lundi 10 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire...FIN


Dernier Chapitre !

J'apportai la salade de fruits dehors, et André vint à ma rencontre...Je lui pris la main, et l'attirai contre moi..

-Je suis prête je crois !

-Alors moi aussi ! Et il m'embrassa tendrement...

Les enfants repartirent et on se félicitât tous pour cette belle soirée...

-Viens, laisse la vaisselle, on aura tout notre temps demain...

Il me suivit jusqu'à la chambre, j'invitai le chat à aller dehors chasser les souris et je me coulai dans les bras accueillants d'André....

Le matin nous trouva enlacés, je sentis avant d'ouvrir les yeux , son regard sur moi...Confuse, je fermai les yeux;..  moi qui avait prévu de me réveiller 1h plus tôt que lui afin de passer dans la salle de bain pour me rafraîchir...ben j'avais perdu ! Au moins il ne pourrait pas dire qu'il avait été trompé sur la marchandise !

-Ne bouge pas me dit il ! Je vais préparer le café...On va traînasser au lit et prendre notre temps !

Vite je filai dans la salle de bain attenante...Les dégâts n'étaient pas si énormes ! J'avais les joues bien rouges ; les cheveux ébouriffés, mais les yeux brillants...

J'avais perdu le goût du bonheur depuis si longtemps ! Cette tendre nuit m'avait redonné une jeunesse que j'avais cru perdue...

Tout alla très vite ! Et quand je dis vite , ce fut vite !!

J'avais raconté à André les aventures de Luce et René, leur futur mariage...Les préparations à faire, mon rôle de témoin...

-Et si on faisait un double mariage ?

-Tu es fou ! On se connaît à peine !! Nous n'avons plus l'âge des folies...

-Si on ne fait pas des folies à notre âge, on ne les fera jamais...Si tu acceptes, tu choisis l'endroit où tu as envie de vivre...Nice ou ce charmant village...ou bien on peut vivre aux deux endroits ..L'hiver dans le midi et l'été chez toi ..Qu'en penses tu ?? Tu sais combien de temps il faut pour publier les bans ?? 10 jours ! On peut se marier très vite ! À moins que tu ne veuilles un grand mariage !!

J'étais perdue ..

-C'est de la folie ! Tu comprends bien que je ne peux pas décider de ça tout de suite...Il faut que j'en parle aux enfants...

-Appelle les !! Invite les à manger ce soir et annonçons leur la nouvelle !

J'étais morte de trouille...que savais je de lui ?? que des banalités, un peu de sa vie....lui connaissait un peu la mienne .est-ce que ça suffisait pour construire quelque chose qui tiendrait la route ?

-As tu un notaire de confiance ?

-Oui, celui qui s'est occupé de la succession quand mon mari est décédé....

-Prends rendez vous ! Et afin que tes enfants ne m'accusent pas d'être un vieux gigolo profiteur, tu vas leur céder la maison et garder l'usufruit...et si tu le désires on fera de même avec la mienne .Je n'ai pas d'héritiers, tu seras par le mariage propriétaire de ma maison ; qui reviendra, le plus tard possible j'espère, aux enfants et petits enfants....

ça me semblait fou ! Ça allait trop vite !

Il me tendit mon téléphone..Tu appelles tes enfants et on parlera de tout ça autour d'un bon repas !

Ce ne fut pas simple d'emporter l'adhésion des enfants...ça pinaillait dur sur des questions idiotes qui me firent monter la moutarde au nez !

-Cette réunion, c'était juste pour vous annoncer la bonne nouvelle ! Si vous n'êtes pas capables de penser que je peux avoir encore un peu de bonheur, vous pouvez partir ...J'en ai marre d'avoir cette sensation que c'est vous qui devez décider de ma vie...Dans 3 mois, nous nous marierons...Si vous êtes là, vous nous rendrez très heureux, sinon, c'est que vous n'avez pas encore compris que la vie est courte, très courte et que je n'ai plus de temps pour ce genre de tergiversations...

Ils partirent en colère, mais je restai ferme...

Toutes les démarches administratives eurent lieu en un temps record...Nous revîmes bien sûr Luce et René qui se réjouirent de ce double mariage …

Luce et moi, passâmes beaucoup de temps en essayages, rien de clinquant ! Nous n'avions plus l'âge ! Le mariage se ferait à la mairie de mon petit village, et André avec l'aide d'une personne dont c'était le métier une « wedding planner »(quel nom barbare!) avait mis au point avec elle la réception qui devait avoir lieu dans notre jardin...J'avais interdiction d'y mettre les pieds, de regarder les préparatifs...C'était une surprise !

Le grand jour arriva sous un beau soleil d'automne ; j'étais fébrile et déçue de n'avoir pas eu de nouvelles des enfants...André me rassurait du mieux qu'il pouvait..

-Tu verras, ils accepteront l'idée...Peut être pas tout de suite, mais dans quelques mois tu les verras arriver à la maison !

J'en étais moins sûre que lui...

Nous partîmes à pieds jusqu'à la mairie en un long cortège...Une trentaine d'invités nous suivaient gaiement ! Tout le village était dehors et applaudissait à notre passage...

Et devant la mairie les enfants et petits enfants nous attendaient....Mon maquillage fut ruiné en un quart de seconde ! Les larmes trop longtemps retenues coulaient sur mes joues...

