mercredi 19 novembre 2025

Conte de Noël..

 Un petit conte  fiction de Noël.....

Dans une petite maison au bout d’une rue tranquille, André alluma la première bougie de l’Avent. La flamme dansait doucement, comme si elle essayait de réchauffer un coin de son cœur un peu trop froid depuis quelque temps.

Noël approchait. Autrefois, la maison résonnait de rires, d’enfants courant partout, de papiers cadeaux froissés et de disputes joyeuses autour de la bûche. Maintenant… un silence tendre mais un peu triste avait pris la place.

Ses enfants, ses petits-enfants… disparus dans le silence, comme si le vent les avait emportés.

Ce soir-là, André s’assit près de sa fenêtre. Il regardait la neige tomber, déposant sur le monde une couverture blanche, propre, comme une promesse. Il était seul.. Il y a 6 mois il avait avait perdu Marie sa femme, qui avait été à ses côtés durant 52 ans.. personne n'était venu, il avait dû tout régler lui-même.. 

Le cœur gros il s'était rendu compte que même la mort n'avait pas ramené les enfants.. jusqu'au bout Marie avait attendu, elle était hospitalisée à la maison et chaque jour elle lui demandait de feuilleter les albums photos... Elle voulait partir avec leurs visages dans le cœur...

Et lui , jusqu'au bout espéra leur venue...de la voir sursauter au moindre bruit, à chaque sonnette, et ne pas pouvoir la rassurer lui crevait le cœur.. Elle était toute petite au fond de son lit, la plupart du temps en position fœtale, et ses yeux s'allumaient dès qu'elle entendait une sonnerie... 

Elle était partie sans un bruit alors qu'il venait de s'endormir dans son fauteuil... Il tenait sa main et c'est le froid de sa main qui le réveilla .... Elle avait le visage apaisée et tendre.... Il pleura tout doucement, seul...

Il resta hébété plusieurs jours, les voisins lui apportaient de la soupe chaude, des lasagnes... Il remerciait, un peu absent.. 

Heureusement Marie avait tout réglé pour la cérémonie.. ça s'est passé très vite, les pompes funèbres ont fait tout ce qui devait être fait.. Lui n'était pas capable de gérer quoique ce soit...

L'urne était là, sur la cheminée... il allait la faire sceller sur la tombe de ses parents... Pour l'instant, il ne pouvait pas encore s'en séparer...

Les fêtes de fin d'année arrivaient et il n'avait pas envie d'y penser...

Malgré tout, il alluma une guirlande, puis une autre. « On ne sait jamais », pensa-t-il. Peut-être que quelque part, une lumière attire toujours un cœur en errance.

Il sortit une vieille boîte en carton. À l’intérieur : des dessins d’enfants, des photos froissées, une boule de Noël faite de papier aluminium. Il sourit malgré lui.

— Vous êtes là, murmura-t-il. Même si vous êtes loin.

Ce soir-là, il écrivit une petite carte, sans savoir s’il l’enverrait un jour :

« Je suis là. La porte reste ouverte. Je vous aime, sans condition. »

Puis il glissa la carte dans un tiroir et referma doucement.

Pas par résignation — mais par résilience.

La résilience, André l’avait comprise avec l’âge : ce n’est pas oublier. Ce n’est pas cesser d’aimer. C’est continuer d’allumer des lumières, même quand personne ne semble regarder.

Dehors, la neige arrêtait enfin sa danse. Dans la fenêtre de la petite maison, une flamme brillait encore. Les jours passèrent, l’un après l’autre, comme des flocons qui se posent en silence. Dans la petite maison, André continuait d’allumer chaque soir sa bougie de l’Avent.

Une habitude devenue un rituel, un rituel devenu une prière.

Il ne s’attendait plus à rien — pas vraiment. Mais l’espérance, elle, résistait toujours, tapie quelque part au fond de lui, discrète comme un chat qui dort près d’un radiateur.

La solitude pesait lourd, comme une écharpe trop serrée autour de son cou. Alors pour se donner un but, il avait décidé de préparer un petit repas festif. Rien d’extravagant : une volaille rôtie juste pour lui, quelques pommes de terre, et le dessert préféré de sa femme, qu’il s’obstinait à réussir chaque année même si ce n’était jamais aussi bon que lorsqu’elle le faisait.

Il dressa la table avec soin. Une assiette, un verre, une serviette pliée droit.

Il pensa : « Comme avant… presque. »

Le soir de Noël, comme le silence lui paraissait encore plus vaste, il alluma la dernière bougie.

La flamme vacilla un instant, puis se stabilisa, nette, chaude, presque vivante.

André la contempla longuement, avec cette tendresse qui lui restait encore, intacte malgré tout.

C’est là, dans cette lumière dorée, que son cœur fatigué décida soudain de s’arrêter.

Il eut juste le temps de s’asseoir, une main posée sur la table, comme s’il touchait encore la présence invisible de sa femme, avant que la douleur ne s’efface.

Quand les pompiers le trouvèrent, il semblait presque sourire.

La bougie brûlait toujours, droite, fidèle, comme si elle lui tenait la main pour la dernière étape du chemin.

On raconte que cette nuit-là, un voisin vit un bref éclat de lumière traverser la fenêtre, semblable à deux silhouettes qui se retrouvent et se reconnaissent.

Peut-être était-ce simplement l’ombre d’une flamme.

Ou peut-être que, quelque part, André n’était plus seul du tout.

Et quelque part, très loin, une petite fille  pensa soudain à son grand-père, sans savoir pourquoi, comme si une petite bougie s’était allumée en elle aussi..

Allez une p'tite photo !



