Une petite fiction....
Il y a des maisons qui ne protègent pas. Et pourtant ce sont des lieux censés réparer...
Ils étaient quatre enfants dans cette famille d’accueil, entassés comme des valises oubliées.
Ici, on ne parlait pas d’amour, seulement de survie. L’homme buvait comme un trou sans fond. La femme, elle, avait rendu les armes depuis longtemps. Ses silences pesaient plus lourd que les cris.
Le seul revenu venait de l’argent versé pour les enfants. Une somme qui tombait chaque mois, régulière… et qui ne se transformait jamais en repas suffisants, ni en gestes tendres. La faim était là. Elle s’installait au creux des ventre et ne partait jamais vraiment.
À 16 ans, Régis avait déjà compris une chose essentielle : personne ne viendrait le sauver.
Les coups, eux, arrivaient sans prévenir. Une parole de trop, un regard mal placé, ou parfois rien du tout. Juste l’alcool qui cherchait une sortie. Et son corps devenait un terrain de jeu.
Alors il a commencé à préparer sa fuite, il ne pouvait pas rester, un jour ça finirait mal...
Quelques pièces grappillées ici et là. Des petits boulots chez des voisins, discrets, presque invisibles. Tondre une pelouse, porter des sacs, réparer une clôture. Chaque pièce était une promesse.
Le jour du départ, le ciel semblait complice.
Fin d’après-midi. L’air était lourd, chargé d’électricité. Le genre de moment où la nature elle-même retient son souffle. Il n’a rien dit. Il n’a laissé aucune trace. Juste son absence.
Il a coupé à travers champs. Les herbes hautes fouettaient ses jambes, le vent commençait à hurler. Puis l’orage a éclaté. Brutal... Il accepta la pluie comme un cadeau.. ça le lavait de toute la crasse de la maison..
il avançait. La pluie collait ses vêtements à la peau, mais elle avait quelque chose de différent, de propre..
Après ce qui lui a semblé des heures, il a atteint une route. Une ligne droite, noire, infinie. Il a continué à marcher sans savoir où elle menait. Juste loin de cette maison de fous.
Puis un bus est apparu. Freins qui grincent. Portes qui s’ouvrent.
Le chauffeur l’a regardé, trempé, silencieux. Il a tendu ses quelques pièces, trésor dérisoire mais essentiel. Ça a suffi.
Le bus roulait à travers la pluie, et pour la première fois, il ne regardait pas derrière lui.
C’est à l’un des arrêts suivants qu’il est monté. Un vieux monsieur. Manteau usé, regard clair. Il s’est assis à côté de lui, comme si c’était évident.
- Tu fuis ou tu cherches ? a-t-il demandé doucement.
Le garçon n’a pas répondu tout de suite.
- Je cherche… a-t-il fini par répondre...
Le vieil homme a hoché la tête, comme si ce mot suffisait à tout comprendre.
- Alors descends au prochain arrêt. On cherchera ensemble.
Il n’y avait ni piège dans sa voix, ni insistance. Juste une proposition simple, posée là comme une main tendue sans obligation de la saisir.
Le bus s’est arrêté dans un souffle. Dehors, la pluie s’était calmée. Le garçon a hésité une seconde, puis s’est levé.
Il est descendu.
Le vieil homme s’appelait Marcel. Veuf depuis des années, il vivait dans une petite maison au bord d’un chemin bordé de haies, un endroit que le monde semblait avoir oublié… et qui, justement pour cela, laissait de la place pour respirer.
Ancien menuisier, ses mains racontaient une vie entière. Rugueuses, marquées, mais précises. Des mains qui avaient construit, réparé, façonné… et qui n’avaient jamais frappé.
La première nuit, le garçon a dormi dans un vrai lit. Pas un matelas fatigué posé à même le sol. Un lit qui ne grinçait pas. Il s’est endormi sans peur.
Le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner, des crêpes, de la confiture des fruits du jardin...Marcel lui a simplement dit :
- Si tu restes, tu apprends.
Pas comme un ordre. Comme une promesse. Le bois est devenu leur langage.
Au début, il ne voyait que des planches. Des morceaux bruts, sans âme. Mais Marcel lui a appris à regarder autrement.
- Le bois, ça se respecte. Ça a vécu avant toi. Chaque morceau porte une histoire..
Il lui a montré les nervures, les nœuds, les lignes fines comme des rides. Chaque coup de rabot devait la suivre, pas la contraindre.
