Trois ans.
Trois années à traverser la France ...Ville après ville. Atelier après atelier. Des mains différentes, des exigences nouvelles, des regards qui ne pardonnaient pas l’à-peu-près. Chez les Compagnons, on ne triche pas avec le geste.
Dans chaque ville une carte postale pour Marcel.. quelques mots pour ne pas oublier.. Marcel n'avait pas le téléphone, seules les cartes envoyées à sens unique restaient le lien..
Il a appris la précision...Tracer. Ajuster. Écouter le bois.Toujours écouter le bois.
Ses mains sont devenues sûres. Calmes. Là où autrefois il y avait la peur, il y avait maintenant la maîtrise
Et dans les ateliers, on a commencé à le remarquer. Pas seulement pour son travail. Mais pour ce qu’il mettait dedans.
Ils ne disaient pas “talent” trop vite. Chez eux, les mots avaient du poids. Mais ils voyaient cette manière qu'il avait de comprendre la matière sans la brusquer.
Les projets ont grandi avec lui.
Les chantiers sont devenus plus exigeants.
Et puis un jour, un nom est arrivé. Un chantier à part. Presque sacré.
Reconstruire. Redonner vie. Travailler pour quelque chose de plus grand que soi.
Notre-Dame de Paris.
Quand il a posé le pied sur le chantier, il a levé les yeux.
Les pierres, les échafaudages, toute une histoire suspendue entre ciel et terre.
Et lui, là, au milieu. Cet enfant qui fuyait sous l’orage était devenu un homme qui bâtit.
On est venu le filmer. Des caméras. Des micros. Des questions.
- Qu’est-ce qui vous a amené ici ?
Il a hésité une seconde.
Puis il a répondu, simplement :
- Quelqu’un m’a appris à regarder autrement. À respecter ce que j’avais entre les mains… et ce que j’étais.
- Vous pensez à quelqu’un en particulier ?
Un silence. Un léger sourire.
- Oui.
Mais il n’a pas donné de nom. Certaines histoires n’appartiennent pas aux médias....
Le reportage est passé à la télévision.
Des images de bois, de gestes précis, de lumière sur la poussière en suspension.....
Quelque part, dans une petite maison au bord d’un chemin… peut-être que quelqu’un regardait.
Le printemps est arrivé.
Un de ces longs week-ends de mai où l’air sent déjà l’été. Sans prévenir, il a pris un billet.
Un train. Puis un autre.
Le paysage défilait, mais cette fois, il reconnaissait les contours. Les champs. Les routes. Les silences.
Son cœur battait différemment. Pas de fuite. Un retour.
Il est descendu à la petite gare. Rien n’avait vraiment changé. Ou peut-être que si.
C’était lui qui avait changé. Il a marché jusqu’au chemin bordé de haies. Chaque pas était chargé de souvenirs.
L’atelier. Le banc.
Mais en arrivant, il a su. Avant même de voir.
Il y avait quelque chose dans l’air. Un vide.
Une maison trop silencieuse. La porte était fermée. Les volets à demi clos.
Le jardin… laissé à lui-même. Comme une respiration arrêtée.
Il s’est approché lentement.Sa main a frôlé le bois de la porte.Le même bois. Mais sans chaleur cette fois.
Une voisine est apparue derrière la haie. Elle l’a regardé, longtemps.
Comme si elle le reconnaissait sans l’avoir jamais vraiment connu.
Puis elle a dit doucement :
- Vous êtes en retard… Marcel est parti cet hiver.
Les mots ont mis du temps à trouver leur place. Parti. Comme ça.
Sans bruit. Sans au revoir.
Il ne s’est pas effondré. Il est resté là.
Longtemps.
Devant cette maison qui lui avait tout donné.
Puis il a contourné la maison.
L’atelier était encore là.Fermé, mais debout. Comme lui.
Il s’est assis sur le banc.Le même.
Et pour la première fois depuis des années, il a laissé les larmes venir. Pas celles de la peur. Celles de la perte.
Il a fermé les yeux.
Et dans le silence, il a entendu encore la voix :
— Regarde ce que tu fais… et regarde-toi le faire.
Alors il a ouvert les yeux. Et il a compris. Marcel n’était pas parti.
Pas vraiment. Il était là. Dans chaque geste. Dans chaque pièce de bois ajustée avec respect. Dans chaque chose construite avec patience...
La voisine murmura il était si fier de vous… il relisait chaque carte comme un trésor. Avant l’hôpital, il lui avait confié la clé de la boîte aux lettres… comme un au revoir silencieux.
Dans le petit paquet, quelques cartes jamais ouvertes, et une photo de nous deux au jardin, sourires pleins de lumière.
Au dos, de sa belle écriture : “Tellement fier de toi… de t’avoir transmis l’amour du bois. Merci d’être venu, merci pour ta confiance, pour cette amitié. Certaines rencontres ne s’arrêtent pas… elles continuent de vivre autrement ... dans ce qu'on devient...Et tu es devenu celui en qui j’ai cru, dès le premier regard.”
Allez une p'tite toile !

Wouah Chaourcinette
RépondreSupprimerMerci pour ce beau conte
Je viens de me rendre compte que j'ai oublié un paragraphe entre le un et le deux... j'écris sur Word et je l'ai raté... je vais essayer de l'intégrer dans les commentaires.... bisous Josette et merci de me lire !!
SupprimerEntre fuite et fuite 2 j'ai oublié un paragraphe... je le résume afin que ce soit plus compréhensible !!!
