jeudi 22 mai 2025
"Le cri resté coincé
mercredi 21 mai 2025
L'étranger...2
Et puis un jour des affiches apparaissent partout "Grande ouverture d'un Super U à 200 m de chez vous... Grand parking gratuit..ouvert 7j/7...
La petite ville frémit d'excitation.. Les familles attendent les promotions, les enfants parlent déjà du rayon jouets ...
Farid, lui, continue de remplir ses étagères avec soin, il sent le vent tourner encore..
Les clients devenus des habitués passent encore, mais plus vite, plus distraits... Même Claire semble préoccupée ...
Il hoche la tête, il comprend.. Il ne peut pas lutter....Ses légumes viennent de petits producteurs, son pain est livré chaque matin par un artisan boulanger... bien sûr les prix sont un peu plus élevés mais ce sont des bons produits, sains , sans pesticides...
Un soir il ferme plus tôt que d'habitude.. Pour la première fois il a peur.. pas de la solitude, Il y est habitué, mais de disparaître sans que personne ne s'en soucie...sa promenade quotidienne avec Milou lui fait du bien...
La boutique est ouverte mais vide...
Et puis.. Un coup du sort...
Une panne électrique massive touche le supermarché flambant neuf.. Les portes automatiques restent closes.. Les frigos se vident, les caisses refusent de fonctionner..
Farid,lui,a des bougies, une caisse manuelle, un vieux frigo à gaz.. il n'a jamais arrêté d'être simple..
Les gens, d'abord gênés commencent à revenir.. d'abord pour le strict nécessaire.. puis pour un mot, un conseil.. Il note les dettes sur un vieux cahier comme autrefois... personne ne réclame de ticket..tout repose sur la confiance..
Quand le courant revient la moitié de la ville est revenu chez lui..
Et quelque chose a changé : ce n'est plus l'épicier qu'on tolère, c'est Farid, l'homme.. celui qui a tenu bon, qui a aidé sans rien demander...
Mais la petite ville n'est pas encore prête à le protéger...
Un dimanche soir, la ville est calme.. Farid a fermé plus tôt, fatigué mais serein.. Il se sent bien, il est enfin un peu d'ici...
Mais dans l'ombre la colère gronde.. deux jeunes excités par les discours du bistrot voisin...des piliers de bar, saouls la plupart du temps qui lancent des phrases genre " Il pique le pain des vrais commerçants... bientôt on sera envahis..."
La nuit est noire quand ces deux petits cons lancent une bouteille enflammée contre la vitrine... l'épicerie de Farid prend feu....
Une voisine hurle, Farid qui dort à l'étage a juste le temps de sortir avec Milou dans les bras.... Les pompiers arrivent.. Au petit matin il reste une façade calcinée, des étagères noircies...
Farid est assis sur le trottoir, abattu... c'est fini.. comment sortir de la haine, comment vivre avec tous ces gens qui ne veulent pas de lui...
Et alors quelque chose d'inattendu se produit...
Claire arrive avec une cafetière...puis l'ancienne institutrice du village décharge des caisses de livres à vendre..des jeunes posent des tréteaux..on sort une nappe,on installe des paniers.. une cliente propose de lancer une cagnotte en ligne.. Un menuisier répare la porte...
En une journée la ville transforme le trottoir de l'épicerie en marché improvisé...
Farid, abasourdi regarde ces gens qu'il croyait si lointains... Il veut parler mais les mots s'étranglent ... Alors il se tait et savoure le moment... Un moment unique, rien qu'à lui..
L'épicerie est presque plus belle qu'avant... Les saisons passent.. Il parle un peu plus, rit parfois.. Il raconte son village, les figues sèches de son enfance, la poussière des chemins.. ET on l'écoute ...enfin..
Et puis un jour, c'est l'hôpital qui appelle...La propriétaire du magasin est décédée...Elle a un fils qui habite à Londres...Farid l'a vu une fois..Un homme très gentil mais pressé...Il lui a juste fait comprendre que s'il arrivait quelque chose à sa mère il ne pourrait pas garder le magasin...
Farid le sait...Lui aussi se fait vieux et lorsqu'il promène son Milou, il sent ses vieux rhumatismes qui le tourmentent...
Il s'assied un peu plus souvent derrière le comptoir... Claire qui l'appelle tonton Farid lui donne un coup de main pour porter ses caisses.... Il refuse, mais elle rit et lui dit de ne pas s'en faire...
Le jour où l'hôpital l'a prévenu du décès de la propriétaire, il appelle Claire, il veut prendre sa retraite.. il dit ça doucement, comme s'il demandait pardon..Il ne sait pas comment faire son dossier...Claire s'occupe de toutes les démarches...Il a 72 ans...L'âge de se reposer au pays...
La nouvelle se répand vite, on s'inquiète.. Qui tiendra l'épicerie ?Qui Saura écouter sans juger, offrir sans compter?
Farid pourtant n'a pas le choix.. il veut partir dignement, pendant que tout va bien.. Le jour de la fermeture définitive il n'y a pas de soldes.. pas de musique.. juste des gens venus nombreux.. certains pleurent, d'autres rient nerveusement..on offre des fleurs, des gâteaux, une vieille photo de la rue avant qu'il n'arrive..
Farid ne dit presque rien..dans ses yeux il y a de la reconnaissance et un brin de mélancolie..
Il va repartir au pays, revoir sa famille, se reposer....Milou a ses vaccins.....les papiers sont fait pour son retour avec son vieux compagnon..
Et lorsqu'il ferme la porte, la ville comprend que quelque chose a changé pour toujours...
Allez ! Une p'tite toile !
mardi 20 mai 2025
L'étranger...1
Toujours un peu immobile, derrière mes rideaux, mes doigts filent sur mon clavier pour une petite nouvelle....C'est pas du vécu...c'est une fiction !! Mais il y a quand même un peu de vrai....
Lorsque je travaillais encore, je prenais le bus.. et je discutais avec un vieux monsieur qui avait bossé toute sa vie en France , qui avait vécu toute sa vie dans un foyer fait pour cette main d'oeuvre étrangère... Un jour Il s'est assis du bout des fesses à côté de moi... moi qui lisait comme chaque matin.. j'ai levé les yeux de mon livre et on s'est regardés...et on a parlé... je n'ai plus jamais lu dans le bus.. chaque matin il me parlait de sa vie, de son pays... Il aurait pû repartir chez lui puisqu'il était en retraite... mais il ne restait plus personne... Alors il est resté dans sa petite chambre de 9 m2..un jour je ne l'ai plus vu dans le bus.... je ne saurai jamais ce qu'il est devenu....
Le rideau métallique grince doucement lorsqu'il le lève... À chaque levée Farid s'inquiète, car le bruit pourrait déranger les voisins, déjà qu'il ne fait pas l'unanimité dans la rue, mais si en plus les gens se plaignent il risque d'en subir les conséquences..
Il est courbé par l'âge et chaque matin il balaie le seuil de son épicerie...personne n'est encore dehors.. l'air est frais, chargé d'humidité...Il salue le vide d'un bonjour discret comme s'il espérait que la ville finisse par lui répondre....
Cela fait trois mois qu'il a ouvert.. trois mois de solitude polie, de regards fuyants, d'achats rares et toujours précipités...
Les enfants du quartier passent en courant devant la vitrine sans jamais s'arrêter...pourtant il y a une ribambelle de bocaux remplis de bonbons colorés qui devraient les intéresser... mais non...
Les anciens le saluent parfois d'un geste bref sans s'attarder... Farid ne se plaint pas...il connaît le rejet, cette manière silencieuse de faire comprendre à l'autre qu'il n'est pas à sa place...
Lui,il vient d'un ailleurs brûlé de soleil, d'un quartier bruyant où les voisins se parlaient en criant d'un balcon à l'autre... D'un ailleurs où les rues s'animent dès l'aube car le soleil brûle les après midi..
Les gens s'enferment derrière les volets clos.. ils y vivent à pas feutrés, dans une semi obscurité moite...
Les repas sont froids.. pastèque, tomates gorgées de jus,pain trempé dans l'huile d'olive... Les corps cherchent la fraîcheur là où ils peuvent.. allongés sur les carrelages, les pieds dans des bassines d'eau... On parle peu.. même les paroles fatiguent.. Les gestes sont lents, mesurés, on n'aime pas transpirer plus qu'il ne faut....
Le soleil écrase la ville....
Farid sourit doucement... Il vit dans un présent plus souvent pluvieux qu'ensoleillé.... Il a dû partir de cet endroit lumineux ...Partir et laisser sa famille.travailler et envoyer de l'argent pour les faire vivre...
Cet endroit il le loue pour une bouchée de pain... la vieille dame qui l'occupait est entrée à l'hôpital . Elle connaissait Farid qui travaillait dans un magasin de bricolage... souvent elle lui demandait conseil... et de paroles en paroles elle lui a parlé de son épicerie.. qu'elle allait devoir abandonner... ça ne vous intéresserait pas d'y travailler ?