Il a appris la patience. Appris que forcer ne donne rien de beau. Que la précision vaut mieux que la colère. Que la douceur peut être une force.
Et surtout, il a appris que créer, c’est exister autrement.
Les journées s’organisaient sans bruit. Le matin, le jardin. Des légumes simples, mais vivants. Tomates, courgettes, haricots. La terre sous les ongles, le soleil sur la nuque. Manger ce qu’on avait fait pousser avait un goût nouveau. Un goût de dignité.
L’après-midi, l’atelier.
L’odeur du bois coupé remplissait l’air. Sciure au sol, lumière filtrée par les fenêtres, outils alignés avec soin. Marcel parlait peu, mais chaque mot comptait.
- Regarde ce que tu fais. Et surtout regarde-toi le faire.
Petit à petit, quelque chose a changé.
On ne lui criait plus dessus. On ne le frappait plus. On lui montrait. On lui expliquait. On le respectait.
Un soir, alors qu’il terminait une petite étagère, ses mains encore hésitantes mais appliquées, Marcel s’est approché.
Il a posé la main sur le bois, puis sur l’épaule du garçon.
-Tu vois… c’est droit. C’est solide. Et c’est toi qui l’as fait.
Le garçon a regardé son travail. Puis ses mains. Il a vu les ampoules, les égratignures, mais c'était des mains honnêtes, des mains qui apprenaient ..
- T’as le droit d’être fier, tu sais.
Ces mots-là, personne ne les lui avait jamais donnés.
Ils ont résonné longtemps.
Pendant ce temps, dans l’autre maison, rien n’a changé.
Il y avait juste une assiette en moins. Un bruit en moins. Mais personne n’a appelé. Personne n’a cherché. Personne n'a signalé..
Comme si son absence avait toujours été prévue. Comme s’il n’avait jamais vraiment existé là-bas.
Chez Marcel, au contraire, chaque jour racontait une histoire nouvelle... Il apprenait à soigner les lapins, ramassait les oeufs des poules, se lançait dans la fabrication de gâteaux qu'il suivait sur un vieux cahier de recettes..
Marcel souriait.. le dimanche était un jour de repos.. ils partaient dans les champs cueillaient des pissenlits, il découvrait les herbes sauvages, trouvait des champignons.. il apprenait à vivre... Il apprenait un métier. Mais surtout, il apprenait à se tenir droit. À se regarder sans baisser les yeux.
À comprendre que sa valeur ne dépendait que de lui...
Et parfois, le soir, assis sur le banc devant la maison, Marcel lui racontait des histoires. Pas pour fuir le réel, mais pour lui donner des racines ailleurs.
- Tu sais petit, un arbre, ça pousse même dans la tempête, disait-il. Tant que ses racines tiennent ya pas à s'inquiéter
Le garçon levait les yeux vers le ciel.
Et pour la première fois depuis longtemps, il ne cherchait plus à fuir.
Il construisait.
La suite demain......
Allez une p'tite toile !!

Tu as l'art de bien raconter des histoires. Ce jeune homme a eu la chance de rencontrer ce vieux monsieur qui lui donne les clefs pour mener une vie saine . Souhaitons qu'il en fasse bon usage!
RépondreSupprimerJ'ai travaillé longtemps dans un foyer géré par l'ase.. et des histoires j'en ai plein le cœur ❤️.. je poste la suite pour que tu saches quel usage il en a fait !
