mardi 6 septembre 2022

Anniversaire !

 

Aujourd'hui c'est mon anniversaire ! Et en ouvrant internet ce matin je suis tombée sur ce texte qui est tout à fait d'actualité.....

Que fais-tu grand-mère, assise là, dehors, toute seule ?

-Eh bien, vois-tu, j’apprends.

J’apprends le petit, le minuscule, l’infini.

J’apprends les os qui craquent,

Le regard qui se détourne.

J’apprends à être transparente,

À regarder au lieu d’être regardée.

J’apprends le goût de l’instant,

Quand mes mains tremblent,

La précipitation du cœur qui bat trop vite.

J’apprends à marcher doucement,

À bouger dans des limites,

Plus étroites qu’avant et à y trouver,

Un espace plus vaste que le ciel.

-Comment est-ce que tu apprends tout cela grand-mère ?

-J’apprends avec les arbres,

Et avec les oiseaux,

J’apprends avec les nuages.

J’apprends à rester en place,

Et à vivre dans le silence.

J’apprends à garder les yeux ouverts,

Et à écouter le vent.

J’apprends la patience et aussi l’ennui.

J’apprends que la tristesse du cœur,

Est un nuage, et nuage aussi le plaisir .

J’apprends à passer sans laisser de traces,

À perdre sans retenir,

Et à recommencer sans me lasser.

-Grand-mère, je ne comprends pas, pourquoi apprendre tout ça ?

-Parce qu’il me faut apprendre,

À regarder les os de mon visage,

Et les veines de mes mains,

À accepter la douleur de mon corps,

Le souffle des nuits,

Et le goût précieux de chaque journée,

Parce qu’avec l’élan de la vague,

Et le long retrait des marées,

J’apprends à voir du bout des doigts,

Et à écouter avec les yeux.

J’apprends qu’il faut aimer,

Que le bonheur des autres,

Est notre propre bonheur,

Que leurs yeux reflètent dans nos yeux

Et leurs cœurs dans nos cœurs.

J’apprends qu’on avance mieux,

En se donnant la main,

Que même un corps immobile danse,

Quand le cœur est tranquille.

Que la route est sans fin,

Et pourtant toujours exactement là.

-Et avec tout ça, pour finir, qu’apprends-tu donc grand-mère ? »

-J’apprends, dit la grand-mère à l’enfant,

J'apprends à être vieille !

~ Joshin Luce Bachoux ~




mardi 30 août 2022

J'ai 3 ans....


Un témoignage trouvé ce matin...et ce rituel est le lot de tellement d'enfants !

J'ai 3 ans  et je suis grande......

J'ai 3 ans je suis grande, je vais à l'école, maman et papa travaillent, je me lève à 6h30 ! J'avale mon bibi en 5 mn et peut-être un biscuit...

Maman m'habille -ou Papa- et je mets mes "adadas", qui courent vite, toute seule : elles ont des scratchs.

Papa caresse ma joue : un ptit câlinou. Il part, il m'aime, il me l'a dit !

Maman cherche ses clés et elle s'énerve ,on est en retard ! Je prends mon doudou et ma susu : trop important !

Il est 7h05 houla, houlala : on a 5 mn de retard. On fonce, j'arrive à la garderie à 7h25. Maman m'embrasse tendrement 1 seconde. Elle m'aime : elle me l'a dit et elle est partie !

Je ne suis pas toute seule ! Non ! Il y a mes copains, mes copines mais on joue pas encore. On a pris nos doudous et susus. Je pleure pas : je suis grande mais Maman me manque déjà, je suis sage.

Sophie me coiffe, Maman a oublié.

Sophie est gentille, elle me câline 1 seconde : il y a pas que moi.

Il est 8h20 : je vais en classe, la maîtresse est là. Je pose doudou et susu : j'en ai plus besoin parce que je suis grande. J'ai 3 ans !

Il y a des livres, des puzzles, le coin dînette, le coin poupée, les constructions... La maîtresse dit : "on range" : il est 8h40.

On va au regroupement et la maîtresse explique le programme, je me rappelle que de la fin.

Je suis un peu triste mais pas le temps pour ça, on est 27 dans la classe et puis c'est l heure du passage aux toilettes. On descend tous ensemble. Je passe devant mon sac -il y a doudou et ma susu dedans- mais non... je suis grande ! J'ai 3 ans !

Je donne la main, j'apprends vite, c’est bien, je cours pas dans le couloir. Sophie chante et sourit. Elle fronce les sourcils, on fait pipi, on ne joue pas avec l'eau, on boit si on a soif et on se lave les mains.

Allez..... on se dépêche ! On retourne en classe et je repasse encore devant doudou et susu. Maman me manque mais non, je vais travailler c’est la maîtresse qui l'a dit. Je vais faire l'atelier peinture avec Sophie, j'aime la peinture mais pas longtemps parce qu'on est 6 à la table. On met les tabliers, on peint, on se lave les mains encore.

Il est 9h30 et la maîtresse dit : "on range" ! On va en motricité.

On se range, la salle est grande et j'ai envie de courir partout mais non, on s'assoit et on écoute.

Il est 9h45 enfin et on fait les animaux : la grenouille, le kangourou, l'ours, le serpent...

C’est fini ! On met les vestes parce que c'est la récréation : il est 10 h ! La maîtresse dit "essaie de la mettre toute seule". C'est dur mais j'essaie : je suis grande, oui, j'ai 3 ans ! Sophie m'aide, elle est gentille !

Il est 10h10, je cours en récréation. Au milieu, je m'arrête, il y a tellement de monde. Je vois la maîtresse, 2 enfants par main , plus de place pour moi ! C’est pas grave, je vais la suivre, peut-être une place se libérera, Maman me manque.

Il est 10h30, la récréation est finie et la maîtresse avec Sophie, tapent des mains. On se range, ça prend du temps, on apprend. La maîtresse crie, Sophie court pour récupérer les enfants qui n'ont pas compris je crois. Moi, je suis rangée, j'ai compris je suis grande, on repasse aux toilettes et tout le tintouin ...

Il est 10h45 Sophie s'en va manger, la maîtresse raconte une histoire, je suis fatiguée, je veux mon doudou et ma susu. Maman me manque de plus en plus.

Il est 11h15 ,Sophie revient : on repasse aux toilettes et tout le tintouin ... Puis, on va à la cantine. On est 48 dans le réfectoire et ça fait un bruit énorme : je n'ai pas très faim, il y a de la salade ! Sophie dit : "on mange, on se dépêche". Il y a le 2ème service, elle débarrasse la salade : ouf, je n’aime pas. Il y a des pâtes : Génial !

Et des légumes dedans... Du rôti de boeuf : c'est dur, je mâche longtemps, les légumes dans les pâtes : je n’aime pas. Sophie dit "on goûte, c'est bon les légumes !". Elle débarrasse ouf, enfin le dessert ! J'adore le dessert, c'est une pomme énorme. Sophie dit "allez on croque, la peau c'est plein de vitamine". Maman, elle enlève la peau et coupe des petits morceaux mais on est trop nombreux ! Je suis fatiguée, je ne finis pas ma pomme : elle est trop grosse et trop dure aussi !