André souriait, me consolait....Je savais qu'il avait sans doute beaucoup œuvré pour que cette journée soit plus que parfaite ! Et j'en fus convaincue quand je vis mon fils lui donner une franche accolade !

Que dire de la suite ?

Luce et René furent les premiers à dire oui...Je les regardais avec beaucoup de tendresse, mon béguin pour René était passé aux oubliettes et je n'aurais échangé ma place pour rien au monde! Le bras D’André entourait mes épaules..Je sentais sa force, son amour et je me sentais comblée..Je t'aime lui murmurais je doucement !

Juste un petit pincement...Un tout petit pincement ...Et je me sentis tomber dans un grand trou noir....Ce coeur fragile détecté par mon médecin avait dit son dernier mot....

J'avais l'impression de flotter au dessus de tout le monde ...Je voyais André faire les premiers gestes de secours, j'entendais mes fils crier, j'entendis même les sirènes des pompiers...Et puis je fus attirée vers un autre jardin...Un autre monde …..

Allez une p'tite toile !! Cette artiste a vécu 3 ans au japon ..elle y a peint cette superbe toile ! 

Lilla Cabot Perry 1848/1933





dimanche 9 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 8


Chapitre 8

Le lendemain j'appelai les enfants mais je tombai sur leur répondeur...Ils étaient en vacances en Italie et devait visiter le pays...

Le jardin avait besoin d'eau, il n'avait pas bénéficié du climat Irlandais ! Je comprenais à présent pourquoi leurs jardins étaient aussi florissants !! soleil...pluie ; puis à nouveau soleil ! C'était le paradis !

Moi qui n'aimait pas les fils à la patte, je me voyais prendre tous les jours mon téléphone dans mes moindres déplacements...Pas d'appel d'André..J'étais un peu perplexe et j'aurais pu l'appeler mais je ne me voyais pas en train de le harceler...Peut être était ce mieux ainsi..

Un après midi où je traînassais sur une chaise longue derrière la maison, j'entendis une voiture klaxonner...Et je vis René suivi de Luce se diriger vers moi...Ils se tenaient la main, avaient rajeunis de 10 ans...Je les enviais intérieurement et ne pouvais m'empêcher d'en vouloir toujours un peu à Luce..

Mais elle me serra tellement fort dans ses bras, m'embrassa avec tellement de tendresse que je laissai couler mes larmes...Il fallait que je sorte cette folie de mon cœur...

Luce et René venaient m'annoncer leur futur mariage , ils voulaient que je sois leur témoin...J'acceptais immédiatement, et je vis leurs visages s'éclairer !

-Tu es tellement importante pour nous me dit René ! Si je ne t'avais pas revue, jamais je n'aurais rencontré Luce...Je suis tellement content que tu sois notre amie...

Je pouvais laisser couler mes larmes ; c'était des larmes de regret, mais eux n' y virent que des larmes d'attendrissement...

J'avais trois mois devant moi pour aider Luce aux préparatifs..Ce serait quelque chose d'intime, quelques amis bienveillants et un voyage de noces dans la foulée de la cérémonie...

J'eus vraiment du mal à me remettre de la nouvelle ; mais il fallait avancer, la messe était dite !

Le soir même , alors que je me consolais avec un verre de vin blanc, le téléphone sonna...André se rappelait à mon bon souvenir..Je n'avais pas envie de répondre, pas envie de parler de ma tristesse, pas envie de l'entendre..

ça faisait une semaine qu'on avait quitté l'Irlande, et il n'avait même pas pris de mes nouvelles...

Moi aussi je pouvais ne pas être sympa...je laissai sonner ..sonner...

Mon vieux chat faisait des vas et viens ne comprenant pas pourquoi ce truc sonnait ...D'ordinaire ça ne durait pas aussi longtemps !

Le silence s'installa....Je regardais quand même s'il n'avait pas laissé un message....Même pas !

-Allez ! Viens le chat, on va faire un tour au jardin ! Je vais couper de la ciboulette et faire un bon fromage blanc avec des pomme de terre à l'eau....

J'ouvris la porte et me trouvai nez à nez ...avec André ! Il était là, sur le pas de ma porte, avec son sourire ravageur, son œil attendri...Et moi, j'étais là, ébahie avec mes vieilles fringues et mes charentaises...

-Tu réponds pas au téléphone dit il en guise de salut ?

-Tu as téléphoné ? Demandais- je candide !

-à l'instant....J'ai entendu la sonnerie au travers de la porte, donc je savais que tu étais là....

Je baissais la tête, gênée, mais lui, pas rancunier pour un sou me prit dans ses bras et m'embrassa dans les cheveux …

Oubliée la ciboulette, oubliée ma peine, je l’entraînai dans la maison le chat sur les talons...

-Tu es venu chercher de la fraîcheur dans l'Est ??

-Non, je suis venu pour être avec toi ..Parce qu'une semaine de plus sans toi c'était pas possible...J'ai réglé ce que j'avais à faire chez moi, et si tu me veux bien comme locataire...Je suis à toi pour le temps que tu voudras...

C'était de la folie ! De la douce folie, mais de la folie quand même ! Je lui demandai quand même d'avoir de la patience, que moi, je n'avais pas encore tout réglé dans ma tête ni dans mon cœur....qu'il me fallait un peu de temps..

