samedi 19 avril 2025

Souvenirs d'enfance....

 

Quand j'étais petite dans les années soixante, je m'étonnais toujours d'être pratiquement sans famille, à part nous...mon père, ma mère et mes 4 soeurs...Pas de famille proche, pas d'amis..On était occupés a rouler des tickets tous les jours, les week end; les vacances...Nos voisins recevaient...des cousins, des oncles et tantes, des grands parents ...et nous...personne.

Mon père était maçon et les gens qu'il fréquentait étaient des piliers de bar, des hommes qui bossaient comme lui dans le ciment, dans le froid...Jamais il n'aurait amené ces personnes chez nous...

Je voyais mes copines de classe qui naviguaient les unes chez les autres...Pas nous..et je disais à ma mère : Pourquoi on va jamais chez les autres? Pourquoi tu n'as pas d'amies chez qui on pourrait aller? Ma mère soulevait les épaules et disait qu'on n'avait pas le temps pour l'amitié, pas le temps pour les rencontres...Le temps était précieux il ne fallait pas le gaspiller...et puis, un jour la petite usine qui nous ravitaillait en tickets a eu une panne de machine....

Ma mère est revenue les mains vides, les yeux hagards...on ne roulera pas durant une bonne semaine...Ils ont pas la pièce pour réparer la machine...

Mais qu'est ce qu'on va faire alors? Nous étions, toutes les filles,  à la fois réjouies et paumées à l'idée d'avoir du temps...Ma mère tournait en rond, et nous on s'éparpillait dehors...J'ai appris à jouer à la balle au prisonnier;...au facteur n'est pas passé, il passera dans cinq minutes....gling gling le voilà....J'ai appris à jouer aux billes, à jouer aux balles contre le mur, à jouer à la corde...

J'ai eu une amie...qui m'a invitée pour son anniversaire...et ma mère a dit non...On n'a pas de sous pour lui acheter un cadeau..On va pas chez les gens comme ça...."Mais ça fait rien, je peux lui faire un collier de perles, elle sera contente!..."Non...On les connait pas..."Mais c'est mon amie, on va à l'école ensemble, je la connais moi...." Elle a secoué la tête et a encore dit non...

J'ai pleuré le soir dans mon lit...J'ai encore pleurniché le lendemain, essayant de l'attendrir...Mais c'était toujours non...

J'ai dû expliquer à mon amie qu'on avait quelque chose de prévu ce jour là..

Elle habitait tout près, c'était l'été et je me souviens de les avoir regardé en cachette depuis la fenêtre de ma chambre...Sa maman avait fabriqué des guirlandes avec des cartons colorés, il y avait des ballons, une table avec des boissons ...et plein d'amis qui riaient, qui couraient, qui jouaient ...Un gros gâteau au chocolat avec des bougies a cloturé la fête..Je voyais mon amie déballer ses cadeaux...des riens, des bricoles! personne n'était riche dans le quartier...

J'en ai voulu à ma mère...Voulu de ne pas avoir accepté que je sois présente à cette fête...

Un jeudi, alors que  nous revenions du marché, nous étions passé près de maison d'une amie de mes parents...Je crevais de soif...Viens maman, allons chez Fernande, je suis sûre qu'elle est là...Je pourrais boire un verre d'eau...

Non ! on ne s'arrête pas...Mais pourquoi? on a encore deux kilomètres à faire et j'ai soif....Elle avait horreur de m'entendre pleurnicher comme elle disait...

Elle m'a chopé le bras , s'est arrétée et m'a dit : "Tu sauras ma fille, qu'on ne dérange pas les gens..On ne va chez eux que si on est invités...C'est une règle de politesse et de savoir vivre...Jamais, tu m'entends, jamais tu ne t'imposes quelque part si tu n'as pas été invitée...

"Mais alors on n'ira jamais nulle part....On ne connait personne...Moi, j'aimerais bien pouvoir aller chez mes amis...comme ça ..pour rien..Juste pour le plaisir de se voir..."

ça ne se fait pas martelait elle ! et si je te prends à le faire c'est la rouste assurée....

Avec le recul, aujourd'hui je me dis que ces paroles de ma mère sont restéees ancrées profondément en moi...J'ai parfaitement intégré le principe...On ne va pas chez les gens, même dans sa famille si on n'est pas invité...

Mes soeurs se sont mariées, ont habité pas loin de chez nous, mais jamais on ne s'est pointées chez elles à l'improviste...Il fallait attendre une invitation...

Je fais pareil avec mes propres enfants...et j'étais tourmentée lorsque mon mari se permettait de passer chez eux sans y avoir été invité..Je traîne cette interdiction depuis tellement longtemps que je suis incapable d'y déroger..