La cantine est finie et il est 12h15 ! On retourne dans la cour Sophie est sur le banc, aujourd'hui j'ai une place à côté d'elle, elle me câline j'en profite.

Il est 12h30. Sophie tape des mains : on va au dortoir, mais avant, on repass aux toilettes et tout le tintouin...

Enfin je retrouve mon doudou et ma susu. J'enlève mes "adadas" toute seule. Oui, elles ont des scratches : je l'ai déjà dit !

Le dortoir est chaud, j'ai mon lit toujours à la même place. Je rentre dans mes draps, Sophie tire les rideaux, met la musique, met les couvertures, allez, on se repose.

Sophie passe sa main dans mes cheveux et je peux dormir : il est 13h.

14h30 : Sophie ouvre les rideaux, "allez on se lève", j'ouvre les yeux, j'ai oublié que je suis à l'école. Je veux encore dormir et je serre mon doudou, il y a du bruit dans le couloir. Sophie aide les enfants pour mettre les chaussures, maîtresse vient dans le dortoir : "allez debout, on pose doudou et susu, on met les chaussures toute seule et on va faire pipi".

Il est 14h45, je suis dans la cour, tout va trop vite autour de moi, ma maîtresse n'est pas dehors, ni Sophie. Des grands viennent me parler, j'ai un peu peur ! Maman me manque terriblement mais moi aussi je suis grande, alors j'attends.

Enfin 15h15, on tape des mains on se range, toilettes et tout le tintouin.

15h30, retour dans la classe, activités autonomes, en gros je fais ce que je veux, sans bruit.

16h00, la maîtresse dit : "on range, on se regroupe, c'est bientôt l'heure". Elle raconte une histoire, Sophie range et nettoie.

16h20, la maîtresse ouvre la porte, mon coeur bat la chamade. Elle appelle les enfants, mais moi ... non ! Ma gorge se serre, je ne suis pas toute seule, Sophie nous prend dans ses bras. On va aller goûter et maman va bientôt arriver : je mange ma compote et mon biscuit.

La maîtresse est partie, Sophie nous laisse jouer sur les structures, j'aime bien. Je fais attention, je suis grande. J'ai 3 ans.

Il est 17h45, Maman arrive. Elle et là ! Mon coeur explose, c'est trop intense.Je me laisse enfin aller, je pleure dans ses bras. Elle m'a tellement manqué. Maman dit "tu es grande, ne pleure pas comme un bébé !". C’est vrai, je viens de passer plus de 10h sans toi !

Le temps de rentrer à la maison il sera déjà 18h. Entre le bain, le repas et la petite histoire, nous aurons bien profité l'une de l'autre et si j'ai de la chance, je verrais peut-être papa avant de m'endormir à 20h30.

Mais tout ça n'a pas d'importance puisque j'ai 3 ans et que je suis grande et que je vais vivre jusqu'à 100 ans .

Sophie ATSEM membre du collectif indépendant ATSEM de France.





mercredi 17 août 2022

Les lapins.....

 

Mon père élevait des lapins . Pas des lapins pour le plaisir, pas des lapins chouchou-bidou, des lapins pour les manger...nous les filles on était de corvée de « patnies »..c'était des grandes feuilles sur tiges dont les lapins raffolaient...y'avait des immenses champs lorsqu'on traversait la route, et on y faisait de belles récoltes...Moi, je cueillais des fleurs...des marguerites, des achillées, des fleurs blanches avec un petit point rouge au milieu....mes sœurs râlaient, mais moi, je me disais que les pauvres bêtes enfermées dans leurs cages méritaient bien quelques fleurs pour le dessert...

Je leur passais les fleurs une à une au travers du grillage....ils avaient l'air d'aimer ça...



C'était moins rigolo quand on devait nettoyer les cages...Une forte odeur d'urine et d'excréments nous montait à la gorge...Mon père nous donnait un coup de main mais c'était souvent les grandes qui le faisaient...Moi, je câlinais les pauvres bêtes qui pour une fois se retrouvaient dans un carton...Elles étaient toutes douces, et ce que j'aimais par-dessus tout c'était les bébés....Parfois, à l'intérieur d'une cage, on trouvait une mère et 4 bébés.....dès qu'ils devenaient grands, mon père les séparait..

Le fumier servait pour enrichir le jardin, et c'est sans doute pour ça que les légumes n'étaient pas mes copains....Je savais ce qu'il y avait dans la terre, et j'ai longtemps pensé que les légumes avaient le goût des excréments..Je refusais catégoriquement de manger ce qui venait du jardin...

Mon père faisait hiver comme été le minestrone avec tous les légumes entiers dans la soupe....C'était l'angoisse pour moi...Je prenais avec la cuillère tout ce qui était jus et petite pâtes, mais les légumes, impossible...C'était tous les soirs le même calvaire! Mon père fulminait, ma mère grondait, et ils me laissaient devant mon assiette longtemps après que tout le monde avait terminé...

Je salais le bouillon avec mes larmes..et puis comme il fallait rouler et que deux mains de plus c'était appréciable, ma mère arrivait en criant, je te la resservirai demain ta soupe, ne crois pas que tu as gagné ! Allez file rouler !

Encore un soir de gagné !! Mais le lendemain soir, une nouvelle soupe s'invitait à notre table ! J'ai détesté ça durant des années...Et maintenant, j'adore ça...Comme je regrette de ne pas avoir apprécié à l'époque !

Et puis, ces lapins que je favorisais avec amour, il y avait un moment où mon père se transformait en bourreau...Il avait un p'tit couteau hyper aiguisé...Le samedi, quand je le voyais aller  au hangar avec cet instrument de malheur, j'avais le ventre noué !

Pas le brun papa ! Hein, ni le gris, et puis, ne tue pas non plus le noir et blanc...Mon père n'entendait même plus ma ritournelle, et moi comme une idiote je le suivais en le suppliant...Il se saisissait du brun, celui qu'au fond de moi je nommais caramel, et je criais , pas lui papa ! Pas lui !

Parfois, il acceptait..Il le remettait dans sa cage, pour en prendre un autre...Non ! Pas lui non plus, et je voyais mon grisou se débattre comme un beau diable...Il le saisissait par les oreilles, mettait un saladier par terre, et d'un coup sec lui arrachait un œil...Le sang se vidait sous les soubresauts du lapin...et moi je pleurais mon grisou...et mon père me disait : « je te donnerai la peau et quand le marchand de peaux de lapins passera il te donnera une pièce... » ça ne me consolait pas …

Je trouvais les adultes bien cruels..

J'assistais après au déshabillage du lapin...Mon père était très habile, quelques entailles, et il tirait la peau d'un coup sec... Peau qu'il mettait à sécher dans le hangar..

Donne moi la cuvette ! Il ouvrait le petit ventre rebondi d'un geste sûr, et les tripes tombaient dedans … ensuite, il laissait le lapin pendu un moment et je devais le suivre pour ce qui était pour moi le comble de l'horreur ! Arrivés dans la cuisine, il rinçait la tripaille et on vidait chaque boyau de son contenu...C'est pas sale qu'il disait ! Les lapins ne mangent que de l'herbe ! C'est peut être pas sale mais ça puait...Une odeur de sang, d'excrément....Allez ! Fait comme moi ! Tu prends un morceau de boyau et tu pousses vers l’extérieur...J'ai jamais réussi à le faire...Le vomi me montait à la bouche !