Que mes enfants allaient sans doute pousser des grands cris....que ...que....

-Arrête de te chercher des excuses, on va régler tout ça au fur et à mesure...M'acceptes tu dans ta vie pour l'instant ? Comme ami si tu ne veux pas que je sois autre chose ..Je suis prêt à attendre , mais ne traîne pas trop, les années passent vite !

Il dormit dans la chambre d'amis...Moi, je ne fermai pas l'oeil de la nuit...Le chat me regardait avec inquiétude, tu comprends lui disais je, il est trop jeune ! Il ne se rend pas compte mais 5 ans c'est énorme ! Je vais être la risée de tout le village.....

et je m'écroulai vers le petit matin sans avoir trouvé de solution...

J'ouvris l'oeil avec une bonne odeur de café ….Il avait eu le temps d'aller chercher des croissants et avait préparé une jolie table sous la tonnelle...

J'avais fait un effort de toilette et même si je n'avais dormi que quelques heures je me sentais en forme...

-Écoute ! J'ai tourné et retourné la situation dans tous les sens, je sais que j'ai des sentiments pour toi, mais je ne sais pas si c'est de l'amitié ou autre chose..Et puis tu es plus jeune que moi, j'ai peur de l'opinion des enfants....

-Stop !! Viens déjeuner, on a du temps devant nous...on reparlera de tout ça plus tard...

-Tu as raison ! Profitons de cette belle journée en amis, prenons notre temps...

La semaine passa tellement vite que je fus toute surprise quand je vis les enfants arriver sans avoir prévenu...

Les présentations furent un peu bizarres mais André avec beaucoup de charme et de charisme les mis tous à l'aise..On fit un immense barbecue , et l'alcool dénoua les langues..Les enfants posèrent des questions, firent des pronostics sur notre relation, que je me gardais bien de réfuter...

Ils me regardaient d'un autre œil, un œil étonné, un œil interrogatif...Je souriais, me prêtais au jeu ...Les petits enfants entonnaient « Mamie a un chéri...Mamie a un chéri..... » Je ne détrompais pas et André souriait...

Un de mes fils me suivit dans la cuisine …

-Tu sais ce que tu fais maman ?

-Je fais quoi à ton avis ?

-à toi de me le dire ? Il est plus jeune que toi, tu es sûre qu'il n'est pas intéressé ? Qu'il ne guigne pas sur la maison ? Tu es veuve depuis un certain temps et très naïve, c'est l'idéal pour certains hommes...Je ne voudrais pas te récupérer en miettes ….

-Tu penses que je ne peux pas plaire encore ?

-C'est pas ce que je dis, mais ça me semble bizarre ! En tout cas, ne t'engage pas sans nous en parler....Nous avons notre mot à dire !

J'ai failli rire ou alors pleurer...c'était terrible de voir comment mon fils jugeait la situation...Finalement, c'était juste ce qu'il me fallait pour prendre ma décision..

Allez une petite toile rigolote....Vous vous souvenez de mon histoire de  souris ? Le jeune Abelard de la colline bleue ?? Qui avait regagné sa colline après moults péripéties...Eh bien il est toujours heureux et fidèle à sa Minnie,  petite souris des jardins.Comme je les ai croisés l'autre jour, je vous mets une photo .Si c'est pas de l'amour, ça y ressemble beaucoup !!.





samedi 8 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire Chapitre 7

 

Chapitre 7

Je ne revis ni Luce ni René avant mon départ...Je leur avais juste envoyé un message depuis l'avion qui m'emportait vers l'Irlande...

J'étais complètement folle d'avoir pris ce séjour ! Je ne parlais pas un mot d'Anglais et j'allais sans doute rater plein de choses..Mais tant pis ! Ce voyage avait pour but de visiter les plus beaux parcs et jardins...quelques visites étaient prévues dans des rues colorées, dans des magasins de tissus, de pulls en laine tricotés mains...moi, ça me convenait bien ! Et puis, si je n'avais pas envie de bouger, je resterais à l'hôtel qui, sur la brochure était magnifique !

À peine avions nous décollé, le temps de boire un jus de fruit et on était arrivés !Encore plus rapide qu'en Grèce !! Il était 17h30 et il pleuvait ! Ça commençait bien !!

Après récupération des bagages, un homme avec une pancarte où le nom de l'agence était inscrit nous réunit près d'un bus ...Nous étions une trentaine, de tous les âges...

Beaucoup de couples, je crois que j'étais la seule femme seule ! Chacun prenait sa place, et je pensais faire le voyage jusqu'à l'hôtel seule, mais non ! Un homme s'installa sur le siège à côté du mien....

-Je ne vous dérange pas ? Je crois que nous sommes les deux seules personnes qui ne sommes pas en couple dans ce bus !

-Installez vous ! Pour le temps du trajet on va former un couple comme tout le monde lui dis je en souriant !

-Je me présente : je m'appelle André , j'habite Nice et je n'en peux plus de cette chaleur de dingue ! Je pars pour me refroidir 3 semaines avant de retourner affronter la fournaise du mois d’août !!

-C'est trop drôle ! Je m'appelle Louise et j'habite un petit coin dans l'Est de la France qui ressemble beaucoup à l'Irlande ! Comme vous je n'aime pas la chaleur et j'ai lu que dans une journée en Irlande il pouvait y avoir les 4 saisons..La pluie, le soleil, le vent, le frais....On va s'amuser !! j'espère que vous avez pris un Kway !

