Chaque jour depuis deux semaines, j’apprivoise ma douleur...je lèche mes plaies comme un vieux chat malade, un vieux chat solitaire qui s'enroule sur lui même car il n'y a pas de solution...
les personnes qui m'entourent ne peuvent pas me soigner.....
je sens que je ne suis pas angoissée et pourtant , tous les symptômes sont là...
Cette douleur intense au plexus, ce mal dans les os, ces articulations qui se coincent...j'ai de plus en plus de mal de supporter...
Chaque jour, la douleur se déclenche en fin de matinée et me laisse pantoise et désarmée jusqu'à 21heures....Dieu merci, je ne souffre pas la nuit et le sommeil , même s'il est agité, me permet de récupérer quelques forces...(obligée quand même de prendre des anxiolytiques pour dormir hein!) mais ça, ce sera la deuxième phase.......je vais essayer de les supprimer aussi......
"ça va passer dit l'homme...." Je ne réponds même pas...je sais que ça va passer ...mais quand ?? parler, me fait un mal de chien et j'ai les mâchoires tellement serrées que j'ai peur de me péter les dents......
Parfois la douleur est tellement forte qu'elle me coupe la respiration et que je n'ai qu'une envie c'est "HURLER"...je pense que si je pouvais hurler, le mal sortirait...
Mais comment faire pour hurler quand on vit en société?
La maison est pleine, dernier fils qui est là avec sa compagne depuis fin Août...leurs amis...l'homme....comment faire pour ne pas exister??
je sais que j'ai besoin de ça en ce moment...ne pas exister...et les autres m'obligent à faire semblant...Ils ne me le demande pas...c'est moi, qui par culpabilité m'oblige à faire semblant......
je fais les gestes qu'il faut, prépare à manger, parle, m'agite.....mais je ne tiens pas sur le long terme....je file me terrer dans ma chambre avant de devenir une loque...et si dernier fils, passe la tête, je lui dis que j'ai mal.... T'as mal où ??? je lui explique le sevrage, la douleur que cela provoque....
Mais sait il ce que c'est ??? difficile de comprendre pour lui, car durant quelques heures je me suis obligée à être comme tout le monde et d'un coup, je suis devenue une autre....
J'ai voulu partir un mois dans les Vosges, dans cette maison perdue dans un petit village....mais l'homme dit que ce n'est pas la solution....
et puis, je sais fort bien que deux jours après mon départ, il serait là, à m'empêcher d'exister....Alors, finalement , je choisis le confort de la maison comme un vieux chat qui a ses habitudes.....
J'ai peur de sortir, peur de la foule, peur tout simplement....Non, je ne suis pas angoissée...je connais l'angoisse, l'ayant vécue durant des années.....je souffre du manque de médocs....et si je n'essaie pas de me sevrer, je ne saurai jamais si je suis guérie...
ça fait 8 ans que je fonctionne aux antidépresseurs et anxiolytiques...... Avec plein d'effets secondaires qui sont dus à ces putains de molécules....Transpiration intense du visage à chaque geste, essoufflement intense dès que je fais 50 mètres.....et plein d'autres merdouilles ....
Depuis deux semaines, j'ai baissé mes doses de moitié...et samedi, je suis sortie pour aller à la médiathèque, pas de place pour se garer...800 mètres à faire à pieds...je me suis affalée sur mon volant et je me suis dit que j'allais rentrer, que je ne pouvais pas faire ce trajet qui allait m'amener à être suante, transpirante à grosses gouttes et essoufflée comme si j'avais fait un marathon.....
Le fait de ne pas avoir de livres durant le week end m'a fait sortir de ma voiture....Dans ma tête, je faisais le trajet, les mouchoirs dans la poche et je me disais qu'avant de rentrer à la médiathèque je prendrais 5 minutes pour me reposer....J'ai horreur de ne pas me montrer au mieux de ma forme.....!
Je marche vite, tête baissée, les gens que je croisent ne doivent pas voir mon visage en eau......et bizarrement, juste avant d'entrer, je me rends compte que je ne suis pas essoufflée...et que j'ai juste un peu de transpiration sous le nez....rien, par rapport à ce que je pensais....
C'est à ce moment là, que je me suis dit, que je ne souffrais pas pour rien....c'est peut être pas grand chose, mais c'était énorme ! j'ai pu dire "bonjour" dès l'entrée, sans souffrir du manque d'air.....
La bête est là, au creux de mon estomac....mais je t'aurai! vieille carne !!