Ensuite, il faisait tremper le tout dans un saladier d’eau vinaigrée....ça prenait du temps pour faire ça !! Tout ça pour récolter un bol « de filaments » que je n'aurais touché pour rien au monde !

Le soir, c'était le festin...Pour les autres, car pour moi, impossible de manger mon grisou...Les morceaux seraient pour le civet du dimanche, avec le sang recueilli, mais le soir, on mangeait le foie, le cœur, les poumons et les sacrées tripes sautées dans du beurre avec de l'ail et du persil..

Ils ont essayé de m'en faire manger..Je poussais de tels hurlements que les voisins pensaient qu'on m'égorgeait !!! Mes sœurs se régalaient...et moi, 20 ans plus tard, jeune mariée, je faisais cuire à la poêle les mêmes abats que mon père cuisait, sauf les tripes, et c'était un pur délice ..

Le lendemain, c'était les morceaux de lapin que mon père faisait cuire..Avec sa feuille il le découpait soigneusement en petits morceaux...Mettait la tête de coté..Je voyais la langue de mon pauvre grisou qui dépassait, ses dents, l’œil qui lui restait.. la tête c'est pour moi qu'il disait, c'est le meilleur morceau du lapin...

Encore impossible pour moi d'en manger...Je savais que ce serait la sérénade pendant tout le repas..Heureusement, pour manger avec le lapin il avait fabriqué des pâtes...Viens ma fille je te montre !! Il installait un manche à balai en hauteur...Un gros saladier...500g de farine, 5 œufs..et il patouillait l'ensemble pour en faire un pâton qu'il faisait reposer.... Ensuite il étalait finement la pâte, la repliait en plusieurs couches, découpait de fines lanières et dépliait les longues pâtes qu'il mettait à sécher sur le manche à balai...c'était magique ! Et ça, c'était délicieux ! Et parfois, ils ne me houspillaient pas pour manger du lapin...J'avais une grosse assiette de pâtes avec une sauce onctueuse et ça faisait mon bonheur !

Lorsque la peau était sèche on guettait la sonnette du marchand...Il passait dans tout le quartier en criant « Peaux de lapin, y'a rien à vendre ! » drôle de phrase ! Tous les gamins du quartiers se précipitaient avec leurs peaux, parfois on en avait 2 ou 3...il nous donnait 1 franc par peau...Parfois 50 centimes si la peau était abîmée.

1 franc c'est ce qu'on avait quand on roulait mille tickets ! On était riches ! Mon père, magnanime nous laissait les pièces et on faisait des châteaux en Espagne pour savoir comment on les dépenserait...et ça se terminait auprès du marchand ambulant qui vendait des bonbons acidulés...


Allez !! une p'tite toile !!

Irina Kupyrova



samedi 13 août 2022

un p'tit bout d'enfance !


J'ai 6 ans..je vis dans cette famille de fous, où l'insécurité règne...Je suis une petite brunette avec de grands yeux bleus qui vit enfermée dans une bulle car la réalité m'effraye...j'ai peur de toutes les réactions imprévues que les adultes manifestent...Je ne comprends pas tout à cette époque;.Je sais que mon père est maçon, qu'il ne gagne pas suffisamment pour nous nourrir;..ça, ma mère elle le crie à longueur de journée avec son accent rocailleux de femme corse qui, il n'y a pas encore si longtemps,  ne parlait qu'en patois.. Elle crie parce que sinon il n'entend pas..Il l'entend,  mais lui tourne le dos chaque fois qu'elle l'ouvre, et parfois, la baffe part tellement vite qu'elle n'a pas le temps de se protéger...Aussitôt, elle prend un couteau et le menace, si ce n'est pas un couteau c'est le pique feu...tous les objets qui l'entourent font office d'arme...

Lui, dédaigneux tourne les talons et s'en va se saouler au bistrot du coin....Et c'est là qu'il faut faire attention...Parce qu'elle est tellement en colère que le moindre petit pas de côté attire ses foudres...J'ai 6 ans, je ne comprends pas tout ça..J'ai entendu la colère, la hargne, la claque, le départ de mon père et mon premier réflexe est de me réfugier dans les jupons de ma mère, de la consoler...Mais elle ne veut pas de ma tendresse, elle est encore pleine de ressentiment, et elle m'envoie valdinguer au travers de la pièce...Va rouler des tickets avec tes sœurs! si vous voulez manger demain, vous avez intérêt à rouler vite, votre salaud de père est en train de boire la paye....mes trois sœurs et moi, on file doux....

Pas un mot autour de la table, juste le cliquetis des aiguilles...J'ai 6 ans et je roule des tickets pour les foires...Chaque matin, on emmène à l'usine les vingt milles tickets roulés, et on en reprend autant...On est payé tous les jours, ce qui permet d'acheter le pain, le lait, du jambon parfois...

Je n'ai encore jamais mis les pieds à l'école...Là où on habite c'est trop loin. Il faut faire 2 kms à pieds et ma mère ne veut pas perdre du temps à faire les trajets..Un jour, il y a eu une assistante sociale qui est venue...et qui nous a interrogé sur notre vie..Ma mère derrière elle , nous faisait les gros yeux...C'était pas la première fois qu'elle venait la mère Marcouilloux...Ma mère nous faisait répéter ce qu'on devait lui dire, si vous racontez autre chose vous irez à l'orphelinat qu'elle disait...

C'est quoi un orphelinat ? un endroit où vous serez séparées, battues, sans manger...J'avais tellement peur, que lorsque la mère Marcouilloux arrivait je faisais pipi dans ma culotte. Elle n'est pas encore propre votre dernière ? disait elle hautaine..Si ,disait ma mère, mais il arrive qu'elle ait des petits accidents...

à peine partie, ma mère m'installait sur une chaise devant le lavabo, me donnait le gros savon de Marseille vert et me faisait laver ma culotte...sans un mot....Je lavais, contente d'avoir encore échappé à l'orphelinat..

Un jour, ma mère s'est mise à vomir...J'étais terrifiée de la voir malade, je courrais après mon père afin qu'il fasse quelque chose;..Mais lui, n'en faisait pas façon..ça lui passera disait il, c'est sa méchanceté qui lui sort par la bouche....

J'ai cru pendant des années que si on n'était pas gentil  on vomirait tous nos repas...J'étais toujours sur la réserve, j'évitais tous les conflits...j'avais trop peur de vomir...Et puis, mon père décida que je devais aller à l'école...Démerdez vous, elle a 6 ans elle a l'âge ! Une de mes sœurs travaillait en usine..Chaque matin, elle me casait sur son vélo et elle m'emmenait à l'école...Ce fut la découverte de ma vie ! Je n'avais jamais été à l'école maternelle, je n'avais appris aucune base, j'arrivais en CP comme une page blanche..Et en plus, en cours d'année..

