vendredi 7 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 6

 

Chapitre 6

Arrivés à Paris, René récupéra sa voiture sur le Parking et on se dirigea vers la gare de l'Est....Luce avait sa main posée sur le genou de René et je sentais la tristesse qu'ils avaient à se séparer....

-Et si vous restiez quelques jours chez moi proposa René ? Je pourrais vous faire visiter Paris, on irait au Louvre, à Pompidou....Luce applaudit très fort !!

-oh oui ! Dis oui Louise, je t'en prie !

Je ne pouvais pas...Rien que de l'envisager la nausée me montait à la gorge !

-Moi je ne peux pas, mais qui vous empêche de le faire tous les deux ? Tu n'as personne qui t'attend Luce, mais moi, mon vieux chat serait certainement très triste de ne plus me voir !

Les deux amoureux se serrèrent très fort la main !!

-C'est dit !! je reste !!T'es sure que ça ne t'ennuie pas Louise ?

-Mais non !! je suis contente pour vous ! Profitez bien et envoyez moi une carte postale ! Faire un peu d'ironie ça prouve qu'on est bien dans ses pompes !

René me déposa gare de l'Est...Les adieux s'éternisèrent et je n'avais qu'une envie c'était qu'ils s'en aillent ! Je n'en pouvais plus de ce sourire forcé que j'avais plaqué sur ma bouche depuis une dizaine de jours..

2 petites heures de trajet, et je retrouvais ma voiture qui m'attendait sagement à la gare...

Vite, ouvrir ma porte, vite sentir l'odeur de ma maison, vite me déshabiller ; vite prendre mon chat contre moi et verser une petite larme …

Mon répondeur regorgeait de messages en tous genres...

j'en écoutai un seul parce que je n'avais pas la force..La force d'accepter les reproches, la force de m'entendre traiter d'égoïste qui se plaint de ne pas voir ses petits enfants mais qui déclare forfait quand ils ont besoin d'elle....

Je les effaçais tous sans les écouter ! Fini de jouer les victimes !

Je soupai d'un café au lait avec des tartines de beurre et de camembert, souvenir d'enfance...et comme je ne voulais pas pas penser je pris un somnifère qui m'emmena directement dans les bras de Morphée...

Le lendemain, je repris mes vieilles habitudes, à un moment dans la journée le téléphone sonna...Luce ! Pas le courage de répondre, je laissai sonner...Il allait me falloir du temps !

Le lendemain René essaya de me joindre...Pareil ! Je savais que c'était idiot et lâche mais je m'accordais quelques jours de vacances...et puis, quand Luce réitéra son appel je répondis....

-Mais où étais tu ? René et moi ça fait deux jours qu'on essaie de te joindre ! On commençait à être inquiets !

-Excuse moi ! Mais lorsque je suis rentrée de la gare, mon téléphone est tombé dans la voiture et je ne l'ai retrouvé qu'aujourd'hui ! Comment allez vous ?

-C'est merveilleux ! On s'entend tellement bien, qu'on envisage de s'installer ensemble !

-Formidable ! Je suis tellement contente pour vous !

-Je ne te remercierai jamais assez pour m'avoir permis de le rencontrer ! Jamais je n'aurais pensé que ça pouvait encore arriver ce genre de coup de foudre ! Encore merci ! On se voit bientôt ?

-Bien sûr !! préviens moi quand tu rentres ! De toute façon j'imagine que les cours d'informatique c'est fini pour toi !! René est assez doué dans ce domaine et il pourra t'aider à surfer sur le net comme une grande !!

-Oui ! Préviens le prof que je ne viendrai plus et remercie le pour ses compétences !

Je raccrochai un peu triste, un peu envieuse aussi....Mais il fallait se faire une raison c'est Luce qui avait gagné le gros lot et je lui souhaitais tout le bonheur du monde !

Le printemps arriva de bonne heure...J'eus beaucoup de travail dans le jardin, un jeune du village contre quelques billets venait m'aider à tailler, bécher planter...

Mes fils avaient téléphoné pour me dire qu'ils avaient reçu mes cartes postales...Tu t'es bien amusée ? En tout cas tu nous a mis dans une sacrée mouise en ne prenant pas les enfants ! Tu en es consciente ou pas ?

-Bah ! Vous avez trouvé une solution j'imagine ? Je ne suis pas la seule dans votre entourage à garder les enfants quand vous en avez besoin !

-En tout cas, on te les amène fin juin...Figure toi, que Marlène et moi n'avons pas pu avoir de congés en Juillet....

-Décidément, vous n'avez pas de chance ! La Grèce m'a donné des envies de voyages et j'ai déjà mes billets pour un voyage en Irlande ! Je pars 3 semaines avec des amis...Je crois qu'il va falloir que vous demandiez de l'aide ailleurs !

Mais si ça vous va, je vous invite tous à manger fin juin, juste avant mon départ...

Je ne répéterai pas tout ce qu'il m'a sorti durant les 5 mn que je l'ai eu au téléphone...de toute manière j'avais posé l'appareil et je me faisais sauter des crêpes pendant qu'il vociférait ! Vous dire l'importance que ça avait à mes yeux !!

à un moment j'ai stoppé l'appel ! Merde !

3 jours plus tard il acceptait mon invitation....

Le dernier dimanche de juin, je les vis arriver, le cœur un peu battant, ça faisait longtemps que je ne les avais pas vus...Ce fut un peu tendu la première demie heure, mais comme il faisait beau et que j'avais décidé que ce serait repas barbecue, ils furent assez occupés pour allumer le feu et faire les grillades, ce qui les empêchèrent de me faire des reproches...