Et s'il m'arrive de me trouver dans le secteur d'un de mes fils ou amie, je téléphone pour savoir "si je peux venir les déranger quelques instants..."

Jamais, au grand jamais, je ne suis passée à l'improviste chez quelqu'un...Même si on me dit...."passe quand tu veux, je suis là..." suis pas fichue de le faire...J'ai toujours la voix de ma mère dans les oreilles qui me serine: "On ne dérange pas les gens !!"...J'ai appris toute ma vie à être invisible, à me faire le plus discrète possible...

Je me demande souvent si mes enfants n'ont pas pris ça pour de l'indifférence?  Eux n'ont pas eu ce problème, ils ont été capable de passer, de venir sans que je le  leur demande..Ils n'ont donc pas été contaminés !!!

Et c'est tant mieux ! Parce qu'au fond, vouloir un peu de chaleur humaine , ce n'est pas déranger...C'est vivre...C'est aimer..

Allez ! une p'tite toile !! et quelques paroles de ma chanteuse préférée Barbara...

Il a foutu le camp, le temps du lilas,
Le temps de la rose offerte,
Le temps des serments d'amour,
Le temps des toujours, toujours.
Il m'a plantée là, sans me laisser d'adresse.
Il est parti, adieu Berthe.
Si tu le vois, ramène-le moi,
Le joli temps du lilas.

 Mariana Baitelu  artiste roumaine


 

18 commentaires:

  1. Bonjour Chaourcinette
    bel article qui expose un sujet vécu par d'autres
    j'aime beaucoup votre mise à nu des pensées d'enfant et d'adulte

    l improviste j aime pas mais c est pas une raison de ne plus passer , de ne pas oser passer
    on demande quand on peut passer
    moi il m arrive de bricoler , de travailler dur et je ne suis pas capable de recevoir
    surtout si produits durcissent ou salissant
    ce qui est gênant pour moi l est peut être aussi pour les autres

    l important est de garder , vouloir garder un contact , l intention compte
    et l acceuil sera peut être meilleur si on ne bouscule pas , prévenir , vérifier est bien aussi

    je connais une personne qui considère l âge comme règle déterminante pour un appel téléphonique , genre " elle est plus jeune que moi , c est à elle d'appeler ......."
    quel principe idiot !!!!! c'est se considèrer plus haut que d'autres .....et c est perdre des occasions de montrer qu on pense à l autre , qui pense que vous ne l aimez pas tant que ça , et aprés plus d'appel dans aucun sens

    Au boulot Ma chef me dit "Pourquoi vous n'allez pas demander conseil à Monsieur S", je lui réponds , je sais faire mon travail , pourquoi irais je embêter Mr S avec des sujets que je maitrise....et puis il a aussi son travail " , elle me répond "ça ferait plaisr à Mr S de discuter , allez dans son bureau même si vous savez faire" et alors je suis allé régulièrement discutailler avec "Monsieur S", elle avait compris que Mr S avait un fort besoin de parler de son travail , voir de transmettre ses connaissances (il était 25 à 30 ans plus vieu que moi), ce monsieur aimait expliquer ses choix passés et sa prudence mais il était discret , voir réservé , il discutait peu , échanger est mieux que de rester chacun de son côté , en entreprise aussi il faut aller vers l'autre , il m'a appris des choses même si je n'ai pas eu à utiliser , mais ce monsieur était trés consciencieux
    La chef a aussi pensé qu il pouvait nous transmettre son expérience , il était le seul à pouvoir maintenir certaines "chaines informatiques" , alors on comparait les langages de programmation , il y avait échange de savoir


    les tickets j ai pas compris , servent à quoi ? mais ça empêche de rouler si on en a pas

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    1. ma chef a peut être dit cela à d autres , mais moi j étais dans le bureau d'à côté , sans bosser sur mêmes sujets .....
      les 2 ne sont plus de ce monde , les années ont passé
      ma chef était quand même plus jeune que mr S
      mais je n ai pas oublié leurs sourires , ma chef pouvait avoir des éclats de rire , Mr S était plus discret, un sourire léger

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    2. Bonnes fêtes Pascales
      comme dans beaucoup de choses les extrèmes ne sont pas bons
      trop ou pas du tout
      il y a un juste milieu

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    3. Tu as raison.. je n'aime pas les extrêmes.. ça manque de nuances !Anne Sylvestre chantait :"j'aime les gens qui doutent les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer.... j'aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer.... j'aime leur petite chanson.. même s'ils passent pour des cons..,"c'est ça le juste milieu... j'aime bien ton histoire avec M.S....ta chef avait sans doute compris qu'il avait besoin de chaleur humaine et même s'il ne te transmettais pas des améliorations pour le travail que tu faisais il se sentait important... je t'embrasse !