On me donna un cahier, un crayon de papier, un livre, une ardoise avec une craie....La maîtresse me présenta au reste de la classe, et la matinée se passa...Dire que je ne comprenais rien était un euphémisme ! Les enfants avaient déjà 3 mois de cours d'avance .. Mon premier travail fut d'écrire des lignes...de A.....de B....majuscules, minuscules...La langue tirée,  car je ne devais pas dépasser la ligne, j'arrivais avec beaucoup de retard au bout de cette tâche... en plus je ne savais même pas ce que j'écrivais..Pendant ce temps, les autres dessinaient...à la récréation j'étais seule, je ne connaissais personne et personne ne voulait me connaître...

Ensuite, on passa au calcul...avec l'ardoise et la craie...La maîtresse disait : 2+2 vous écrivez la réponse sur l'ardoise, et ne copiez pas les uns sur les autres...Je n'ai rien écris..La directrice qui visitait les classes, vint dans la nôtre...La maîtresse lui parla doucement en me regardant...Je savais que j'avais fait une bêtise et déjà les larmes coulaient sur mes joues...La directrice, Mme Vigne, vint jusqu'à moi et me demanda de la suivre dans son bureau...

"Tu sais que j'ai eu tes sœurs en classe? J'espère que tu seras plus sage qu'elles, car elles étaient très indisciplinées...on a dû les punir souvent ! Tu n'es jamais allée à l'école maternelle ? Je me contentais de dire non avec la tête ! Elle me donna un mouchoir pour essuyer mes joues...

Elle m'expliqua que c'était la mère Marcouilloux qui avait imposé à mon père de me mettre à l'école et que c'était elle qui m'avait inscrite...Jamais, ni ma mère ni mon père ne m'ont accompagnée à l'école, même pas pour faire les présentations. Ma sœur se contentait de me déposer comme un sac de linge sale devant la porte et démerde toi !

Je ne sais pas si tu vas réussir à rattraper ton retard, les autres ont déjà 3 mois d'avance et elles ont fait quelques années de maternelle...Ce que je te propose, si tu le veux, c'est que lors des récréations tu viennes dans ma classe et je te donnerai quelques leçons...je sais que ta sœur te récupère à 17h30 ; si tu le veux tu peux faire une heure de plus avec moi...

Je hochais la tête bien sûr, je ne savais pas trop ce qu'elle voulait dire, mais je ne voulais pas la contrarier...

Commença alors un étrange ballet..un va et vient, matin, après midi et soir chez la directrice...

à 11h30 ma sœur me récupérait, on rentrait manger à la maison et elle me redéposait à 13h30...

Je fis rapidement des progrès ..J'avais du mal en calcul, mais la lecture et l'écriture me passionnaient...Je n'avais aucune mauvaise habitude puisque personne ne m'avait jamais rien appris..Mme Vigne m'a guidée avec fermeté, et souvent pour me récompenser d'un travail bien fait j'avais droit à un bonbon...

Trois mois plus tard, elle m'a dit que c'était fini...J'avais le niveau de la classe..Ma maîtresse lui avait dit que je pouvais continuer seule, avec les autres élèves..J'ai encore pleuré ce jour là...Je me sentais abandonnée..

J'ai terminé mon année en beauté...Je savais lire et écrire..Mais toujours du mal de compter !! ça m'a poursuivi toute ma vie !

Les vacances arrivèrent, on les passait sur la terrasse, à rouler des milliers de tickets..Et puis, une école s'est construite tout près de la maison...En Mars, ma mère qui avait pris beaucoup de poids mit au monde une cinquième petite fille...Personne n'en avait parlé, j'avais surpris une engueulade entre mon père et ma mère...mais je n'en avais pas compris les termes...Il hurlait qu'il n'en voulait pas, qu'elle se démerderait, qu'on avait déjà du mal d'y arriver ;..elle criait : espèce de fumier si tu buvais pas ta paye en compagnie de ta pute on y arriverait mieux...

Et puis, pouf ! Ce bébé est arrivé une nuit...J'ai entendu ma mère hurler...tellement fort, que je suis sortie de ma chambre...Il y avait une dame avec elle, dans la chambre...Mon père buvait dans la cuisine, saoul...j'vais p't'être avoir un garçon qu'il disait...

Je comprenais pas tout ce qui se passait..Et puis, La dame est venue avec un bébé emmailloté dans des langes...C'est une fille qu'elle a dit...et mon père est parti, en pleine nuit, on ne sait où...

et on était toutes là, à regarder ce bébé innocent qui ne savait pas encore dans quelle famille de fous il venait de naître !

On l'a tout de suite détestée...Elle hurlait toutes les nuits, mon père buvait de plus en plus, rentrait dans des colères folles, menaçait ma mère...Jamais il ne s'en est pris à nous...Mais c'était l'insécurité permanente, j'en voulais à ma mère de câliner ce bébé à outrance...Elle n'avait plus le temps de rien...on mangeait sur le pouce, on roulait, on allait à l'école...C'était le seul endroit où je trouvais un peu de tranquillité..Personne ne hurlait..Tout était en ordre, il y avait un programme bien défini qu'on suivait...à la maison, c'était le bordel..Les lessives séchaient partout, les couches jetables n'existaient pas..Ma mère était épuisée, mon père en colère et nous on se faisait toutes petites pour éviter les coups.

Heureusement j'ai découvert la lecture, c'est ce qui m'a sauvée de la folie je pense !

Mon père fuyait de plus en plus la maison et quand il daignait rentrer les cris, les coups pleuvaient...La petite dernière hurlait toujours autant, on se levait le matin les yeux au milieu de la figure...Il arrivait que je m'endorme carrément en classe..

Et puis il y avait les périodes d'accalmie...On ne savait pas pourquoi, à un moment la folie cessait...La vie redevenait presque normale...Ma mère calmait ma sœur à coup de sirop phénergan, qui la faisait enfin dormir des nuits entières, mon père allait au bois, rapportait des champignons, coupait du bois...Souvent c'était quand il ne voyait plus l'autre femme, ma mère se calmait alors et faisait des efforts pour être plus sympa avec lui...C'était presque agréable, mais moi, je continuais à vivre sur la pointe des pieds....toujours dans l'attente de « l'après »...car il y aurait un après, c'était sûr ! Le bonheur, la tranquillité ne durait jamais longtemps, je m'interdisais de m'y habituer...

La situation financière s'était un peu améliorée..En plus de son boulot de maçon, mon père ramonait des cheminées...Tout le monde se chauffait au bois et charbon et il y avait beaucoup de demandes..Il rentrait le soir noir de crasse, prenait un bain et ma mère comptait les sous....

On a pu manger plus de viande,ma mère prenait plaisir à faire rôtir un poulet dans le four...l'après midi, mon père embrochait une saucisse à cuire sur le pique feu et ça dégoulinait de graisse , ça dégageait une odeur merveilleuse...Mon père nous mettait un bout de saucisse grillée dans du pain et ça avait le goût du bonheur...Quand il était du bonne humeur, avec son fusil , planqué derrière les persiennes du balcon, il tirait sur les moineaux....parfois il arrivait à en tuer 5 en une heure...il allait les chercher, ma mère les ébouillantait, on retirait leurs plumes, les vidait, et il les faisait cuire sur la cuisinière...c'était délicieux...Je ne sais pas si c'était les oiseaux qui nous rendaient heureux ou si c'était le fait de les voir complices .. je savourais ces instants mais toujours sur le qui-vive...