Ils avaient trouvé une solution pour les enfants, les beaux parents prenaient le relais...

Nous passâmes une belle journée, on parla de la Grèce, de l'Irlande, de mes cours d'informatique...Ils étaient étonnés de me voir aussi active, mes belles filles me trouvaient épanouie et elle m'encouragèrent même à continuer à prendre soin de moi ! On trouve que vous avez rajeuni ! ...On va pouvoir se voir et se parler sur skype...c'est super !

La journée passa très vite et on promit de se revoir au mois d'août !

Une chose est sûre c'est que je ne les attendrais plus....Plus jamais je ne ferais de projets à l'avance sur le fait qu'ils allaient « peut-être «  venir....C'était fini!J'allais vivre ma vie !

Finalement quand j'étais la petite souris grise qui accédait à tous leurs désirs je n'étais pas considérée...Je suis devenue réelle quand je me suis rebellée...quand j'ai imposé mes choix...quand j'ai arrêté de jouer un rôle!J'avais la solution depuis longtemps mais je n'osais pas...Dorénavant j'allais être moi ...J'allumais mon ordinateur et j'achetai un voyage de 3 semaines en Irlande pour le mois de Juillet...

Allez une p'tite toile !! 

Alain Muller Paysage Irlandais





jeudi 6 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 5


Chapitre 5

C'était une première pour toutes les deux ! Nous n'avions jamais pris l'avion et n'avions jamais quitté notre région...C'était vraiment une belle aventure qui s'ouvrait devant nous !

J'avais éteint mon téléphone afin de plus avoir à répondre à mon fils...

Moi, contrairement à lui j'enverrais des cartes postales !

Luce fermait les yeux , je crois qu'elle ne voulait pas voir l'avion décoller ! Moi je voulais tout voir, tout ressentir...ça faisait trop longtemps que j'étais endormie..

Je guettais René du coin de l'oeil et je le trouvais bien séduisant..c'était étrange cette sensation que je croyais avoir oubliée...Après la mort de Marc, seuls les enfants avaient retenu mon attention...Je n'imaginais même pas pouvoir ressentir des sentiments pour un autre homme..J'avais donc laissé de côté toute coquetterie, toute envie de plaire...

Et là, je me surprenais à faire des efforts, à mettre de nouveaux vêtements, à soigner ma coiffure....René était le premier homme que je regardais vraiment..et ce que je voyais me plaisait..

Luce ouvrit les yeux et comme elle était côté hublot elle regardait émerveillée les nuages qu'on traversait..

-Non ! Mais tu te rends compte ?? on part en Grèce avec un homme que je connais à peine mais qui est charmant....et nous allons toi et moi partager toutes les belles choses qui voudront se présenter à nous ;..Tu trouves pas que c'est fou ??

-Ouais !! complètement ouf comme dirait mon petit fils !!

Je la vis qui guignait du côté de René qui lui était plongé dans un magazine...

-Dis moi, il y a quelque chose entre vous deux ?

Je piquai un fard et je m'empressai de répondre : « mais non ! Quelle folle tu es ! Ce n'est qu'un ami d'enfance que j'ai été ravie de retrouver !Nous partageons plein de souvenirs et nous avons plein de goûts en commun mais c'est tout !! »

Pourquoi ai je répondu aussi catégoriquement qu'il n'était rien pour moi ? Alors que je sentais mon cœur battre plus vite lorsqu'il était près de moi ? Je n'avais pas envie de parler tout de suite de ces étranges sentiments qui m'envahissaient...

La voix du commandant de bord nous annonça le temps qu'il faisait en Grèce et que nous allions bientôt atterrir ! Le temps avait filé à une vitesse folle !

Nous nous retrouvâmes rapidement sur le tarmac prêts à nous lancer à la recherche de nos bagages...

René, en grand voyageur qu'il était ; nous guida avec célérité vers le tapis roulant...On récupéra les valises et on se retrouva hors de l'aéroport, un peu éberluées, dépaysées incapables de comprendre la langue des hommes qui voulaient à tout prix nous emmener à l’hôtel dans leurs taxis !

Après un trajet d'une demie heure les lumières de l'hôtel nous accueillirent gaiement. Nous étions au même étage Luce et moi ...J'avais le numéro 209 et elle ; le numéro 214...René était à l'étage supérieur !

Un peu comme des petites filles nous naviguions d'une chambre à l'autre, comparant les avantages de l'une ou de l'autre !

-Tu te rends compte, on a un petit frigo dans la chambre, rempli de petites bouteilles ; on va pouvoir être pompette tous les soirs !

-Moi ça sera le chocolat qui fera mon bonheur !! et si on s'habillait un peu plus léger pour aller dîner ??

Nous avions quelques heures devant nous et je décidai de prendre un bon bain, rempli de mousse !! le luxe insolent !

Un peignoir douillet accueillit mes vieux os et j'en profitai pour refaire une petite retouche maquillage et cheveux..

Un petit toc toc vint interrompre mes préparatifs....René était là, à la porte, détendu lui aussi ! Il avait fait comme moi ; le fait de paresser dans un bain chaud l'avait remis à neuf !

-On descend ? Dans quelle chambre est Luce ?

-Juste un peu plus loin....un petit coup de fil et elle va nous rejoindre !

j'aurais voulu parler avec lui de ce merveilleux voyage, de voir si nous ressentions les mêmes émotions mais Luce apparut dans l'encadrement de la porte, svelte et légère dans une robe gris perle qui faisait ressortir le bleu de ses yeux !

René la félicita sur son apparence et s'empressa de lui offrir son bras....

