Il y a quelques mois,
j'ai fait une rencontre étrange sur un réseau social bien connu...
Ce que cette personne disait m’interpellait, me donnait à
réfléchir...Je me suis vite abonnée à son pseudo pour la suivre
plus facilement...
De temps en temps je
glissais une réflexion sous ses citations, je partageais énormément
de ses idées, de ses ressentis
Un jour, dans les
messages, je reçois un petit mot : « merci de me
suivre....un petit bouquet de fleurs ajouté en fin de ligne....
Était ce un homme ?
Une femme ? Je ne sais pas...son pseudo ne laissait rien
paraître...
Je suis assez méfiante
d'ordinaire, et j'ai eu souvent des sollicitations d'individus à la
recherche d'aventures, d'argent, ou de bien d'autres choses...La
photo de mon avatar est un tableau, donc, je suis une anonyme parmi
les anonymes...c'est ça que j'aime finalement !
Et puis un matin, je
trouve un petit message : Je vois que tu as réagis avec
beaucoup de tristesse sur mes écrits d'hier...Es tu touchée
personnellement par ces situations ?
Méfiante, je réponds
par l'affirmative, mais sans m'étaler.C'était sur les gens qu'on
avait perdus, mais qu'il fallait malgré tout continuer à
vivre..Enfin c'était bien plus joliment écrit !
- Si tu veux en parler,
n'hésite pas...je suis une bonne vieille oreille anonyme...petits smileys
qui rigolent !!
Euhh...je ne vais pas
écrire comme ça, dans le vide, à quelqu'un que je ne connais
pas....Vous me direz, c'est pourtant ce que je fais sur mon blog !
Je me raconte à des personnes virtuelles...
Mais là, sur un réseau
social, même en message personnel, ça m'embête !
Je lui renvoie donc des
petits smileys reconnaissants et souriants..
Bientôt on n'écrira
plus avec des mots mais avec ces petits signes cabalistiques qui
disent tout et n'importe quoi....
On continue à se suivre,
et un jour...plus personne...son compte a disparu..
Je me dis dommage,
c'était sympa de lire ce qu'il ou elle écrivait...
et puis, un jour, petit
message : Bonjour, merci de m'avoir suivie durant tous ces mois,
mon travail m'accapare et j'ai dû faire un choix....Je suis
psychologue et mon cabinet est bien souvent rempli de détresse à
soulager..Je continue à vous suivre ! Bonne continuation...
Je réponds que je suis
désolée de ne plus avoir ces petites phrases chaque matin, petites
phrases qui répondaient bien souvent à mon angoisse ou à mes joies
du moment...Que je lui souhaitais plein de courage dans son écoute
bienveillante...
- Je m'appelle Marie, je
devrais être en retraite depuis un moment, mais tant que je peux
apporter du réconfort, je reste là...
Et nous voilà parties
dans une conversation riche et ouverte...Elle m'a parlé d'elle .Je
l'ai écoutée..Je lui ai parlé de moi, sans trop appuyer sur les
points qui font mal...Je n'allais quand même pas entamer une
psychothérapie avec une inconnue ! Surtout par écrit !!!
Au fil des semaines, nous
avons échangé nos numéros de téléphone..C'est un truc que je ne
fais pas facilement, mais je l'ai fait..Elle a une voix très douce,
assez lente, beaucoup de silences....
Et moi, qui aie horreur
des silences, je remplis les blancs..ça semble lui convenir...
Elle me parle de sa vie,
de ses chats, de Paris...Elle habite dans un arrondissement que
j'adore, pas loin du cimetière Montparnasse...Elle est drôle, vive,
curieuse...Tout ce que j'ai oublié d'être..
Nous devons avoir
sensiblement le même âge car nos préférences musicales sont les
mêmes..Elle adore Barbara, je lui fais découvrir un p'tit jeune qui
a repris quelques chansons d'elle et que j'adore, Elle me parle des
expos qu'elle va voir, avec fougue et enthousiasme...Elle est
vivante, un peu folle...Pourquoi ai je perdu cette vivacité ?
Cette envie de découvrir, de sortir ? Je vis par
procuration..Je pompe le savoir et le bien-être chez les autres...ça
me nourrit suffisamment pour ne pas avoir envie de sortir chercher
ailleurs ...
Elle ne pose pas de
question sur ma vie...Lorsque je glisse quelques mots sur ma
situation, sur ma peine, sur mes peurs, je la sens attentive...D'un
mot, elle remet en place des incompréhensions qui me bouffent...Je
ne veux pas l'accabler avec mes manques ; je veux l'écouter
vivre, l'entendre rire..ça fait bien longtemps que je n'ai pas ri..
Un jour je lui ai parlé
de l'abandon...De ces enfants que j'ai perdus...elle m'a dit :
Peut-être que ce sont eux qui t'ont perdue ?
Et si tu décidais de
penser autrement ? Si tu essayais d’arrêter de te sentir
coupable? Ce ne sont plus des petits enfants, ce sont des hommes
adultes qui ont fait le choix de perdre leur mère...Non pas parce
que tu les as maltraité, simplement parce que tu ne répondais pas à
leurs critères..Dans des temps lointains, ça ne serait jamais
arrivé..Les parents, les grand-parents étaient précieux..C'était
d'eux qu'on apprenait...à présent, internet remplace l'expérience
des vieux...Ils vivent dans un monde où tu peux choisir entre des
milliers de marques, des milliers de produits ..l'empathie, la
fidélité ont disparu …
Il faut arrêter de
culpabiliser, quand tu vois la misère qu'il y a dans ce monde, tu
te rends compte qu'il faut relativiser chaque instant de vie..Tu ne
peux pas les obliger à être différents.
J'aime ses raisonnements
simples et efficaces..Elle sait me reprendre quand je dérape, et
faire que mon cœur ne s'attarde pas sur les regrets...
Belle rencontre que les
réseaux sociaux m'ont offert !
Allez !! une p'tite
toile !! ça pourrait être elle et moi, dans un bistrot parisien......
Edward Hopper 1882/1967