lundi 26 mai 2025

Harcèlement 1

 Fiction.......

Elle se réveilla comme tous les matins avec la peur au ventre...cette peur dont elle ne pouvait pas parler, une peur cachée sous différents masques qu'elle se composait au fur et à mesure que la journée passait.....

Elle avait fait une entrée au collège le sourire aux lèvres, un peu craintive car elle passait dans la cour des grands, mais elle se réjouissait à l'avance de toutes les nouvelles copines qu'elle allait se faire...

Ses parents avaient déménagé à la fin de son CM2 et elle se retrouvait dans une ville où tout était à découvrir ! Elle avait dû, le cœur gros, faire ses adieux à ses amies du primaire, des amies qui avaient été en même temps qu'elle à la maternelle et qui avaient comme elle appris à lire et à écrire sous l'œil bienveillant d'une maîtresse à l'écoute....

La ville où son père avait trouvé un nouvel emploi, restait une inconnue pour elle.....Ses parents rencontraient de grosses difficultés financières et ils avaient été obligés de partir rapidement de l'appartement confortable qui était le leur....
Elle avait pleuré le jour de l'emménagement dans le nouvel endroit choisi par ses parents...Son frère aîné, du haut de ses 15 ans, avait piqué une crise monumentale..."je refuse d'habiter ce taudis hurlait il"...et elle, elle  s'était cachée dans le placard de l'entrée, se bouchant les oreilles pour ne plus entendre les cris....
Depuis, il faisait la tête..n'adressant plus la parole à personne, restant la journée entière sur ses jeux vidéos, les écouteurs sur les oreilles....Elle avait essayé de lui parler, de se rassurer, mais il avait hurlé sur elle tellement fort qu'elle s'était une fois de plus carapatée dans le placard sous l'escalier....

L'ambiance était électrique à la maison...Notre père rentrait le soir épuisé de sa journée..Il avait dû prendre un emploi qui ne correspondait pas du tout à celui qu'il faisait auparavant...Il avait exercé le métier de comptable dans une petite entreprise qui avait fait faillite...22 ans de travail derrière un bureau..là, pris à la gorge par les dettes qui s'étaient accumulées il avait pris un boulot sur un chantier...Il y faisait tout et n'importe quoi...maçon, électricien, posait du carrelage au besoin..ponçait les murs....on pouvait lire chaque soir sur son visage la fatigue, la douleur et le découragement...J'avais peur quand il rentrait...peur de ses yeux sans vie, de ses mains crevassées, de ses cheveux blanchis de plâtre...

Il passait sous la douche et reprenait un semblant de normalité...je pouvais alors m'approcher, lui caresser la main, lui montrer juste en le regardant que je comprenais sa détresse...Il souriait alors, parlait de choses et d'autres, donnant un coup de main à ma mère en cuisine...Nous passions à table, mon frère indifférent et moi qui babillait pour occuper l'espace... les repas étaient simples, chaque sou était dépensé avec parcimonie, et pourtant ma mère faisait des prouesses pour qu'on ne se rende compte de rien...

Lorsque je fus inscrite au collège et mon frère au lycée, nous avions vite compris que cette année il n'y aurait pas d'achats de fournitures scolaires...Nous allions devoir nous servir de ce que nous avions déjà...Pas de nouveaux sacs, la liste que mon frère avait du lycée ne permettait pas de folies...Il voulait un agenda à la mode, mais qui coûtait deux fois plus cher que ce qui était prévu...Il batailla ferme pour l'avoir , menaça de ne rien faire au lycée, menaça de sécher les cours si ma mère n'accédait pas à ses demandes....Elle dut, la mort dans l'âme céder à ses demandes...quand je vis ses yeux plein de larmes j'ai eu envie de le cogner ce frère indifférent...ce frère capricieux qui ne voyait rien des difficultés que nos parents traversaient...J'ai serré très fort sa main, et je lui ai dit que mon vieux sac  ferait très bien l'affaire...elle a souri et j'ai senti son soulagement...

J'ai donc fait ma rentrée au collège sans affaires neuves...ni fringues neuves..ni chaussures neuves...c'était pourtant le rituel avant ! je me souviens du plaisir qu'on ressentait à chaque rentrée scolaire ,  ma mère et moi, on dévalisait les magasins, rien n'était trop beau....mais ça, c'était avant....avant la perte d'emploi.....
Lorsque je suis arrivée dans la cour, je ne connaissais personne..Ma mère m'avait accompagnée jusqu'à la grille, et m'avait lâchée dans un endroit inconnu...Plein de rires, de cris, de jeunes ravis de se retrouver....et moi, j'étais seule...je me suis mise à l'écart, près d'un petit muret attendant que sonne l'heure de la rentrée..