Je me retrouvai un peu bête, un peu à l'écart, mais lorsqu'on on est trois c'est souvent le cas...

L'ascenseur nous déposa dans le hall...Il était 18h et nous décidâmes de faire un petit tour à l'extérieur...

ça me semblait trop idyllique pour être vrai...Moi, qui était dans la déprime il y a 6 mois qui envisageait de rentrer en maison de retraite, j'étais dans un hôtel magnifique entourée de deux amis sympathiques, qui m'écoutaient et m'entouraient de leur amitié...

Je fis provision de cartes postales dans la boutique de l'hôtel, j'avais bien l'intention de tenir ma promesse et de les écrire !

Les trois premiers jours se passèrent dans une ambiance de rires, de grandes discussions, d'explications de René qui était un merveilleux pédagogue... je m'attachais à lui de plus en plus, et je me surprenais à rêver d'un avenir plus rapproché...

Et puis, une nuit, je fus malade ! Ça avait commencé par un mal de tête épouvantable dans l'après midi et j'avais laissé mes amis partir à Athènes ;moi, j'étais restée dans l'ombre de ma chambre une serviette mouillée sur le front...

Ils étaient passé me voir avant le repas du soir, mais j'avais préféré ne rien manger afin d'être plus en forme pour le lendemain...

Je m'attendais à ce que Luce passe me voir en remontant du restaurant, mais comme il était 22h j'éteignis ma lampe pensant qu'elle était partie se coucher …

à 2h du matin, de fortes nausées me firent sortir du lit...

J'avais pensé à toutes sortes de médicaments mais pas le vogalène...Tout doucement, je me dirigeais vers la chambre de Luce ..Peut être en avait elle dans sa pharmacie ?

Je toquais à sa porte...une fois, deux fois....j'hésitais à frapper trop fort pour ne pas réveiller les voisins.....et j'entendis du bruit...et j'entendis chuchoter....

La porte s'ouvrit sur une Luce à moitié endormie....

-Mais que se passe -t-il ? Tu es malade ?

-Je n'en peux plus de vomir ! Aurais tu emporté du vogalène par hasard ? Et comme je trouvais qu'on faisait trop de bruit dans le couloir, je me glissais dans l’entrebâillement de la porte....et je me trouvai nez à nez avec René, un peu gêné, enveloppé dans un peignoir de bain...

-oh quelle petite mine tu as me dit il ? Ça ne va pas mieux ?

-Non ! Les nausées et les vomissements me mettent à plat lui dis- je et je crois que je vais faire appel au toubib de l'hôtel si Luce n'a pas de Vogalène...

Luce était mal à l'aise, génée...René l'était lui aussi et moi, je ne pouvais pas montrer ma détresse...ça ne se faisait pas ! Allez Louise ! Relève la tête et souris ; tu ne dois rien montrer !

René se proposa de descendre à l'accueil pour expliquer mon problème...

Les premières minutes furent pénibles entre Luce et moi...Elle ne savait pas comment me dire l'attirance qui avait tout de suite existé entre eux...

Je l'ai mise tout de suite à l'aise en lui disant à quel point j'étais heureuse de leur complicité même si au fond de moi quelque chose était en train de se briser...

René réapparut avec le médecin qui me donna de suite le médicament qu'il fallait et je repartis dans ma chambre les laissant heureux dans la leur....

Que dire ? J'ai pleuré toute la nuit...j'ai pleuré sur ce qui aurait pu être, j'ai pleuré sur quelque chose qui n'avait pourtant pas commencé...j'ai pleuré sur ma bêtise, sur mes projets d'avenir avec quelqu'un....

J'ai encore gardé la chambre le lendemain...et ils sont partis main dans la main pour une visite au Parthénon...

La Grèce n'avait plus le même attrait pour moi, j'aurais préféré y être seule, car les voir tous les jours aussi proches l'un de l'autre me faisait mal...

Nous avions pu parler Luce et moi, et elle avait été tellement contente lorsque je lui avais dit qu'il n'y avait rien entre nous...René lui avait plu tout de suite, et elle ne se serait jamais aventuré à répondre à ses avances si j'avais eu une inclinaison pour lui...

Je la rassurais du mieux que je pouvais et je vous assure que c'était une sacrée prouesse, car au fond de moi ça hurlait...

Je me traînais littéralement chaque jour, le sourire aux lèvres, personne n'aurait pu deviner ma détresse...

Enfin, ce fut le départ ! Ma valise était déjà prête depuis deux jours !

Luce et René rayonnants m'attendaient dans le hall..

De les voir aussi épanouis et heureux me donna un peu d'aigreur ! Mais vite, je plaquais un sourire béat sur mon visage et nous partîmes vers l'aéroport...

J'appréhendais les 3h de voyage, le bavardage de Luce et puis j'eus une idée qui les fit fondre, je proposais à René d'échanger nos places, comme ça ils pourraient continuer à roucouler sans gêne …

Je ne me retournai pas une seule fois durant ces 3 heures...J'avais fermé les yeux et laissé mon esprit vagabonder...J'étais contente à l'idée de retrouver mon vieux chat qu'une voisine était venue nourrir...contente de ré endosser mes vieilles fringues, contente de ne plus jouer de rôle....

Allez ! Encore quelques heures et je pourrais lécher mes plaies tranquillement....

Allez une p'tite toile !! Un peintre que j'adore ! qui peut mieux que lui peindre la solitude ???

Edward Hopper 1882/1967












mercredi 5 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 4

 

Chapitre 4

Après avoir téléphoné à la mairie, j'appris qu'il y avait des cours pour les personnes qui se lançaient dans la grande aventure qu'est le net !