Quelle drôle de proposition.. déjà qu'il avait eu beaucoup de mal de trouver cette place, qu'il était content d'avoir une paye régulière qu'il pouvait envoyer au pays...
Il remercia mais elle revint à la charge.. j'ai besoin de quelqu'un de confiance et je tiens à vous avoir aux commandes...vous y ferez ce que vous voulez... Je paierai les charges du magasin.....
Et puis il y a mon chien...vous n'avez rien contre les chiens Farid ? Je ne peux pas le déposer à la SPA..je voudrais qu'il reste dans son environnement...je sais qu'il sera bien avec vous et qu'il sera un bon compagnon ! Il s'appelle Milou et il ne lui manque que la parole..
Vous serez mon employé...je vous verserai un salaire... Il faut juste que je guérisse et ensuite je reprendrai le flambeau...
Il avait cédé... pourquoi pas ? une nouvelle expérience à vivre ?
Mais ici , il était l'étranger..on n'achète pas chez l'étranger.. Pourtant chaque matin il aligne ses fruits sur les étals, vérifie la fraîcheur des oeufs... Il garde l'épicerie comme d'autres tiennent une lampe allumée dans la nuit...
Et puis un matin un petit garçon entre en courant, les joues salies de confiture... Il cherche des piles pour sa manette de jeux... Farid les lui tend et refuse l'argent...."tu paieras quand tu voudras..." Le petit garçon interloqué n'a jamais entendu ça... le soir il en parle à sa mère et le lendemain c'est elle qui pousse la porte, hésitante...
Dans une petite ville le moindre changement est remarqué.... le bruit court "la femme du pharmacien va chez l'arabe..."
Claire s'en moque des ragots et des rageux... Farid l'a accueillie avec un sourire sincère, sans attente.. elle a acheté des pommes,un pot de miel et une poignée de bonbons...
Elle se sent à l'aise dans ce magasin qui sent bon les épices, sous le regard d'un homme qui parle peu mais qui la regarde avec bonté..
Les jours passent et d'autres curieux rentrent... une vieille dame à la retraite qui n'aime plus marcher jusqu'au supermarché.. Une étudiante pour quelques courses oubliées.. Un ancien facteur que Farid salue souvent...
Mais ça ne plaît pas à tout le monde cette ouverture... un matin Farid découvre un Tag sur sa vitrine :"DÉGAGE" écrit en lettre rouges, coulantes..
Sous le mot une croix grossièrement peinte.. Milou se presse contre lui..comme s'il sentait sa peine..
Il reste longtemps devant, le seau d'eau à la main... Il ne dit rien.. Il efface..puis il ouvre comme chaque jour...
Ce jour là, plus de 10 personnes franchissent la porte.. Personne ne parle du tag, mais beaucoup lui serrent la main... Claire elle, reste plus longtemps.. elle propose de l'aider à repeindre la devanture mais il refuse doucement...
Mais le lendemain la peinture fraîche est là.. Farid n'a pas demandé, mais quelqu'un l'a fait.. Le silence est devenu solidaire...
Quand le soir arrive, Milou, vient se mettre près de la porte....C'est l'heure racontent ses yeux...L'heure de la promenade ! Alors Farid ferme le magasin , il est vingt heure....
Allez !! une p'tite toile !
lundi 19 mai 2025
L'éclipse...8
Il reprit le cours de sa vie comme s'il ne savait rien...Mais chaque mot, chaque geste, chaque manipulation...Il les notait dans un carnet mental, dans un souffle intérieur...Il savait qu'il ne pourrait pas divorcer, il savait qu'il était devenue une proie pour elle et qu'on ne s'échappe pas des griffes de ce genre de personne...
C'était fou mais petit à petit il réalisait qu'il était devenu "un homme battu.."
Lorsqu'il voyait des émissions où l'on abordait ce sujet avec des femmes qui subissaient des coups, des injures, et toutes sortes d'autres humiliations, il se disait "Mais pourquoi restent-elles? Pourquoi ne partent-elle pas?...et même une fois il avait osé se dire "que peut-être elles aimaient ça?"
Et lui, qui subissait depuis des années, les mêmes choses que ces femmes, restait là...à courber l'échine, à faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller "la bête"...
Elle avait arrêté de travailler après un an de mariage...Il lui disait :"Tu es sûre de vouloir rester à la maison? Tu as un tel talent , c'est dommage de ne pas en faire profiter les autres..."
Elle souriait , lui disait qu'il gagnait suffisamment pour deux..Et que son travail à elle, désormais, ça allait être de gérer les finances de la maison...
Il était content de se défaire de cette responsabilité...Tout de suite, elle lui avait supprimé sa carte bleue..."c'est pas pratique pour moi si tu dépenses sans me donner les justificatifs..." Il riait...ça lui rappelait son travail au ministère !
Chaque jour, elle glissait dans son porte feuille un petit billet...Le premier soir, lorsqu'il rentra il lui fit remarquer que l'argent donné était un peu juste...Que fait-on maintenant avec 10 euros? J'ai juste pour boire quelques cafés...Je ne peux même pas en offrir...
Le regard qu'elle lui lança le stoppa net...Un regard froid, un regard presque menaçant...Avait-il rêvé?
à présent il savait qu'il n'avait pas rêvé à l'époque...Il venait de rentrer dans une spirale de brimades, de coups, d'humiliations.....
Il se répétait; "je m'en irai un jour...et tu n'auras jamais su quand j'ai commencé à partir...
Et puis il y eut le soir du couteau....C'était un dimanche banal..Le genre de soirée où les silences sont lourds, le repas tiède, les gestes mécaniques...Elle avait préparé un rôti qu'elle ne mangea pas..Elle le regarda avaler chaque bouchée comme s'il devait prouver sa gratitude...
"Tu mâches comme un chien malade dit elle calmement en sirotant son vin...
Marc ne répondit pas..Il regardait ses mains qui tremblaient un peu..Il ne savait plus si c'était de peur ou d'habitude...
Puis elle se leva et revint avec un couteau..Pas un cri, pas une menace..Elle le posa devant lui, la lame tournée vers lui et murmura :" Si tu veux vraiment arrêter de souffrir, fais quelque chose d'utile pour une fois !
Il sentit un froid glacial l'envahir..Ce n'était plus une relation toxique c'était un compte à rebours...vers la mort...
Elle n'avait pas haussé le ton, elle n'avait même pas l'air en colère...C'était pire, elle semblait convaincue de lui rendre service..
Il se leva, sans rien dire, rangea la table, nettoya le couteau, sans trembler..Mais dans sa tête quelque chose avait craqué..Pas de rage, pas de haine, juste une évidence: "il n'en sortirait pas vivant.... Sauf s'il mourrait autrement...
Cette nuit là, elle essaya de l'étrangler avec une ceinture..Heureusement, il ne dormait pas et pu la maîtriser facilement... C'était de l'entendre rire qui lui faisait le plus peur...
Alors il commença à se préparer...
D'abord en silence...Il lui suffisait d'être prudent, de ne jamais la lâcher des yeux..
Depuis sa naissance sa mère lui a ouvert un livret A sur lequel elle a déposé depuis des années ses petites économies...Il a beau lui dire de faire un voyage, de profiter de ses sous...Mais non..
Elle a reçu un héritage d'une vieille tante décédée , elle a partagé la somme entre Léa et lui...Ce livret, Julie n'en a jamais eu connaissance, c'était bien avant qu'ils se connaissent, et lui ne s'en servait jamais...S'il veut disparaître il en aura besoin...
.Le lendemain il ouvrit un coffre dans une autre banque, dans une autre ville..Il avait réussi à retirer les 30 000 euros par petites sommes, jamais les mêmes et à les déposer dans son coffre....Il lui fallait un nouveau passeport...avec une nouvelle identité...C'était facile, le Darknet offre des possibilités immenses...
Dans le garage il a préparé un sac avec des vêtements neutres...une carte SIM étrangère, un téléphone vierge....Il s'est procuré une seringue avec laquelle il se prélèvera du sang au dernier moment..
Il sait qu'il faut qu'il disparaisse sans donner de nouvelles à ses proches, mais il trouvera un moyen de prévenir sa mère et sa sœur sans prendre de risques....
Un soir, c'est le grand soir..Il le sait....L'après midi, il a vidé son coffre...Nouveau passeport, argent liquide..Il est prêt !
.Il s'enferme dans la salle de bain...Elle est déjà couchée, il a glissé dans son café deux somnifères..Il sait que c'est un de plus que d'habitude et qu'elle va dormir profondément...
Il prélève sans trembler deux seringues de sang ...Il en verse dans le lavabo, éclabousse le sol..Il tache sa chemise préférée, il en déchire même un morceau...Il brise une vitre avec son poing pour laisser des traces de lutte...il arrange consciencieusement la scène...
