Depuis deux mois l'homme souffre...oui! je sais, je le dis souvent, mais en général c'est souvent en dépression qu'il est ...Mais cette fois, c'est physique...
Il traîne la patte et malgré cela continue à faire ses 10 kms à pieds dans la nature ou en ville...Il consulte un médecin barjot, qui est capable de faire attendre ses patients 6 heures d'affilée dans sa salle d'attente !! La première fois qu'il y est allé, il avait rendez vous à 14h...Il est est passé à 19h...La salle d'attente est pleine et chacun connait les problèmes d'attente de ce toubib, mais il est tellement génial, que les gens campent et étalent leurs maux à qui veut bien les entendre...
Parler entre eux est déjà un début de soins parait il !! Passé à 19h sorti à 21h , l'homme a pu s'étaler et se faire engueuler copieusement par un vieux géant débonnaire noir qui remet toujours en perspectives les "futiles" problèmes de l'homme et la misère en Afrique....
Il y va chaque semaine se faire engueuler....et il arrive même que lorsqu'il se pointe, la porte est fermée...."monsieur" n'a pas envie de consulter...Et quand l'homme dépité l'appelle au téléphone, il ne lui répond pas......
et là, l'angoisse monte chez lui...ouiiiiiiii, il m'abandonne....et comment je vais vivre et nanananannanann....
Donc il lui file 50 tubes de préparation homéopathique et il a l'impression d'aller mieux...Quand il s'est agit du dos, ça a été une autre histoire !! J'ai dû lui crier dessus pour qu'il lui demande de passer un scanner....
Là, deux vertèbre écrasées, le canal rachidien bouché qui coince le nerf sciatique... Faut passer à l'opération ! Deux mois qu'il traîne en essayant toutes les autres possibilités : acupuncture, ostéopathe, composition de liquides miracles par son médecin gourou.....
Il y a 2 semaines j'ai dû l'emmener aux urgences...La jambe gauche enflée et paralysée...Mon médecin traitant lui a fait un papier pour les urgences car lui , ne pouvait rien faire....
Il souffre tellement qu'en deux mois il a perdu 6 kgs....Il était mince, mais actuellement il est d'une maigreur effrayante....La douleur lui bouffe ses réserves...
Il tergiverse encore pour l'opération...ouiiiiiiii untel m'a dit que son beau-frère c'était pire après, ouiiiiiiiiii Françoise m'a dit qu'avec une infiltration pas besoin d'opération.....ouiiiiiiiiii....
Merde !! Fais ce que tu veux et ne viens pas te plaindre !
Il a donc fait son infiltration......aucun soulagement ! le canal est tellement rétréci que le liquide ne pénètre pas....
Donc, rendez vous avec le chirurgien...qui lui a dit, plus vous attendez et pire ce sera...rendez vous donc à la clinique pour le 8 juin....
Suis pas sure qu'il ira...S'il voit son médecin "doudou", il est bien capable de changer d'avis !
Il a quand même été rassuré quand le chirurgien lui a dit qu'il pourrait continuer à marcher...mais pas de voiture.....!
ça va être coton pour moi qui suis coincée aussi ! Première décision de prise: Prendre une femme de ménage ! et pour les courses ce sera Drive que les gamins iront récupérer....Après on vivra au ralenti.....comme des vieux que nous sommes devenus !
Fait pas bon vieillir hein !! lol
jeudi 24 mai 2018
dimanche 20 mai 2018
Amnésie.....
Ceci est une fiction...
Lorsqu'elle ouvrit les yeux un éclair douloureux déchira sa
tête de part en part.....Elle les referma très vite tout en ayant remarqué
qu'il y avait de nombreuses personnes dans la pièce où elle se trouvait.....
Un peu fébrile, elle essaya de faire remonter les souvenirs à
sa mémoire...que faisait elle là, dans ce lit blanc...dans cette pièce pleine
de gens qui semblaient affligés, quelle était cette douleur infâme qui lui
torturait le cerveau...elle tenta de soulever ses paupières mais elles étaient
de plomb et elle se laissa dériver au loin, dans cet univers où la douleur
était absente....
Elle remonta à la surface et à nouveau la douleur fut là...ça
chuchotait tout près d'elle...
-Je ne peux plus supporter de la voir ainsi...Il faut faire
quelque chose...je suis sure qu'elle n'aurait pas voulu continuer à vivre
ainsi...Elle l'a toujours dit; "pas d'acharnement thérapeutique"....pourquoi
continuer à la maintenir comme un légume...elle n'aurait pas aimé....
Elle comprend les mots, elle sent la douleur des mots mais
n'est pas capable de se les approprier....de qui parle t on tout bas se demande
t elle? y a t'il quelqu'un d'autre qui souffre dans la même pièce ?
Elle voudrait pouvoir regarder, elle voudrait compatir elle
aussi avec ce compagnon de misère dont on parle, mais elle est épuisée ...ça
s'agite autour d'elle, une voix domine les autres, une voix qui fait grincer
les chaises, une voix qui fait fuir...et le silence revient, cotonneux...tous
les soirs cette voix lui enlève la douleur et la plonge dans un sommeil sans rêve...
Elle émerge silencieusement, entrouvre ses paupières et voit
le jour entre les lamelles du store...C'est calme, apaisant, la douleur n'est
pas encore là....Elle entends des voix résonner dans le couloir, ça rit,
s'interpelle dans un joyeux charivari ...un chariot passe en grinçant....la porte s'ouvre
et se referme...Encore une nouvelle qui ne sait pas qu'elle n'a plus besoin de
nourriture terrestre....
Et puis, elle entend frapper; trois petits coups...c'est
ainsi presque tous les matins, elle ne sait pas qui frappe mais elle sait que
des mains douces et fortes vont la manipuler pour la toilette....Elle s'appelle
Lola cette petite magicienne qui continue à toquer à sa porte...Les autres lui
disent : "mais pourquoi tu frappes? elle ne t'entend pas et peut encore
moins te répondre..."
ça ne fait rien chantonne t elle, s'il lui reste un tout
petit peu de conscience, je veux qu'elle sache que je respecte son espace, et que
je suis tout près d'elle...
Les autres se moquent, mais Lola n'en fait qu'à sa tête...Elle
lui parle de tout, de rien, du film qu'elle a vu à la télé hier soir, de sa
petite fille qui dessine partout sur les
murs, de son chat qui court toute les nuits après les chattes du quartier...Il
est couillon ce chat dit elle en riant, il ne s'est même pas rendu compte qu'il
était castré, il continue à aller conter fleurette à toute la gente féline qui rode dans les jardins la nuit....Il
rentre au matin épuisé, mange ses croquettes gloutonnement et se couche bien
heureux sur sa couverture doudou.....
Ce joyeux babillement , elle ne se lasse pas de l'entendre,
et lorsque Lola est en congé, elle déprime pour la journée...Celle qui la
remplace a les mains dures, efficaces et ne dit pas un mot . c'est expédié en
10 minutes et ça lui laisse un sentiment de manque....