-bah non ! C'est quoi un Kway ?

-Un truc qu'on noue autour de la taille et qui nous sert bien quand tout à coup la pluie se met à tomber !!!

-Qu'aurais je fait d'un Kway à Nice dit il en riant !!La pluie est aux abonnés absents !!

ça commençait bien finalement ! Je n'étais pas seule et André parlait suffisamment l'anglais pour me sortir des situations épineuses ! C'est lui qui débrouilla mon problème de perte de valise...On apprit qu'elle était partie avec l'autre bus qui venait vers l'hôtel...

Ouf ! Je me voyais déjà avec une seule tenue sur le dos durant tout le séjour !!

Les chambres étaient confortables, dans un style différent de celles que nous avions en Grèce...Plus cosy...Je rangeai mes vêtements dans l'armoire , fit un tour dans la salle de bain et descendit dans le hall pour un pot de bienvenue...

L'ambiance était gaie et je fis connaissance avec un couple de jeunes retraités qui m'assaillirent de questions ! Vous êtes seule ? Venez à notre table ! Eric et Marie habitaient dans un département voisin de mien et on se trouva très vite des sujets de conversation plaisants...

Heureusement, les explications données lors de la réception étaient en français et on apprit très vite que la salle à manger était composée de tables pour 6 personnes, qu'il y avait une salle de sport mise à disposition avec hammam et sauna, qu'un salon de beauté et une boutique se trouvaient dans le hall...enfin tous les petits détails qu'on doit savoir pour rendre le séjour agréable !

On nous distribua un programme avec les différentes activités prévues pour les jours à venir, en nous précisant bien que rien n'était obligatoire !

Puis on nous invita à passer dans la salle à manger où un immense buffet était mis à disposition...

Notre table de 6 se remplit peu à peu..On voyait déjà les clans se former ! Les jeunes avec les jeunes...et les anciens se regardaient du coin de l'oeil cherchant déjà, rien qu'au regard des affinités possibles !

Comme j'étais seule, notre table resta à 5...Je cherchais vainement André des yeux, il avait dû rencontrer une autre personne esseulée et s'était sans doute attablé avec elle....

L'autre couple se présenta...Ils venaient de Grenoble, s'appelaient Joël et Sylvie, étaient des grands voyageurs...avaient déjà fait le tour du monde...Ils monopolisèrent la conversation durant tout le repas...

Je trouvai ça assez pénible, et je commençais à me dire qu'être seule en voyage n'était pas le bon plan ! Je me dirigeai vers le buffet quand j’aperçus André en bas des escaliers qui menait aux chambres..Lui aussi me vit et vint vers moi à grand pas ..

-Vous avez trouvé une table ?

-Oui, dis-je en la lui désignant !

-Il y a de la place pour un vieux retardataire ?

-Tout à fait !! Nous ne sommes que 5, et vous pouvez pas imaginer comme je suis contente de vous voir !Nous avons un couple qui parle pour 6 et personne n'a assez de culot pour les couper !! Je viens juste chercher un dessert et je file dans ma chambre ! Les entendre pérorer plus longtemps, très peu pour moi !

-eh bien je vais prendre le repas en marche et pour combler mon retard je vais prendre 5 desserts !!

Très drôle ! Je n'y croyais pas mais il remplit son plateau de mousse au chocolat , crème brûlée, salade de fruit, muffins...

-Vous êtes sûr que vous n'allez pas faire une overdose de sucre ?

-Non ! Croyez moi, mon plateau va faire jaser ! On va leur clouer le bec à ces deux touristes !!

Effectivement ils en eurent le souffle coupé ! Ce qui permit à André de se présenter, de nous faire rire avec des anecdotes ensoleillées, de donner la parole à Eric et Marie...Finalement ce qui avait si mal commencé se termina dans la joie...Nous partîmes ensuite prendre un verre au bar..Les deux grenoblois ne nous y suivirent pas !!

On se donna rendez vous pour le petit-déjeuner et chacun regagna sa chambre !

Malgré cette soirée conviviale, je ne pus m'empêcher de penser à Luce et René et au grand nombre de messages auxquels je n'avais pas répondu..Mon cœur ratait toujours un battement lorsque je pensais à René...Est ce parce qu'il était le premier homme que je regardais depuis la mort de Marc ? M'avait il donné l'impression qu'il pouvait y avoir quelque chose de sérieux entre nous ?

Malheureusement je pense que j'avais pris mes désirs pour des réalités! Les marques de sollicitude et d'amitié pour un cœur assoiffé comme le mien pouvaient passer pour des marques d'amour..

Il fallait que je l'oublie et que devienne plus sereine quant aux relations que nous pourrions avoir à l'avenir..

Je passai 3 semaines exaltantes ! Chaque jour, les visites dans les parcs et jardins nous réjouissaient le yeux et le cœur..Très vite, André me suivit dans toutes mes excursions...Nous mangions ensemble, faisions du sport ensemble, et petit à petit j'en vins à me confier à cet amoureux de la vie..

Il était toujours joyeux, toujours partant pour faire la fête...Au fil des jours le tutoiement entre nous s'imposa tout naturellement...Il me parla un peu de sa vie...