Tout de suite ça me plut ! Nous étions 8, à peu près au même niveau, c'est à dire « au ras des pâquerettes » mais on avait envie d'apprendre ! Ça allait prendre du temps nous dit le prof  en souriant ! Mais moi, du temps,  j'en avais ! 

Mais pourquoi je n'avais pas fait ça avant ? Pourquoi étais- je restée coincée dans ce rôle de mère qui ne vit que par ses enfants ? Pas étonnant cette espèce de déprime qui m'envahissait chaque fois que je ne les voyais pas...

En voyant les gens autour de moi, je me rendais compte à quel point je m 'étais fourvoyée dans une position inconfortable ! Ces personnes avaient le même âge que moi, mais comme elles étaient à l'aise dans leur vie ! Plusieurs femme étaient veuves, mais ça ne les empêchaient pas de vivre pleinement! Elles voyageaient, sortaient, allaient danser....j'étais un peu éberluée d'être passée à côté de la vie...

J'avais sympathisé avec une dame très active et on s'aidait beaucoup dans nos recherches sur le net ! Un jour, on trouva une offre de voyage en Grèce à un prix imbattable ! 15 jours à visiter  tous les endroits mythiques ! En février ! Si tu y vas, je viens avec toi me dit elle ! Banco ! On acheta le voyage dans la foulée ! C'était grisant ce truc là !

Très vite je sus manier les outils mis à disposition...Et le monde s'ouvrit devant mes yeux !! Il y a 15 jours j'avais encore un téléphone avec un fil....aujourd'hui j'avais un ipad , un ordinateur, j'avais pris la fibre, un abonnement à Netflix....et j'avais bien l'intention de me bouger !

J'inaugurais mon téléphone le soir même en appelant René....Surpris par un numéro qu'il ne connaissait pas il faillit ne pas répondre ! Et on a rit de mes déboires et réussites au cours donné dans l'après midi ! Lorsque je lui dit que j'avais succombé à l'achat d'un séjour en Grèce, j'ai cru l'entendre s'étrangler de rire au bout du fil !! et si tu venais avec nous ??

Envoie moi le lien, tu dois savoir ce qu'est un lien à présent dit il en riant, et je te dis ce que j'en pense !!

C'est fou le bien que ça m'a fait de pouvoir enfin parler de choses que j'ignorais il y a juste une semaine !

Janvier passa à très grande vitesse ! En Février, j’eus un de mes fils au téléphone..

-Que fais tu durant les vacances de Février ?? on voudrait t'envoyer les enfants, Marlène et moi partons au États Unis et les enfants n'ont pas leurs passeports à jour....

    -Ah ça tombe mal ! En Février, j'ai prévu un voyage en Grèce ..15 jours ! Ça tombe juste durant les vacances scolaires !

    -tu ne peux pas annuler ?

    -Pourquoi annuler ?

    -Ben pour garder les petits !

    -Impossible ! Je n'ai pas pris d'assurance annulation....et franchement j'ai bien besoin de me changer les idées !

    -Oui, mais nous ; ça nous arrange pas ! On comptait vraiment sur toi ! Ça fait longtemps que tu n'as pas vu les enfants et ils te réclament eux aussi....

    -oui, c'est bien triste ! J'aurais tellement aimé les voir moi aussi ! Ce sera pour une autre fois ! Je te laisse j'ai un rendez vous ! Embrasse tout le monde !

Et j'ai raccroché ! ouais ! J'ai raccroché !

Le lendemain, il retéléphona..Ce qu'il y a de merveilleux avec ces nouveaux téléphones, c'est qu'on peut voir qui nous appelle quand la personne est enregistrée dans vos contacts!

Une merveilleuse nouveauté pour moi !! je n'ai pas répondu...pas envie de polémiquer, pas envie de devoir expliquer le pourquoi du comment...

et puis, j'avais peur de me laisser convaincre, d'annuler...C'est vrai que les petits me manquaient, mais René avait finalement décidé d'acheter le même voyage et je comptais bien profiter de sa culture sur le sol grec....

Avec Luce, ma nouvelle amie, on écuma les magasins de vêtements de la grande ville d’à côté !

Une nouvelle valise à roulette vint compléter le grand nombre de sacs qui encombraient le coffre!On se fit un petit resto en riant comme des gamines ! Elle me parla de sa vie, de son mari décédé d'un cancer du poumon...Elle avait passé de longues années à le soigner, et à sa mort elle s'était enfermée attendant la mort...Elle n'avait pas eu d'enfants avec son Raymond, et c'est donc seule qu'elle avait dû affronter cette lourde perte...


Et puis un jour, en faisant son marché, elle avait rencontré une vieille amie qui l'avait traînée au cours d'informatique...C'était pas son truc le net, elle ne voyait pas ce qu'elle allait y trouver...Elle y trouva des personnes bienveillantes qui l'accueillirent, qui la firent sortir de son long endormissement...

à présent, elle rendait à son tour ce qu'on lui avait donné ! C'est vers elle que je m'étais tournée, c'est elle qui m'a parlée, écoutée...

et nous voilà, toutes les deux, joyeuses et prêtes à partir pour la Grèce ! J'ai l'impression de rêver !

Nous prenons l'avion dans deux jours à Orly..Nous avons décidé avec Luce de rejoindre René chez lui et nous partirions tous les trois ensemble...

Dans le train qui nous menait vers Paris, j'expliquais ma rencontre avec René...à quel point sa présence avait changé ma vie ! Comment tout à coup,  il avait transformé ma tristesse en joie...j'étais très émue en racontant tous nos souvenirs et Luce buvait mes paroles avec délectation...