Des voix masculines la réveille...Elle sait que ce sont des
médecins car ils emploient plein de mots savants qu'elle ne comprend pas....Ils
parlent de la suggestion faite hier par un parent...Ils parlent fort car
certains ne sont pas d'accord....Il faudra quand même prendre une décision, il
n'y a guère d'espoir qu'elle revienne à la vie...et puis, quand bien même elle ouvrirait les yeux son
cerveau est endommagé, sera t elle encore une personne? est ce bon d'infliger
cette épreuve aux gens qui l'aiment.....Je vais poser la question en comité et
si la famille est toujours d'accord, nous la laisserons partir .....à quoi bon
s'acharner ?
Elle fait des efforts inouïs pour ouvrir les yeux, elle
essaie tellement fort que la douleur la submerge et l'emporte...
Elle sent une présence près d'elle....quelqu'un lui murmure
des choses à l'oreille...Il est question d'enfants, de chien, de jardin, d'un
banc qu'il a gravé à leurs initiales et qui l'attend...ouvre les yeux mon
amour, ne me laisse pas...je t'en prie, je suis si seul sans toi...Ils veulent
te laisser partir et je n'ai pas voix au chapitre, ils refusent de
m'écouter...Je suis ton amour, mais nous n'avons jamais voulu officialiser, ils
ne m'ont jamais accepté mais je ne veux
pas te perdre...Je suis près de toi lorsqu'ils ne sont pas là, ils me refusent
l'entrée de ta chambre, ils disent que je ne suis rien...que la famille c'est
eux et qu'ils ne veulent plus me voir rôder dans cet hôpital...Mais je vais
mourir si je ne te vois pas...C'est Lola qui me laisse te parler tous les jours
où elle travaille, je t'en supplie, réveille toi...ouvre les yeux, serre mes
doigts....
.
Elle aimerait répondre à ses sollicitations mais elle ne sait
pas qui il est....Elle aime ces murmures tout contre son oreille, elle aime sa
voix chaleureuse et ses mains chaudes...mais elle ne le connait pas....
Puis c'est le silence....Elle essaie d'analyser les bruits du
couloir....Elle comprend ce qui se passe mais n'a aucun souvenir personnel....
Ses journées sont toutes les mêmes, mais depuis deux jours
elle remarque que la douleur la submerge moins....est ce pour ça qu'elle a pu
ouvrir les yeux? serait elle en train de revenir à la vie?
La porte s'ouvre sur plusieurs personnes.....ça chuchote,
marmonne, ça ne parle jamais tout haut..comme si elle était déjà morte...et
c'est toujours le même sujet qui revient...doit on oui ou non la laisser partir
?
ça commence à faire long dit une voix de femme, vous êtes les
parents c'est vous qui devez prendre la décision...On ne peut pas continuer à
venir chaque jour et la voir dans cet état...Et les enfants qui posent des
questions sur leur mère, je leur dis quoi moi ?? Je suis fatiguée de leur
mentir ! ils veulent venir la voir, et je n'ai plus d'excuses à leur donner
pour les en empêcher.....et la petite qui veut voir le gars avec qui elle vivait
? je lui dis quoi moi, à cette petite ? C'est facile pour vous, mais c'est
quand même moi qui gère les gosses ! Et je le vois ce grand dadais qui rode
autour de la maison dans l'espoir de voir les petits..Il faut faire quelque
chose, car moi je déclare forfait ! j'ai vu une assistante sociale cette
semaine, et elle est prête à les placer en famille d'accueil....
elle entend des gens qui reniflent....oui, tu as raison, il
faut arrêter tout cela...Je vais en parler au médecin chef, ils n'ont pas l'air
d'être contre cette proposition de la débrancher...Ils m'ont même demandé si on
était d'accord pour donner ses organes.....Mais je t'en supplie, garde encore les enfants le
temps que ça se fasse, il sera temps ensuite de prendre une décision...Nous
sommes trop âgés, nous ne pouvons pas nous en occuper...Il y a de bonnes
familles d'accueil si tu ne veux pas continuer à t'en occuper.....J'ai eu les
gens de l'assurance ce matin, nous allons toucher un bon pactole tu sais ! Le gars
qui lui a refusé la priorité est en prison , il était saoul et
drogué...heureusement, il était assuré ! Ce sera un gros chèque de 820 000
euros ! et ils devront s'acquitter des frais occasionnés par son coma ..6 mois
à l'hôpital, ils vont le sentir passer !
Comme nous sommes les tuteurs des enfants, c'est nous qui
géreront cet argent et je t'ai promis de t'en faire profiter , alors soit
patiente !
Le ton s'est apaisé, ils ont enfin pris une décision ......
Elle vient d'apprendre qu'elle a des enfants....Combien ??
ils n'ont rien dit, n'ont jamais prononcé leurs prénoms....filles ???
garçons?? Ils veulent les placer en
famille d'accueil, elle comprend les termes, elle sait ce que c'est mais
n'arrive toujours pas à ressentir d'émotions...
Elle ne sait plus à quel moment elle a plongé dans le
sommeil....
Le lendemain elle sait que c'est Lola...son cœur se réjouit à
l'avance...trois petits coups.....et le silence....et puis une petite voix
chagrine:" ils veulent vous débrancher, ils veulent vous laisser
partir...je suis triste à cette idée et si vous m'entendez il faut vite faire
un signe.....Je sais que vous m'entendez, alors bougez vous; ne les laissez pas
faire ! commencez par ouvrir les yeux, ça retardera le protocole....."
Elle ne peut pas ouvrir les yeux, et c'est pas faute
d'essayer...Chaque fois qu'elle force elle plonge dans le néant.....Ne soit pas triste petite
Lola, à quoi bon continuer à vivre comme un légume? Ce qui m'ennuie c'est que
je vais mourir sans souvenirs, sans rien savoir de ma vie....
Elle sent un souffle chaud sur sa joue, Lola lui fait
tendrement ses adieux.....
Et puis, plus tard, la voix à son oreille lui murmure des
mots d'amour....Ses joues sont mouillées des larmes de la voix...."Je sais
qu'ils vont te retirer tout cet attirail qui te permet de respirer....Je suis
tellement en colère contre eux qui te laissent partir sans éprouver le moindre
remord....Je voudrais t'enlever afin qu'ils ne puissent pas agir...Je t'aime
tellement, et les enfants me manquent...Marc ce petit bonhomme de 10 ans avec
ses taches de rousseur sur le nez, Nina petite princesse adorable avec ses
boucles rousses....Je n'en peux plus de ne plus les voir....Je sais que je leur
manque, on n'efface pas trois années de vie commune comme ça...d'un coup! ces
petits sont devenus les miens, ils m'aiment et je les aime aussi....mon bel
amour, ma précieuse endormie , j'aurais tellement aimé te rencontrer plus
tôt.....
Le bruit de la porte le fait sursauter....elle entend la voix
de Lola qui le presse de sortir...Elle sent sa bouche sur son front et il
disparait.....
