savoir pourquoi, elle acheta un pot de peinture.

Elle repeignit le salon. Puis la chambre. Puis les portes.

Puis elle changea les rideaux. Installa un fauteuil jaune, un divan vert..toutes les couleurs qu'il détestait...

Au fond, elle ne rénovait pas l'appartement. Elle décollait les trente-deux années de gris qui avaient fini par recouvrir les murs.

Une collègue insista pour l'emmener à une soirée. Elle y alla presque malgré elle. Elle rit.

Le son lui parut étrange. Comme une vieille connaissance retrouvée par hasard.

Quelques semaines plus tard, elle prit rendez-vous chez le coiffeur. Le premier depuis une éternité.

La coiffeuse demanda :

« On coupe combien ? »

Elle répondit :

« Trente-deux ans, si c'est possible. »

Nouvelle coupe. Nouveaux vêtements. Quelques voyages. Des amis. Des livres lus en terrasse. Des fleurs achetées juste parce qu'elles étaient jolies. Elle découvrit qu'on pouvait commander un dessert sans avoir besoin de justifier cette extravagance à un comité des finances.

Elle n'était plus la femme qu'il avait quittée. Elle était enfin devenue celle qu'elle aurait dû être. Un homme rencontré en vacances s'intéressait à elle tendrement..

Trois ans plus tard, un soir d'automne, on sonna à la porte.

Elle ouvrit.

C'était lui.

Une valise fatiguée. Moins de cheveux. Plus de ventre. Beaucoup moins de certitudes.

Il esquissa ce sourire de propriétaire revenant récupérer un meuble laissé en dépôt.

- Je me suis trompé... Elle n'était pas celle que je croyais. Je rentre à la maison.

À la maison.

Comme on revient rapporter une perceuse empruntée.

Il entra d'un pas assuré.

Enfin... il essaya.

Elle ne bougea pas.

- Tu peux te pousser ? demanda-t-il.

Elle répondit très calmement :

- Pourquoi ?

Il resta interdit.

- Eh bien... c'est chez nous.

Elle éclata de rire.  Un rire immense. Libre.

- Chez nous ? Tu as laissé une clé... mais tu as rendu ta place. Tu n'es plus chez toi...

Il tenta son regard de mari raisonnable.

-  Tu ne vas quand même pas jeter trente-deux ans de vie commune... tu as 52 ans, tu risques de rester seule..tu n'es plus à l'âge de faire des rencontres 

Elle sourit.

Tu sais quoi ? Ces 32 ans  m'ont appris exactement ce que je ne veux plus jamais vivre.

Il balbutia :

-  Tu n'as rencontré personne j'espère ?

 - Si.

Il pâlit.

-  Qui ?

Elle se désigna du doigt.

- Moi et bien d'autres ! 

Le silence tomba comme une facture qu'il n'avait pas prévue.

Elle poursuivit :

- Tu sais ce qui est extraordinaire ? Pendant trente-deux ans, tu surveillais le prix de mon shampooing. Depuis ton départ, j'ai découvert quelque chose qui n'a pas de prix : la paix.

Il regarda autour de lui.

Les murs lumineux. Les tableaux. Les plantes.La musique. Le fauteuil d'un jaune éclatant.. l'appartement vivait...

Une bouteille de bon vin ouverte.

- Tu as changé...

- Oui.

- Tu dépenses beaucoup maintenant ?

Elle répondit avec un sourire délicieux.

- Énormément.

Son visage se décomposa.

Elle ajouta :

-  J'achète des fleurs qui fanent, des livres que je relirai peut-être, des billets de train pour voir la mer, du bon fromage, du champagne quand il n'y a rien à fêter... et parfois même des nouilles chinoises.

Il leva les yeux, surpris.

- Pourquoi les nouilles ?

- Pour me rappeler que la pauvreté n'était jamais dans notre porte-monnaie.

Elle était dans ton imagination.

Elle referma doucement la porte.

Pas avec colère.

Avec élégance.

De l'autre côté, il resta longtemps sur le palier.

Pour la première fois de sa vie, il comprit que l'on peut économiser sur tout...

Sauf sur l'amour.

Car lorsqu'on passe trente-deux ans à compter les centimes, il arrive un matin où l'on découvre que c'est le bonheur qui manque à la caisse.

Allez une p'tite toile !

Mikhail Vainstein artiste ukrainien 

"Morning", 1981





jeudi 2 juillet 2026

L'homme qui enseignait les mots....


Il a 78 ans. Il prétend qu'il est à la retraite. Mais c'est faux.

