Même si je suis toujours d'humeur chafouine j'ai ri ce matin....
Mais vraiment ri... Il me fait rire ce gars là... je me suis dit qu'il fallait partager les rires à défaut de partager les pleurs...
Bonne journée à vous tous !
Auteur : Christophe Khider..
2h00 du mat’. Je suis réveillé par un mal de bide d’une violence inouïe, à réveiller Lénine, le truc. Faut dire que ça fait deux/trois heures à cause SÛREMENT de mon poiscaille de chez Lidl que ça me ramone à l’intérieur, ça brûle comme du phosphore israélien, toujours la nuit comme par hasard. Déjà que je suis pas un mec qui dort beaucoup, mais là je passe du côté obscur. Je capte plus rien, façon Pénélope Fillon quand on lui dit qu’elle a bossé de 2000 à 2015, tu vois le truc.
Première connerie que je fais souvent dans ces cas-là : je vais consulter Doctissimo !
Doctissimo, c’est à l’hypocondriaque ce que la coke est au toxico : sa came, son addiction, le truc. Tu sais que ça va te finir mais t’y vas quand même. L’humain a de ces instincts débiles, faut pas chercher à comprendre. Le type voit écrit « symptômes bénins », il clique immédiatement sur « cancer stade IV ». On est une espèce qui a peut-être marché sur la Lune mais qui continue à chercher sa date de décès sur un forum à 2 plombes du mat’.
Bref, je commence à surfer sur le site.
Au bout de trois minutes à peine, je vois que Sarah est présente sur le forum.
Sarah, c’est un peu comme la mort dans un hôpital. Sûr que c’est une collaboratrice de la Mort, d’ailleurs. Elle a dû signer une sorte de pacte pour attirer de la viandasse. Elle erre jour et nuit dans les travées sombres du site, toujours à guetter comme une ombre.
Elle voit que je suis connecté et me demande si ça va.
J’t’explique : c’est la même meuf qui, il y a trois mois, quand je parlais de migraine, m’avait diagnostiqué une tumeur au cerveau et m’avait annoncé tout à trac, en buvant son café, qu’à tout péter j’en avais pour deux/trois semaines maximum. Qu’il fallait que je sois serein. Que la vie d’après était meilleure. Que si j’avais un petit billet planqué quelque part en ce bas monde, valait mieux le léguer. De préférence à elle qu’il fallait le léguer.
En somme, c’était une vicieuse.
Inutile de dire que la tumeur au cerveau, je te l’avais soignée avec un Doliprane 1000. Pas solide la tumeur. Moins que celle qui avait embarqué un pote en trois mois et qui avait tellement fait gonfler sa tête qu’à la fin on savait plus si c’était un homme ou une pastèque, le type.
La maladie, ça vous déforme une personne, ça joue avec. Bref, c’est dégueulasse ! La conne.
Ceux qui vivent la nuit le savent : la nuit, tout est démultiplié. Tes sens sont aiguisés comme la lame d’un boucher, t’es parano comme tu peux pas savoir. La Dame Blanche est dans ta chambre, le monstre du Loch Ness dans ta baignoire, Balkany en train de vider tes comptes et la poupée de ta gamine de 5 ans veut ta mort en te regardant de travers.
Tu commences même à croire à ce que BFM raconte. C’est dire…
Bon.
Je lui dis que forcément, si je suis sur le site à 2h15 du mat’, c’est qu’il y a une couille dans le potager. J’lui dis que j’ai mal au bide.
Elle me pose deux/trois questions.
Son diagnostic est rapide, tout à fait dans sa lignée : encore une fois, je vais mourir dans les plus brefs délais.
Rien à faire, qu’elle me dit.
Je dois avoir une sorte de ver qui me bouffe de l’intérieur, une espèce de chat pourri qui doit mûrir depuis quelques années et qui veut me transformer en becquetance pour asticots.
La charogne, elle m’avait filé les foins !
J’avais envie de m’en aller. Énormément. Absolument. Tellement le fait d’être allé consulter ce site m’apparaissait soudain comme l’effet d’une formidable erreur.
Oui mais voilà, quand on sait qu’on va mourir, on s’accroche. L’humain dos au mur, y a pas pire fiotte ! Le condamné négocie même avec la pendule quand elle commence à avancer trop vite.
Mais elle commence à me rassurer. Elle me dit qu’elle a un remède, transmis de génération en génération. Une sorte de don familial.
350 euros, qu’elle me dit que ça vaut. Payable de suite en CB.
C’est que ça coûte cher, un don familial. Faut le rentabiliser. La vie, c’est comme l’amour au Bois de Boulogne, ça se monnaye. Même les miracles ont maintenant un terminal de paiement.
Je sens que ça pue l’arnaque, bien entendu. On veut bien être con quand on va mourir, mais quand même !
Elle voit que je marche pas trop dans son délire, alors elle me souhaite bonne chance pour la suite, tout en me donnant deux/trois conseils pour « que ça passe plus vite ». La connasse.