Un portable cassé, un couteau taché de son sang gît au sol...et ce message qu'il a écrit des centaines de fois dans sa tête , qu'il a envoyé à sa mère et sa sœur : "je n'en peux plus.....Si je disparais, cherchez Julie....
Puis il nettoie minutieusement ses traces à lui, les vraies...
Il est 5 h du matin..Marc quitte la maison par l'arrière, sac sur le dos, capuche tirée, cœur froid....Il ne regarde pas en arrière..
A la gare d'une petite ville voisine, il monte dans un train sans caméra...Direction la frontière..Une autre vie ! il respire enfin...Il enclenche son nouveau téléphone....
Il aura des nouvelles de "sa disparition " par le net...Sa mère et sa sœur, dès qu'elles ont lu le message,sont allées au commissariat...Pour une fois, ils se sont dérangés...Ils ont trouvé Julie qui dormait, elle a été soupçonnée toute suite avec les traces de sang trouvées dans la salle de bain, ils ont fouillé la maison, trouvé des preuves accablantes contre elle, mais pas de corps..
Elle a passé 48 h en garde à vue..Et ils l'ont libérée faute de preuves....Ils continuent à la surveiller, ils pensent qu'elle fera un faux pas....Elle se sent traquée....
Enfin il peut sourire et respirer...Il est loin...loin de sa folie!.
Il arrive dans une ville frontalière, change de vêtements , casquette et lunettes noires au cas où des caméras le repéreraient, utilise sa fausse identité...Il paie cash une voiture d'occasion et il roule.....Son nouveau nom est Nathan Lemoine....
Il laisse la voiture avec les clefs dessus dans un aéroport, elle sera volée rapidement, il le sait, il va pouvoir partir vers un pays où on parle sa langue...Il va dans un pays où personne ne pose de questions tant que vous payez en liquide..
Il s'installe dans une petite ville côtière...Tout est lent, simple anonyme..Il achète une maison délabrée face à la mer..Il apprend à vivre seul..A se lever sans regarder derrière..Les mois passent...Il s'est fait de nouveaux amis...Peut être un nouvel amour...
Et puis un jour, il commence à écrire...Le livre vient comme une nécessité..Il ne donne pas de noms mais tout y est...La jeune femme instable, l'amour qui pourrit, la violence, la disparition orchestrée...
Le livre s'intitule : L'ÉCLIPSE.
Il le publie sous pseudonyme, sans photo..Contre toute attente, il devient un succès discret...
Par l'intermédiaire d'un nouvel ami qu'il s'est fait et qui vient en France régulièrement, il l'a fait parvenir à sa mère et sa sœur...Il a juste écrit sur la page de garde : Pardon!
L'ami, à qui il a tout raconté a enquêté pour savoir ce qu'était devenue Julie..
Elle n'habite plus l'appartement, elle a même quitté la ville...Et comme sa sœur a continué à relancer la gendarmerie régulièrement afin de savoir où en était l'enquête , elle a pu avoir des nouvelles de sa belle-sœur..Car l'enquête est toujours ouverte....
Julie se sentant toujours traquée, s'est mise à boire...Elle vit des aides publiques...dans une chambre de bonne...Elle erre dans cette nouvelle ville, un flot de paroles sortent de sa bouche...Elle invective les passants, elle a même provoqué un esclandre dans un bar ...et s'est retrouvée à l'hôpital psychiatrique de la ville..Elle est méconnaissable, hagarde...
Léa est allée la voir..Elle voulait savoir ce qui s'était passé...Julie ne l'a pas reconnue...Elle a déversé sur elle un tas d'insanités, des mots qui ne voulaient rien dire....La folie s'est installée dans sa tête, dans son cœur ...
à présent ma sœur n'ira plus voir les gendarmes...Elle sait que je suis vivant, elle sait ce que j'ai vécu..Pour l'instant, je ne veux pas qu'elle fasse arrêter l'enquête , ma mère et elle pourront venir me voir sans crainte aux prochaines vacances...
Lorsque mon ami m'a raconté...J'ai pleuré..Pas de joie, non, j'ai pleuré de tristesse.....J'ai même ressenti de la culpabilité ...Je l'avais tellement aimée et ses démons l'avaient rattrapée..Nous avions eu une année de bonheur tous les deux et pour cette année là, je te pardonne Julie ....
Voila...C'est la fin de cette histoire ! J'ai voulu pour une fois inverser les rôles et suivre un homme battu dans sa vie de tous les jours !! Merci de m'avoir lue !
Allez !! une p'tite toile !!
dimanche 18 mai 2025
L'éclipse....7
Il se réveilla courbaturé...Il n'en pouvait plus de dormir sur ce divan inconfortable..Il passa dans la salle de bain et horrifié il vit la trace d'un bleu sur son visage...Un bleu près de son oeil gauche...
Il chercha vainement à le camoufler avec un peu de fond de teint trouvé dans l'armoire à pharmacie, mais c'était encore plus moche....Il avait déjà eu des petites ecchymoses qu'il expliquait comme étant une chute dans l'escalier....Le vélo hier....le sport...Ses collègues ne posaient plus de questions..Trop de réponses les mettaient mal à l'aise...
Mais ce matin le bleu était trop net, trop présent..Et pour la première fois, en croisant le regard de sa cheffe, il lut autre chose que de l'indifférence...Une inquiétude...
Marc s'installa à son bureau, le bleu ressortant sous la lumière des néons malgré ses efforts pour le dissimuler..Il se força à sourire, à plaisanter "sur une porte mal placée" mais personne ne rit...Ne discuta....
Sauf Julien....Julien n'était pas du genre à se mêler des affaires des autres, mais depuis quelques semaines il observait....Les retards, les silences, les petits gestes de douleurs quand Marc s'étirait..Et maintenant , ce bleu.....
à la pose café, il l'attira un peu à l'écart...et sans préambule il lui dit: " c'est pas la première fois hein?"
Marc baissa les yeux ..Il ne nia pas...Julien prit une gorgée, comme pour alléger ses mots...
"J'ai connu ça..Mon frère...Il a mis des années à en parler..Les hommes on croit qu'on peut encaisser; mais il y a un moment il faut dire stop !
Le silence pesa quelques secondes , puis il ajouta plus doucement:
"Elle est qui au juste cette femme? Elle t'a éloigné de tes amis, de ta famille, tu parles jamais d'elle...sauf le jour où elle s'est pointée au restaurant et où elle t'a humilié devant les autres, tu n'en n'as jamais plus parlé..
Marc leva les yeux, surpris de voir que certains de ses collègues ne le jugeaient pas mais étaient là pour lui...
"Tu sais on a tous compris qu'il se passait quelque chose de pas net le jour où elle est venue..On te connaît, on sait l'homme que tu es;..et celui qu'elle décrivait était un parfait inconnu... On n'a pas osé t'en parler après, on a senti que tu étais mal à l'aise...Mais là, aujourd'hui, il faut que tu parles ! Sinon ça serait de "la non assistance à personne en danger;.."
Marc baissa la tête et résuma les trois années qu'il venait de passer....C'était compliqué d'expliquer en quelques mots comment une jeune femme qui semblait douce, fragile, perdue avait pu se transformer en démon maléfique...
Ils décidèrent de prendre leur après midi afin de mieux comprendre....
Dans un petit parc attenant au boulot, ils s’installèrent sur un banc..
Elle vient d'où ta femme?
Marc leva les yeux, surpris..Il n'en savait presque rien en réalité..Elle disait n'avoir plus personne, pas de famille, pas d'amis...juste lui...Elle éludait toutes les questions, disant à quel point c'était douloureux de se remémorer..Il ne savait même pas d'où elle venait...N'avait jamais eu la curiosité de fouiller dans ses papiers ...
"Elle a bien un numéro de sécu ? tu le connais?
"Non...Chaque fois qu'elle va chez le médecin, c'est seule...
"Trouve ce numéro, elle doit avoir sa carte planquée dans son porte feuille...J'ai un ami qui travaille à la sécu qui pourra peut-être m'en dire plus...Tu n'es pas seul Marc, on va comprendre qui elle est et surtout t'aider à sortir de là....
Pour la première fois depuis longtemps, Marc sentit un souffle d'air dans la pièce étouffante qu'était devenue sa vie...
Il rentra à la même heure que d'habitude;..Surtout ne rien changer, ne pas la provoquer...être suffisamment humble pour qu'elle ne lui tombe pas dessus...Elle ricana lorsqu'elle vit son oeil au beurre noir...
"Quel excuse t'a donné au boulot? une porte de placard ? une chute?
Il ne répondit pas..à quoi bon! c'était lui donner des armes pour le battre !
Pour pouvoir dormir, il prenait un léger somnifère qui ne l'assommait pas complètement, car il avait besoin d'être aux aguets...Ce soir là, quand il prépara les cafés, il en dissous deux barrettes dans le sien...Il savait que ça ne jouait pas sur le goût, il n'avait rien à craindre...