Et puis un jour, le bonheur foutait le camp...La maîtresse refaisait surface, ma mère replongeait dans le marasme et la mauvaise humeur...

C'était une vie en dent de scie, une vie où il ne fallait rien attendre car on était toujours déçus..Je me souviens de l'année où il nous a fait miroiter l'achat d'une télévision...Il nous a baratiné avec ça durant des mois...On en parlait autour de la table où on roulait...ça va être super de rouler en regardant la télé ! Tu verras papa, on roulera beaucoup plus vite.....La télé n'est jamais arrivée..on est restés avec ce regret coincé au fond de la gorge..

Et moi, même si j'étais petite, je venais de comprendre que mon père ne disait pas toujours la vérité..Je ne pouvais plus le croire, il n'était pas fiable..Je lui en ai voulu longtemps pour cette sacrée télé !

Ça te gâche une bonne partie de ton avenir ce genre de connerie ! Tu pars dans la vie avec des idées reçues qui empoisonnent tes futures relations..

Et maintenant qu'ils ne sont plus là, mon père et ma mère, je donnerais des années de ma vie pour les revoir, leur dire que même si notre vie n'avait pas été parfaite, c'était quand même bien...Que même s'ils ne savaient pas nous manifester leur tendresse on savait qu'ils nous aimaient..Qu'ils avaient fait de leur mieux avec ce qu'ils avaient...

Allez !! une p'tite toile !

Sherree Valentine - Daines



jeudi 28 juillet 2022

Tristesse...

 Hier j'ai accompagné mon amie pour l'enterrement de sa fille....Cécile 45 ans,  s'est couchée pleine d'espoirs et de rêves, elle attendait le retour de sa fille partie faire ses études au Canada pour le lendemain, elle venait d'apprendre qu'elle même avait réussi brillamment son examen pour devenir cadre supérieur....toute la famille et les amis  avaient beaucoup ri, chanté, dansé...Elle s'est couchée sur un dernier message tendre à sa maman...et ne s'est pas réveillée...

Son mari, le matin, a cru qu'elle faisait la grasse matinée, c'était son premier jour de vacances, il l'a donc laissée dormir....Vers 10h il lui a monté son café et il s'est rendu compte qu'elle n'était plus là...Elle était partie rejoindre les étoiles.. crise cardiaque foudroyante...Et pourtant, elle n'était absolument pas malade du coeur...C'était une sportive, avec une vie saine...Incompréhensible ! 

Elle était lumineuse et pleine de vie...se souciant plus des autres que d'elle-même, attentive à ses trois frères et sa soeur...Très fusionnelle avec sa maman, elles partageaient tout ! Le bon comme le mauvais...

L'église était tellement pleine qu'ils ont dû rajouter une vingtaines de bancs sur le parvis...Elle habitait le midi, mais son coeur était dans sa ville natale, près de sa mère et toute la ville lui a rendu un dernier hommage...

Je suis tellement triste pour son mari, sa fille de 20 ans et sa maman...Elle avait encore tellement de choses à vivre...Repose en Paix Cécile !







dimanche 17 juillet 2022

Il tombe....


Depuis que son fils l'a quitté....Il tombe...


Il se fait du mal , il se dit qu'il doit payer..


Payer pour ce qu'il est, pour ce qu'il a été..


Parce qu'il pense qu'il n'a pas été le bon modèle de père..


Mais y a t il vraiment un bon modèle?


y a t il un mode d'emploi pour faire les bons pères?


y a t il un mode d'emploi pour faire les bons fils?


Y a t il un mode d'emploi pour éviter d'avoir mal?


y a t il un mode d'emploi pour continuer à vivre sans se faire du mal?


Alors il tombe....Sur le trottoir, de toute sa hauteur il se casse le nez, rentre avec  la tête en sang...


Urgences...opération bientôt, cloison nasale déviée..Il ne respire plus bien la nuit...Il s'étouffe..


L'autre matin, il est à nouveau tombé, la tête la première sur la table de nuit...


Coupure qui  saigne très fort...il prend des anticoagulants pour son coeur...son coeur qui saigne...son front qui saigne...


Urgences...encore...Jusque quand?  Il est tellement malheureux qu'il se fait mal..il y en a qui se coupent, qui se scarifient...


Lui tombe...


Opération du coeur..on l'ouvre pour une pathologie, et on en répare deux de plus..Même son coeur se brise sans qu'il le veuille...


Depuis plusieurs jours des taches sanguines apparaissent sur son corps..


Regarde! Ma mère avait ça,  elle aussi...Il sort sa tristesse par tous les pores...Il gratte, le sang sort, ça fait des croutes qu'il va arracher pour saigner à nouveau...


Il a mal... Et on ne peut pas l'aider...juste être là...Panser ses plaies...Oublier ses propres peines, oublier qu'on est seuls.. Ne plus se faire d'illusions..Arréter d'espérer, arréter de penser...


Allez ! une p'tite toile !

Jerémy Lipking 1975



mardi 5 juillet 2022

Souvenirs....

 Elle est de plus en plus bizarre cette maison vide....

Vide de cris, de rires d'enfants...

De "Mamy tu me fais des patates à l'étouffée, qui sont les meilleures du monde entier ?"..

De "Papy, viens, on va se déguiser au grenier! Viens on va dessiner! viens on va se promener au parc, au cimetière, en ville..."

Plus de demandes, plus de câlins, plus de lecture le soir avant de dormir...On a remisé au grenier tous les objets rassurants...Le réveil "Hello kity", le lit parapluie avec son mobile qui n'a servi que quelques fois...Les légos, les perles, les livres, les poupées se sont fait une place dans la soupente et prennent la poussière...Un jour, je me résoudrai à tout mettre chez Emmaüs...Au moins,   ça servira  à d'autres enfants..

De temps en temps, je monte, je trie, et je remets tout à sa place.

Je t'ai perdu petit garçon dont le visage s'estompe...plus d'un an sans te voir....Tu as 3 ans, mais je suis devenue  absente de tes souvenirs...Tu ne te souviens pas que j'existe, car la parole est absente..Si on n'entretient pas le souvenir...on disparaît...Heureusement que tu es dans mon coeur, et que j'ai encore assez de mémoire pour me souvenir de ton odeur, de tes grands yeux, de ton sourire....

Les vacances sont là....L'homme passe de plus en plus de temps dans sa maison à la campagne ...Les semaines défilent et rien ne change..Il faut se faire une raison ...

Il faut arréter d'attendre.  Je n'ai pas de solution, juste le coeur gros,  que tant d'amour  et de tendresse  restent inemployés...

Allez ! une p'tite toile ! assemblage et collage....

Vicky Rawlings



lundi 27 juin 2022

Encore le CHU.....

 L'homme est parti au CHU dans un état pas possible ! Une opération du coeur prévue depuis quelques mois...je pensais que c'était la peur , mais non ! Sa foutue angoisse qui se  met en place chaque fois qu'il doit partir de la maison...à peine arrivé, il s'est déjà assommé avec du léxomil...L'opération aura lieu demain vers 11h...

