Chapitre 9
Zélie :
De
le voir, comme ça, si perdu me crevait le cœur...Je ne pouvais pas
lui parler de nos projets communs, je n'étais même plus sûre qu'on
les réaliserait...
Un
soir, lors d'une sortie avec nos potes, je fis connaissance d'un
garçon qui était le cousin d'une copine de la bande...On arrosa
fortement la soirée, et nous finîmes en boite ...Il me plaisait
bien ce Bastien, il ne connaissait pas nos histoires, on pouvait
enfin parler de choses différentes...
Cette
soirée se termina sur un baiser...je fus troublée, mais la vie
continuait...Noah était mon pote, bien décidé à le rester et
j'avais ma vie à construire...On se revit tous les jours de la
semaine suivante...C'était agréable, de parler d'une seule voix,
d'écouter la sienne...Noah et moi nous avions les mêmes histoires,
le même vécu..On ne s'apprenait plus rien..L'un commençait une
phrase, l'autre l'achevait..c'était bien rodé mais sans surprise !
Je
revis Noah plusieurs fois..Il me reprocha de me faire rare, mais je
savais qu'il voyait un psy et qu'il avançait...J'avais toujours ce
petit coup au plexus chaque fois qu'on se voyait, mais moi seule le
savait..
Le
mois d'Août se termina..Bastien devait bientôt repartir en région
Parisienne et il me demanda si j'avais toujours comme projet de venir
faire des études à Paris...Il n'avait rien contre le fait de
m'héberger et plus si affinités...J'éludais la question et lui
promis de l'appeler pour en parler...
Un
jour, je passai chez Noah et je vis sa mère en train de faire des
cartons...Elle y rangeait un tas de bricoles à emporter chez
Emmaüs...
-Vous
faites du tri ? Dis je en me saisissant d'un poupon éborgné
qui traînait sur la table...
-Oui,
je voudrais désencombrer cette pièce pour me faire une lingerie...
Je
triturais ce pauvre poupon qui ne m'avait rien fait, quand j'entendis
derrière moi la voix de Noah...
-Je
suis sûr que tu vas essayer de lui mettre une robe rose, car même
si c'est un garçon tu as décidé de l'habiller en fille !
Je
me retournai d'une traite....
-Comment
tu as dit ? Tu veux bien répéter ?
Il
vint tout près de moi , me prit dans ses bras et me dit ; Mes
souvenirs reviennent en masse ! Et de te voir avec ce poupon a
fait remonter en moi un vieux souvenir...Mon premier jour d'école !
J'ai raison ou pas ?
-Oui !
Mon Dieu c'est fou ! Tu te souviens de ça...
-De
ça et de plein d'autres choses...Tu es ma meilleure amie, ma
sœur...Celle avec qui j'ai fait les 400 coups, celle avec qui j'ai
fait des projets..Je ne sais pas encore tout, mais pour le reste tu
m'apprendras...
Je
pleurais tout doucement, sa mère aussi...J'étais son amie, sa
sœur....j'aurais tellement voulu être son amour...Mais ça ne se
commande pas..
Il
m'invita à sortir , mais je devais aller manger avec Bastien...
-Trop
tard, la place est prise lui dis je en riant..J'ai rencontré un
garçon et depuis quelques semaines nous nous voyons souvent...Il va
repartir en région parisienne et nous devons parler du projet que
nous avions d'aller faire nos études à Paris....Je ne sais pas si
tu seras suffisamment en forme en octobre pour rentrer à la fac,
mais Bastien propose de m'héberger...Nous devons en discuter ce
soir...
Je
ne voulais pas te troubler avec ça, mais il me faut prendre une
décision..Nous devions toi et moi prendre une coloc à Paris et
faire nos études ensemble, mais il me semble que c'est compromis...
-Mais...Mais
pourquoi tu dis ça ? Pourquoi est-ce compromis ? Je ne
comprends pas ! Qu'est ce qui nous empêche de partir ensemble ?
Je
ne pouvais absolument pas lui dire : Parce que je suis amoureuse
de toi et qu'il ne m'est pas possible de vivre avec toi dans ces
conditions ;...Il n'était pas responsable, l'amour ça ne se
commande pas !Alors, lâchement je dis : « parce
qu'il y a Bastien à présent, et que je serai sans doute avec
lui... »
J'eus
l'impression qu'un bâtiment venait de lui tomber sur la tête....Il
tourna les talons et partit..
Sa
mère me regarda d'un air désolé...
-Il
n'avait pas besoin de ça Zélie !
-Peut
être ! Mais la rentrée arrive vite et il faut bien
prendre des décisions...
Je
la laissai déconcertée au milieu de ses cartons...
Noah :
Ce
psy me fait avancer à grande vitesse ! Je retrouvais des
souvenirs qui me sautaient au visage sans ménagement aucun...Partout
il y avait Zélie...Elle faisait tellement partie de ma vie que rien ne me
venait sans sa présence à mes côtés..
Je
crois bien que jétais amoureux d'elle, depuis longtemps sans doute,
mais comme on s'était enfermé dans ce rôle de frère et sœur je n'avais jamais osé lui parler de mes sentiments...