Marc et Nina....elle a deux enfants...Pourquoi son cerveau
refuse de lui donner des informations...on est donc capable d'oublier ses
enfants ? Elle se sent impuissante, démunie....
Tout à coup, elle sent du monde dans la chambre....ce n'est
pourtant pas l'heure des visites...à moins qu'elle n'ait dormi profondément ?
Elle entend des paroles de réconfort..."Tout va bien se
passer, tu vas partir rejoindre ta grand mère ...Tu n'aurais pas aimé vivre
ainsi, nous avons donc décidé qu'il était temps que tu te reposes.....au revoir
ma chérie, veille sur nous et sur tes petits..."
Et elle sent qu'on triture l'appareil qui est sur sa
bouche...on retire d'un coup sec ce qui la relie à la machine et elle entend
une voix d'homme dire : "ça peut être rapide, mais ça peut durer aussi
quelques heures...L'appareil respiratoire l'aidait à respirer mais il se peut
qu'elle puisse quand même respirer d'elle même ...Ne vous inquiétez pas, elle
ne souffre pas, nous avons fait le nécessaire...Elle va s'éteindre doucement
...."
Elle sombre dans le noir.....quand elle est de nouveau
consciente, elle sent que la pièce est vide...Elle est seule....ce n'est pas le
matin, il fait noir, elle ne sent pas la caresse du soleil....trois petits
coups à la porte...Lola ? elle a perdu le sens du temps.....
"c'est moi, Lola, j'ai pris le service de nuit pour être
près de vous....Je sens votre respiration à présent, ce n'est plus le bruit de
la machine.....je vois enfin votre visage au complet....vous êtes très jolie
vous savez ! je suis contente que vous soyez encore avec nous, ça étonne tout
le service, les médecins en perdent leur latin mais vous êtes toujours là !! ça
fait 8 h à présent, et votre respiration est là, fidèle au poste.....y'a des
grincheux qui marmonnent...Je devrais pas vous dire ça mais votre famille c'est
pas la crème des familles hein ! Ils se sont tirés dès que vous avez été
débranchée..." je ne peux pas supporter de la voir mourir qu'elle a dit la
grande bringue ! oui, c'est pas gentil de parler de votre sœur comme ça, mais
elle en tient une couche hein !! l'autre jour , à la machine à café, elle
parlait avec son homme de ce qu'ils allaient faire de l'argent qu'ils allaient
toucher de l'assurance....On la sentait jubiler la grincheuse ! Deux billets
pour Las Végas.....elle rêvait déjà sur les machines à sous ! et je ne veux pas
vous faire de la peine, mais ils ont décidé de placer Marc et Nina ....Ils
veulent vivre leur vie ! Ils n'ont jamais voulu d'enfants à eux, ce n'est pas pour se charger d'enfants qui ne
sont pas les leurs....
Quant à vos parents, Ils ont déjà été visiter une maison en Charente.....Pour
se remettre de toute cette fatigue qu'a causée votre hospitalisation !! pignoufs
va!
euh...Pardon ! je ne devrais pas dire ça....je voudrais
tellement vous dire de jolies choses, comme celles que vous susurre à l'oreille
votre amoureux....Lui, c'est un amour ! Il vous aime tellement, qu'il campe
pratiquement à l'hôpital dans l'espoir de vous entrevoir...Il est désespéré à
la pensée de votre départ, désespéré de ne plus voir vos enfants....
J'ai passé 6 mois à côté de vous, vous faites partie de ma
vie, et je ne voulais pas vous laisser partir seule....alors je vais prendre
votre main, et nous allons faire un bout de chemin ensemble.....
Elle sent le soleil....La nuit est passée et Lola est partie....à
moins que ça ne soit qu'un rêve? Lola est elle restée avec elle?
En tout cas, ce sont les mains dures et sèches qui viennent
faire sa toilette...Pas encore partie toi? lui murmure t elle?
Elle voudrait bien lui répondre, mais sa bouche reste
muette.....
Visite des grands pontes....Elle sent le froid du stéthoscope,
elle entend leur voix étonnées , et une voix dit : "vous arrêtez les
antalgiques ...arrêtez les perfusions...ça ne sert plus à rien, ce n'est plus
une personne que nous avons là, c'est
juste l'enveloppe d'un corps....." et si on lui faisait un scanner dit un
autre ? à quoi bon dit la voix autoritaire! Des examens pour
rien.....Attendons....C'est une question d'heures ! qu'on me prévienne quand ce
sera la fin.....
La journée se passe avec les bruits habituels.....La douleur
est devenue présente, plus forte, plus d'antalgiques, son corps se rebelle....elle
s'échappe dans le sommeil ou dans autre chose;..la mort peut être?
La veilleuse de nuit qui entre la réveille....elle a les
lèvres gercées...elle sent de la fraicheur sur sa bouche, bénie soit elle
d'avoir compris sa détresse....Elle a soif et ce gant imbibé d'eau fraîche lui
fait un bien fou.....
Le matin est là, la mort prend son temps la garce !
ça chantonne dans la chambre et une odeur de pins des Landes
envahit la pièce....Elle reconnait la personne tout de suite! C'est Rosa, qui a
un accent à couper au couteau qui passe le balai partout...Elle est gaie Rosa,
toujours de bonne humeur, parfois elle lui parle dans une langue qu'elle ne
comprend pas...C'est une langue chantante, douce qui l'apaise....là, elle
fredonne ce qui ressemble à un fado, lancinant, elle a toujours l'impression
que les poils de ses bras se dressent en l'écoutant chanter....
Rosa s'arrête et elle
voudrait lui dire de continuer....Elle voudrait mourir avec dans la tête ce
chant mélancolique et fort....
Quelqu'un pousse un cri...et la porte s'ouvre...Rosa hurle
des mots dans sa langue natale...des mots qui font courir des gens...des gens
qui se pressent dans sa chambre....et Rosa, haletante dit: "elle a bougé
sa main......" Mais non, tu as rêvé Rosa! regarde, elle ne bouge pas.....
Elle entend la voix de Lola tout près de sa tête...Je le
savais que vous entendiez ! je le savais ! bougez encore, je suis sure que vous
pouvez le faire ! tu faisais quoi Rosa quand elle a bougé ???
Mais je sais pas, je chantonnais un fado, qui parlait de ma tristesse
de la voir partir si jeune !!
Chante, Rosa! Chante !
et la voix de Rosa s'éleva, hésitante au début, puis plus prenante et le cri de
Lola retentit "regardez ! elle bouge sa main......"
Le service est en ébullition; le grand ponte fait une entrée
fracassante et éberlué il voit cette main qui bouge.....oh, elle ne fait pas
des grands gestes, non ! elle bouge doucement.....Il s'approche du lit,
l'ausculte et ordonne rapidement des examens...Bilan sanguin, scanner......
Il se penche sur elle et elle ouvre les yeux....Elle a réussi
à ouvrir les yeux sans que la douleur ne la terrasse....