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    4. Mr S elle l'aimait pour son travail minutieux , elle savait qu il avait un gros savoir avec toutes. ces années , mais il était le plus vieux , alors il se sentait différent , et la spécialité qu il avait n aidait pas à une travail d'équipe , il était isolé de par son caractère mais aussi de par son rôle
      La chef était superbe et joviale et se comportait plus en amie qu en chef
      elle appréciait Mr S.......moi aussi c était un homme trés agréable malgré sa discrétion

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  2. Il y a des principes comme ça. Ma mère disait" Ce n'est pas à moi de l'appeler, je suis la plus âgée !"

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    1. Le souci avec certains principes c'est qu'on avance pas !, et se défaire de ce qu'on nous a martelé durant l'enfance c'est un truc épuisant !,Lol 😅 je fais plein d'efforts mais je sais que c'est pas suffisant ! Merci d'être passé chez moi !

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  3. Ton billet m'a fait faire un retour dans le passé. Ma maison familiale était ouverte aux autres, et enfants, nous pouvions aller de même chez nos voisins. Il faut dire qu'au départ il n'y avait que deux maisons dans notre lieu un peu éloigné des autres maisons. Mon père ramenait régulièrement des copains à manger à des heures tardives. Et ma mère faisait...sans en avoir forcément envie.
    Je ne sais pas de qui j'ai hérité, mais je ne sonne jamais chez quelqu'un à qui je n'ai pas demandé si je pouvais passer. Je n'aime pas être dérangée quand ce n'est pas le moment et je fais de même pour les autres.
    Chacun ses habitudes et il n'y a pas de jugement à porter. Toutes les attitudes ont leurs limites. Mon époux serait tenté d'aller sonner chez notre fille quand il est de passage...Je crois que j'ai fini par le convaincre d'y aller que quand nous sommes invités. Je pense que tout cela préserve en quelque sorte l'espace de chacun et évite d'être ressenti comme importun.
    Nous nous retrouvons en famille ou avec des amis quand cela est programmé. Cela permet à chacun de se sentir au mieux pour recevoir ceux qu'ils aiment.
    "La peur de déranger" voilà un point commun chère chaourcinette. Et c'est peut être une qualité quand cela finit pas par un enfermement.
    La période du covid nous a fait sentir à quel point vivre sans les autres, ce n'est pas vivre.
    Belles fêtes de Pâques !!! Bises !

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    1. Ouï nous avons donc un point commun et le même mari!😅 Le mien ne sait pas partir !Il s'installe et ne se rend pas compte de la gêne que cela peut apporter... j'ai bien vécu la période du COVID je suis un peu casanière et rien n'a changé dans ma façon de vivre ! Sauf que le virus m'a sauté dessus lors d'un examen en clinique et que j'ai dégusté une semaine entière sous perfusion car déshydratée ! Je te souhaite une belle journée Pascale !,Bises

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  4. Pas mal de points communs avec toi... Il me reste toujours "cette peur de déranger" qui me paralyse souvent... Pas facile d'oublier son enfance!

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  5. L'enfance est très difficile à oublier !ce qu'on a appris reste coincé au fin fond du cœur et de la tête ce qui fait qu'on traine toujours son passé avec soi... Mais on fait avec... pas trop le choix !, bises Marie

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  6. les fameuses règles des soit disant savoir vivre !
    elles sont devenues obsolètes maintenant et il m'arrive d'en regretter certaines dans notre société qui part à vau l'eau ...
    l'amitié est la plus précieuse et on sait ou sent très bien intuitivement ce que l'autre ressent !
    bises de Pâques un peu tardives .

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    1. Oui certaines sont devenues obsolètes mais comme tu le dis dans notre société où tout fout le camp il y en a certaines qu'il serait bien de remettre en service.. L'amitié est très importante et j'ai quelques amies avec qui je suis suffisamment à l'aise pour ne pas me sentir mal à l'aise... je t'embrasse fort et joyeuses Pâques aussi pour toi !

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  7. CARTON D'INVITATION
    Madame Chaourcinette est invitée officiellement chez Madame Passion au jour et à l'l'heure qui lui conviendront ! la porte sera grande ouverte , comme ses mains et son cœur . Pas la peine d'apporter des fleurs, le jardin en est plein....
    Mettre un couvert de plus pour une amie est toujours une joie
    Bisous

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    1. Je le sais bien ma louloute et je suis venue avec beaucoup de plaisir déguster une bouillabaisse et admirer ton magnifique jardin.... ET ça sera avec plaisir que je viendrai faire connaissance avec ta nouvelle maison 🏠🏡....
      Je connais ta générosité et ta gentillesse et j'espère qu'on aura le plaisir de se revoir !, Je t'embrasse très très fort !

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