Elle fila se coucher pendant qu'il faisait la vaisselle...Vers minuit, il entrouvrit sa porte avec précaution...Elle ronflait...Il se dirigeât là où elle posait son sac à main....Il ressortit doucement...
Vite, son porte carte, vite prendre une photo de la carte vitale, carte d’identité;...vite ! remettre tout en place et redéposer le sac près d'elle... Il envoya les photos à julien et fit disparaître les siennes...
Il était en sueur..Même endormie elle lui faisait peur...
Le lendemain il regagna son poste et chercha Julien des yeux...Ta femme s'appelle Julie Dumas..Mon pote va pouvoir chercher, il est à la Sécu à Lille et il a accès à certains fichiers..historiques d'adresses, déclarations, parents....On aura une réponse dans la journée...Je lui fais confiance c'est quelqu'un de fiable;..
"Tu crois qu'on peut vraiment savoir d'où elle vient? si elle m'a menti?
Julien, le fixa, grave :"Mon vieux si elle t'a dit qu'elle n'avait pas de famille,pas de passé...et que c'est faux, on le saura..Et ce genre de vide ça cache souvent des choses sombres...
Le reste de la journée fut interminable...Chaque appel, chaque bruit de pas dans le couloir lui donnait l'impression qu'elle allait surgir...qu'elle savait..Mais elle n'en savait rien...
Ce n'est qu'en fin d'après midi que Julien revint vers lui, le regard sombre, son téléphone en main...
Marc...Il y a des choses. Mon pote m'a rappelé..Cette femme s'appelle bien Julie Dumas aujourd'hui..Mais elle a eu un autre nom deux fois...
Elle a déjà été mariée et les deux maris ont porté plainte pour violences conjugales, agression, intimidation...et ce n'est pas tout...Ils ont essayé de divorcer, et ça a déchaîné l'enfer..Pour les deux, elle a usé du même scénario...
.Elle les a accusé des pires sévices contre elle, elle a crevé les pneus de leurs véhicules, a tagué leur porte de garage avec des insultes...A empoisonné le chien de l'un, l'a emballé dans une boite et l'a déposé devant sa porte comme un paquet cadeau...Elle était en train casser les vitres de la maison quand la police l'a embarquée...
Elle a été hospitalisée plusieurs mois en psychiatrie...Isolement, traitement..Puis plus rien..Elle a disparu des radars...Jusqu'à toi...
Marc ferma les yeux...Ça semblait fou, irréel...Il se remémora leur première année..Celle où elle était à peu près normale...Hormis cette crainte des autres, sa possessivité envers lui ...Rien ne pouvait lui faire imaginer ce qu'elle avait été...
'Et ses parents?
Toujours en vie répondit Julien..Ils habitent à 800 kms d'ici ...Elle a rompu tous les liens avec son passé..
Si tu veux on prend contact avec eux, pour en savoir plus..
Merci Julien.Pour l'instant j'ai besoin de me remettre du choc..Tu n'imagines même pas ce que je ressens..J'ai peur pour ma mère, ma sœur...Je suis sûre qu'elle pourrait leur faire du mal...
Merci, merci pour tout ce que tu as fais ! je suis soulagé de savoir ça...J'imaginais que c'était moi le coupable, moi qui faisait mal les choses, moi qui méritait les coups...à présent je sais...
Il rentra chez lui....Il savait ce qu'il devait faire...
Allez !! une p'tite toile !
samedi 17 mai 2025
L'éclipse...6
Il continuait à partir chaque matin travailler..C'était le seul endroit où il avait encore des relations amicales et saines...Il mangeait au restaurant d'entreprise avec ses collègues et c'était bête, mais il se sentait en sécurité....
Et puis un jour, à midi, elle franchit les portes du restaurant...Comment était - elle rentrée? Il fallait un badge pour rentrer dans les bureaux du ministère...
Elle avait convaincu le gars qui était à l'entrée de la laisser passer..Sous prétexte d'un accident arrivé dans la famille, elle avait absolument besoin de me parler...Il lui avait dit qu'elle pouvait me joindre au téléphone, mais elle lui avait juré que je ne répondais pas...Elle était si jolie, si blonde avec ses grands yeux bleus que le gars avait ouvert largement les portes..
Mes collègues furent ravis de faire sa connaissance..Quelques un la connaissait de vue...Ils l'invitèrent à s’asseoir et Joël partit lui chercher un café...Je devais avoir pâli car ils s’inquiétèrent de me voir si mal à l'aise....
Elle était belle, souriante, mais je savais que rien n'était réel.. Tout le monde parlait, s'animait, me félicitait d'avoir une aussi jolie femme...et les pics ont commencé...Une descente en flèche...
Vous le connaissez comme un gentil collègue hein leur dit elle, mais la réalité est bien différente ! C'est un vrai maniaque de la propreté...je passe mes jours au travail et à peine rentrée je dois briquer toute la maison à la brosse à dents...sinon Monsieur fait les gros yeux ! Elle laissa fuser un rire timide et charmant...Pas de sorties...ça coûte trop cher hein mon chéri....? Travailler au ministère des finances et être aussi radin...c'est un comble non?
Je vis mes collègues sourire jaune...gênés...
Je me levai et la pris par le bras.."Viens, tu as sans doute quelque chose à me dire?
Elle, provocante :"et jaloux comme un pou en plus ! j'aurai sans doute une scène ce soir pour vous avoir parlé! Bien bonne journée à vous tous !!
Elle s'éloigna avec moi derrière..."Mais tu veux quoi? Foutre en l'air ma réputation? Me faire passer pour qui je ne suis pas....?
"T'es vraiment trop bête dit elle en s'éloignant et en repassant devant le vigile...
J'étais au bord du malaise...Le seul endroit où je me sentais bien, elle l'avait pourri...Je pris le reste de l'après midi, je ne me sentais pas d'humeur à affronter les regards...
Pourquoi tant de haine ? qu'est-ce qui avait apporté ce changement?
On ne voit pas la violence quand elle se glisse lentement entre les plis de la vie..Elle ne commence pas par un cri, ni même par un coup...Elle commence par un " Tu t'es encore trompé, évidemment!
Puis un soupir, une remarque acide devant les autres..Une main qui vous serre un peu trop fort le bras..
Lorsqu'il rentra ce soir là, elle était comme d'habitude, comme si cet épisode avec mes collègues n'avait jamais existé...
Il n'essaya pas d'en parler..Comme d'habitude, par lâcheté...Il se réfugia au salon...Ce soir là, elle ne fit pas le repas..Il prépara rapidement des pâtes à la bolognaise et l'invita à venir manger...Calfeutrée dans sa chambre elle ne répondit même pas...
De plus en plus l'idée du divorce le taraudait...Il pensait aller consulter un avocat afin d'entreprendre des démarches...
Un matin, elle le gifla...Parce qu'il avait oublié d'acheter du pain la veille...Il faillit se rebeller mais elle prit un couteau sur la table et le regarda sans un mot...
Et les coups commencèrent à se multiplier... Un jour qu'il jardinait, penché sur un massif de fleurs, elle lui donna un coup de râteau dans les reins et il s'effondra à terre...Mauviette lui dit-elle! Même pas fichu de faire le boulot convenablement...
Tout était prétexte ..Un nuit, alors qu'il dormait sur le divan du salon, elle lui assena un coup de planche à découper sur le bas du dos..."tu parles dans ton sommeil et tu m'empêches de dormir...
Il tenta de se défendre... il menaça d'aller porter plainte....Elle éclata de rire! "tu veux aller te plaindre? et dire quoi? que je t'ai tapé? un homme ??? t'es pathétique !
Il se tut, s'enferma...Il se racornit...Elle le privait de tout...De ses passions: elle vendit son appareil photo "inutile"...De son espace: elle fit installer des caméras dans la maison pour "leur sécurité"... De sommeil: elle le réveillait au milieu de la nuit pour lui faire nettoyer des choses déjà propres, simplement pour l'humilier...
Il n'était plus qu'un meuble, un objet, qu'elle sortait à sa convenance... Il ne riait plus, ne criait plus..Il respirait pour survivre, pas pour vivre..
Ce soir là, il avait oublié de sortir la poubelle...Elle le cogna plus fort que d'habitude....au visage...Endroit quelle évitait le plus souvent afin qu'il ne porte pas de marques..
Tout au fond de lui, il commença à noter....
Allez !! une p'tite toile !! la suite demain !
vendredi 16 mai 2025
L'éclipse......5
Est-ce-que la vie peut reprendre son cours après ce genre d'attitude? Pour Marc ce fut compliqué...des centaines de questions se pressaient au bord de ses lèvres, mais à chaque fois, lâchement, il abandonnait...
