Il est bon parfois de se retourner sur son passé, afin d'apprécier un peu plus ce que l'on a.....C'est bizarre , mais ce matin, durant deux heures, j'ai relu mes vieux écrits, et durant ces deux heures , la douleur a pratiquement disparu......
L’amertume, la « honte », je l’ai vécu à l’internat…Car j’y suis allée en internat, je les ai laissés dans leur merde et je suis partie…Pas une question de survie, non, l’envie de vivre tranquille, de ne plus penser, de ne plus craindre, de vivre mes 15 ans comme une fille de 15 ans, sans soucis….
Chaque jour, je l’ai eue la honte, je me suis même chargée de 15 kilos de honte…Je terminais tous les plats, ne comprenant pas que les autres filles levaient la gueule sur tout, moi je mangeais,consciencieusement…Je mangeais pour moi, je mangeais pour eux, je m’enfilais certains soir 10 tranches de jambon , repoussées dédaigneusement par mes copines de table, je terminais les plats d’épinards, les plats de légumes, de viande…Même les corbeilles de pain ,je pillais ! je cachais les vaches qui rit dans mes poches avec du pain et la nuit, je mangeais 10 vache qui rit d’affilée…
Jamais de ma vie, je n’avais vu autant de variété de nourriture, il y a des légumes que j’ai découvert, le chou fleur, les salsifis,les asperges….je ne laissais rien…Je faisais des réserves pour ramener à la fin de la semaine chez moi.
Si j’avais pu rester en internat tout le temps, j’y serais restée. Les week-end ramenaient leur lots de problèmes…La chienne de vie était là, elle n’avait pas disparu…Mes fromages écrasés dans ma valise étaient immangeables…Je ne leur donnais même pas de ce que je recevais. Quand la petite chieuse, me demandait si c’était bien là où j’étais, je répondais « bof »…Tu es bien mieux avec papa et maman. Inutile de lui donner des idées…Je me sentais sale, je ne pouvais pas partager mes découvertes avec eux…
Je ne pouvais pas leur dire , matin, midi et soir je mange….équilibré et non pas une soupe de légumes avec un fruit…
Pourtant maintenant , je les regrette presque les soupes de mon père, un grossier minestrone avec légumes, patates et pâtes…Qui tenait au ventre !
En plus, le week-end, tout le monde essayait de me faire plaisir…Ils pensaient tous que j’étais malheureuse sans eux…Mon père nous faisait des crêpes l’après-midi, que je mangeais avec un poids dans la gorge…Manges, ma fille,manges !
Le retour de l’enfant prodigue était« fêté » chaque fin de semaine…Et c’était ma punition, le poids s’installait, on m’appelait « la pleine lune »,tellement j’avais grossis…Au collège, j’ai bien essayé de me limiter, mais c’était pas possible…Je savais que la nourriture était jetée et je ne pouvais pas…. Comment faire, à qui en parler… ?
Le dimanche après-midi, mon père me payait le cinéma, j’y allais avec une copine, car il n’y avait pas les sous pour ma sœur et moi. Comment avait –t-il pu économiser pour ça ? Mystère. .Il y avait des dimanche, où il n’y avait pas d’argent, et moi, je me permettais de râler,de pleurnicher, de menacer de ne plus rien faire à l’école si je n’allais pas au cinéma.. Et mon père, dès le samedi après midi partait à la recherche de cet argent qui allait ramener le sourire à sa fille chérie.. ; des fois il en trouvait….merci papa …et je filais, insouciante, les laissant rouler tout l’après midi…. A qui avait-il emprunté ?
Moi, je ne roulais plus, mon père s’y était mis…Oui,quelle honte, il s’était mis à rouler des tickets. Sans doute pour empêcher ma mère de râler lorsqu’il me donnait des sous…. Ma mère ne travaillait plus dans son usine de chaises, la boite avait fermé…Mon père était en maladie et alternait hôpital,maison…. Il touchait des indemnités journalières merdiques…..mais franchement,ce n’était plus trop mon problème à l’époque…J’étais au propre, au sec, avec tout ce qu’il me fallait et je préférais oublier ce qui faisait leur vie quotidienne.
Eh ! oui, égoïste, sans cœur, c’est moi. Je fis des caprices de gamine trop gâtée, ma copine allait au bal le samedi soir à la maison du peuple, il a fallu que je les travaille au corps, mais j’y suis arrivée. En plus de l’argent du cinéma, il fallait qu’il trouve l’argent pour l’entrée de bal. Lorsque mon père travaillait à l’usine de tissus, il ramenait des chutes, je me faisais tailler des robes, que je dessinais sur une feuille, afin que ma mère me les fasse durant la semaine…Ma pauvre mère, combien de soirées elle a passé dessus,pourquoi suis-je passée par cette période égoïste ? C’est ça, la crise d’adolescence ?
Parfois lorsque je n’avais pas ce que je voulais, je leur disais que je ne comprenais pas…Ils avaient pourtant une bouche de moins à nourrir, la moindre des choses était qu’ils se débrouillent pour que j’aie ce que je demandais lorsque je venais en week-end !….. Si ça continue, je ne rentrerai plus, au collège, il y a la télévision et ceux qui reste là bas, la regarde tout le temps durant les deux jours. Mon père blêmissais, ma mère serrait les dents …..
Je ne voyais plus rien, uniquement mon bon plaisir,ils n’avaient qu’à se débrouiller avec leurs problèmes, moi j’étais sauvée.J’ai fais la 4ème et la 3ème en internat. La dernière année , durant les grandes vacances, j’ai dû travailler…On connaissait quelqu’un à l’hôpital qui pouvait me faire rentrer comme fille de salle. J’ai travaillé les deux mois, mon père était hospitalisé dans le service où je bossais… c’était un avant goût des futures études que j’allais entreprendre.
J’ai vu mon père dans un autre contexte, celui de l’hôpital des années 65…J’avais à la fois peur et pitié…Son corps voûté, ses petits pas, son pyjama qui tombe sur ses fesses devenues inexistantes…
Je fais le ménage, je cache pour lui des topettes devin.. C’est mal je sais, mais il les prend avec plaisir, pour les vomir aussitôt….Si je ne lui en donne pas, son regard quémande….Tu penses à moi,…..Mais oui papa je pense à toi, mais tu vas être malade…Ça fait rien, ça me fait du bien…Il souffre le martyre, pas de calmant à l’époque, ou inefficace…Ma mère ne vient pas le voir, ou en coup de vent, elle n’a pas le temps, elle roule, elle…










