William Henry Margetson (1861_1940)
La jeune fille du tableau s’appelait peut-être Lucile. Ou Marie. Ou Violette...
Elle portait une robe légère semée de fleurs bleu pâle, si transparente à certains endroits qu’on voyait ses jolies courbes sans le vouloir... elle le savait et elle en jouait... À côté d’elle, sur un petit guéridon capricieux aux pieds torsadés, un bouquet de pensées ...Petites oreilles indiscrètes et colorées. Les pensées écoutent tout. C’est bien connu.
Derrière elle, un miroir au cadre bleu renvoyait une image légèrement différente. Dans le reflet, son sourire semblait moins sage. Plus dangereux. Comme si le miroir connaissait ses véritables intentions.
Et ses intentions n’étaient pas du tout celles qu’on imaginait.
Elle avait les mains croisées devant elle non par modestie, mais parce qu’elle cachait un petit billet plié en quatre. . Un rendez vous coquin après la longue séance de pose...
Le vase immense rempli de monnaie du pape brillait près derrière elle. Ses fleurs translucides ressemblaient à des pièces anciennes. Lucile les adorait parce qu’elles avaient l’air riches sans valoir un sou.
Les femmes âgées voyaient en elle « une enfant délicate ». Les hommes y voyaient « un ange ».
Elle se considérait surtout comme une catastrophe élégante.
Car Violette collectionnait les fiançailles ratées avec une grande application. Trois en deux ans. Le premier fiancé était parti avec une comptable. Le second avait découvert qu’elle lisait ses lettres avant lui. Quant au troisième… il avait eu le tort de lui dire :« Une épouse doit être calme. »
Elle avait éclaté de rire si fort qu’un canari était mort de frayeur dans la pièce voisine.
Depuis, elle posait pour des peintres. Cela lui permettait de sourire pendant des heures sans avoir à écouter qui que ce soit.
Le peintre, lui, était tombé amoureux dès le deuxième jour. Évidemment. Ils tombent tous amoureux des filles qui regardent ailleurs.
« Ne bougez plus », disait-il.
Mais Violette bougeait intérieurement sans arrêt.
Elle imaginait des scandales délicieux.. Danser pieds nus sur une table. Boire du champagne jusqu'à l'ivresse....Le plus drôle était ce sourire.
Ce petit sourire malicieux que les visiteurs prenaient pour de la douceur.
Alors qu’il signifiait simplement :
"Vous n’avez aucune idée de ce que je viens de faire avant d’entrer dans cette pièce."

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