Elle avait repris le cours de sa vie comme si rien ne s'était passé...Il croisait parfois son regard et était surpris de le voir si froid...Mais vite, elle se reprenait...souriait ...C'était comme une frontière invisible, une muraille qu'elle avait construite et qu'il ne pouvait pas franchir...
Ils sont retourné à leur vie comme si rien n'avait changé...Mais tout avait changé...
Elle est là et ailleurs..Même la nuit quand il était contre elle, elle lui semblait très lointaine...Il sent la fissure et ne sait comment la combler...Elle l'aime, il veut y croire, mais il devine qu'un morceau d'elle s'est refermé pour de bon...
Les semaines passent, les mois, les années...Marc essaie d'oublier, de ne pas insister...c'est une vie sans relief..Il ne voit presque plus sa famille...ou alors en cachette..Il se dit que le temps réparera ce qu'il ne comprend pas..
Mais cette distance, ce sourire poli, ce corps présent mais l'esprit ailleurs..ce n'était pas la vie qu'il voulait..Alors un soir,après le repas, en prenant une grande inspiration il lui dit: " et si on faisait un enfant?
"Non...
"Pourquoi?
"Parce que je ne veux pas....je ne peux pas supporter l'idée d'un môme braillard entre nous;..
C'est la première fois qu'elle manifeste ce genre de sentiment ...Pas de colère, pas de larme, juste cette froideur...
"Tu ne veux pas d'enfant...ou tu ne veux pas d'enfant avec moi?
Elle lève les yeux, le fixe et dit :"je ne veux pas d'enfant avec toi....Tu n'as pas encore compris? Je ne veux rien de toi...et prenant la fourchette qui traînait près de son assiette elle l'abat sur la main posée sur la table..
Il pousse un cri, la douleur est vive..Du sang perle...Marc recule, abasourdi...Elle est debout, tremblante, les traits déformés par une rage froide...Dans ses yeux il y a de la haine...Mais aussi de la peur..
Elle laisse tomber la fourchette, recule et s'effondre sur une chaise...Va-t-en ! Pars, sinon je ne réponds plus de rien...
Il se réfugie dans la salle de bain, soigne cette blessure qui saigne...Mais que se passe-t-il? Il a l'impression de ne plus rien comprendre...Lorsqu'il revient dans la cuisine, elle n'est plus là...Elle s'est enfermée dans sa chambre...
C'est le début de l'enfer....Assis sur le divan, il remonte le temps ...Il ne peut plus se cacher, il ne veut plus se mentir..il a peur...Il se souvient même du premier jour où la peur avait fait son apparition...Ce n'était pas un geste, comme ce soir, c'était un regard..Un regard qui disait: "tu m'appartiens...
Elle le grignotait comme un cancer lent...Chaque jour, elle limait sa volonté...Ses décisions devenaient des erreurs...Ses goûts, des caprices...Son rire, une offense..Les rares fois où ils se trouvaient en compagnie d'amis elle le reprenait sans cesse, avec un ton narquois, lui coupait la parole, rectifiait ses phrases...
En public il devenait un enfant maladroit, un homme inutile...Elle l'isolait..
D'abord elle sema des doutes sur sa famille.." ta soeur est jalouse de moi...Puis sur ses amis "Ils t'utilisent...Tu n'as pas vu comme ils te parlent?
Il commença à décliner les invitations, puis à ne plus recevoir du tout ..Il craignait ses remarques acerbes...Son téléphone restait muet..Un jour, il l'entendit répondre à sa place...Une autre fois, elle avait effacé ses messages, il crut devenir fou...Mais non: Il devenait seul...
Et aujourd'hui, elle lui plante cette fourchette dans la main....Que faire avec cette violence? Doit il en parler à un médecin? C'est lui ou c'est elle qui a un problème? il ne sait plus...Ce qu'il sait c'est que le bonheur s'est enfuit..
Allez !! une p'tite toile ! la suite demain....
jeudi 15 mai 2025
L'éclipse...4
Julie : Ils venaient de se dire oui, elle fragile, isolée...toutes ces personnes bruyantes autour d'elle...Elle n'avait pas voulu de cette journée, mais comment refuser l'offre de Marc? Elle qui était si seule, sans passé, sans racines avait voulu croire en cet avenir.... Elle portait un masque depuis si longtemps... Toute cette année vécue avec lui l'avait apaisée..Ses démons s'étaient mis en sourdine..
Mais durant la fête quelque chose en elle s'est brisé..tous ces rires l'étouffent...Les regards posés sur elle la figent...Elle sourit, par habitude, par politesse, mais au fond elle suffoque... C'est la colère qu'elle sent monter en elle...Une colère froide contre Marc qui s'amuse, Marc qui l'oublie...Marc qui est vivant, Marc qui est aimé, Marc qui ne veut pas se contenter de son amour à elle..Marc qui veut toujours plus...
Elle sort prendre l'air...Respirer, seule, sans cette musique, sans ces gens heureux....Je ne peux pas rester se dit-elle...Elle file dans les vestiaires où elle récupère son sac , appelle un uber, marche sur la route près de la salle louée et attend ...Rapidement l'uber commandé là prend en charge et lui demande où elle veut aller...Il la regarde d'un air bizarre, une mariée au bord d'une route à 2 h1/2 du matin c'est pas courant !
Elle lui donne l'adresse d'un hôtel situé à une dizaine de kilomètres et se recroqueville à l'arrière...Le voyage est silencieux..Lui, jette de temps en temps un oeil dans son rétroviseur...Elle, les yeux fermés , le visage douloureux...
Ils arrivent enfin à destination...Elle double le prix de la course et s'engouffre dans le hall de l'hôtel...
Elle prend une chambre, se déshabille, se glisse dans un bain chaud pour ce débarrasser de tous ces miasmes qu'elle sent sur elle...Elle n'est pas faite pour la joie, pour les rires, pour les gens...Tous ces sourires forcés, toutes ces embrassades forcées avec des gens qu'elle ne connaît pas...Tout ça lui colle à la peau...Elle voudrait pouvoir se frotter à la paille de fer pour oublier....
Elle sort de l'eau, s'emballe dans un peignoir moelleux et s'allonge sur le lit... Elle entend les clings de son téléphone..Elle se met en mode avion pour ne plus rien entendre...Dans le petit bar, elle boit toutes les petites bouteilles d'alcool et s'endort comme une masse...
C'est le soleil qui la réveille...Sur le moment elle ne sait pas où elle est et puis, elle se souvient...Non, elle ne va pas appeler Marc...Non, elle ne veut pas revenir dans la fête du lendemain de mariage comme il était prévu...Non! elle ne veut voir personne ...
Elle sait qu'il est mort d’inquiétude, mais ça lui est égal... Elle veut qu'il souffre de son départ, elle veut qu'il aie mal, elle veut lui faire payer cette fête non voulue....
Elle passera la journée et une autre nuit dans cet hôtel...Le temps de se calmer..Le temps de réfléchir à la suite de leur vie.. Elle se fait monter un déjeuner copieux ..La jeune femme qui la sert regarde d'un air amusé la robe blanche qui gît par terre, en tas..."Vous voulez que je la mette sur un cintre? "
Elle voudrait répondre "non, brûlez là..." mais ça ne se fait pas...
.Écoutez, j'ai dû partir cette nuit un peu dans la précipitation et je me demandais si vous pourriez me rendre un service?...J'aurais besoin d'une robe passe partout en 38...Impossible pour moi de sortir en robe de mariée sans ameuter tout le quartier lui dit elle avec un semblant de sourire !
"Je finis mon service dans une demie heure et si vous me dites quel genre de robe vous voulez, je peux vous en prêter une... Vous savez qu'on est dimanche??? Je ne pense pas trouver un magasin d'ouvert !
Elle accepte immédiatement...Ramenez moi ce que vous voulez ! Je peux vous l'acheter ça sera plus simple...
2 heures après, la jeune femme revient avec une robe d'été, légère, qui ne jurera pas trop avec ses sandales blanches du mariage...Elle refuse l'argent....Gardez là !! Elle est trop juste pour moi, je n'en ferai rien !
Elle remercie , elle est reconnaissante que cette jeune femme soit si discrète, qu'elle ne lui pose aucune question...
Elle passe la journée enfermée à regarder des émissions débiles à la télévision...Sort dans la soirée pour manger un sandwich en vitesse et retourne se coucher...
Le lendemain matin, elle règle l'hôtel, appelle un Uber et rentre chez elle...Marc n'est pas là;..Il a dû rester chez sa mère avec toute sa famille..Il va falloir l'affronter...Elle se change, et part le rejoindre...
Lorsqu'elle franchit le seuil de la maison de Marc, elle tombe sur sa mère, les yeux écarquillés qui se met tout de suite à crier...à appeler son fils....