SupprimerUn jour l'ase fit une visite surprise dans la maison où régnait l'enfer... Il y eu un scandale dans la petite ville, la télévision filma l'endroit, les langues se déliėrent .on retrouva les trois enfants dans un état pitoyable et l'éducatrice se rendit compte qu'un jeune avait disparu... Marcel qui ce jour là regardait les nouvelles à la télé fut effondré de voir à quel point son gamin avait souffert.. En accord avec Régis il téléphona pour rassurer tous ceux qui le cherchait... Marcel aurait voulu le garder, mais l'administration ne résonne pas en sentiments mais en actes.. il fut placé en foyer.. Les adieux furent brefs et déchirants.. je reviendrai je vous le promets... il fut placé en région parisienne, un foyer rempli de jeunes de son âge avec lesquels il avait peu de points communs... la seule chose positive c'etait l'atelier.. dès son arrivée Il l'investit totalement.. Il y mettait tellement d'ardeur que son professeur le dirigea vers les compagnons du devoir..enfin !! Il trouva sa place...
Encore toutes mes excuses pour l'oubli !!
Même sans ce paragraphe , je t'assure que ton histoire était suivie avec passion (heu... non, la vraie passion!) j'ai quitté le jardin avec quelques égratignures et je me suis dit.... va voir ta Jolie-Belle ! elle a du raconter quelques jolies phrases! super!!! j'adore cette belle écriture , cette tristesse qui devient espoir, douceur, amour.... Tu as du être inspiré par cette histoire lamentable du petit séquestré dans le fourgon, non ?! Comment des gens peuvent-ils faire si peu de cas d'un enfant????
SupprimerQuelle belle oeuvre que d'accompagner ainsi un jeune ! Marcel a détourné tous les vents mauvais qui s'étaient installés dans cette jeune vie.
RépondreSupprimerLa bonté existe sur terre malgré ce que nous annoncent les infos.
Ton histoire a un parfum de vécu.
Si je comprends bien la fin de l'histoire, Marcel
se sentant en fin de vie avait prévu de laisser un mot d'adieu à son protégé dans la boite aux lettres ?
Merci chaourcinette pour ton talent de conteuse, tu sais écrire et nous émouvoir !
Oui la bonté existe et si on oublie les infos on peut la voir fleurir dans des tas de petites actions quotidiennes... j'ai raté un p'tit bout de l'histoire.. j'ai résumé au dessus..car un moment il faut comprendre que ce garçon fait partie d'une grande administration qui ne rigole pas avec les fugueurs...
SupprimerOui Marcel était déjà âgé quand il a recueilli le gamin.. et sa vie, son cœur en ont pris un coup avec le départ.. .. Il recevait des cartes de tellement d'endroits, qu'il savait qu'ils ne se reverraient sans doute jamais... c'est pourquoi il a laissé cette photo des jours heureux dans la boîte aux lettres..
Merci à toi d'être toujours fidèle au poste ! Bisous Fifi 😘
Alors là encore l'illustration me plait pour les lignes de fuite, la lumière la composition et les sujets !
RépondreSupprimerMerci d'être passé faire la connaissance de mon Marcel. Ou plutôt celui qui est le cousin de la mère de mon mari. Qui était car Marcel est décédé. Régulièrement mon mari lui envoyait ses voeux, régulièrement Marcel ne répondait pas et il n'était pas joignable au téléphone. Je pense qu'il était content que son jeune cousin lui prête attention. Il avait adopté deux enfants nés sous X, sinon à part les enfants de sa cousine il n'avait plus de famille (fils unique)
Il ressemble vraiment à mon Marcel ! Un peu bourru, un peu secret..un bon gars quoi ! J'ai bien aimé aussi le tableau.. faut absolument que je mette le peintre à l'honneur quand je le peux !! Bisous 😘
SupprimerLes larmes de la perte...
RépondreSupprimerLa dame que j'allais voir en EHPAD est décédée mais je l'avais perdue déjà depuis deux ans, depuis qu'elle avait fait des chutes et eu des oedèmes du cerveau, que nos échanges était limités. Tout de même elle était là physiquement et j'ai dit à sa fille qu'elle me manquerait.
Bises Chaourcinette
Rhooo désolée pour toi.. j'ai eu ma voisine qui comme elle s'est retrouvée en EHPAD.. atteinte de parkinson elle n'a pas eu beaucoup de temps devant elle... Au début elle me reconnaissait mais après quelques mois elle s'est perdue dans un monde auquel je n'avais pas accès.. bien triste... je t'embrasse 😘
SupprimerTrès émouvante histoire!...c'est tellement vrai: "Certaines rencontres ne s’arrêtent pas… elles continuent de vivre autrement ... dans ce qu'on devient...Et tu es devenu celui en qui j’ai cru, dès le premier regard.”
RépondreSupprimerOui parfois la connexion est tellement forte qu'un seul coup d'œil suffit.. quand Marcel est monté dans ce bus il a vu la détresse, la peur mais aussi la force de cet adolescent.. il lui a donné ses règles, sa force, et son amour du bois.. et ça lui a rendu une colonne vertébrale droite.. tout ce qu'il croyait avoir perdu dans cet enfer d'où il sortait... bisous Marie 😘
SupprimerC'est émouvant, Danielle, et si bien écrit ! J'en ai la larme à l'oeil ! Marcel a tout donné à ce garçon, tout appris et il lui a ouvert l'esprit, il a été son guide !
RépondreSupprimerCette toile est belle aussi. Je te fais de gros bisous, plein , plein !
Merci ma zoupinette !! Je trouve qu'il manque de plus en plus de Marcel... alors quand j'en trouve un je le mets à l'honneur ! Plein de bisous 😘😘
SupprimerVoilà, je rajoute un mot pour te dire combien tes écrits touchent souvent en plein coeur ... . bonne soirée mon amie
RépondreSupprimerMerci à toi ! Je sais que ce genre d'histoire te touche aussi.. Un jeune homme de sauvé et Marcel parti rejoindre les étoiles 🌟 bisous 😘
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