On va croiser les doigts car lors de la première opération du dos, son coeur s'est arrété lors de l'anesthésie...réanimation, et pas d'opération...Son coeur avait un problème qu'il a fallu régler avant d'envisager une quelconque  opération.. quelques mois plus tard, il a pu enfin être opéré du dos...

Après son opération du coeur, prise d'anticoagulants qui lui donnaient des effets secondaires pas sympas...Donc pour pouvoir les arréter il faut une deuxième opération...

Ensuite il est prévu qu'il repasse sur le billard pour une opération du nez...Il est tombé devant la maison et s'est vraiment cassé le nez...déviation de la cloison, respiration difficile la nuit....et là, pourquoi ne pas en rajouter une louche, il a fait un malaise cette semaine...il est tombé la tête la première sur la table de nuit...Plaie au front qu'il a fallu suturer aux urgences et le nez en a pris un coup lui aussi...

Qui a dit que la vie était un long fleuve tranquille? Je pense que tous les deux on a fait le plein de visites, d'opérations dans les hopitaux...Va-t-on être tranquille après tout ça ?? 

La vieillesse est un naufrage qu'il a dit....(le général de Gaule) il n'avait pas tort ! On se rend compte qu'on passe plus de temps à se soigner qu'à profiter de la vie...Heureusement que nous avons pu recharger les batteries début juin ! 

Allez !! une p'tite toile !!

Akira Kusaka Illustrateur....




samedi 11 juin 2022

Parenthèse enchantée !

 Après ces deux années de galère, covid, cancer et compagnie....j'ai vécu une parenthèse enchantée à deux pas du bassin d'Arcachon...Comme je l'ai dit auparavent, je n'y allais pas pour faire du tourisme mais pour me recharger en tendresse et amitié..Et j'ai été super gâtée ! 

J'ai enfin pu voir mon petit-fils dans son super atelier où il fabrique avec amour des milliers de baguettes et autres viennoiseries...Me saouler des odeurs du marché de la Teste, qui est super animé....Déguster un plateau de fruits de mer dans une des  cabanes  en compagnie des canards qui circulent entre les tables...



J'ai adoré rencontrer mon amie Passion qui nous a régalés de bons petits plats dont elle a le secret...Un bel aïoli et une panacotta aux fruits rouges...en apéro,  un pain aux herbes avec des petits poivrons marinés à l'huile d'olive...Une soupe froide, une pure merveille, que je referai avec plaisir .C'est une magicienne des fourneaux et une artiste avec son hectare de terrain fleuri et boisé ! Nous avons rapporté des pousses de mimosa et de laurier sauce, en espérant qu'ils apprécient le climat de l'Est de la France !! Je l'ai trouvée comme je l'espérais, attentive, ouverte, chaleureuse ! Nous avons passé des moments courts mais intenses ! Je la remercie encore pour son accueil amical ! Quelques photos souvenirs....







9 jours, ça passe à une vitesse folle, et nous voici revenus chez nous, avec de l'amour et de la tendresse plein le coeur...Nous y reviendrons très vite !
Pas de petite toile, mais une photo de mon amour de petit fils avec Margot sa chérie !



dimanche 29 mai 2022

Fête des mères ...

 Aujourd"hui c'est un grand jour pour les mamans...C'est le jour où elles reçoivent tout l'amour de leurs enfants...Je me souviens de mes jeunes années lorsque nous préparions à l'école les colliers de nouilles ou les cendriers en plâtre...Nous étions tellement fiers d'offrir ces cadeaux préparés avec tant d'amour !

 Et je me souviens de ma mère, reine de la journée, qui recevait de ses cinq filles les babioles préparées des semaines à l'avance... Je me souviens des chuchotements, des cachettes mille fois changées de place, même mon père, peu enclin à fêter ce genres d'évènements; même lui, ce jour là faisait des efforts pour être agréable...à l'aube, il lui coupait dans le jardin un magnifique bouquet de fleurs et il se mettait à la cuisine...Il fabriquait des pâtes, raviolis, sauce tomate qui cuisait des heures sur le coin de la cuisinière...

Ma mère, peu coquette, faisait un effort ce jour là..La veille elle avait posé maladroitement quelques rouleaux sur ses cheveux rebelles, et ma soeur aînée la coiffait et lui mettait du rouge à lèvres.. Elle avait les yeux brillants, mon père la regardait avec étonnement...

Dès notre réveil on venait lui offrir nos présents, nos poèmes...Et puis notre père lui apportait son petit déjeuner au lit...tartines grillées sur la cuisinière, beurre , confiture maison...seul jour dans l'année où il faisait celà...On se glissait dans le grand lit, c'était le bonheur...

Toute la journée c'était la fête...On ne roulait pas de tickets ce jour là...On profitait du calme et du bonheur qui régnait..Le repas était délicieux, il avait le goût de l'amour du jour...Demain serait un autre jour...On savait que c'était une journée particulière, et qu'il fallait qu'on en profite au maximum..

Jusqu'à la fin de ses jours, j'ai été là pour la fête des mères..Mes soeurs étaient parties aux quatre coins de la France, et j'étais la seule à être restée dans le secteur..Chaque année, j'étais près d'elle, on perpétuait la tradition...Il y avait quelques dates importantes pour elle, le 1er Mai, le 15 Août jour de la Sainte Marie, et la fête des mères...Si j'oubliais une de ces dates, elle avait un tel chagrin, que je me sentais coupable durant des jours et des jours !!

Aujourd'hui, mon premier coup de fil fut celui de mon fils..Le seul qui se souvient encore de sa mère..Il sait à quel point c'est important pour moi, et jamais il n'oublie..

J'ai  quand même un pincement au coeur pour l'absence des deux autres, c'est sûr, et ma journée sera moins joyeuse que celle de mon enfance...Mais c'est comme ça..IL faut accepter les changements qui se passent dans le coeur de nos enfants..Le principal c'est qu'ils fassent de cette journée un moment de fête pour leurs femmes et enfants...Qu'ils continuent à respecter les traditions....

Allez ! une p'tite toile !! je ne connais pas l'auteur ..Mais la toile est d'actualité !!




jeudi 26 mai 2022

Départ...

  ça y est ! La valise est presque pleine, remplie de choses que je ne mettrai sans doute pas....mais plus on devient vieux, plus on a peur de manquer !! 

Elle est au pied de mon lit, et tous les jours je rajoute un truc...ne pas oublier....les médocs...les somnifères, les chaussures qui ne vont pas trop serrer mon pied...et une robe, deux robes, trois robes...j'en enlève deux et je rajoute deux pantalons...mais si je mets des pantalons, il va me falloir des hauts...j'essaie devant ma glace, je rajoute un pull noir, un autre  pull en coton..au cas où les soirées seraient fraîches...

Heureusement j'ai commencé tôt, et je sens que mon armoire va faire un p'tit tour chaque jour dans ma valise...Je redécouvre des fringues oubliées au fond de la commode...Je prends ou pas?? Un jean? trop chaud...