Tu verras ! il te plaira ! Il est tellement charmant ! Et cultivé en plus ! C'est un ancien prof d'histoire et depuis qu'il sait que nous allons en Grèce il nous a concocté un superbe itinéraire qui devrait nous plaire !

Gare de l'Est, vite ! Nous descendons et sur le quai je vis la silhouette de René au loin...Mon cœur rata un battement, et le rouge monta à mes joues...

Les présentations furent rapides, Luce...René...Pas de gène entre eux...un grand sourire une belle poignée de mains ...Il me pris brièvement dans ses bras pour une accolade amicale et nous le suivîmes jusqu'à sa voiture !

On rentre chez moi poser les bagages et je vous emmène au restaurant ! Aujourd'hui, on visite Paris et demain on s'envolera pour la Grèce !


Ce fut une soirée magique ! Il nous fit la surprise de nous emmener voir une pièce de théâtre qui passait depuis de nombreuses années et que j'avais envie de voir depuis longtemps !

Épuisés mais heureux nous sommes rentrés chez lui des étoiles plein les yeux...

Luce et moi dormions dans sa chambre d'amis, qui possédait deux lits séparés...Je sentais qu'elle mourrait d'envie de me poser des questions quant à la relation que j'avais avec René, mais j'éludais finement, disant que je ne rêvais que d'une seule chose : Dormir !!


C'est un toc toc à la porte qui nous réveilla....

René était là avec deux cafés ..Il nous attendait pour le petit déjeuner ! L'avion décollait à 14h mais il fallait y être pour midi...

On s'attabla devant un énorme petit déjeuner...et je fus la première à aller prendre ma douche...Le grand miroir de la salle de bain me renvoyait une image que j'avais oublié...Le bonheur d'être avec mes amis m'avait enlevé une dizaine d'années ..Je me sentais jeune, en forme ....plus rien à voir avec la personne de l'été dernier...

Lorsque je laissais la place à Luce, je vis qu'elle aussi souriait, elle aussi avait des étoiles dans les yeux....L'aventure nous donnait du panache !!


René dans la cuisine lavait la vaisselle, je m’emparais d'un torchon pour l'aider...C'était troublant cette promiscuité...Il me posa des questions sur Luce, comment je l'avais rencontrée, où elle habitait....

J'expliquais sa gentillesse, sa bonté, sa grande faculté qu'elle avait d'écouter la peine des autres...Quand Luce me regardait avec ses grands yeux bleus, je savais que c'était moi qu'elle entendait, je savais que chaque parcelle de son coeur compatissait avec le mien...c'est une belle personne tu sais René ! Je suis tellement contente de vous avoir tous les deux dans ma vie !

René serra délicatement mon épaule et m'assura qu'il en était de même pour lui....

Fins prêts tous les trois on fila vers Orly...Enregistrement des bagages, achats de magazines et de quelques douceurs pour le voyage et on se retrouva dans l'avion ...Comme René avait pris son billet plus tard que nous, il ne fut pas à côté de nous ! Mais le voyage était court ! 3h30 ! Luce et moi allions pouvoir bavarder comme des pies !

Allez une p'tite toile !!

Tom Roberts 1856/1931


















mardi 4 janvier 2022

conte de la vie ordinaire Chapitre 3

 Chapitre 3

Un jour, qu'elle était dans son jardin en train de couper des branches de houx afin de se faire une jolie table pour Noël, elle vit quelqu'un traverser le jardin...Surprise, elle se dirigea vers l'homme qui lui tournait le dos...

- S'il vous plaît ! dit elle à voix haute....

L'homme se retourna et vint à sa rencontre....

  • Désolé de passer par votre terrain ! Je sais que j'aurais dû vous demander la permission, mais je vous promets que je n'abîme rien, je fais très attention ! Je vais au cimetière juste derrière la route et ça m'évite de faire le grand tour !

  • Ne soyez pas gêné dit elle en souriant !! tout le village passe par mon jardin pour aller au cimetière ! Et ça ne m'ennuie pas du tout !

  • J'ai l'impression qu'on se connaît ? C'est une idée ?

  • C'est vrai que moi aussi j'ai l'impression de vous connaître ! Vous êtes du village ?

  • J'y suis né mais ça fait longtemps que je n'y vis plus ! Je suis parti j'avais 28 ans mais je reviens de temps en temps chez des cousins à moi qui habitent le village d'à côté et ça me permet d'aller mettre des fleurs sur la tombe de mes parents.....

    Je m'appelle René Deschamps....

  • René ? C'est toi René ??? c'est pas possible !! je suis Louise ; j'étais à l'école du village avec toi ! Quand l'école a fermé et qu'on a dû aller dans la ville à côté nous n'avons plus été ensemble dans la même classe !

    Je le vois qui me regarde l'oeil rieur ! Mais bien sûr !! je me disais bien que je te connaissais ! Mais tu n'habitais pas dans cette maison ?

    - Non ! Cette maison est celle que nous avons acheté mon défunt mari et moi ! Nous y avons élevé deux enfants...On habitait dans le bas du village et on a bien souvent joué ensemble ! Tu te souviens des parties de cache cache les soirs d'été ?

Mais viens ! Rentrons ! Si tu as du temps, je te fais un café ou un thé...Il commence à faire frisquet !

Le chat inquiet vint le renifler sous toutes les coutures et finalement le trouvant à son goût sauta sur ses genoux...