Vous m'entendez ? si vous m'entendez pressez ma main.....et
elle presse sa main ...Tout le monde exulte ! Lola pleure, Rosa est devenue
l'héroïne du jour, celle qui a réveillé la belle au bois dormant....
Toute la matinée elle va subir une batterie d'examens qui ne
feront que confirmer son retour à la vie...un traitement plus approprié lui est
administré, on la nourrie à nouveau avec des perfusions...et c'est avec un
plaisir sans nom qu'elle suit des yeux toutes les personnes qui traversent son
champs de vision...
L'après midi, la famille est de retour...décontenancée la
famille...Elle sait tellement de choses sur eux, des choses peu ragoûtantes que
tout le temps qu'ils sont là elle garde les yeux fermés....elle entend sa sœur
demander si ce n'est pas une erreur, est elle vraiment revenue à la vie ??
Ils parlent à présent comme si elle ne pouvait pas les
entendre....."tu crois qu'on pourra toucher quand même le chèque? car
telle qu'on la voit tu seras sa tutrice maman, elle n'est pas capable de
prendre de décisions...Il faut que le médecin fasse un papier qui le
dise....Elle sera mise sous ta tutelle et tu pourras disposer de
l'argent....N'oublie pas la maison en Charente......"
C'est pathétique, elle n'en peut plus de les voir si cupides
à son chevet...Alors, elle ouvre les yeux et d'une voix croassante, d'une voix
qu'elle ne reconnaît pas elle crie "Sortez !!" elle a crié tellement
fort que Lola est arrivée....et elle fait sortir tout le monde sans
ménagement.....
Les larmes coulent sur son visage...Lola lui prend la main et
se réjouit d'avoir entendu sa voix....Reposez vous à présent, on va les
empêcher d'entrer...
Lola....sa voix n'est pas sure, mais elle a pu dire son
prénom....Je ne veux plus les voir dit elle faiblement.....Je ne sais pas
encore grand chose sur moi, mais je ne veux pas de ces gens dans ma
vie....Lola, je veux voir cette personne qui venait me parler chaque matin....
"vous voulez parler de Guillaume? mais je vais le
chercher de suite! il campe pratiquement devant l'hôpital ! dit elle en
riant...
Quand la porte s'est ouverte,
elle a sincèrement cru qu'elle le reconnaîtrait....Il est venu vers
elle, a pris sa main, à posé sa bouche sur son front et elle a eut l'impression
qu'elle était en sécurité....
Elle a pressé sa main, et de sa drôle de voix lui a dit
"je ne sais encore rien de ma vie avec vous, uniquement ce que vous avez
murmuré à mon oreille, mais je sais que je suis apaisée lorsque vous êtes là
....Il faut que mes enfants sortent de cette famille où ils ne sont pas bien
accueillis....Je ne sais pas comment je dois faire pour les avoir , peut être voir un avocat, un
juge...enfin je ne sais pas, ce que je sais c'est qu'ils ne doivent pas rester
une minute de plus avec ma famille....Je ne me souviens plus de ma vie, mais pour protéger mes enfants je suis prête à
tout....
Il y a bien une solution lui dit il...épouse moi et tes enfants seront les miens!
Mais, est ce que j'ai été mariée ? Le père des enfants peut
il me les retirer?
Rassure toi me dit il, lorsque je t'ai rencontrée il y a 4
ans, tu venais de perdre ton compagnon....Tu n'as jamais été mariée...Depuis 3
ans nous vivons ensemble dans ma grande maison ...
Il s'occupa de tout...Prit contact avec un avocat, régla avec lui tous les détails relatifs aux
enfants, au grand dam de sa famille !
Elle fit connaissance avec ses deux petits par un bel après
midi de septembre...Son cœur battait très fort, et quand elle les vit sur le
pas de la porte, timides, inquiets, elle ouvrit tout grands ses bras....Elle ne
les reconnaissait pas avec ses yeux mais son cœur les avait reconnus...
Elle allait de mieux en mieux, marchait chaque jour avec la
kiné car 6 mois d'inaction avait eu raison de ses muscles...Chaque jour
Guillaume lui rappelait sa vie d'avant, les enfants parlaient, parlaient,
l'incluaient dans les aventures et elle avait l'impression de se souvenir....Mais
c'était toujours le trou noir...Le médecin lui avait dit d'être patiente ,
c'était déjà un miracle que vous soyez revenue parmi nous !
Un jour, elle put sortir de l'hôpital et elle regagna la
maison où elle avait vécu durant 3 ans...Elle passa d'une pièce à l'autre,
sans le moindre souvenir...
La première nuit avec Guillaume fut pleine de tendresse et de
pudeur...Il ne voulait rien forcer, il l'aimait si fort qu'il savait qu'un jour
ce serait réciproque...
Ils décidèrent de se marier...Elle, la réfractaire au mariage,
se rendait compte avec frayeur qu'elle aurait pu perdre ses enfants ....
Lola et Rosa seraient ses demoiselles d'honneur ! elles
fréquentaient assidûment la maison, elle leur disait à quel point elles avaient
été précieuses pour elle durant ces 6 mois....Elle se souvenait de tout, riait
avec Lola de la grande bringue qui revenait si souvent dans la conversation...!
Rosa fredonnait ses fados, Guillaume la regardait avec amour et les enfants
s'accrochaient à ses jupes comme s'ils avaient peur de la perdre encore....
Elle avait rompu avec ses parents...pour une fois, elle
remerciait sa perte de mémoire !
Lorsqu'ils étaient venus à sa sortie d'hôpital , elle était passé à côté d'eux
sans les reconnaître...Ils s'étaient approché d'elle, lui avaient saisi la
main, lui avaient demandé pardon.....Elle les avait regardé avec étonnement, et
c'est Guillaume qui les avait nommés....Ils avaient essayé de lui soutirer de
l'argent sous prétexte qu'ils avaient payé pour la réservation de la maison en Charente
et ils espéraient un geste de sa part.....
La grande bringue avait dit sournoisement qu'elle méritait un
petit quelque chose pour s'être occupé de ses enfants durant 6 mois....
Heureusement, Guillaume était intervenu en disant que
l'assurance l'avait largement dédommagée !
Et à présent, je vous conseille de partir leur a t il dit,
nous n'avons plus rien à nous dire !
Elle s'accrocha au bras de Guillaume, reconnaissante de sa
force, de sa façon d'agir, ferme et sans concession, et ils tournèrent
définitivement le dos à la mesquinerie de ces gens....
Le mariage se fit en petit comité, quelques amis de
Guillaume, Lola....Rosa...
Et lorsqu'elle dit OUI en le regardant dans les yeux elle sut
qu'elle lui confiait sa vie passée, présente et future ! et qu'importe les
souvenirs, ils s'en fabriqueraient des tonnes à l'avenir, car ils en connaissaient le prix!
mardi 3 avril 2018
Lundi de Pâques......
Un beau Lundi de Pâques avec les enfants...Deuxième fils s'était mis aux fourneaux et tous les enfants sont partis à la chasse aux œufs dans le jardin...