Et le pire, c'est que je vais passer ces 9 jours dans les fringues les plus confortables et toujours les mêmes ! Tant pis, c'est juste au cas où ! Je me tâte pour le maillot de bain...Mais non ! pas vrai, je ne me tâte pas ! Il restera dans mon tiroir!  Je resterai au bord de la piscine ; bien couverte...Juste les pieds dans l'eau... 

Je me réjouis à l'idée de passer du temps avec mon petit fils et toute  la famille...Et cerise sur le gâteau je vais rencontrer mon amie "Passion" ...Je me régale à cette idée !

Je ne me souviens plus de la dernière fois où je suis partie en vacances...Plus de dix ans c'est sûr ! J'ai du mal à quitter la maison , ma terrasse..ma chambre, mon trou.. 

Donc,  tous les jours, je fais et défais ma valise...j'en profite , l'homme est parti pour une semaine faire un stage d'écriture, il rentre juste deux jours avant notre départ...Je peux donc m'adonner tranquille à cette manie.. remplir...enlever, laver,  repasser... 

Allez une p'tite toile !!! Des fleurs ! c'est la saison ! Superbe artiste qui nous vient d'Ukraine...

Vera Kavura - Ukrainian painter



mardi 10 mai 2022

Réflexions douces amères....

 

J'ai toujours été une optimiste de nature, même de trop parfois ! Quand je côtoyais des causes désespérées je m'obstinais car j'étais sure que j'allais en tirer du bon.

Et puis la vie nous agresse, nous donne des leçons..Au départ, je me disais que ça n'allait pas durer, que tout allait bien se passer ; ce n'était qu'un petit creux noir dans la vie de tous les jours..parfois j'avais raison et parfois non...

Et plus je grimpe en âge et plus mon optimisme se fait la malle..Quand je traverse des périodes calmes, heureuses, au fin fond de moi, j'ai une petite voix qui me dit que ça ne va pas durer..J'attends la tuile qui va me fracasser la tête, parce que je sais que le temps est devenu ennemi et qu'il nous ment..

Je pensais avoir plein de temps, pour imprimer ce que j'étais, donner des souvenirs dans l'esprit et le cœur de mes proches..Et je me rends compte que le temps est compté..Un jour, je ne serai plus là et il ne restera rien..Ainsi va la vie, ainsi va la mort..Tu termines dans une urne scellée sur une tombe qui ne sera jamais visitée car le culte des morts n'existent plus...Nous sommes sans doute la dernière génération à aller fleurir les tombes des êtres qui nous ont été chers..


J'ai déjà réfléchi à ce que serait ma tombe, et j'ai déjà changé cinq fois d'idée!!Au départ, pas de pierre en grès sur moi...des pivoines, des fleurs vivaces....Mais faut entretenir ! Alors j'ai pensé une pierre en béton...sobre..qui prendrait les traces du temps et qui se couvrirait de mousse ..Mais non ! Je ne suis pas sûre qu'on ferait selon mes désirs..

Dans le temps tu pouvais acheter une concession à perpétuité ...fini à présent ! Tu l'as pour 30 ans, et si personne ne se manifeste quand ça doit être renouvelé, on te mets au rebut...Je veille à ce que celle de ma mère soit à jour....Avant de mourir, j'irai à la mairie payer pour encore une trentaine d'années... Après...Ce sera terminé..La famille disparaîtra..

Ma dernière idée est l'urne, scellée sur la tombe que nous avons déjà acheté..Pas d'entretien...on n'ennuie personne après...Je pense que je vais dés à présent m’intéresser à faire poser une pierre, pas trop large, avec rien dessous...mais je pourrai être scellée sur ce support..

Il faut éviter de trop s'attacher, de trop s'investir...Je n'ai jamais vraiment été une accumulatrice compulsive de sentiments, et je pense maintenant que j'avais raison..

La vie donne, la vie prend et en ce moment, je sens qu'elle prend plus qu'elle ne donne..Est-ce parce que je vieillis que je ressens plus fortement ces sentiments ?  J'ai moins à apporter, je suis moins fréquentable, aimable...La maladie qui est devenue omniprésente dans ma vie en a fait fuir plus d'un ! Je faisais le calcul il y a peu...5 ans de dépression...je sors de dépression, névralgie pudendale, qui m'oblige à vivre en pointillé...Je commence à bien gérer cette douleur...Cancer ! La totale quoi ! Pas étonnant que le vide se fait !

Par ma faute la plupart du temps ! Imposer ses bobos aux nouvelles connaissances c'est pas trop mon truc..Ceux qui sont restés dans ma vie, ce sont les précieux..J'y tiens farouchement, mais parfois j'ai peur qu'ils ne partent ! Parce que la vie est chronophage et que quand elle s'y met, elle fait pas de quartier !

Lorsque je regarde ma vie, j'additionne les bons moments, les enfants les petits enfants, des superbes cadeaux ..et la vie passe, et elle te pique au passage ce à quoi tu tenais ..

Et il faut continuer à vivre car t'as pas le choix... Je pourrais remplacer ceux qui manquent, mais je sais que c'est pour perdre à nouveau..c'est comme ça que ça marche..Il faut accepter l'inacceptable et surtout accepter de perdre..et peut être que c'est la suite normale de la vie ? Quand tu te rapproches de la mort, tu pars avec le moins possible ..Il te faut voyager léger..

Ce cancer qui m'est tombé dessus, on n'en parle pas...c'est comme si une fois que l'opération et la radiothérapie avaient été réalisée...pfffiut ! Le cancer avait disparu...Mais je sais qu'il n'est pas éradiqué complètement ! Et qu'il me faudra tendre le dos encore quelques années !

Aujourd'hui, je suis allée m'acheter un kébab chez mes turcs favoris...Je les adore ! On se taille une bonne bavette à chaque fois..et là, celui qui officie devant la broche me dit tout d'un coup : ma femme a un cancer du sein...Faut savoir que le gars, j'ai pratiquement jamais entendu le son de sa voix ..Ils sont deux : un exubérant et un taiseux...

Je suis un peu scotchée par la confidence, et je lui dit, elle est jeune votre femme, ça va bien se passer...Elle a 37 ans qu'il me dit...J'ai peur quand même ! Je lui demande si elle a été opérée...Oui, il lui en ont enlevé un bout...elle est suivie ..et il me sort un truc assez rigolo : vous savez si ça arrivait à une personne plus âgée, j'aurais moins peur...Moi : ah bon, pourquoi ? Ben parce que chez les jeunes, le sang tourne et retourne et circule...donc il sème le cancer partout partout ! Chez les vieux ça tourne moins !

Bordel ! Ça m'a fait ma journée !! je suis vachement contente d’être vieille!!

Allez !! une p'tite toile !!

Arnoldus Bloemers 1792/1844



jeudi 5 mai 2022

Quelques rêves...

 

Pourquoi toujours vouloir la perfection, le non-conflit? J'ai fait un rêve étrange il y a quelques nuits...Je me retrouvais dans une pièce, pas loin de ma belle fille, celle qui ne me parle plus depuis 10 ans, et je la voyais qui cassait mes lunettes...Lorsque je revins à table, elle me tendit mes lunettes cassées et je lui dit" je suis vraiment désolée d'avoir laissé mes lunettes sur la chaise, je vois, que sans faire exprès tu t'es assise dessus..."