Après un thé et une assiette de petits gâteaux nous avons partagé des tonnes de souvenirs de notre enfance ! Tout à coup j'ai senti que mon dos se redressait, que ce masque triste qui était le mien depuis quelques mois était remplacé par un visage plus chaleureux …

quelqu'un me regardait, m'écoutait, parlait le même langage que moi...C'était comme si la vie était venue s'inviter à table !

Il devait partir, ses cousins l'attendaient, mais il promit de repasser bientôt...

Pour la première fois, depuis longtemps, je m'endormis le cœur léger...

Dans 4 jours ce serait Noël....D'avoir revu mon vieil ami m'avait donné un regain de vitalité ! J'allais chercher dans le grenier de quoi faire une jolie déco . Tout de suite quelques guirlandes lumineuses transformèrent la pièce en un endroit chaleureux et intime...

René se présenta le lendemain après midi, et je l'accompagnais au cimetière ...Nous avions coupé quelques roses de Noël dans le jardin, et nous avons fleuri les deux tombes...Celle de ses parents et celle de Marc mon mari...

La veille nous avions parlé longuement de nos vies..Lui aussi avait perdu sa femme il y a une dizaine d'années...Il habitait la région parisienne et il repartait chez lui après nouvel an...Comme moi il vivait seul, avait eu un fils qui était parti en Nouvelle Zélande, s'y était marié avait eu deux enfants qu'il ne connaissait qu'au travers des écrans...

Il envisageait d'aller les voir ; mais le voyage en avion lui faisait peur!Presque deux jours de voyage pour y aller !

-Que fais tu pour Noël ?

-Un petit repas sympa avec mon chat dis je en riant !

Pourquoi ne viendrais tu pas fêter Noël avec nous ? Je me sens toujours un peu isolé dans la famille ! Avec toi, je pourrais parler ! Dis moi oui, je t'en prie !

Il ne fallut pas le dire deux fois ! Je répondis oui, avec grand plaisir !

Le lendemain, je me rendis à la ville voisine, chez la coiffeuse pour la première étape , en quelques coups de ciseaux elle m'enleva dix ans et ensuite dans une boutique de vêtements ...j'y dénichai une jolie robe noire avec manches en dentelles, une paire de collants noirs transparents....J'achetais des fleurs, des chocolats, quelques bouteilles de bons vins ..Je me sentais légère pleine d'entrain...C'était assez spectaculaire de se sentir autant en vie..

Le 24 décembre René passa me chercher vers 19h...Après les félicitations d'usage sur notre apparence nous partîmes dans sa voiture jusqu'au village voisin...

Ce fut une soirée intime, nous étions 6 autour de la table ; et les conversations étaient gaies et pleines de souvenirs ..

Ce fut une semaine très joyeuse, j'étais dehors pratiquement tous les jours...René m'emmena au restaurant, au musée...On se fit même un cinoche dans la ville toute proche !! Comme des enfants on partagea un immense gobelet de pop corn ...On gloussait tous les deux aux mêmes blagues du film, on s'attendrissait sur les mêmes scènes ..dès la sortie on parlait pendant des heures de ce qu'on avait aimé, on se posait les mêmes questions...

Et puis, il dût partir.. le départ était pour le 3 janvier...On se promit plein de choses, qu'on allait s'appeler tous les jours, qu'on se reverrait bientôt...

Toutes ces choses qu'on se dit quand on se quitte....

Je restais sur le pas de la porte longtemps après que la voiture ait disparu...

Ma petite vie tranquille pouvait reprendre...Mon chat avait repris sa place sur le radiateur, moi, ma place dans mon fauteuil....j'avais de nouveau enfilé mes vieilles fringues confortables....Je me rendis compte que je n'avais pas pensé une seule fois aux enfants...

Ils étaient sans doute encore à la neige , en tout cas je n'avais reçu aucune carte postale...ça me fit sourire ..Cette fois ci je n'avais pas attendu, je n'avais pas guetté le facteur...Comme quoi quand on est occupé on peut oublier ce qui avait été la principale préoccupation de ma vie auparavant !

René appela dès le lendemain, on parla tellement longtemps que j'envisageais d’acheter un téléphone sans fil ! Au moins je pourrais le trimballer dans toute la maison plutôt que de rester debout devant mon bahut !!

Aussitôt dit, aussitôt fait....et puis, soyons fous ! Je me laissais convaincre par un portable avec un abonnement qui me permettait d'avoir internet...

Ma mère disait souvent « c'est pas à 75 ans qu'on devient parachutiste ! » elle voulait dire par là qu'à cet âge là,  on est tellement vieux qu'on ne peut plus rien tenter !

Eh bien j'allais apprendre à « naviguer » comme disait mon petit fils....et comme je trouvais que l'écran était un peu petit, je me laissai tenter par un ordinateur ! Tant qu'à faire une folie, faisons là jusqu'au bout !!

Allez une p'tite toile !!!

Catrin Welz Stein jeune graphiste pleine de talent !




lundi 3 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire...Chapitre 2

 Chapitre 2

Coucou ! Salut c'est nous....on ne viendra pas cet été ! Figure toi que nous avons loué une grande maison en Espagne, une maison avec piscine, tu parles comme les enfants sont contents...et nous aussi ! On a bien besoin de soleil et de repos !

Elle est là, figée au téléphone...son vieux téléphone avec fil, qui ne lui permet même pas de s’asseoir car le fil est trop court...et pourtant elle aurait bien besoin d'une chaise pour poser son chagrin....Les larmes coulent sans bruit, et elle l'entend qui jubile sur les beautés de l'endroit, de ses avantages, du prix de la villa...et figure toi, qu'il y aura une femme de ménage qui sera à demeure pour s'occuper de la bouffe et des enfants ! Un vrai bonheur ! Allez ! On t'embrasse, les enfants t'enverront des cartes postales !!!