Le temps était grisouille, mais doux et les deux papys - mamies se sont retrouvés avec plaisir autour de la table !! Une bien belle journée !
Le temps était grisouille, mais doux et les deux papys - mamies se sont retrouvés avec plaisir autour de la table !! Une bien belle journée !
dimanche 1 avril 2018
Joyeuses Pâques !
samedi 17 mars 2018
Maya malade........
Elle s'appelle Maya....diminutif "guéguette".....d'ailleurs elle ne répond à aucun de ses deux prénoms , rien que pour nous embêter....
l'homme la siffle, crie son nom à tous les vents mais elle ne rentre que si elle en a envie...
Finalement, on a vite compris que c'était elle qui commandait....elle est chez elle, et nous sommes ses colocataires....sauf que c'est moi qui ait la clé du placard à croquettes, alors de temps en temps j'ai droit à un frottement continu contre mes jambes et un p'tit ronron sympa.....je suis sure qu'elle a vite compris qu'avec moi, la bouffe serait de première classe ! et elle vient me chercher avec insistance, avec un léger miaulement, pour me faire comprendre qu'il est temps de la nourrir...elle ne fait pas ça avec l'homme !
Donc guéguette a fugué mercredi toute la journée......
elle est rentrée vers 21 h.....Inutile de la réprimander, elle lève la queue avec insolence et va se lover dans son fauteuil préféré sans explication d'aucune sorte !! c'est une ingrate cette petite !!
Le jeudi....elle dort...Pas de cavalcade, pas de jeux....Rien...
Je me dis qu'elle a dû sacrément faire la fête la veille pour dormir autant ! Elle grignote, boit un p'tit coup et retourne dormir......
Pas normal...Le vendredi matin, elle se met assise et nous regarde d'un air égaré, comme si elle avait pris une bonne cuite....L'homme la pose sur mon lit...et catastrophe, elle fait pipi dessus et se sauve sous le lit.....
Changement de couette.....Je suis inquiète , on appelle le vétérinaire qui nous donne rendez vous à 16h 30.....
Plus de 40° de fièvre...Il décide de la garder et de la perfuser pour la nuit....Un virus...Mais lequel ??
Elle est rentrée ce matin, en petite forme, avec un traitement d'anti-inflammatoires pour la semaine et si ça ne va pas.....on la ramène lundi....
Elle monte les escaliers comme une vieille mamie et elle est venue me chercher dans ma chambre en miaulant.....La faim, sans doute !
Elle a recommencé à me frôler en ronronnant et je lui ai découpé la moitié d'un steak qu'elle a mangé comme une vorace !! Deux jours de diète, ça creuse !!
Puis, dodo sur son fauteuil favori......
mardi 27 février 2018
La gnaque !!
Cette semaine, je me suis amusée à remonter les années avec mon blog.......J'ai commencé ce blog le 22/10/2010......et avant celui là, j'avais écris durant quelques années sur "psychologie" et "vive les rondes"....
En ce moment, je n'ai pas trop la gnaque pour écrire, ma grippe me fait sentir que je deviens vieille et que mon corps prend son temps pour récupérer des forces...
Depuis 15 jours je dors beaucoup durant la journée et c'est une chose nouvelle pour moi.....Je ne lutte pas, et je sens quand il est temps de poser ma tête sur l'oreiller et de me laisser aller dans les rêves ...
J'ai retrouvé dans mes archives un p'tit bijou de causticité et je ne savais pas à ce moment là c'était la dernière fois que je voyais cette vieille amie , décédée peu de temps après.....
En ce moment, je n'ai pas trop la gnaque pour écrire, ma grippe me fait sentir que je deviens vieille et que mon corps prend son temps pour récupérer des forces...
Depuis 15 jours je dors beaucoup durant la journée et c'est une chose nouvelle pour moi.....Je ne lutte pas, et je sens quand il est temps de poser ma tête sur l'oreiller et de me laisser aller dans les rêves ...
J'ai retrouvé dans mes archives un p'tit bijou de causticité et je ne savais pas à ce moment là c'était la dernière fois que je voyais cette vieille amie , décédée peu de temps après.....
La
"Marcelle"
On arrive donc chez la Marcelle 90
ans;..les bras chargés de fleurs et de gâteaux....à la pâtisserie, j'avais fait
le choix d'en prendre plusieurs...Un aux myrtilles et framboises, un éclair
café et une part de gâteau au fromage blanc.....
à peine arrivés...Elle, pliée en deux, se
levant difficilement de son fauteuil...." Mais.....mais.....c'est qui ????
Ah c'est vous! pas de sourire, l'oeil qui frise....La télé qui marche , mais
sans le son.......
ben oui! nous voilà, Marcelle! Comment allez
vous....
Elle : (énervée)...comment je
vais...comment je vais! t'as que des questions idiotes comme ça à me poser ????
Moi : (déconcertée) ben ....vous avez l'air
d'aller bien.....
Elle : c'est toi qui le dit hein ! vous les jeunes vous
savez rien de rien de la vieillesse.....
Moi : je sais Marcelle, c'est pas facile.....
Elle : mais tais toi donc....j'ai pas envie d'écouter des
conneries.....allez! on change de sujet....
Moi : les vases sont toujours dans le placard ???
Elle : Et où veux tu qu'ils soient ??? tu crois que j'ai
encore la force de changer les choses de place ??? Elle est vraiment bête celle
là.....
Moi (à l'homme) : Tiens, en voilà un....
Elle : Mais tu vois donc pas qu'il est trop petit ???
J'en prends un plus gros qui semble avoir
sa préférence..... 2 minutes pour mettre de l'eau, ranger les fleurs.....
Elle se rassoit, grogne, grommelle....
Moi : (souriante hein?!) Il fait drôlement beau
aujourd'hui...
Elle (menaçante !): Pourquoi ? les autres jours
il faisait mauvais ????
Moi : ben....il a beaucoup plu jusqu'à
présent.....
Elle : (secouant la tête et me regardant d'un air
apitoyé...) Il a pas plu du tout !
Moi: Mais si Marcelle...Vous n'avez pas vu aux informations......les
inondations....
Elle : Mais elle est folle celle là...! t'as vu jouer ça
où ??? Allez , allez! changeons de sujet , je veux pas entendre ce genre
de conneries....
Moi : (déballant les gâteaux) : Vous voulez lequel Marcelle ???
Elle : pourquoi ? ils sont différents ??? je comprends pas
qu'on n'achète pas le même gâteau....tiens! je veux pas choisir! et elle me
tourne le dos pour bien me montrer son désaccord.....
Moi : ben....je voulais qu'il y ait du choix.....
Elle : j'en veux pas...prenez les vôtres et je prendrai ce
qui reste....
Je lui mets sur l'assiette le gâteau aux
myrtilles.....et l'homme lui sert un thé....Vous voulez du sucre Marcelle
demande t il ???