Il arrive, les yeux gros de sommeil, et immédiatement la prend dans ses bras...Il a eu si peur..Il sait qu'elle ne lui donnera pas d'explications devant la famille, il voit sont sourire crispé, ses yeux affolés..Il va donc récupérer sa veste, embrasse sa mère et sa soeur et l'embarque dans sa voiture....
"Tu veux qu'on parle?
"Non...
"Tu sais que j'étais fou d'angoisse? que j'ai appelé tous les hôpitaux? Nous sommes même allés à la gendarmerie...
"Tu veux me faire plaisir? On ne parle plus de cela...Sache seulement que c'était super angoissant pour moi et que je n'avais qu'une seule issue possible: Partir...Je suis allée deux jours à l'hôtel...et je vais mieux à présent..Je veux juste qu'on rentre chez nous, tous les deux et que tu ne m'imposes plus jamais ce genre de fête !
" Mais c'était notre mariage...Pas une fête débile comme tu sembles le penser ! C'était sensé être le plus beau jour de notre vie...
" Pas pour moi...
Allez !! une p'tite toile !! la suite demain
mercredi 14 mai 2025
L'éclipse....3
Les jours passaient, les dossiers se remplissaient...On retenait une salle, un traiteur, des musiciens...Léa essayait d’entraîner Julie pour essayer sa robe...Mais Julie ne voulait pas..Elle voulait faire son choix toute seule..Les relations s'étaient un peu améliorées mais n'étaient pas folichonnes...
J'ai choisi mon costume avec Léa et maman....C'était un grand jour ...Encore une semaine et ce serait le grand saut ! Pas de filet dessous! On se mariait pour la vie ! On ne tomberait pas !
Pas de mariage à l'église...Julie ne voulait que la mairie...Maman était déçue mais elle avait depuis longtemps accepté de ne plus discuter des choix de sa future belle fille...
Tous les amis , toute ma famille, des oncles tantes et cousins lointains étaient venus....Et Julie était seule..
C'était quelqu'un de chez nous qui lui servirait de témoin...Elle n'a même pas choisi, ça ne l’intéressait pas.. Elle voulait juste que tout cela aille vite et qu'on soit déjà demain....Je le voyais dans son regard et j'étais désarmé...que faire pour l'aider?
Elle a refusé qu'on l'aide à s'habiller...Elle était allée chez le coiffeur très tôt se faire faire des nattes....et quand je la vis apparaître après qu'elle eut passé sa robe, je fus ébloui...Elle était superbe..Un long fourreau, une simple couronne de fleurs des champs...Elle fit chavirer le cœur de tous ...il manquait juste le sourire...C'était fou ! être aussi belle et aussi froide...Je savais moi, qu'elle pouvait être douce et tendre, mais là , elle était tellement mal à l'aise au milieu de tous ces gens que je m'attendais au pire...
Ma sœur prit rapidement les rennes et nous partîmes dire OUI tambour battant à grand coups de klaxons...
Après je ne me souviens plus...J'ai bu, j'ai chanté, j'ai dansé et à un moment on s'est rendu compte que Julie n'était plus là....On a commencé à la chercher dans toute la maison....J'ai essayé de la joindre sur son téléphone...Rien...On a passé des heures à courir partout, moi, fou d'angoisse... La fête s'est terminée très tôt...
Mais était-ce vraiment une fête ??
Nous sommes allés à la gendarmerie signaler sa disparition...et nous n'avons pas été écoutés...Non mais vous plaisantez?? Revenez dans 48 heures si rien n'a changé...
Je partis me réfugier chez ma mère, dans mon ancien appartement....j'envoyais message sur message...Rien..Ma mère et ma sœur n'y comprenaient rien...On refaisait la soirée avec les photos dans les différents téléphones afin d'avoir une idée de l'heure où elle avait disparu... Il était 2h10 sur la dernière photo où on la voyait ...Après ..plus rien!
Maman me força à prendre un lexomil afin que je puisse dormir un peu..Ne t'inquiète pas, si elle rentre on te réveillera...Je me suis endormi comme une masse....Il faisait nuit noire lorsque j'ouvris un œil.. 4h37 au réveil..ça faisait 12 heures que je dormais...Je me glissais dans la cuisine en faisant le moins de bruit possible..Ma mère et Léa dormaient...Je ne voulais pas les réveiller, mais ma sœur a l'oreille fine et elle vint me rejoindre dans la cuisine...Rien, me dit elle...Elle me prit dans ses bras et les larmes se mirent à couler...Va te recoucher, sinon tu vas réveiller maman! on y verra plus clair dans la matinée...
J'allumai la télé dans ma chambre, zappant sur toutes les chaînes d'infos au cas où....Mais non..Pas de Julie...
Et si elle avait eu un accident? Si elle avait été transportée à l’hôpital? Il allait être 6 heures , c'était un peu tôt mais je décidai d'appeler les urgences..." Non monsieur, pas de jeune mariée amenée chez nous cette nuit...Non...pas de femme victime d'accident...Désolée!"
J'allais devenir fou , ça tournait, tournait dans ma tête si bien que je m'endormis sans m'en rendre compte..
Je fus réveillé par des cris, des appels de ma mère... D'un bond je fus hors du lit.....
Allez ! une p'tite toile !! la suite demain !!
mardi 13 mai 2025
L'éclipse...2
Il fila chez sa mère afin de lui annoncer la nouvelle !! Il y a du boulot qui t'attend tu sais ! Julie et moi avons décidé de nous marier, j'ai fais ma demande ce matin...Au p'tit déj'! Sa mère lui tournait le dos et s'activait devant son évier...Pas un mot ne sortit de sa bouche...
Elle se tourna enfin et lui dit:" tu es vraiment sûr de toi? ça fait à peine un an que vous vous connaissez, tu as déjà envie de faire le grand saut ?
Il regarda sa mère, un peu ébahi par sa réponse...ça lui semblait tellement logique à lui, qu'il ne comprenait pas qu'elle se pose la question...Il pensait qu'elle serait émue, qu'elle pleurerait de joie...
Ce n'est pas que je ne suis pas contente pour toi mais ça fait des mois que tu ne viens plus dîner à la maison, tu ne vois presque plus ta sœur Léa avec laquelle tu avais une belle relation pourtant...tu ne vois plus tes amis...Tu vis en autarcie avec Julie...Et moi, je ne la connais pas, je n'arrive pas à créer un lien avec elle..Elle est gentille sûrement, mais je ne la connais pas , elle ne me laisse pas de place....C'est comme si tu t'éloignais de tout le monde tout doucement....
Gêné il prit sa mère contre lui..Je ne veux blesser personne, c'est juste que j'aime Julie et que je veux construire quelque chose avec elle...
Il baissa les yeux, la gorge serrée, il ne s'attendait pas à ça...Pas à cette pointe de tristesse dans la voix de sa mère, et cette sensation sourde qu'en avançant vers l'avenir il avait laisser d'autres liens se distendre..
-Je ne veux pas te retenir, je veux seulement ne pas être effacée de ta vie...Je ne suis pas la seule à penser ainsi tu sais?
Les mots de sa mère résonnaient en lui comme un écho qu'il avait ignoré depuis longtemps...Il pensa à sa soeur, qu'il adorait mais dont il n'avait pas eu de nouvelles depuis des mois...Elle avait essayé de le joindre plusieurs fois, mais il remettait toujours au lendemain...Il déclinait ses invitations sous prétexte de fatigue ou d'un agenda trop chargé...Il pensa à ses amis, ses vieux complices, aux messages laissés sans réponses, aux soirées esquivées...à chaque fois, Julie n'était pas partante..."On a déjà prévu quelque chose disait elle souvent....ou:"Ils ne sont pas vraiment comme nous...Il l'écoutait..Par amour, par confort aussi, il n'aimait pas polémiquer...
Tu as raison dit il soudain à sa mère...Je ne sais pas quand tout ça est arrivé mais on s'est coupés de tout et de tous...Mais peut être est ce normal? Je l'aime et on est tellement bien tous les deux ...Je te promets de tout faire pour qu'on ne se perde pas de vue...
Tiens, et si on faisait un barbecue tous ensemble dans le jardin dimanche? j'invite les amis, Léa et on fait la fête! Tu peux organiser ou je m'en occupe?
La mère tellement contente promit de tout faire pour que cette fête soit la plus belle possible...
Il n'avait pas dormi de la nuit, les paroles de sa mère avaient ouvert quelque chose en lui...Il repensa à tous ceux qu'il avait laissé derrière, sans s'en rendre vraiment compte;..Il ne voulait plus vivre dans cette bulle où rien ni personne n'avait de place à part Julie..Il fallait du changement!
Alors il envoya des messages..Un à sa sœur puis aux amis de toujours..."Barbecue chez moi samedi, on rattrape le temps perdu...J'espère vous voir tous !! "
Les réponses affluèrent rapidement..pleines d'enthousiasme mais aussi d'un soulagement qu'il sentit entre les lignes...
Quand il en parla à Julie, elle resta silencieuse quelques instant.....