Il était divorcé depuis 17 ans, sa femme était partie avec son meilleur ami et il avait gardé longtemps de la rancune et de l'amertume envers eux...Il avait fallu, 5 ans plus tard ; que son ami l'appelle pour lui annoncer que son ex femme était à l'hôpital et qu'elle désirait le voir pour que sa colère retombe...Il était allé la voir, avait revu son ami à son chevet, et il avait lu tant d'amour dans leurs yeux qu'il avait compris que la haine était un sentiment stérile, qu'elle empoisonnait son cœur depuis des années et que ça l'empêchait de reconstruire à nouveau quelque chose...

Dieu merci, Denise s'en était sortie, et depuis ils entretenaient des relations amicales ...Ils n'avaient pas eu d'enfants ensemble, Denise ne pouvait pas..

Je lui parlai de ma vie, du décès de Marc, de mes enfants et petits enfants...De ma peine lorsque je m'étais rendue compte que je m'étais oubliée quelque part...Du voyage en Grèce, de Luce et René qui s'étaient trouvés...Et pour la première fois, je le dis sans amertume aucune..

André était beaucoup plus jeune que moi, 70 ans, mais il avait vécu beaucoup plus intensément...et malgré notre différence d'âge, je le trouvais bien plus mature que moi ! Et pourtant 5 ans de différence à notre âge, c'était visible !!

ça ne semblait pas l'affecter ! Je savais que 3 semaines ça passerait vite, et que bientôt il retrouverait sa ville de Nice et moi, mon petit village campagnard...

Alors je vivais intensément ; sans retenue, on était bien ensemble et les regards des autres nous le confirmaient...

Deux jours avant le départ, je le trouvais pensif...

-t'as déjà commencé les valises ? Lui demandais-je

-Pas encore, je crois que je les ferai au dernier moment pour ne pas bousculer mon cœur me répondit il !

-Bousculer ton cœur ? Ça veut dire quoi ?

-Je n'ai pas hâte de partir...On va se séparer et on était bien ensemble non ??

Je n'allais pas m'emballer, la vieille Louise fit son retour...avec son masque …

-C'est vrai que c'est dommage ! On a passé des moments délicieux ! Mais le téléphone est là, on s'appellera...Je ressens beaucoup d'amitié pour toi et ce voyage m'a éclairée sur plein de choses ! Tu vas vite retrouver tes habitudes, moi je vais retrouver mes enfants, mon chat, mes amis, mon cours d'informatique...

Tu m'enverras des photos du bel endroit où tu habites..Je t'en enverrai de ma campagne..

-Tu prends ça avec beaucoup de légèreté je trouve ! Ça me donne l'impression que nous n'avons pas vécu les mêmes choses...

-Mais bien sûr que si ! Seulement je savais qu'un jour on rentrerait et qu'on reprendrait notre petit train train quotidien !

J'étais triste de le quitter,mais je ne voulais pas m'emballer...Je n'avais plus l'âge des amours de vacances...Nous avions profité à fond de ces 3 semaines, mais je ne sais pas si dans un autre contexte ça aurait été la même chose !

Les deux derniers jours furent moroses...

Il pleuvait le jour du départ...On préféra se dire au revoir dans le Hall puisque nos places dans l'avion étaient numérotées et éloignées l'une de l'autre...

-Tu as mon adresse, mon N° de tel...J'ai tes coordonnées...On s'appelle dès qu'on arrive ! Je tremblais intérieurement, mais je souriais bravement ..Il me serra longuement dans ses bras..et puis chacun partit dans un bus différent...

J'écrasais une vieille larme et me jurai intérieurement que c'était le dernier voyage que je ferais ! La Grèce m'avait chamboulée avec René...L'Irlande avec André...J'avais un vrai cœur d'artichaut ! Dorénavant, je resterais bien tranquille avec mon chat, c'était moins dangereux pour mon vieux cœur !

D'ailleurs mon vieux chat me fit la gueule lorsque je rentrai..Dès qu'il me vit, il me tourna le dos, la queue levée très haute et ne vint pas pour les caresses habituelles ..J'essayais de l'amadouer avec une boite de thon, mais rien n'y fit !

Vite je ré enfilais mes bonnes vieilles fringues , mes pantoufles et redevins la mamie qui était partie trois semaines auparavant !

Plusieurs messages des enfants sur le répondeur...Je les appellerai demain, pour l'instant, je savourais encore un peu les souvenirs de ce voyage peu banal..

Allez une p'tite toile !!

Edmund Tarbell 1862/1938




vendredi 7 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 6

 

Chapitre 6

Arrivés à Paris, René récupéra sa voiture sur le Parking et on se dirigea vers la gare de l'Est....Luce avait sa main posée sur le genou de René et je sentais la tristesse qu'ils avaient à se séparer....

-Et si vous restiez quelques jours chez moi proposa René ? Je pourrais vous faire visiter Paris, on irait au Louvre, à Pompidou....Luce applaudit très fort !!

-oh oui ! Dis oui Louise, je t'en prie !

Je ne pouvais pas...Rien que de l'envisager la nausée me montait à la gorge !

-Moi je ne peux pas, mais qui vous empêche de le faire tous les deux ? Tu n'as personne qui t'attend Luce, mais moi, mon vieux chat serait certainement très triste de ne plus me voir !