SupprimerTu es une conteuse magicienne qui joue avec les mots pour nous offrir mille émotions à travers tes récits! Merci
RépondreSupprimerMerci Marie ! Je mets du temps pour les pondre mes histoires... je paresse, je tergivesse, je recule.. mais j'avance lol... souvent ce sont les infos qui me donnent le sujet et j'y ajoute un peu de vécu... bisous Marie 😘
SupprimerCoucou Chaourcinette, je repasse plus tard car pour le moment mon homme à moi me dit qu'il faut préparer le déjeuner (notre petite-fille part à 13h30 chez une copine et lui il est occupé. Je venais d'ouvrir l'ordi ce que je n'avais pas fait depuis vendredi soir)
RépondreSupprimerA plusse
C'est encore les vacances pour les petits enfants ? Quelle chance tu as d'en profiter !! Bisous 😘
SupprimerLes vacances de l'académie de Lyon précédent celles de Paris. Cela fait quatre semaines en tout. Ensuite il est convenu que Little Jo passera quelques jours chez nous fin avril
SupprimerXXX
Super !! Des grands parents très accueillants et actifs ! Bisous 😘
SupprimerJe suis revenu ! La suite a été publiée dès aujourd'hui je n'ai pu m'empêcher de la lire mais ne la commente pas tout de suite. Il y a toujours de l'espoir au bout de la route dans tous tes petits récits même si cela commence mal. Le Marcel sauveur c'est comme le cousin Marcel de mon mari dont le père était ébéniste et qui l'était devenu lui-même. Pas de son métier, il travaillait dans une ferronnerie. Mais il faisait des merveilles, capable de créer des portes et fenêtres ou des meubles. Je vais chercher les messages où j'en parle, cela le fera revivre
RépondreSupprimerRhooo oui avec plaisir 😉.. le travail du bois est passionnant pour qui sait le comprendre... et Marcel est un bon professeur qui a compris tout de suite la détresse du gamin.. dans mon ancien boulot je les repérais facilement.. dans les regards Il y a un manque, un truc noir difficile à combler... quand on y arrive, et Dieu merci ce fut le cas pour beaucoup, c'est comme faire rentrer le soleil dans une pièce sombre...
SupprimerMarcel
RépondreSupprimerTon illustration m'enchante, comme toujours. Une photo ou une toile ?
Pour nous rendre chez notre fille et nos petites-filles nous passons la plupart du temps par la RN7. Samedi nous avons eu orage et pluie battante, cela en était même dangereux. Il y a un endroit un peu en dessous de Varennes-sous-Allier où le vent a brisé les arbres en bordure de route une fois où nous sommes passés juste après. Mon mari a fait remarquer qu'une rangée avait été abattue auparavant pour agrandir la route. Tu vois cela donne comme sur ton image des arbres sur un seul côté. Il a commenté qu'ainsi ils sont moins résistants, ils doivent affronter le vent seuls. L'union fait la force, comme lorsqu'un adulte prend sous son aile un jeune
Bises, Chaourcinette !
Alors c'est une toile mais j'ai perdu le nom du peintre... contemporain... j'ai trouvé qu'elle illustrait bien l'orage et la lumière... et c'est bien vrai ce que dit ton mari, si tu supprimes les arbres d'un côté tu fragilises les autres... dans l'est lorsque je vais dans les Vosges il y a une route bordée de magnifiques arbres centenaires.. ça fait comme une voûte un peu magique surtout l'été... j'ai bien peur qu'un jour l'idée leur vienne d'en supprimer...
SupprimerJ'espère qu'il aura un Marcel qui fabriquera des choses avec les branches..les troncs... mais je croise les doigts pour qu'ils restent bien plantés !! Bisous Cergie.. je vais aller lire ton Marcel !!
Merci pour m'avoir fait connaître ce poète, qui aurait pu accueillir mon âme en peine de gamin... et cette porte bleue... dans ce paysage hivernal.. j'adore !! Bisous 😘
SupprimerJ'ai trouvé >
Supprimer"Bientôt il y aura de la Pluie", 2021
Huile sur toile
Anette Björk Swensson
Artiste Suédoise, née en 1956
https://www.facebook.com/groups/178103943482509/posts/1588456029113953/
Ouiiii ❤️ je savais que c'était un tableau contemporain.. j'adore les peintres suédois, comme le cinéma, les séries.... ils ont une manière simple de tourner, n'ont pas peur des silences, ne nous assomme pas avec de la musique...
SupprimerJe viens de me rendre compte que j'ai oublié de mettre un paragraphe avant l'épisode deux....bouhhhhhh... je vais essayer de rattraper ça !! merci pour la recherche !!
J'espère pour ce gamin qui as eu la chance de croiser ce Marcel sur son chemin !
RépondreSupprimerOui tu peux espérer Josette c'est une histoire pleine d'espoir... bisous 😘
SupprimerIl faut avoir beaucoup souffert pour partir ainsi, on ne sait où sans aucun moyen !
RépondreSupprimerParfois une belle rencontre et la vie change et l'espoir renait...
Oui la famille dans laquelle il était tombé n'était pas une bonne famille.. trop de problèmes, trop d'addictions... et des enfants plantés là sans aide.. l'ase surveille, mais ce que je leur reproche c'est souvent des visites sur rendez vous... donc le jour où ils viennent tout semble normal... et le temps leur manque, visites rapides... ils passent à côté des brutalités que certains enfants subissent... mais là, ce jeune s'est fait la malle et il a changé sa vie... bisous zoupinette 😘
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