Le collège avait  un fonctionnement complètement différent de l'école primaire...chaque heure, tu devais  te rendre dans une nouvelle classe, chaque heure tu devais  faire face à un nouveau prof ...et j'avais déjà l'angoisse au ventre à l'idée de me perdre dans ces multiples couloirs..

Premier cours avec la prof principale...Français, histoire , géo...On allait la voir assez souvent et dès son arrivée j'ai senti que ça n'allait pas être simple...grande , blonde, fermée, elle nous toisa d'entrée et nous interpella d'une voix froide...Assis ! Prenez une feuille de papier, inscrivez vos noms prénoms date de naissance, profession du père et de la mère....

Je m'étais installée au fond de la classe à une table restée libre et je sortis ma trousse et mes feuilles de copie...En levant la tête je vis toutes les autres élèves en faire autant....Je pense que j'ai été la seule à avoir une  vieille trousse, constellée de cœurs, de noms de mes chanteurs favoris,  constellée de taches d'encre...ma bonne vieille trousse quoi ! que je traînais depuis des années parce que je l'aimais bien, parce que mes copines l'avaient signée et qu'elle m'était précieuse....Malheureusement pas aux yeux des autres..

Nom, prénom, date de naissance...ça allait ! profession du père? je savais pas ce que mon père faisait..Il travaillait dans le bâtiment, mais est ce que c'était un métier? et ma mère ne travaillait pas...que devais je inscrire ? mère au foyer ?
Alors j'ai été au plus simple...J'ai mis comptable et secrétaire....c'était pas complètement un mensonge puisque c'était  ce que faisaient mes parents dans notre vie d'avant....

La première heure ne fut pas aussi catastrophique que je l'aurais cru...Pour pouvoir nous évaluer elle nous fit faire une dictée et une dissertation....La deuxième heure, c'était les corrections de ce que nous venions de faire...
J'étais assez bonne en français et ça m'avais  paru assez simple...Seulement, le niveau de la classe n'était pas très élevé, et lors de ces corrections les moqueries de la prof rendirent les élèves furieux...Elle lisait à voix haute les dissertations, soulignant les fautes, appuyant fort sur les points faibles, disant qu'elle allait avoir une année difficile avec des élèves aussi peu évolués...

Je me racrapotais dans mon coin, crevant de trouille dans l'attente du jugement..et quand ma feuille arriva entre ses mains j'ai compris immédiatement que j'allais payer au centuple le fait d'être bonne en français....
Elle lu sans commentaire ce que j'avais écrit....et puis, elle commença à me féliciter à dire à quel point j'étais brillante et que chacun devrait prendre exemple sur moi....qu'enfin, elle avait une élève digne des cours qu'elle allait nous prodiguer....

J'étais écarlate, je sentais les regards envieux des autres..j'entendis des réflexions mauvaises sur ma tenue, sur mon sac, ma trousse.....J'essayais de sourire, mais c'était plutôt une grimace que je faisais...
Lorsque les deux heures furent passées, il y eu un temps de pause, avant de rejoindre la nouvelle salle de classe...Je pris bien soin de sortir la dernière, pour ne pas avoir à subir les moqueries ...à peine arrivée dans la cour, j'ai compris que le primaire ne nous avait  pas appris à nous débrouiller au milieu des loups...car c'est l'impression que j'ai eu...J'étais le pauvre petit lapin effrayé par les phares, faisant face à une meute qui n'avait qu'une envie : m'écharper vivante...

Les brimades commencèrent dès le premier jour d'école....Au début ce furent des moqueries ...Je ne répondais pas, baissais la tête et m'approchais au plus près des adultes présents sur les lieux...Un jour, trois filles me coincèrent dans les toilettes, elles me cognèrent la tête sur le carrelage des murs, faisant voler mes affaires, les piétinant...Je récupérais gomme et crayons dans l'eau douteuse des WC...je ravalais mes larmes car j'avais remarqué que mes pleurs les excitaient encore plus......
J'ai dû apprendre à feinter, à ruser; à me réfugier dans les toilettes au moment de rentrer le soir....en sortit 20 minutes plus tard, à raser les murs sans me  faire remarquer ...

Je ne mangeais pas à la cantine le midi, Dieu merci ! j'y ai mangé une seule fois, et elles ont déversé du sel dans tous mes plats....renversé l'eau de leur verre sur la chaise où je m'asseyais...j'ai dû supplier ma mère de me faire un sandwich pour le midi...sandwich que je mangeais enfermée dans les toilettes , me faisant toute petite afin "qu'elles" ne me trouvent pas...