Les deux amoureux se serrèrent très fort la main !!

-C'est dit !! je reste !!T'es sure que ça ne t'ennuie pas Louise ?

-Mais non !! je suis contente pour vous ! Profitez bien et envoyez moi une carte postale ! Faire un peu d'ironie ça prouve qu'on est bien dans ses pompes !

René me déposa gare de l'Est...Les adieux s'éternisèrent et je n'avais qu'une envie c'était qu'ils s'en aillent ! Je n'en pouvais plus de ce sourire forcé que j'avais plaqué sur ma bouche depuis une dizaine de jours..

2 petites heures de trajet, et je retrouvais ma voiture qui m'attendait sagement à la gare...

Vite, ouvrir ma porte, vite sentir l'odeur de ma maison, vite me déshabiller ; vite prendre mon chat contre moi et verser une petite larme …

Mon répondeur regorgeait de messages en tous genres...

j'en écoutai un seul parce que je n'avais pas la force..La force d'accepter les reproches, la force de m'entendre traiter d'égoïste qui se plaint de ne pas voir ses petits enfants mais qui déclare forfait quand ils ont besoin d'elle....

Je les effaçais tous sans les écouter ! Fini de jouer les victimes !

Je soupai d'un café au lait avec des tartines de beurre et de camembert, souvenir d'enfance...et comme je ne voulais pas pas penser je pris un somnifère qui m'emmena directement dans les bras de Morphée...

Le lendemain, je repris mes vieilles habitudes, à un moment dans la journée le téléphone sonna...Luce ! Pas le courage de répondre, je laissai sonner...Il allait me falloir du temps !

Le lendemain René essaya de me joindre...Pareil ! Je savais que c'était idiot et lâche mais je m'accordais quelques jours de vacances...et puis, quand Luce réitéra son appel je répondis....

-Mais où étais tu ? René et moi ça fait deux jours qu'on essaie de te joindre ! On commençait à être inquiets !

-Excuse moi ! Mais lorsque je suis rentrée de la gare, mon téléphone est tombé dans la voiture et je ne l'ai retrouvé qu'aujourd'hui ! Comment allez vous ?

-C'est merveilleux ! On s'entend tellement bien, qu'on envisage de s'installer ensemble !

-Formidable ! Je suis tellement contente pour vous !

-Je ne te remercierai jamais assez pour m'avoir permis de le rencontrer ! Jamais je n'aurais pensé que ça pouvait encore arriver ce genre de coup de foudre ! Encore merci ! On se voit bientôt ?

-Bien sûr !! préviens moi quand tu rentres ! De toute façon j'imagine que les cours d'informatique c'est fini pour toi !! René est assez doué dans ce domaine et il pourra t'aider à surfer sur le net comme une grande !!

-Oui ! Préviens le prof que je ne viendrai plus et remercie le pour ses compétences !

Je raccrochai un peu triste, un peu envieuse aussi....Mais il fallait se faire une raison c'est Luce qui avait gagné le gros lot et je lui souhaitais tout le bonheur du monde !

Le printemps arriva de bonne heure...J'eus beaucoup de travail dans le jardin, un jeune du village contre quelques billets venait m'aider à tailler, bécher planter...

Mes fils avaient téléphoné pour me dire qu'ils avaient reçu mes cartes postales...Tu t'es bien amusée ? En tout cas tu nous a mis dans une sacrée mouise en ne prenant pas les enfants ! Tu en es consciente ou pas ?

-Bah ! Vous avez trouvé une solution j'imagine ? Je ne suis pas la seule dans votre entourage à garder les enfants quand vous en avez besoin !

-En tout cas, on te les amène fin juin...Figure toi, que Marlène et moi n'avons pas pu avoir de congés en Juillet....

-Décidément, vous n'avez pas de chance ! La Grèce m'a donné des envies de voyages et j'ai déjà mes billets pour un voyage en Irlande ! Je pars 3 semaines avec des amis...Je crois qu'il va falloir que vous demandiez de l'aide ailleurs !

Mais si ça vous va, je vous invite tous à manger fin juin, juste avant mon départ...

Je ne répéterai pas tout ce qu'il m'a sorti durant les 5 mn que je l'ai eu au téléphone...de toute manière j'avais posé l'appareil et je me faisais sauter des crêpes pendant qu'il vociférait ! Vous dire l'importance que ça avait à mes yeux !!

à un moment j'ai stoppé l'appel ! Merde !

3 jours plus tard il acceptait mon invitation....

Le dernier dimanche de juin, je les vis arriver, le cœur un peu battant, ça faisait longtemps que je ne les avais pas vus...Ce fut un peu tendu la première demie heure, mais comme il faisait beau et que j'avais décidé que ce serait repas barbecue, ils furent assez occupés pour allumer le feu et faire les grillades, ce qui les empêchèrent de me faire des reproches...

Ils avaient trouvé une solution pour les enfants, les beaux parents prenaient le relais...

Nous passâmes une belle journée, on parla de la Grèce, de l'Irlande, de mes cours d'informatique...Ils étaient étonnés de me voir aussi active, mes belles filles me trouvaient épanouie et elle m'encouragèrent même à continuer à prendre soin de moi ! On trouve que vous avez rajeuni ! ...On va pouvoir se voir et se parler sur skype...c'est super !