Elle n'a pas pu parler, pas pu dire sa peine...pas pu parler des préparatifs..pas pu demander pourquoi ?

Pourquoi ? Pas même « excuse nous de ne pas avoir prévenu plus tôt, pas même : « mais comment vas tu maman ? » Rien...3 minutes au téléphone, vite, vite on est pressés on a les valises à préparer.....

Le chat a tout compris, il vient se lover sur ses genoux en ronronnant pour la consoler du gros chagrin qui coule sur ses vieilles joues...

Elle va tourner deux jours dans la maison, sans rien entreprendre, elle oubliera même de manger...puis, elle va ranger nappes et couverts et s'installer dans son vieux fauteuil près de la fenêtre....Elle n'est pas amère, pas en colère, elle est triste...

Sa vieille voisine toque à la vitre : «  alors Louise, on se repose avant le grand rush des vacances ? Ils arrivent quand tous vos petits ?

Et elle sourit bravement en disant : «  oh, Suzanne, ils ne viennent pas cette année ! Trop de travail, les examens des enfants.....j'étais prévenue depuis longtemps, donc pas de surprise ! Il viendront sans doute pour les fêtes de fin d'année ! Cette année l'été sera calme dira t elle en souriant !

Toujours le masque, toujours cacher sa peine...Ne rien dire que le village pourrait colporter...Que va t elle faire de toutes les provisions qui remplissent sont congélateur ? Ça lui donne des sueurs froides ! Elle s'en veut de penser à ces choses sans importance, mais ça l'empêche d'avoir mal …

Il va falloir continuer à vivre, sur la pointe des pieds, sans bruit pour ne pas déranger...

L'été s'est écoulé lentement, la chaleur étouffante l'a obligée à rester dans la fraîcheur de sa maison...Elle a cuisiné pour elle et le chat mais le congélateur semble toujours aussi plein..Et le boucher qui passe une fois par semaine est tout surpris de ne plus la voir venir chercher son petit steak haché ou sa tranche de jambon...

L'épicier aussi s'est posé la question, il a même demandé à Suzanne si la Louise n'était pas partie en vacances !!

Non ! Elle écoule un peu chaque jour toutes les provisions qu'elle avait faite en vue de la venue des enfants...

Elle a guetté le facteur tout le mois de juillet...Puis tout le mois d’août...hormis quelques factures aucune carte postale...ni coup de téléphone...

Début septembre elle a essayé d'appeler..Mais elle est tombée sur le répondeur et elle n'a pas su quoi dire...juste « bonjour, c'est moi ! Donnez des nouvelles ! »

Octobre, novembre..Elle a eu enfin un de ses fils, salut, c'est moi ! Tu vas bien ? Excuse nous, je viens seulement de trouver ton message sur le répondeur ! On va bien, les enfants grandissent ! Nous avons loué un chalet à la montagne pour 10 jours et nous allons fêter Noël et Nouvel an là bas..! On a bien besoin d'aller se détendre au ski ! Bon ! Je te laisse ! Prends soin de toi ! Je t'embrasse ! On t 'enverra des cartes postales !

Elle n'a même pas pu parler, elle a senti que c'était inutile... Comme c'est dur de ne plus faire partie de la fête ! De ne plus compter dans les instants de ses enfants !

Peut être que c'est la suite normale de la vie ? Un jour on est là, plein de vie, plein de désirs de faire des choses, on élève les enfants du mieux qu'on peut et ensuite ils s'en vont fonder à leur tour leur propre foyer ...et ils passent du temps avec leurs enfants, leurs amis, et les parents sont rangés au placard..Ils ont fait leur temps, ils sont moins productifs, moins attrayants, ils sont devenus lents, ne comprennent rien à tous ces trucs connectés..

Les discussions se cantonnent au temps qu'il fait, ils survolent vos vieilles douleurs, parce ce que eux sont plein de vie et ne comprennent pas votre fragilité ….

Heureusement elle n'avait rien prévu pour Noël ...Son congélateur n'aurait pas supporté plus de nourriture !

Le chat a tout compris il sait que pour Noël la table n'aura qu'un couvert et que lui, mangera tout près de sa maîtresse afin de lui tenir compagnie ..

Peut être était il temps d'envisager la maison de retraite ? 75 ans ! Elle ne se sentait pas vieille mais il fallait quelle se ménage !

Elle avait toujours pensé qu'elle finirait ses jours dans cette vieille maison pleine de souvenirs, mais ça, c'était quand elle pensait qu'enfants et petits enfants seraient de temps en temps présents pour égayer ses jours...

Ses douleurs la courbait chaque jour un peu plus, et elle envisageait de demander de l'aide pour le ménage et les quelques petits travaux qu'il fallait faire dans la maison...

Son médecin lui avait parlé de son cœur qui était fragile et qu'il fallait ménager...Il lui avait donné un tas de brochures remplies de maisons qui proposaient des services  de plus en plus pointus aux seniors...

Quel dommage de ne plus pouvoir entretenir cette immense maison et cet immense jardin !

allez ! un p'tite toile !!

Helen Allingham 1848/1926



dimanche 2 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire......

 



Quel sage ce Confucius !! Je vous souhaite le meilleur pour 2022...Je lis depuis deux jours des centaines de voeux et mon esprit est vide de mots ! Pourtant, mon coeur est grand ouvert et rempli de jolies choses...Allez...je souffle très fort et je vous les envoie  ! Bonne année !!!