Elle : Mais il est con celui là....t'en prends, toi, du
sucre ???
Lui : ben non....
Elle : ben moi j'en prends....je lui tends le sucrier et
elle reste là, à me regarder , l'oeil goguenard....
Moi : un sucre ?? et je lui glisse dans sa tasse....
Elle : y t'en faut du temps pour comprendre que j'ai
du mal avec mon bras....
Moi: ben....je ne savais pas....ça va? il est bon le
gâteau ??
Elle : ouais......
Grand silence...mon esprit travaille comme
une bête pour chercher un sujet de conversation.....
Moi : Vous avez fait raboter votre porte d'entrée
Marcelle...C'est bien, car la dernière fois qu'on est venus, on a eu du mal de
la pousser....(elle nous avait engueulé car nous n'arrivions pas à
l'ouvrir!!...)
Elle : quelle porte? t'as pas encore
compris qu'elle coulisse sur elle même???
Moi : Pas celle de la véranda....la porte d'entrée...
Elle : J'ai pas de véranda....
Moi : Mais si Marcelle...celle de la véranda coulisse, mais
l'autre, pour rentrer dans la maison , on n' arrivait pas à la pousser la
dernière fois.....
Elle : mais qu'est ce que tu me racontes comme connerie
,?? j'ai jamais eu de véranda et la porte marche bien....
Moi : (abandonnant)...ben;..j'ai dû me tromper
alors.....
Elle : J'ai fait venir quelqu'un pour la
raboter....
Moi : C'est bien ce que je disais !
Elle : tu disais quoi ??? elle a toujours bien fonctionné
ma porte.....c'est les gens qui sont cons qui n'ont pas compris qu'il ne fallait
pas pousser mais la faire coulisser....
Et là....J'ai abandonné......Lâchement !
je n'avais plus qu'une envie, c'était partir au plus vite....je presse la main
de l'homme pour lui faire comprendre, mais lui, lit tranquillement le
journal.....
j'insiste et je dis : "tu sais qu'on
doit aller acheter une moustiquaire ,??"
Elle : Une moustiquaire ? c'est quoi de ça ???
Moi : C'est fait pour empêcher les insectes de rentrer dans ma
chambre...
Elle : (levant les yeux au ciel ) Les p'tites bêtes
mangent pas les grosses....et pis, t'as vu des moustiques où ????
Moi : des moustiques, des mouches....dès qu'une fenêtre est
ouverte, ça rentre! vous n'avez pas de mouches Marcelle??
Elle : JAMAIS...J'ai jamais eu de mouches ni de moustiques
dans la maison....
Moi : ben...vous avez de la chance...
Elle: Mais quelle connerie ! quelle connerie! t'as rien de
mieux à me raconter ??? allez! changeons de sujet!
ça a duré deux heures et demi......Pas une
seconde nous n'avons eu un sourire, une approbation, une gentille parole...Ce
ne fut que récriminations, colère et disputes.....
Maints sujets sur sa fille, sa petite
fille furent abordés.... Rien ....
Je crois qu'elle a débranché de la
vie....et nous sommes partis un peu éberlués.....et puis, nous avons ri !
Nous avons répété ce dialogue de sourds que je viens de vous écrire, en
rigolant comme des malades.....
Je savais qu'elle vieillirait comme une
"vieille tatie Danielle"....Je le savais !!!
dimanche 4 février 2018
La soupe.....
La soupe.........
Ce matin , sur le net
je suis tombée en arrêt devant une recette de cuisine ...
Alors, je copie la recette avant de vous raconter les souvenirs qu'elle a fait monter en moi......
SOUPE PAYSANNE CORSE
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 150 minutes
Ingrédients (6 Portions) :
- 4 tomates
-1 saucisse à cuire
-1 saucisse à cuire
- 100 g de pâte tagliatelle ou macaroni
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette :
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux.
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.
- 6 petites pommes de terre
- 200 g de haricots verts
- 200 haricots sec (rouge ou rosé) ou des frais en saison
- 4 petites courgettes
- 3 carottes
- 2 poireaux
- 1/2 chou vert
- 1 gros oignon
- 3 gousses d'ail
- 10 feuilles de basilic
- 1 brin de marjolaine
- huile d'olive
- sel et poivre
Préparation de la recette :
Faire tremper la veille les haricots secs (si haricots frais, les joindre directement dans le faitout avec les autres légumes)
Eplucher et couper tous les légumes ainsi que l'oignon en petits morceaux.
Faire revenir tous les légumes avec les haricots égouttés dans de l'huile d'olive, saler modérément poivrer et recouvrir d'eau froide.
Ajouter la saucisse à cuire et faire mijoter à feu moyen pendant 2 H 15 - ajouter les pâtes et finir la cuisson.
Incorporer le basilic et l'ail hachés, une bonne cuillère à soupe d'huile d'olive, laisser reposer quelques minutes avec de servir.
Cette soupe était la soupe détestée, haïe de mon enfance ....hormis la saucisse à
cuire tout se trouvait dans l'immense jardin
derrière la maison....
Nous étions 7 à table, 5 filles et les
parents....Ce n'était pas l'argent qui nous étouffait, mais cette satanée soupe
qui revenait chaque soir comme un cauchemar...Pour moi, c'était un calvaire,
rien que de voir l'énorme gamelle au milieu de la table je sentais la nausée me
monter...
Nous étions pauvres, mais riches en légumes de
toutes sortes....je me souviens, mon père arrivait à faire pousser n'importe
quel légume, et pourtant, nous habitions les Vosges et le temps n'était pas
spécialement clément....en été, tomates, courgettes, aubergines , poivrons,
piments....au printemps, les radis, la salade, les petits pois...haricots,
carottes, pomme de terre, betteraves, navets.....J'en passe et des meilleurs !
Il complétait par la cueillette des champignons,
des pissenlits dans les labours ,de la rapine dans les vergers...Mirabelles,
prunes, pommes, poires...et à la saison des fruits des bois, nous partions tous
en file indienne dans les bois du père Marin ramasser les fraises des bois, les
framboises, les mûres que ma mère transformait en confitures et en sirops ...
On
n'a jamais eu faim, mais fallait le gagner son pain !! L'hiver, mon père
prenait quelques coupes de charbonnette, et on allait l'aider à empiler les
bouts de bois dans une espèce de remorque attachée à sa mobylette....il faisait
un grand feu , plaçait des pommes de terre dans la braise et ça faisait notre
repas du midi avec un bout de saucisse à cuire qu'il faisait griller dans le
feu.....ça c'était du bonheur ! je n'ai plus jamais retrouvé le goût ni l'odeur
de ces saucisses.....
Il nous laissait empiler , le temps de repartir à la maison où il
stockait dans la cabane à lapins les
morceaux de bois récoltés....puis il venait nous rejoindre et on ré- empilait
dans la remorque....J'avais des vieilles chaussettes en guise de gants, un
bonnet qui me cachait les yeux, et des godasses trouées car elles avait déjà
servi à 3 de mes sœurs avant d'atterrir à mes pieds....ça faisait floc-floc
quand je marchais, et si je ne bougeais pas mes pieds s'engourdissaient
rapidement....