La journée passa très vite et on promit de se revoir au mois d'août !

Une chose est sûre c'est que je ne les attendrais plus....Plus jamais je ne ferais de projets à l'avance sur le fait qu'ils allaient « peut-être «  venir....C'était fini!J'allais vivre ma vie !

Finalement quand j'étais la petite souris grise qui accédait à tous leurs désirs je n'étais pas considérée...Je suis devenue réelle quand je me suis rebellée...quand j'ai imposé mes choix...quand j'ai arrêté de jouer un rôle!J'avais la solution depuis longtemps mais je n'osais pas...Dorénavant j'allais être moi ...J'allumais mon ordinateur et j'achetai un voyage de 3 semaines en Irlande pour le mois de Juillet...

Allez une p'tite toile !! 

Alain Muller Paysage Irlandais





jeudi 6 janvier 2022

Conte de la vie ordinaire chapitre 5


Chapitre 5

C'était une première pour toutes les deux ! Nous n'avions jamais pris l'avion et n'avions jamais quitté notre région...C'était vraiment une belle aventure qui s'ouvrait devant nous !

J'avais éteint mon téléphone afin de plus avoir à répondre à mon fils...

Moi, contrairement à lui j'enverrais des cartes postales !

Luce fermait les yeux , je crois qu'elle ne voulait pas voir l'avion décoller ! Moi je voulais tout voir, tout ressentir...ça faisait trop longtemps que j'étais endormie..

Je guettais René du coin de l'oeil et je le trouvais bien séduisant..c'était étrange cette sensation que je croyais avoir oubliée...Après la mort de Marc, seuls les enfants avaient retenu mon attention...Je n'imaginais même pas pouvoir ressentir des sentiments pour un autre homme..J'avais donc laissé de côté toute coquetterie, toute envie de plaire...

Et là, je me surprenais à faire des efforts, à mettre de nouveaux vêtements, à soigner ma coiffure....René était le premier homme que je regardais vraiment..et ce que je voyais me plaisait..

Luce ouvrit les yeux et comme elle était côté hublot elle regardait émerveillée les nuages qu'on traversait..

-Non ! Mais tu te rends compte ?? on part en Grèce avec un homme que je connais à peine mais qui est charmant....et nous allons toi et moi partager toutes les belles choses qui voudront se présenter à nous ;..Tu trouves pas que c'est fou ??

-Ouais !! complètement ouf comme dirait mon petit fils !!

Je la vis qui guignait du côté de René qui lui était plongé dans un magazine...

-Dis moi, il y a quelque chose entre vous deux ?

Je piquai un fard et je m'empressai de répondre : « mais non ! Quelle folle tu es ! Ce n'est qu'un ami d'enfance que j'ai été ravie de retrouver !Nous partageons plein de souvenirs et nous avons plein de goûts en commun mais c'est tout !! »

Pourquoi ai je répondu aussi catégoriquement qu'il n'était rien pour moi ? Alors que je sentais mon cœur battre plus vite lorsqu'il était près de moi ? Je n'avais pas envie de parler tout de suite de ces étranges sentiments qui m'envahissaient...

La voix du commandant de bord nous annonça le temps qu'il faisait en Grèce et que nous allions bientôt atterrir ! Le temps avait filé à une vitesse folle !

Nous nous retrouvâmes rapidement sur le tarmac prêts à nous lancer à la recherche de nos bagages...

René, en grand voyageur qu'il était ; nous guida avec célérité vers le tapis roulant...On récupéra les valises et on se retrouva hors de l'aéroport, un peu éberluées, dépaysées incapables de comprendre la langue des hommes qui voulaient à tout prix nous emmener à l’hôtel dans leurs taxis !

Après un trajet d'une demie heure les lumières de l'hôtel nous accueillirent gaiement. Nous étions au même étage Luce et moi ...J'avais le numéro 209 et elle ; le numéro 214...René était à l'étage supérieur !

Un peu comme des petites filles nous naviguions d'une chambre à l'autre, comparant les avantages de l'une ou de l'autre !

-Tu te rends compte, on a un petit frigo dans la chambre, rempli de petites bouteilles ; on va pouvoir être pompette tous les soirs !

-Moi ça sera le chocolat qui fera mon bonheur !! et si on s'habillait un peu plus léger pour aller dîner ??

Nous avions quelques heures devant nous et je décidai de prendre un bon bain, rempli de mousse !! le luxe insolent !

Un peignoir douillet accueillit mes vieux os et j'en profitai pour refaire une petite retouche maquillage et cheveux..

Un petit toc toc vint interrompre mes préparatifs....René était là, à la porte, détendu lui aussi ! Il avait fait comme moi ; le fait de paresser dans un bain chaud l'avait remis à neuf !

-On descend ? Dans quelle chambre est Luce ?

-Juste un peu plus loin....un petit coup de fil et elle va nous rejoindre !

j'aurais voulu parler avec lui de ce merveilleux voyage, de voir si nous ressentions les mêmes émotions mais Luce apparut dans l'encadrement de la porte, svelte et légère dans une robe gris perle qui faisait ressortir le bleu de ses yeux !

René la félicita sur son apparence et s'empressa de lui offrir son bras....

Je me retrouvai un peu bête, un peu à l'écart, mais lorsqu'on on est trois c'est souvent le cas...