16 commentaires:

  1. C'est très beau, très émouvant !
    Comment peuvent-ils ces enfants ?
    Je t'ai répondu sur les articles que je n'avais pas lus, quelle excellente conteuse tu fais...
    Mon amie je t'embrasse fort

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    1. Merci Marine ! Les enfants peuvent tout tu le sais bien ! J'espère que tu vas bien? je t'embrasse !

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  2. Un conte si émouvant que sans m'en rendre compte les larmes sont venues toute seules!... Il y a tant de solitude autour de nous... tant d'enfants qui oublient la tendresse et l'amour pour leurs parents... je pense à toi, et merci pour tous tes messages...

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    1. Rhooo désolée pour les larmes... mais il valait mieux qu'il rejoigne sa Marie, il n'aurait pas pu supporter la solitude.. de plus en plus d'enfants oublient d'où ils sont venus, oublient qu'un jour eux aussi passeront par là.. je leur souhaite une fin de vie bien remplie... Merci à toi de me lire avec autant d'indulgence !!!

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  3. Ce n'est pas un récit triste parce qu'André a eu une belle vie bien remplie avec Marie son épouse, ses enfants et ses petits-enfants, puis elle s'est comme évaporée, mais il en gardait le souvenir, sans aigreur et était tout de même entouré par l'attention de ses voisins. Il ne s'est pas recroquevillé sur lui-même, il s'est créé des petits rituels, et a attendu la veille de Noël pour s'en aller...
    André me fait penser à mon ex - voisine (à présent en EPAHD) qui dit que sa fille ne sait pas aimer... Alors elle la comprend, elle lui trouve des excuses. Et elle n'est pas malheureuse

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    1. Il y en a beaucoup qui ne savent pas aimer !! Et c'est bien qu'elle lui trouve des excuses car sinon elle souffrirait trop.. oui André a eu une belle vie, il attendait sans doute que sa femme meurt en paix après avoir revu ses petits... mais il a entretenu la flamme jusqu'au bout... lui montrant des photos, pour qu'elle parte en paix... Lui savait je pense qu'il ne resterait pas..ce n'est pas la solitude qui lui faisait peur c'est l'indifférence des enfants, la tendresse de Marie qui lui manque...on peut mourir d'un coeur brisé.... je t'embrasse !

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  4. Je me demande si la photo est de toi, la cheminée "de ville" me fait penser à la notre en grés des Vosges que j'ai récupérée dans la loge du jardin de ma grand-mère avec l'accord de mon père. Il y a un miroir aussi et des décorations de Noël que je laisse toute l'année
    Bises, Chaùourcinette !

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    1. Ouï c'est chez moi... je ne fais plus de sapin mais je mets des p'tites lumières partout.. ça met de la gaieté... et ce miroir je le traîne depuis une cinquantaine d'années !! Il a été peint de plein de couleurs... bleu marine... noir... blanc...
      Je n'allume pas de bougies comme André, mais j'allume des p'tites lumières..qui sait ? Un jour ça attirera autre chose que des papillons 🦋🦋🦋 je t'embrasse fort

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  5. ce matin c'était les obsèques d'une ancienne voisine...ses 2 filles et ses 5 petits enfants étaient là comme un bloc serré tous ensembles une cérémonie très émouvante écoutant l'hymne à l'espérance chantée à l'entrée par Marie Keyrouz, Ila Mata Ya Sayyidu et à la sortie encore Marie Keyrouz, Ya Sayyida Hayati.

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    1. Quel bel hommage ! Ce bloc familial uni dans la peine de la perte... tu m'as donné envie de réécouter Marie Keyrouz.... je vais tout de suite l'écouter sur youtube... merci Josette 😘😘😘

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  6. Ps facile la solitude, surtout au moment des fêtes quand tout le monde s'amuse! Une histoire bien émouvante !

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    1. Oui pas simple ! Va quand même falloir que j'écrive quelque chose de plus gai!! Mais je trouvais que le laisser dans la solitude était plus difficile à supporter que de mourir... bonne soirée !

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  7. Ton conte est bouleversant.
    Je l'ai déjà lu hier soir et il m'a laissé sans mot à te dire.

    Le champ lexical de la lumière est très important dans ta petite histoire si dense : lumière, bougie, flamme, éclat...

    Que le temps de l'Avent à venir t'offre l'occasion de trouver cette Lumière au fond de toi :
    Lumière qui apaise, qui réconforte, qui enveloppe de cette tendresse dont nous manquons tous certains jours ;
    mais qu'un mot d'amitié, qu'un sourire, qu'un rire, qu'une aide offerte ou reçue savent nous redonner et nous faire revivre plus sereinement.

    Je t'embrasse, Chaourcinette, de tout mon coeur.

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    1. Oui la lumière est importante dans ce conte... On peut penser qu'il est triste et qu'il manque d'espérance mais pour moi c'est une période où il y a trop de personnes dans notre société de consommation qui souffrent de solitude, et ce couple soudé plein d'amour, continue à croire à la lumière..
      Pas grave si la lumière n'atteint pas son objectif, elle réchauffe le cœur d'André et il garde l'espoir... Son vieux cœur est brisé et il lâche pour rejoindre celle qui l'a accompagné durant ces longues années...
      J'essaie d'être sereine car rien n'est figé... Aujourd'hui j'ai passé une après midi chaleureuse avec une bande d'amis adorables.. l'amie chez qui on était a perdu son mari il y a deux mois et j'ai beaucoup appris sur la résilience.. elle a le cœur brisé mais tellement d'amour et d'amitié à donner... nous sommes tous repartis plus forts... je t'embrasse Fifi 😘😘 et merci d'être là..

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