Pourquoi j'ai dit ça alors que je l'avais vue les casser sciemment? Parce que je ne voulais pas de conflit..et comme ça m'a réveillée en sursaut, j'ai pu penser durant une petite demie heure à toutes les fois où c'est arrivé dans la vie réelle...Toutes les fois où j'ai dû m'écraser, où j'ai dit oui à toutes les conneries que certains pouvaient sortir ! Toutes les fois où je me suis obligée à faire des choses qui ne me plaisaient pas...de peur qu'ils ne me jugent ou qu'ils ne m'aiment pas...

Je me suis rendormie, et j'ai replongé dans le même rêve, mais là il était question de repas...je devais faire à manger pour un tas de personnes, le frigo était vide, je cherchais dans les placards et ça me rendait malade de ne pas pouvoir les nourrir convenablement..J'allais encore devoir m'excuser..La nourriture est souvent synonyme d'amour...c'est comme si je faisais le constat que je n'avais plus d'amour à donner..ma tête et les placards étaient vides !


Nouveau rêve la nuit d'après : Mon ex mari emménageait chez moi avec des meubles en rotin...un divan, un fauteuil, un lit...tout en rotin... Il était malade, et mon fils aîné avec sa femme venaient à la maison pour le voir...Ils ne comprenaient pas sa décision de venir vivre chez moi..Mais lui, disait que ce n'était pas définitif...et quelques jours plus tard, en effet il redéménageait ses meubles...Je sortais de la maison pour l'aider et je voyais des enfants sur le toit des voisins qui tenaient un bébé dans le vide, par les pieds...Je hurlais, mais trop tard, ils le lâchaient....Je me précipitais pour essayer de le soigner mais plus je le touchais et plus le bébé rétrécissait...jusqu'à disparaître !

Assez édifiant ce rêve...Ce que je touche disparaît...Certains proches ont disparu de ma vue et de ma vie..

Cette nuit, encore un rêve bizarre...Je me retrouvais dans un immense bâtiment et je devais monter une dizaine d'étages...pour retrouver ma mère qui était à l'hôpital, je pense.Pourtant, au fond de moi, je sais que ma mère est morte et même si je n'y crois pas je monte ces dix étages avec la joie au coeur.. Je la trouve dans une cafétéria et elle m'explique qu'elle va devoir rester là ..Je lui demande de venir à la maison, pourquoi rester dans un lieu inconnu si elle n'a pas besoin de soins...Mais elle hoche la tête, et me dit non...Tu reviendras me voir, je suis là....je redescends les dix étages en survolant les escaliers, c'est assez grisant, et arrivée au rez de chaussée une barrière m'empêche de sortir...je pris donc de l'élan et m'envolais littéralement au dessus pour m'échapper...

Les rêves m'ont toujours fascinés..j'y cherche toujours une explication ! Alors qu'il n'y en a sans doute pas !

Le plus récurent est celui que je fais au moins une fois par mois !! je vis chez mon ex mari, la maison ne ressemble absolument pas à celle où on habitait..tout est recouvert de béton..Les meubles, les chambres ...tout est uniformément gris...Je lui demande pourquoi il a mis du béton partout, il dit que c'est plus pratique..à un moment, je vais dans le grenier gris béton, et je trouve une petite porte..je rentre et à l'intérieur c'est un autre monde...c'est carrément un village coloré, perché sur une montagne , et je rentre dans une maison qui est la mienne mais dont personne ne connaît l'existence. Il y a un immense jardin avec une rivière, je sais qu'il faut que je reparte, mais ça ne m'attriste pas..car je sais que je peux m'échapper et revenir chez moi....dans cette maison lumineuse .

Lorsque mes rêves me réveillent, je les note tant qu'ils sont encore frais dans ma mémoire !

J'aime bien rêver ! et vous?

Allez une p'tite toile !

Sherree Valentine-Daines née en 1956 dans le Surrey





dimanche 1 mai 2022

Bon 1er Mai à tous !!

 


Que ce brin de muguet vous apporte le bonheur et la chance !

Lorsque ma mère était encore en vie c'était de tradition...Qu'il pleuve, qu'il vente, qu'il neige, mon premier geste au réveil était de lui apporter son brin de muguet...Une année, allez savoir pourquoi, j'ai oublié...J'étais responsable syndicale dans mon entreprise, et c'était un jour important le 1er Mai ! Il y avait donc une manif d'organisée et ensuite un repas était prévu à la verrerie de Portieux, qui  à l'époque était  en lutte car elle était menacée de fermeture...

J'ai donc oublié ma mère ! Le soir, lorsque je suis rentrée à la maison, j'ai tout d'un coup réalisé que je ne lui avais pas offert son brin de muguet traditionnel ! J'ai donc foncé comme une folle au travers de la ville avec l'espoir de trouver un petit vendeur à la sauvette...Mais , pas de chance ! Il était 18h et tout le monde avait remballé ! Je me suis donc pointée chez ma mère les mains vides....

Et je l'ai trouvée complètement abattue, elle avait pleuré une partie de la journée...J'étais la seule fille qui était encore près d'elle, et j'avais oublié...C'était fou de la voir aussi touchée par une tradition que je trouvais désuète et surtout de voir à quel point elle croyait fermement que ce petit brin de muguet allait lui apporter bonheur et chance...

J'étais démoralisée de la voir ainsi...Je suis donc rentrée chez moi le moral dans les chaussettes d'avoir fait pleurer ma mère !

La voiture à peine rentrée dans le garage, je saluai ma voisine qui fermait ses volets..Je lui souhaitai un bon premier Mai, et lui racontai la peine de ma mère qui n'avait pas eu son brin...j'essayais de me moquer gentiment de cette tradition, mais je vis que elle aussi, elle prenait ça très au sérieux...

-Venez avec moi, on va faire un tour au jardin !

Elle avait une petite serre vitrée et je vis qu'il y avait un coin réservé au muguet...elle en coupa trois magnifique brins garnis de feuilles...

-Il est encore temps de redonner le sourire à votre maman !

Je la remerciai et repartis chez ma mère...Quand elle me vit arriver avec ces brins tant convoités j'ai su qu'elle avait retrouvé sa sérénité...

Jamais plus, je n'ai oublié..Jusqu'à la fin de sa vie elle m'a vue arriver le matin du premier Mai avec ces brins de bonheur...

Ce qui est risible, c'est qu'elle m'a refilée la tradition ! Et que je suis triste si mes enfants ou mon mari oublient...

Bon ! J'ai juste réussi à donner plein de culpabilité à mon mari s'il oublie, hein !! Les enfants n'y pensent pas...Pour eux, c'est juste un truc commercial..J'aurais bien  aimé qu'ils continuent la tradition..mais tout se perd !

Aujourd'hui l'homme est parti à la manif...C'est vraiment un fana des longues marches en compagnie de gens plus ou moins heureux de défiler !!!

Espérons qu'il rentrera avec son brin de muguet traditionnel, sinon il n'a pas fini de m'entendre !! lol

Allez une p'tite toile ! elle est d'actualité ! Muguet et Lilas !

Vera Kavura