Je
vois bien qu'elle a changée, la Zélie de mes souvenirs est plus
sauvage, plus drôle, moins coquette..Celle que je retrouve
aujourd'hui est belle, racée...Elle porte des robes, se maquille
légèrement...
Je
crois que je vais lui parler, je ne sais pas comment l'aborder sur ce
point car je ne suis pas sûr que cela soit réciproque...
Quand
je la vis tripoter ce poupon dans l'atelier de ma mère, un souvenir
remonta à la surface...
Comme
c'était bon de la serrer contre moi, de savoir qu'elle serait
toujours là pour moi...
Et
puis, elle me parla d'un Bastien...Et le monde s'est écroulé..J'ai
compris qu'elle avait des projets ailleurs, avec un autre
garçon...quelle allait partir, me laisser...et mon angoisse
remonta...Je filai dans ma chambre..Je comprenais bien qu'elle ne
pouvait pas rester seule indéfiniment , j'étais bien sorti avec
Jade, mais ça me rendait malade de m'être rendu compte trop tard
qu'elle m'était indispensable pour vivre...
Ce
soir là, je ne pus manger avec mes parents...Je me sentais trop mal
pour parler de tout et de rien....Je restai donc près d'eux, au
salon, et mon père vint me rejoindre sur le divan...Ce père, muet
la plupart du temps, grognon, me regardait pour la première fois
avec compassion...
Il posa la main sur mon épaule et dit : « tu
sais, rien n'est écrit...Il suffit parfois d'ouvrir son cœur à
l'autre et d'y voir ce qui se cache...Vous êtes comme les deux
doigts de la main depuis votre enfance, vous vous sentez frère et
sœur, mais vous ne l'êtes pas...Et je sais que Zélie est plus
proche de toi que tu ne le penses...Si tu savais tout ce qu'elle a
mis en œuvre depuis ta disparition, les recherches qu'elle a
entreprise, les fois où elle craquait et pleurait avec nous...Je ne
suis pas très causant, mais je sais lire ce qui se cache dans le
cœur des autres...Et je pense que Zélie, ce n'est pas de l'amitié
qu'elle ressent pour toi...c'est plus fort !Tu n'as plus le
temps Noah ! Va la rejoindre et dis lui ce que tu ressens,
demain il sera trop tard...
Je
regardai mon père avec ahurissement...C'était surprenant de le voir
prendre la parole et affirmer ainsi ses opinions..Lui qui était muet
et absent la plupart du temps, me rassurait et me poussait à agir..
Je
le serrai dans mes bras et sorti rapidement...Courir était compliqué
mais je marchai aussi vite que possible jusqu'à chez
elle..J’espérais de tout mon cœur qu'elle n'était pas encore
partie...
J'allais
envoyer un caillou dans ses volets quand je vis sa silhouette
derrière la porte ..Lorsque la porte s'ouvrit j'en eu le souffle
coupé...Elle était belle , elle s'était préparée pour un autre et
je la voyais tellement resplendissante que je sus que j'avais
perdu...Elle s'était faite belle pour lui...
-Noah ?
C'est toi ?
-Oui,
je venais juste te dire bonsoir..Mais je vois que tu es prête pour
partir au restaurant....
-Ben
non ! Je venais justement chez toi ! J'ai annulé le resto
avec Bastien et je voulais qu'on sorte ensemble comme tu me l'avais
proposé...ça te dit de traîner avec ta vieille copine ce soir ?
-Je
veux pas traîner avec ma vieille copine...
-Ah...c'était
pas sérieux l'invitation ?
-Si,
elle était sérieuse, mais c'est à la femme de ma vie qu'elle
s'adressait..
-La
femme de ta vie ?....
-Écoute,
cet accident aura été bénéfique puisqu'il m'a permit de me rendre
compte que je t'aimais...Je ne sais pas si c'est réciproque, et
depuis mon retour je voulais t'en parler..Jusqu'à ce que tu me
parles de Bastien ;..J'ai compris que tu avais rencontré
quelqu'un et ça m'a sonné...Mon père m'a dit de venir au moins
t'en parler....Que peut être....
Je
n'eus pas le temps de terminer ma phrase...Elle se lova dans mes bras
et m'embrassa à en perdre le souffle.....
Elle
ne dit qu'un seul mot après ce baiser : « Enfin ! »
Allez une p'tite toile !
Catrin Welz-Stein...Quelques mots sur cette jeune femme...Catrin adore manipuler les images. Dans son univers fantasmagorique, tout est possible: l'humain est indissociable de la nature, se mêle à elle, aux animaux, pour ne faire qu'un avec eux. Avec Catrin, il est possible d'effleurer la lune, qui se réduit à un simple ballon de baudruche. Il est possible de jouer à l'équilibriste sur la pointe des pieds. Avec Catrin, une montgolfière peut s'élever dans l'air grâce à un pissenlit géant...La devise de Catrin Welz-Stein: profiter de la vie, penser positif, les petits moments sont aussi précieux que les grands.