Un jour, après qu'elles aient découpé au cutter la capuche de mon manteau, j'ai pris mon courage à deux mains et je suis allée parler à un surveillant... Je lui ai expliqué ce que je subissais depuis la rentrée, et sa seule réponse fut un sourire goguenard ! apprend à grandir m'a t'il répondu ! ça forge le caractère ce genre de bêtises, ça apprend à vivre !

Je suis repartie la rage au ventre, bien plus en colère contre lui que contre mes tortionnaires...je ne pouvais pas en parler à la maison, ma mère avait assez de soucis comme ça...Elle s'inquiétait pourtant, chaque jour elle me demandait si tout se passait bien...Je la rassurais en riant....quand inviteras tu des copines à la maison me suggérait elle? je ne répondais pas, éludais le sujet....

Mes notes commençaient à s'en ressentir, en français je m'attirais les foudres de la prof qui me disait à quel point elle était déçue par mon minable travail...Je ne tenais pas à en rajouter, car  bien travailler était synonyme de raclée à la sortie..
Lorsque mon premier bulletin de notes arriva , j'ai su en voyant la tête catastrophée de ma mère qu'il allait falloir que je m'explique..mon père, était assis au bout de la table, un verre de vin à portée de main, l'œil pas clair...il commentait mes notes d'un air désespéré.. Mais que se passe t il ? pourquoi cette moyenne minable?  L'année dernière tu étais première dans toutes les matières, cette année tu nous fait honte !

Je pleurais doucement dans mon coin, ne sachant quoi dire... mon crétin de frère prit ma défense en les accusant froidement ! c'est de votre faute si ses notes sont minables, on vit dans un endroit minable, tu fais un boulot minable, on a perdu nos repères depuis le déménagement et vous vous en foutez de nous ! Il quitta la pièce en donnant un coup de pied dans une chaise et on resta là, à se regarder, hagards....

Je regagnais ma chambre, promettant de faire mieux...il allait falloir doser dorénavant ! se débrouiller pour avoir la moyenne sans se faire trop tabasser...
La sixième passa....la cinquième arriva ! j'avais grandi.... 10 cm de plus que l'année d'avant....Plusieurs de mes bourreaux avaient redoublé, j'en avais découvert  d'autres qui avaient essayé de me faire passer pour un punching ball. 
Je me laissais moins faire, je m'étais endurcie...D'autres nouvelles gamines étaient harcelées..Je me tenais loin des querelles et des coups...La vie m'avait donné quelques  bonnes leçons que je n'étais pas prête d'oublier...

Je n'avais pas essayé de me faire d' amis, j'étais un peu marginale et ne me reconnaissais dans aucun des groupes qui gravitaient autour de moi...


Il y avait une gamine, Marie,  qui était en sixième  et qui subissait les mêmes sévices que j'avais encaissé..Mais elle était bien plus combative que moi, et elle n'hésitait pas à répondre , à se plaindre à la direction...Elle avait 4 frères  un peu plus âgés et elle avait dû se battre pour se faire une place dans la famille..On sentait la hargne qui l'habitait..Je ne pouvais m'empêcher de l'admirer , elle était  tellement forte, bien plus que moi, elle rendait tous  les coups ,  et plus elle se battait,  plus elle attisait leur méchanceté ...ils étaient  4 redoublants , c'était les 4 qui m'avaient pourri la vie durant toute l'année...2 garçons , 2 filles issus des quartiers chauds de la ville..
 
Allez! une p'tite toile !! la suite demain !! Inge Shuster
 

 
 

6 commentaires:

  1. oh ! une ambiance de guérilla qui me fait peur...
    les temps sont durs et les monstres en gestations pullulent

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    1. Ça pullule en effet.. Tous les jours un fait divers nous martelle les difficultés que nos jeunes subissent... Les jeunes qui se suicident faute d'être entendus... et pas de solutions aux problèmes...la suite demain ! Bisous

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  2. Non ce n'est pas qu'une fiction... Ces faits sont bien réels et existent depuis bien longtemps... mais on n'en parlait pas..."j'étais seule...je me suis mise à l'écart, près d'un petit muret attendant que sonne l'heure de la rentrée.." ça je l'ai vécu...dans les années 60...

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    1. C'est vrai qu'on n'en parle pas assez... et pourtant c'est pas les outils de communication qui manquent... c'est répété encore et encore et pourtant ça continue... quand je dis que c'est une fiction c'est parce que ça ne m'est pas arrivé.. c'est juste une histoire où je mêle certaines choses réelles et d'autres que j'ai vécues... je compatis à ce que tu as vécu dans les années 60... Bises

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