Chaque matin, il prépare son sac avec la gravité d'un instituteur de campagne. Quelques feuilles,  des stylos qui disparaissent mystérieusement d'une semaine à l'autre, et cette patience qui ne s'achète nulle part.

Puis il part retrouver sa classe.

Sa classe ne ressemble à aucune autre. On y entend des accents venus de loin. Très loin. Du Soudan, d'Iran, d'Afghanistan, d'Érythrée, et d'autres pays où la vie a parfois décidé d'être plus dure qu'ailleurs. 

Ils sont douze, parfois quinze. Des très jeunes qui pourraient être ses petits-enfants. Des hommes aux cheveux déjà blancs. Des femmes discrètes. Tous portent dans leur regard un voyage dont ils parlent peu.

Ils n'ont souvent pas de papiers. Mais ils ont des histoires.

Des histoires de désert, de frontières, de bateaux trop pleins, de nuits sans sommeil, de familles laissées derrière eux. Des histoires qu'ils racontent rarement, parce que certains souvenirs préfèrent le silence.

C'est une classe où les cartes de géographie semblent avoir pris vie... le Soudan s'assoit près de l'Iran.. l'Afghanistan sourit au Pakistan...

Ce qui frappe d'abord, c'est leur sourire.

Ils arrivent avec un "Bonjour professeur !" lancé comme une victoire. Ils remercient pour tout. Un café. Un cahier. Un mot nouveau. Ils offrent parfois une poignée de dattes, un couscous fait avec amour, quelques biscuits achetés avec presque rien.

Ils donnent sans compter, alors qu'ils possèdent si peu.

Mon mari leur apprend les subtilités de la langue française. 

Pourquoi "eau s'écrit avec trois lettres ?"Mon mari répond en riant " parce que si le français était simple, les français ne pourraient plus râler !! 

Toute la classe éclate de rire.

« Pourquoi on dit j'ai faim, mais je suis fatigué ? »

Il réfléchit une seconde... puis répond :

« Parce que le français adore compliquer la vie de ceux qui veulent l'aimer."

Il ne leur apprend pas seulement la grammaire.

Il les emmène au musée. Au cinéma. Leur montre une cathédrale, un jardin, une bibliothèque. Des lieux où beaucoup d'entre eux n'auraient jamais osé entrer, persuadés que ce n'était pas pour eux.

Il ouvre une porte.

Puis une autre.

Et encore une autre.

Il ne leur offre pas seulement des mots. Il leur dit, sans jamais le prononcer :

« Vous avez votre place ici. »

Eux, en retour, lui offrent quelque chose de précieux.

Ils lui rappellent qu'on peut avoir tout perdu sans perdre sa dignité.

Qu'on peut avoir faim sans perdre son humour.

Qu'on peut attendre des mois une réponse administrative et continuer malgré tout à sourire. 

Il les regarde parfois arriver.

Ils saluent chacun avec une politesse presque oubliée. Ils s'entraident. Celui qui comprend un peu mieux traduit pour celui qui hésite. Celui qui reçoit partage aussitôt.

On parle souvent de ce qu'ils n'ont pas.

On parle moins de tout ce qu'ils apportent.

Mon mari les aime profondément.

Il dit que ce sont eux qui lui apprennent le plus.

Je crois qu'il a raison.

Seulement voilà...

À 78 ans, le cœur est immense, mais les journées ne s'allongent plus.

Il rentre fatigué, ses yeux  brillent toujours mais se ferment un peu plus tôt tous les soirs..

Il affirme que tout va bien. Que ce n'est "qu'un petit coup de pompe". Pourtant, je vois ses épaules un peu plus basses, ses pas un peu plus lents.. il ne parle pas de sa fatigue mais je la vois...

Il voudrait être le professeur, le guide, le traducteur, le confident, parfois même le grand-père de chacun.

Il oublie qu'on ne peut pas porter le monde entier, même avec un immense cœur.

Je suis certaine que ses élèves, s'ils lisaient ces lignes, lui diraient dans leur français parfois hésitant :

« Monsieur... maintenant, un peu repos. Nous, on a appris. C'est votre tour d'écouter. »

Et lui sourirait.

Parce que les sourires sont devenus leur langue commune.

Il croit leur enseigner le français.

En réalité, ils apprennent ensemble une langue bien plus rare.

La bonté.

Celle qui ne demande ni passeport, ni visa, ni diplôme.

Seulement un cœur assez grand pour faire une place à l'autre.

Allez une p'tite toile ... rien à voir avec le texte... mais j'aime bien 😂

René Magritte