Ce chemin pour aller dans les bois du Père
Marin, longeait d'immenses prés où paissaient des moutons...Des fils en
barbelés les empêchaient de s'échapper....Lorsque nous avions besoin d'un
nouveau matelas, nous avions une autre corvée, c'était d'aller décrocher la
laine que les moutons laissaient sur les fils barbelés...à sept, ça nous prenait 3 jours pour en venir à
bout...Nous rentrions le soirs, les mains égratignés, le corps gelé car nous ne
pouvions pas bouger pour nous réchauffer...à genoux dans l"herbe humide et
parfois glacée, on tirait la laine , on la démêlait et la mettions dans un sac
qui pendait à notre taille...On vidait notre sac dans la bâche que notre père
avait mis dans la remorque et on recommençait.....Ma mère nous emballait
les genoux dans des sacs plastiques pour
éviter d'être trempés....
Moi, je pleurais....la morve et mes larmes
gelaient sur mon visage et ma mère sortait en grondant un grand mouchoir à
carreaux pour m'essuyer le visage...."Mimi, disait elle (Mon père
s'appelait Emile)...tu penses pas qu'on devrait rentrer? les gosses ont
froid.....Quand il commencera à faire nuit disait il ! heureusement, la nuit
tombait vers 17 h....
3 jours d'affilé on se tapait ce calvaire !
parfois plus si on avait pas assez de laine pour faire un matelas ....
Après c'était le travail de ma mère et des deux
grandes...On rentrait, on se déshabillait, ma mère nous faisait couler un bain
chaud , et on allait s'agglutiner contre le poêle et la cuisinière de la
cuisine....
La laine trempait dans la baignoire, mon père
démontait une porte qu'il posait dessus , et mes sœurs lavaient, tiraient,
essoraient et étendaient à plat sur la porte....Elles la brassaient pour
chasser l'humidité...
Le poêle du couloir, qui donnait sur la salle de bain
était chargé à fond et une odeur bizarre envahissait petit à petit
l'appartement...une odeur de laine feutrée, une odeur forte et
désagréable.....Quand toute l'humidité était sortie, la laine était stockée
dans le hangar .....
Les matelas, se faisaient l'été...Le père
Cadici était le seul capable de vous faire un matelas en une journée....Dès que
le soleil commençait à chauffer, une immense bâche était déployée sur la terrasse
et les ballots de laine grisâtre arrivaient.....là, tout le monte s'y
mettait...On devait prendre une boule de laine et l' étirer pour en faire
quelque chose de fin et soyeux...on devait trier et enlever les bouts d'herbes, de mousse, de brindilles qui
étaient restées emmêlées dedans....
On mettait la radio pour se donner du coeur à
l'ouvrage.....Quand la récolte des 3 jours était enfin triée, ma mère
l'étendait au soleil....ça pouvait rester une semaine, et allez savoir
pourquoi, un jour ma mère disait que c'était bon, on pouvait appeler le père
Cadici....
Choix du tissu rayé gris et
blanc....Négociations âpres sur le prix demandé ...et il se mettait au
boulot....Il avait de grandes aiguilles courbées, des droites, du gros fil....Allez,
filez les gosses, laissez moi bosser.....
Et le soir, on avait un matelas....pour un lit
d'une personne, et on voulait toutes que ce soit notre lit qui
l'accueille...J'ai jamais eu de matelas neuf...mais ça ne m'a pas empêché de
dormir !!
Tout ça pour parler de cette soupe horrible que
notre père nous faisait chaque soir !!!!
La gamelle au milieu de la table, je sentais
monter les larmes...j'étais pourtant la préférée de mon père, mais je
n'échappais pas au deux énormes louches qu'il versait dans nos
assiettes....alors arrivait le "triage"....Je commençais par manger les
pâtes....ensuite, les pommes de terre, et puis les carottes....Naturellement,
arrivée à ce stade, ma soupe était froide...J'avais horreur du chou, des
haricots, des poireaux, de l'oignon.....Je lançais des regards désespérés à ma
mère mais ça ne changeait rien.....Alors, je mettais un morceau de chou dans ma
bouche et aussitôt je sentais l'envie de vomir approcher.....Le bruit de renvoi
que je faisais faisait hurler mes sœurs ! Oui, y'en a marre, elle va nous faire
vomir.....
et moi, j'étais désespérée....Tout le monde
quittait la table, sauf moi...."tu resteras là toute la nuit s'il le faut
disait mon père ..."
Mes sœurs et ma mère s'installaient sur la
table de la terrasse afin de rouler les tickets de foire , qu'il fallait livrer le lendemain
...chaque jour ce travail nous rapportait 4 ou 5 francs, ce qui nous permettait
d'acheter le lait les œufs et le pain ..Parfois du jambon si on avait roulé
suffisamment...
Mon père ne roulait pas, et comme il était
maçon la journée, il allait souvent se coucher tôt...Pas de télévision à
l'époque !!
Alors, dès qu'il était couché, ma mère venait
en douce, vider mon assiette dans les toilettes afin qu'il ne se rende compte
de rien.....Allez, viens rouler me disait elle ! Mes sœurs râlaient, que
c'était injuste, qu'elles le diraient au père, mais ma mère ne s'en laissait
pas compter...La première qui ouvre la bouche , elle aura affaire à moi....ça
grommelait, mais ça se taisait...
Encore que maintenant avec le recul, je reste
persuadée que mon père savait très bien ce qui se passait après son départ au
lit.....
à présent, c'est devenu ma soupe
préférée.....et cette soupe régale mes enfants lorsque je la prépare ! Mais eux
n'ont pas eu à la subir tous les soirs de l'année !!!!
mercredi 31 janvier 2018
Réminiscences......
Le réveil sonne à grand
bruit ! vite la main dessus pour ne pas réveiller toute la maison qui dort
encore....Il est 3h 20, et c'est pas une heure pour les gens honnêtes de se
lever...et pourtant, il faut y aller..
Il y a des matins, je pleurerais, là, assise sur le bord du
lit...mais pas le temps de s'attendrir, j'ai 30 minutes pour me
préparer...L'été, ça va encore, on entend les oiseaux chanter, et on sait très
tôt le temps qu'il va faire...
l'hiver , c'est l'angoisse...Il fait noir, il fait froid !
marcher dans la maison
sur la pointe des pieds durant une demie heure devient de plus en plus
épuisant...Passage obligé à la salle de bain...J'allume ma première cigarette,
et les gestes s'enchainent sans aucune réflexion de ma part..La machine est
bien rôdée, je suis une femme d'habitudes....je fais les mêmes gestes tous les
matins, inlassablement, et comme il est tôt, personne ne vient troubler mon
rituel....maquillage, assise sur la
cuvette des wc, j'allonge mes cils tout en tirant sur ma cigarette ..La fumée
monte et s'infiltre dans la petite bouche d'aération qui monte vers l'étage...
je sais que l'homme sera réveillé par l'odeur désagréable de la fumée....je le
sais, mais je le fais quand même....Parce qu'il m'énerve avec ses grandes
affiches qu'ils a épinglé sur tous les murs de la maison..."