L'ascenseur nous déposa dans le hall...Il était 18h et nous décidâmes de faire un petit tour à l'extérieur...

ça me semblait trop idyllique pour être vrai...Moi, qui était dans la déprime il y a 6 mois qui envisageait de rentrer en maison de retraite, j'étais dans un hôtel magnifique entourée de deux amis sympathiques, qui m'écoutaient et m'entouraient de leur amitié...

Je fis provision de cartes postales dans la boutique de l'hôtel, j'avais bien l'intention de tenir ma promesse et de les écrire !

Les trois premiers jours se passèrent dans une ambiance de rires, de grandes discussions, d'explications de René qui était un merveilleux pédagogue... je m'attachais à lui de plus en plus, et je me surprenais à rêver d'un avenir plus rapproché...

Et puis, une nuit, je fus malade ! Ça avait commencé par un mal de tête épouvantable dans l'après midi et j'avais laissé mes amis partir à Athènes ;moi, j'étais restée dans l'ombre de ma chambre une serviette mouillée sur le front...

Ils étaient passé me voir avant le repas du soir, mais j'avais préféré ne rien manger afin d'être plus en forme pour le lendemain...

Je m'attendais à ce que Luce passe me voir en remontant du restaurant, mais comme il était 22h j'éteignis ma lampe pensant qu'elle était partie se coucher …

à 2h du matin, de fortes nausées me firent sortir du lit...

J'avais pensé à toutes sortes de médicaments mais pas le vogalène...Tout doucement, je me dirigeais vers la chambre de Luce ..Peut être en avait elle dans sa pharmacie ?

Je toquais à sa porte...une fois, deux fois....j'hésitais à frapper trop fort pour ne pas réveiller les voisins.....et j'entendis du bruit...et j'entendis chuchoter....

La porte s'ouvrit sur une Luce à moitié endormie....

-Mais que se passe -t-il ? Tu es malade ?

-Je n'en peux plus de vomir ! Aurais tu emporté du vogalène par hasard ? Et comme je trouvais qu'on faisait trop de bruit dans le couloir, je me glissais dans l’entrebâillement de la porte....et je me trouvai nez à nez avec René, un peu gêné, enveloppé dans un peignoir de bain...

-oh quelle petite mine tu as me dit il ? Ça ne va pas mieux ?

-Non ! Les nausées et les vomissements me mettent à plat lui dis- je et je crois que je vais faire appel au toubib de l'hôtel si Luce n'a pas de Vogalène...

Luce était mal à l'aise, génée...René l'était lui aussi et moi, je ne pouvais pas montrer ma détresse...ça ne se faisait pas ! Allez Louise ! Relève la tête et souris ; tu ne dois rien montrer !

René se proposa de descendre à l'accueil pour expliquer mon problème...

Les premières minutes furent pénibles entre Luce et moi...Elle ne savait pas comment me dire l'attirance qui avait tout de suite existé entre eux...

Je l'ai mise tout de suite à l'aise en lui disant à quel point j'étais heureuse de leur complicité même si au fond de moi quelque chose était en train de se briser...

René réapparut avec le médecin qui me donna de suite le médicament qu'il fallait et je repartis dans ma chambre les laissant heureux dans la leur....

Que dire ? J'ai pleuré toute la nuit...j'ai pleuré sur ce qui aurait pu être, j'ai pleuré sur quelque chose qui n'avait pourtant pas commencé...j'ai pleuré sur ma bêtise, sur mes projets d'avenir avec quelqu'un....

J'ai encore gardé la chambre le lendemain...et ils sont partis main dans la main pour une visite au Parthénon...

La Grèce n'avait plus le même attrait pour moi, j'aurais préféré y être seule, car les voir tous les jours aussi proches l'un de l'autre me faisait mal...

Nous avions pu parler Luce et moi, et elle avait été tellement contente lorsque je lui avais dit qu'il n'y avait rien entre nous...René lui avait plu tout de suite, et elle ne se serait jamais aventuré à répondre à ses avances si j'avais eu une inclinaison pour lui...

Je la rassurais du mieux que je pouvais et je vous assure que c'était une sacrée prouesse, car au fond de moi ça hurlait...

Je me traînais littéralement chaque jour, le sourire aux lèvres, personne n'aurait pu deviner ma détresse...

Enfin, ce fut le départ ! Ma valise était déjà prête depuis deux jours !

Luce et René rayonnants m'attendaient dans le hall..

De les voir aussi épanouis et heureux me donna un peu d'aigreur ! Mais vite, je plaquais un sourire béat sur mon visage et nous partîmes vers l'aéroport...

J'appréhendais les 3h de voyage, le bavardage de Luce et puis j'eus une idée qui les fit fondre, je proposais à René d'échanger nos places, comme ça ils pourraient continuer à roucouler sans gêne …

Je ne me retournai pas une seule fois durant ces 3 heures...J'avais fermé les yeux et laissé mon esprit vagabonder...J'étais contente à l'idée de retrouver mon vieux chat qu'une voisine était venue nourrir...contente de ré endosser mes vieilles fringues, contente de ne plus jouer de rôle....

Allez ! Encore quelques heures et je pourrais lécher mes plaies tranquillement....

Allez une p'tite toile !! Un peintre que j'adore ! qui peut mieux que lui peindre la solitude ???

Edward Hopper 1882/1967