Hier, j'ai commencé à écrire un petit conte qui était censé être un conte de Noël et qui s'est transformé au fur et à mesure que j'écrivais...Je n'ai jamais de plan quand j'écris, je laisse courrir mes doigts sur le clavier et je ne suis même pas sûre que c'est moi qui choisit les mots....

Ce matin, lorque je me suis relue, c'était comme si j'ouvrais un livre inconnu...

C'est de la FICTION.....Je l'écris en majuscule afin qu'on me comprenne bien !! ce n'est pas MA VIE...

Ce sont des mots mis bout à bout qui donnent une histoire biscornue,  avec des personnes qui ne sont pas réelles non plus !!



Chapitre 1

Un rayon de soleil l'a poussée sur le devant de sa porte..et ses yeux sont tristes de voir que l'herbe commence à pousser entre les pierres qui façonnent le chemin... Les visites se font de plus en plus rares, et elle n'a plus le courage de pencher l'échine pour arracher les herbes folles....

Elle est de plus en plus courbée pourtant,la terre lui semble de plus en plus proche, et chaque petit pas lui arrache un gémissement qu'elle espère intérieur, car ça ne se fait pas de gémir.... Ses parents lui ont appris la vie ! On marche la tête haute, on sourit et surtout on ne dit rien de ses peurs, de ses faiblesses...elle a joué longtemps, très longtemps ce rôle ! À tel point que dans le village, on disait : « oh ! La Louise, la vie lui a glissé dessus...pas d'aspérité, une vie lisse comme une peau de fillette... »

Elle a su porter le masque très tôt, jamais elle n'a montré les blessures, les cicatrices que la vie lui a infligées ...

Les roses trémières autrefois hautes et frêles se sont courbées elles aussi comme si la vieillesse les accablait ...Les rosiers grimpants ont perdu leurs tuteurs, et poussent échevelés , entremêlés dans la vieille glycine qui n'est plus taillée depuis très longtemps....
Même le chat ne sort plus..Il reste sur le radiateur, près de la fenêtre, l’œil aux aguets, les moustaches frémissantes, mais ne bouge pas d'un poil...Il sent que sa vieille maîtresse n'est plus en état de bouger et dans sa tête de chat il essaie de l'accompagner au mieux...

Il attend....

Car il fut un temps où la maison vivait, où des tas de petits pieds faisaient résonner le vieux plancher aux planches disjointes...

La maison était un endroit où on se retrouvait pour les vacances, où les grandes tablées réunissaient petits et grands durant les vacances...ça jouait, ça riait, ça criait ..ça vivait quoi !
Et puis le temps a passé...les visites se sont espacées ;...Les enfants se sont éloignés , venir dans ce petit village de 200 âmes ça faisait ringard...et puis la vieille mère n'était plus à la hauteur de la tâche....dans le temps, ils laissaient les petits enfants et s'en allaient vadrouiller dans les villes avoisinantes , là où il y a de la vie, là où tout allait plus vite...Ressasser le temps passé n'est plus d'actualité, elle sentait bien qu'elle n'était plus comme ils désiraient qu'elle soit..

Pourtant ces petits, c'est elle qui leur avait tout appris, elle avait passé tout son temps avec eux, elle était là pour le genou écorché, pour le premier chagrin d'amour, pour le diplôme raté, pour encourager à recommencer...

Elle avait été là au temps des fiançailles, du mariage, des premières grognes, des premiers départs fracassants, je retourne chez ma mère....des je t'aime moi non plus ..Des réconciliations dans les larmes, du premier né adulé....et puis des autres à qui elle apprenait avec patience les chansons que leurs pères avaient chantées des années plus tôt...Elle avait été là lorsqu'ils avaient construit leur nid, avait aidé, soutenu les projets.....


et puis, il y a eu l'année où personne n'est venu...

Pourtant elle avait tout préparé, lavé et séché les draps au soleil...ça sentait bon la lavande, les fleurs du jardin s'épanouissaient dans les grands vases....Elle avait rempli le congélateur, ça mange bien ces petits...Ils devaient être 9 dans la maison, et elle barrait tous les soirs sur le calendrier le jour écoulé....Elle avait tellement hâte de les voir !

Elle avait ciré ses vieux meubles jusqu'à en avoir mal dans les épaules, mais les enfants aimaient tellement cette odeur de miel et de cire parfumée..

Le chat regardait ces préparatifs en lissant ses vieilles moustaches, et se réjouissait à l'avance de toutes les caresses qu'il allait recevoir..Il la voyait de temps en temps se reposer dans son fauteuil près de la fenêtre, les yeux fermés, et il sentait que les idées bouillonnaient dans sa vieille tête ...


Encore 4 jours et ils seraient là...elle avait déjà écrit tous les menus dans son vieux cahier de cuisine, tous les plats qu'ils adoraient manger quand ils étaient petits....

Chaque matin elle se levait avec enthousiasme, ne sentant plus les douleurs qui parfois l'assaillaient...Elle sortait et inspectait les nappes et les serviettes bien pliées...extirpait la ménagère remplie de couverts reluisants ! C'était un cadeau de mariage et on ne la sortait que dans les grandes occasions ! Mais là, elle avait décidé qu'on mangerait chaque jour avec la vaisselle fine et les couverts des fêtes ! C'est tout juste si elle ne mettait pas la table de suite, rien que pour le plaisir de ses yeux....

Allons sois raisonnable Louise ! Encore 4 dodos comme disait son arrière petit fils et ils seront là !

Et puis le téléphone a sonné....

Une petite toile pour vous faire patienter !

Sergei Vinogradov 1869/1938