Elle continuait à balancer de l’essence sur l’incendie. Sans pitié qu’elle était, la Sarah !
Un certain Bernard se glisse dans la conversation :
« Est-ce que t’as essayé une rééducation du sphincter ? »
OH PUTAIN.
On se connaissait uniquement depuis deux minutes, et encore sous pseudo, Batman mon pseudo, et le gars voulait déjà me tâter de l’oignon façon Mitterrand sur un jeune mineur en Thaïlande. Aucune nuance, aucune pudeur.
Comme ça, tout de go, le gars surenchérit :
« Faut se retenir de respirer et se masser le truc en même temps. Montre-moi, je vais te guider par WebCam. »
OH LA VACHE. J’avais la gerbe.
Je voulais pas mourir mais de là à finir sur YouPorn, y avait un monde de dégueulasserie. À choisir, je préférais crever, MERDE. Faut se dépêcher, que j’me dis. Faut pas la rater, sa mort. Y a des sorties qui réclament un minimum de dignité.
La maladie, la misère qui vous disperse des heures, des années, l’insomnie qui nous barbouille de gris, les huissiers qui perchent devant chez moi comme des corbeaux… Mais avec ces deux-là, sûr, j’étais disposé à partir !
La Sarah continuait son speech :
« Sert à rien, Bernard, tes conseils de rééducation du trou de balle, il va claquer, faut accepter, voilà tout ! »
Elle voulait me faucher comme on fauche le blé en été. Elle voulait que j’y passe, la charogne. Elle aimait le fric, la coquine. Vu qu’elle n’avait pas eu le mien, elle voulait que je mette ma peau sur la table. Juste échange.
J’avais compris d’un coup la vie de la Sarah. Elle ne faisait qu’un avec le tiroir-caisse. On l’avait élevée pour qu’elle devienne la femme d’un riche. Ambition de parents. Quelque part, ça avait foiré. Fallait se rattraper.
On passe notre vie à se rattraper. Certains rattrapent leurs erreurs, Sarah rattrapait les cartes bleues.
J’ai zappé le Bernard et la Sarah.
J’ai commencé à chercher dans les médecines parallèles. Là, attention, c’était le folklore.
Ça passait de :
« Bois un bol de ta pisse à chaud » à :
« Passe-toi du persil sur le bide en chantant du Jacques Brel. »
FOUTAGE DE GUEULE intégral.
Un peu de respect avec la mort ! On rigole pas. Ça n’arrive qu’une fois, cette connerie-là, faut pas déconner avec la Faucheuse ! Si je dois passer l’arme à gauche, ce sera pas avec du persil sur le bide en gueulant Ne me quitte pas. Y a encore une Constitution dans ce pays, bordel.
J’suis pas des médocs, mais là faut avouer que j’ai cherché dans ce qui me sert de placard.
Tu trouves de tout dans ce bordel. De la paire de gants Asics qui date de 97 en passant par une veste achetée à Babou, à la paire de pompes que t’as jamais voulu jeter, espérant qu’elle chope de la valeur sur eBay et qui, plus de 12 ans après, vaut même pas un tiers de ce que t’as craché.
Bref, une vie entière à se faire vaseliner dans ce placard.
Une vie de capitaliste !
Au bout d’une demi-heure, je tombe sur une boîte d’Inexium 40. Le truc est périmé depuis 2010.
Je REconsulte Doctissimo.
Oui, je sais.
À ce stade-là, c’est plus une erreur, c’est un abonnement.
Un mec, Jérôme qu’il s’appelle, ancien médecin qu’il dit être, me dit que je peux le prendre, que la molécule doit être encore efficace, mais qu’au cas où ça partirait en freestyle, que mon bide changerait de couleur ou que j’aurais une grosseur qui apparaîtrait au niveau du cou, de me tenir prêt à alerter le Centre Antipoison de ma région.
Rassurant, le gars.
Sur Doctissimo, même quand on te rassure, on te donne le numéro du SAMU dans la phrase suivante.
J’avale le truc, tellement épais qu’il me faut deux litres de Cristaline pour faire passer le cacheton !
En attendant l’effet, je retourne sur le forum.
Sarah toujours présente, en train d’aguicher une sexagénaire qui se plaint de ses genoux, sûrement pour lui refourguer du cartilage. Cartilage refourgué de génération en génération.
Le Bernard, toujours là lui aussi, à prospecter s’il n’y a pas un mort en sursis qui voudrait lui bouffer le chibre, histoire de ne pas mourir con.
4h30 du mat’. Je suis toujours en feu. Je titube avec la vie.
Je vais attendre encore un peu.
Au point où j’en suis, à 6h j’irai me chercher quelques croissants chez un boulanger qui aura trimé toute la nuit et qui, lui, par manque de chance, ne connaît ni Sarah ni Bernard.
Je vais me faire ça. Beau programme. Histoire que ça passe.
Et puis si je dois crever, autant mourir avec du beurre dans le sang. C’est toujours plus français que du persil sur le bide.
Quelle belle nuit ça a été !
Allez une p'tite toile !! 🤣

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