"Un barbecue? avec tout le monde?
"oui, je veux les revoir pour leur annoncer la nouvelle de notre futur mariage...Invite tes amis aussi!
Elle baissa les yeux le visage fermé..Il sentit qu'elle luttait intérieurement....
"Tu sais que je ne suis pas très à l'aise avec eux...
Je sais, mais je ne peux pas continuer à les effacer...Ce sont des gens que j'aime, comme je t'aime toi....
Julie acquiesça à contrecœur...Elle ne dit rien mais son regard en disait long..Il savait que ce n'était pas gagné, qu'elle viendrait sans enthousiasme, qu'elle garderait ses distances, mais il était sûr que ses amis la feraient changer d'avis... Et qu'elle serait peu à peu à l'unisson de la fête...
Le samedi arriva..Le jardin se remplit de rires, de voix familières, d'odeurs de grillades et de souvenirs qui reprenaient vie... Sa sœur l'enlaça longtemps, sans un mot...Ses amis le chambrèrent comme avant, il se sentait vivant, reconnecté ...
Et même si Julie restait un peu en retrait, il la voyait observer, écouter presque malgré elle..Un petit pas de fait se dit il...Il n'attendait pas qu'elle change du jour au lendemain , il voulait juste qu'elle voit, qu'elle comprenne que l'amour pouvait se partager ...
Il s’éloignât un peu et observa tout ce petit monde qui riait, mangeait..La musique les faisait danser entre deux merguez...
Puis son regard se posa sur Julie...Elle souriait quand on lui parlait mais ne cherchait pas à créer un lien..Et surtout, il remarqua une chose qui le frappa soudain: aucun de ses amis à elle n'étaient là..
Il s'approcha d'elle..."Tu vas bien?
"Oui ça va dit elle avec ce sourire qu'elle mettait comme un masque...
Il hésita puis osa poser la question... "Pourquoi tu n'as invité personne de ton côté? Aucun de tes amis n'est venu..
"Je n'ai pas vraiment d'amis proches ici....Pas comme toi en tout cas !!
"Tu ne veux pas en parler?
Elle haussa les épaules: "Je ne sais pas trop quoi dire avec les gens...C'est plus simple d'être juste deux..Je n'ai jamais été très sociable...
Il comprit qu'elle ne cherchait pas à l'éloigner des autres par malveillance, mais parce qu'elle même était en retrait du monde...Par peur ou par habitude...Et lui, s'était laissé aspirer dans les choix de Julie..Par paresse, pour éviter les conflits...
Tu sais , tu peux te faire une place au milieu de nous tous...Lorsqu'on est entre amis on est là les uns pour les autres...Si tu as des problèmes ou des doutes, tout le monde sera là si tu en as besoin....
Il fallait attendre que l'idée fasse son chemin...
Mais après réflexion il se rendit compte que Julie ne lui avait jamais parlé de ses parents...Dès leur première rencontre elle lui avait dit qu'elle était seule au monde , ses parents s'étaient tués dans un accident de voiture...De la savoir si seule, il avait de toutes ses forces essayer de combler le manque.....
Allez ! une p'tite toile !! la suite demain.....
Jack Vétrianno
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lundi 12 mai 2025
L'éclipse....1
Comme deux marches de mon escalier se sont liguées contre ma cheville gauche..Je fais du transat...J'ai pas grand chose à raconter puisque je fais du sur place; alors une p'tite nouvelle sortie de ma cervelle de moineau....
CECI EST UNE FICTION....hein?
Marc a la trentaine...Beau garçon mais perdu dans des pensées qui tournent en rond dans sa tête..Il vit avec sa mère, car n'a pas le courage de chercher un appartement...Et puis, c'est pratique une maman discrète, veuve, qui a fait faire quelques travaux afin que son fiston puisse avoir une entrée différente de la sienne...Ils vivent ensembles, mais séparés... Lorsqu'il a fermé la porte qui sépare les deux espaces, il se retrouve seul...
Il aime cette vie solitaire, sans contrainte..De temps en temps une fille lui rend visite mais ne s'attarde pas.. Il n'est jamais tombé amoureux....Vous savez, ce truc qui vous prend aux tripes et qui vous empêche de dormir.... Il a plein de copains , copines avec qui il sort mais rien de sérieux..
Il travaille au ministère des finances, un emploi quotidien, routinier où rien ne se passe...Chaque jour il fait les mêmes gestes, se rend à pied au bureau, le nez sur son téléphone....
Et puis un jour, il se retrouve télescopé par une fille qui comme lui, a son téléphone vissé à l'oreille et le nez dans les nuages... la serviette de la fille explose , ses papiers se répandent au sol et ils sont là, tous les deux à essayer de les récupérer...Et malgré la situation embarrassante il ne peut s'empêcher de se dire qu'il aurait pu tomber plus mal...Il aurait très bien pu se prendre un poteau....
Elle est grande, blonde, les yeux bleus...élégante, un sourire hésitant...."je suis désolée ne cesse t-elle de répéter...et lui en fait de même...
Après ce moment embarrassant, il se présente et l'invite à prendre un café dans un petits bistrot du coin...Elle n'a guère le temps, elle a un rendez vous pour un nouvel emploi....Mais il insiste pour qu'il se voit le soir, si c'est possible ... Elle accepte, rougissante mais pressée..Elle lui tend son téléphone afin qu'il rentre ses cordonnées...Leurs mains se frôlent, ils se regardent et le monde semble ralentir...
Elle a un regard clair, direct, qui dit "je suis pressée" et en même temps de l'étonnement dans les yeux..Lui sent une drôle de chaleur remonter dans sa poitrine...
J'aimerais bien prolonger ce hasard qui a provoqué cette rencontre lui dit-il!...Le rendez vous est pris! Elle file d'un pas pressé, le cœur un peu chamboulé...
Toute la journée Marc se sent fébrile.... 18 heures ! il quitte le bureau rapidement, rentre prendre une douche et file à cet étrange rendez vous...
Elle est là, à l'intérieur car la pluie s'est mise à tomber...Tout de suite leurs paroles sont faciles...Il parle cinéma, elle parle de ses projets , des croquis qui se sont répandus au sol...Mais qui ont plu à son futur employeur...Il boit ses paroles, il la regarde...C'est la première fois qu'il regarde vraiment une fille...
Il ne sait pas ce qui se passe...Est-ce cela qu'on appelle coup de foudre? Est ce qu'elle ressent la même chose que moi? Vers minuit, il sent qu'il est temps de rentrer...Elle habite le quartier et doit se lever tôt le lendemain..Ils se quittèrent donc en se promettant de se revoir...
Il a attendu deux jours avant de lui écrire..Juste un petit message, pas trop pressant, pas trop distant "Merci encore pour ce verre, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai l'impression que quelque chose a commencé entre nous ce soir là....Café demain? Même endroit?"
Elle avait répondu une heure plus tard : "j'y pensais aussi ! 18h30 ? "
et depuis Il avait l'impression de flotter...
Elle était déjà installée une tasse de thé entre les mains...."Tu es à l'heure dit elle en souriant !
J'ai pris congé d'un quart d'heure ..mon patron comprendra! c'est une urgence sentimentale !
Il s'installa et parlèrent de tout...de musique, d'échecs amoureux, d'enfance...Elle dessinait pendant qu'il parlait ...Elle glissa son croquis vers lui...C'était eux, côte à côte au café..lui qui parle, elle qui sourit..Elle avait capté ce moment avec une justesse bouleversante...
Les semaines ont filé..Le café du coin est devenu leur café, leur refuge...et puis un jour ils n'y sont plus allés du tout...Parce qu'elle était entrée dans sa maison, avait fait connaissance de sa mère et ils avaient vite rejoint l'appartement discret qui allait devenir le leur encore quelques temps...
Julie avait laissé une brosse à dent, quelques robes...sous vêtements...quelques étagères s'étaient libérées..Marc lui avait offert une clé....Tu es chez toi...
Les mois passaient et leur amour était devenu une évidence... Je ne pensais pas qu'on pouvait aimer comme ça se disait Marc..sans drame, sans feux d'artifice..Juste être là, ensemble...Comme si le hasard m'avait enfin offert ce que je ne cherchais plus...
Ils décidèrent de signer un bail pour un appartement plus grand....un vrai chez eux...à deux...
Elle accrocha ses dessins au mur, il remplit la bibliothèque et un matin entre deux tartines il demanda sa main.... Elle le fixa, interdite, puis elle éclata de rire ! Elle accepta de faire le grand saut dans l'inconnu...Puisque l'inconnu c'était lui...
Allez !! Une p'tite toile !! la suite, demain........
dimanche 4 mai 2025
Les silences....
Texte trouvé sur le net..... J'aime !!
CELUI QUI VENDAIT DES SILENCES
Dans une ville où tout hurlait,
où les klaxons se battaient avec les enseignes,
où les téléphones criaient plus fort que les oiseaux,
il y avait un petit kiosque étrange,
caché au fond d’une ruelle presque timide.