FUMER...TUE"....m'en fout.....J'allume ma deuxième cigarette au mégot de
la première et je file boire mon café....Un coup d'œil dans les chambres des
garçons qui dorment et je sors dans la nuit froide pour aller prendre mon bus
qui passe à 4h10.....7 minutes de trajet à pied.....
Je vole des roses jaunes sur la palissade d'un immense jardin
que je longe....Ces fleurs vont ravir mes yeux durant mes 8h de travail à la
chaîne....
Le bus arrive..Il en est à son 3ème arrêt et il y a déjà 5
personnes dans le bus...On se salue de la tête, certaines continuent leur
nuit...C'est silencieux le matin, tout le monde est renfrogné...Je me racrapote
sur mon siège et j'allume ma 3 ème cigarette...nous avons 17 kms à faire avant
d'arriver à l'usine...Je ne compte plus souvent en kms, je préfère compter en
cigarettes....
Du réveil à l'usine j'ai déjà salopé mes poumons avec 5
cigarettes ...Le bus freine et s'arrête...4 personnes montent, pas de paroles
échangées, on dirait qu'on nous emmène à l'abattoir....
Sainte Hélène.....arrêt plus long..Il y en a toujours une en
retard..Tous les jours, on attend quelques minutes, afin que Mme trucmuche fasse son apparition...Elle est vieille, la
soixantaine parait il, mais elle en fait dix de plus...cassée en deux par sa
double journée...elle trait les vaches avant de partir et lorsqu'elle monte une
odeur tenace de fumier s'impose à nos narines...Personne ne moufte ! à quoi bon
...Elle sent mauvais, on le sait, elle le sait, mais y'a pas le choix...Faut
bien qu'elle vive...Elle ne voit plus trop clair, pas de quoi s'acheter des
lunettes, n'entend plus très bien, mais chaque matin elle est là, fidèle au
poste...même malade à crever, elle vient ...
Quand on arrive à l'usine, c'est le pointage..On lui sort sa
carte et on la lui pointe, c'est comme ça depuis toujours...on pense qu'elle ne
sait pas lire ni écrire, mais on n'en parle jamais...à quoi bon....On s'en est
rendu compte le jour où elle a été embauchée....elle est restée devant le
tableau rempli de cartes avec un oeil hébété, en prenant une au hasard, la
reposant...puis une autre.....et puis, elle a dit "je n'ai pas mes
lunettes...." et on lui a demandé son nom...et depuis, on la pointe chaque
jour...Il arrive même qu'on la pointe alors qu'elle est en congé...
Puis on se masse toutes au milieu de l'atelier, attendant le
chef....celui qui va décider de notre sort pour la journée...Il place tout de
suite la plus âgée....vous allez faire de l'avance de coupelles Mme
trucmuche...pas compliqué...Une vis, un ressort sur la vis et une coupelle pour
terminer...elle est chargée de ravitailler toutes les chaines qui feront ce
type de rétroviseurs ....Elle cherche sa chaise des yeux, car comme on
fonctionne à 2 équipes, une du matin et une du soir, il arrive que nos chaises
se trimballent dans l'atelier...C'est d'ailleurs la première chose qu'on fait
en arrivant...Vous dire que c'est précieux une chaise n'est pas assez
fort....c'est l'outil qui va faire que votre journée sera confortable ou
pas...parfois, des ouvriers des autres ateliers viennent les piquer ...Tant qu'on n'a pas retrouvé notre
bien, celui qui est à la bonne hauteur, qui a presque pris la forme de nos
fesses à force d'y être assis, on n'entame pas la journée...C'est con, mais les
premières paroles qu'on entend le matin, c'est à propos des ordures qui ont
piqué notre chaise...
Ensuite, selon l'humeur du chef, on est placé les unes après
les autres sur une commande bien spécifique...La première assemble des tiges
qu'elle balance sur la chaîne qui avance, la seconde assemble la tige sur le
boitier, la troisième assemble les glaces sur des joncs brûlants qui sortent
d'un four qui souffle une chaleur d'enfer, et la dernière emballe le
rétro.....1200 rétros...1200 fois je prends le rétro sur le tapis, je claque
une glace dessus, l'essuie avec un chiffon alcoolisé, remet le rétro sur le
tapis, prends le nouveau rétro qui arrive.....1200 fois.....
Faut pas trop penser hein? Sinon, personne ne serait là...Si
on se mettait à réfléchir on retournerait toutes se coucher....
Un matin, on en a ramassé une de plus sur le chemin...Une
nouvelle, qui a encore l'oeil brillant et qui sourit en montant dans le
bus...Comme personne ne répond à ses avances, elle s'installe toute seule dans
le fond...je vais vous dire, quand on fait ce genre de boulot, on perd vite
toute humanité...Moi, le premier jour, je suis montée toute fraîche et
souriante, j'ai dit "bonjour" gaiement, mais j'ai pas eu de
réponse....Mes premiers pas dans le vestiaire situé dans un sous sol m'ont
refroidie d'office , j'ai quitté mon
manteau et suivi le troupeau...j'ai pointé, comme tout le monde et suis restée
à l'écart ...
Mon premier jour je m'en souviendrai toute ma vie....je suis
sortie avec les mains remplies d'ampoules, brûlée par les joncs des glaces car
personne ne m'a filé de gants afin que ce soit plus confortable...deux fois 7
minutes pour aller aux toilettes, et ne jamais partir sans être remplacée...et c'est
jamais quand on en a envie, c'est quand "EUX" en avaient
envie....J'ai vite appris à ne plus boire trop de café ou d'eau...
et puis il a fallu choisir: les toilettes ou la
cigarette....J'ai choisi la cigarette, il suffisait de bien prendre ses
précautions avant...
à 8h30...Casse croûte..Tout le monde en file indienne descend
à la cantine...1/2 heure de repos...pipi, un café, un sandwich, 3
cigarettes.....
ça bourdonne partout,
ça rit, ça parle, ça crie....ça se réveille quoi !! à 9h, on se dit :
"encore 4 heures à tirer..." C'est les plus longues, celles qui se
traînent , celles où votre haut du dos commence à brûler, celles qui vous font
dire chaque jour: "demain, je n'y vais pas...." car oui, à la fin,
personne ne vous oblige à aller travailler dans cet atelier de merde....L'homme
sera bien content de me voir rentrer à la maison la tête basse.....
13h....on quitte l'atelier sur un dernier pointage, on monte
dans le bus et deux cigarettes plus loin, me voilà revenue à la maison.....
Dringggggg ! 3h20....il faut y retourner.....Car non ! pas
question d'abandonner....
15 ans j'y ai passé !! 15 ans ! si ce n'est pas de la folie,
ça y ressemble fortement !
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