Pas d’affiches criardes.
Pas de néons.
Juste une pancarte écrite à la main :
“Silences à vendre. Tarifs doux.”
À l’intérieur,
un vieil homme,
avec des yeux couleur de mer calme,
et un sourire qui ne pressait personne.
Il vendait des silences.
De toutes sortes.
Des silences courts, pour apaiser une colère.
Des silences longs, pour guérir un deuil.
Des silences légers, pour respirer entre deux battements du monde.
Des silences profonds, pour retrouver ce qu’on croyait perdu.
Les gens entraient, souvent par hasard.
Ils pensaient acheter un journal, un café, un billet de loterie.
Et ils repartaient…
avec un morceau de silence plié dans leur poche,
comme une lettre que seul leur cœur saurait lire.
Il ne demandait pas grand-chose en échange.
Parfois une poignée de pièces rouillées.
Parfois un sourire fatigué.
Parfois rien du tout.
Son seul contrat était silencieux :
“Emporte-le doucement. Ne le gaspille pas.”
Un jour, une enfant a demandé :
— "Pourquoi tu vends des silences alors que tout le monde vend du bruit ?"
Le vieil homme a souri,
et a répondu :
— "Parce que c’est ce qu’on oublie toujours de s’offrir à soi-même."
Poème (écrit à la craie blanche sur la devanture du kiosque, effacé par la pluie)
Le bruit vend des promesses rapides.
Le silence offre des vérités lentes.
Quand tu n’as plus rien à dire,
ni à prouver,
ni à défendre,
viens chercher un silence.
Dedans, il y a ton nom oublié.
Et la lumière intacte de ton premier souffle.
Belkacem Bouasria Ouldabderrahmane
jeudi 1 mai 2025
Jardin sous le soleil ☀️☀️☀️☀️☀️
Une petite visite dans mon jardin..rempli d'herbes folles de boutons d'or... c'est un jardin qui fait ce qu'il veut... il est un peu fou, pas classique... Mais on l'aime comme ça !!
Voilà... c'est ce qui me met de bonne humeur dès le matin....
Bon 1er mai à tous !
jeudi 24 avril 2025
Cancer
Il est là..Tapi dans l'ombre..
Il se rappelle à moi lorsque je me retourne la nuit...
La douleur me réveille..
Je me tate, trouve des grosseurs nouvelles...
Des grosseurs qui ne sont que dans ma tête...
Je n'en parle pas..Jamais..
Depuis la réponse de dernier fils lorsque je lui ai annoncé que j'avais cette merde...je n'en parle plus...Il était là, en colère contre moi, et j'ai dit:" Je viens d'apprendre que j'ai un cancer...." étais ce pour le calmer? pour l'attendrir? je ne le saurai jamais car sa réponse a été lapidaire : " De toute façon, t'as toujours quelque chose..." et il est parti...
Alors, si on me demande, je dis que tout va bien... J'ai presque honte d'avoir ça...
Personne n'insiste..
Personne ne demande de détails..
Personne ne connait ma peur..
Les cachets que je prends pour éviter la récidive sont plein d'effets secondaires..
J'ai mal aux genoux, aux poignets, aux mains, aux épaules..J'ai toujours quelque chose quoi comme dirait mon fils !!
Si je me plains, l'homme dit "c'est parce que tu ne bouges pas assez!"
Si je bouge, si je sors, je suis sur le flanc durant des jours...
Je suis cassée..J'ai 100 ans..J'arrête de dire...D'expliquer..
De toute façon on ne me demande rien! C'est devenu banal le cancer...
Tellement banal qu'il faut en mourir pour se souvenir qu'il tue encore...
Prochain rendez vous mammographie en juillet.
Je suis encore vivante puisque j'ai raté les deux premières marches de l'escalier et me suis fait une belle entorse au pied gauche ! Je clopine sur un pied , la cheville recouverte d'argile et j 'incurgite des granules d'arnica... L'homme soigne sainement 😅. En douce je prends des anti-inflammatoires....! Je pense que ça ira plus vite !
Allez ! une p'tite toile !! Pivoines et iris mes fleurs préférées...
Blanche Hoschedé Monet belle fille de Claude Monet
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samedi 19 avril 2025
Souvenirs d'enfance....
Quand j'étais petite dans les années soixante, je m'étonnais toujours d'être pratiquement sans famille, à part nous...mon père, ma mère et mes 4 soeurs...Pas de famille proche, pas d'amis..On était occupés a rouler des tickets tous les jours, les week end; les vacances...Nos voisins recevaient...des cousins, des oncles et tantes, des grands parents ...et nous...personne.
Mon père était maçon et les gens qu'il fréquentait étaient des piliers de bar, des hommes qui bossaient comme lui dans le ciment, dans le froid...Jamais il n'aurait amené ces personnes chez nous...
Je voyais mes copines de classe qui naviguaient les unes chez les autres...Pas nous..et je disais à ma mère : Pourquoi on va jamais chez les autres? Pourquoi tu n'as pas d'amies chez qui on pourrait aller? Ma mère soulevait les épaules et disait qu'on n'avait pas le temps pour l'amitié, pas le temps pour les rencontres...Le temps était précieux il ne fallait pas le gaspiller...et puis, un jour la petite usine qui nous ravitaillait en tickets a eu une panne de machine....
Ma mère est revenue les mains vides, les yeux hagards...on ne roulera pas durant une bonne semaine...Ils ont pas la pièce pour réparer la machine...
Mais qu'est ce qu'on va faire alors? Nous étions, toutes les filles, à la fois réjouies et paumées à l'idée d'avoir du temps...Ma mère tournait en rond, et nous on s'éparpillait dehors...J'ai appris à jouer à la balle au prisonnier;...au facteur n'est pas passé, il passera dans cinq minutes....gling gling le voilà....J'ai appris à jouer aux billes, à jouer aux balles contre le mur, à jouer à la corde...
J'ai eu une amie...qui m'a invitée pour son anniversaire...et ma mère a dit non...On n'a pas de sous pour lui acheter un cadeau..On va pas chez les gens comme ça...."Mais ça fait rien, je peux lui faire un collier de perles, elle sera contente!..."Non...On les connait pas..."Mais c'est mon amie, on va à l'école ensemble, je la connais moi...." Elle a secoué la tête et a encore dit non...
J'ai pleuré le soir dans mon lit...J'ai encore pleurniché le lendemain, essayant de l'attendrir...Mais c'était toujours non...
J'ai dû expliquer à mon amie qu'on avait quelque chose de prévu ce jour là..
Elle habitait tout près, c'était l'été et je me souviens de les avoir regardé en cachette depuis la fenêtre de ma chambre...Sa maman avait fabriqué des guirlandes avec des cartons colorés, il y avait des ballons, une table avec des boissons ...et plein d'amis qui riaient, qui couraient, qui jouaient ...Un gros gâteau au chocolat avec des bougies a cloturé la fête..Je voyais mon amie déballer ses cadeaux...des riens, des bricoles! personne n'était riche dans le quartier...
J'en ai voulu à ma mère...Voulu de ne pas avoir accepté que je sois présente à cette fête...
Un jeudi, alors que nous revenions du marché, nous étions passé près de maison d'une amie de mes parents...Je crevais de soif...Viens maman, allons chez Fernande, je suis sûre qu'elle est là...Je pourrais boire un verre d'eau...
Non ! on ne s'arrête pas...Mais pourquoi? on a encore deux kilomètres à faire et j'ai soif....Elle avait horreur de m'entendre pleurnicher comme elle disait...
Elle m'a chopé le bras , s'est arrétée et m'a dit : "Tu sauras ma fille, qu'on ne dérange pas les gens..On ne va chez eux que si on est invités...C'est une règle de politesse et de savoir vivre...Jamais, tu m'entends, jamais tu ne t'imposes quelque part si tu n'as pas été invitée...
"Mais alors on n'ira jamais nulle part....On ne connait personne...Moi, j'aimerais bien pouvoir aller chez mes amis...comme ça ..pour rien..Juste pour le plaisir de se voir..."
ça ne se fait pas martelait elle ! et si je te prends à le faire c'est la rouste assurée....
Avec le recul, aujourd'hui je me dis que ces paroles de ma mère sont restéees ancrées profondément en moi...J'ai parfaitement intégré le principe...On ne va pas chez les gens, même dans sa famille si on n'est pas invité...
Mes soeurs se sont mariées, ont habité pas loin de chez nous, mais jamais on ne s'est pointées chez elles à l'improviste...Il fallait attendre une invitation...
Je fais pareil avec mes propres enfants...et j'étais tourmentée lorsque mon mari se permettait de passer chez eux sans y avoir été invité..Je traîne cette interdiction depuis tellement longtemps que je suis incapable d'y déroger..
Et s'il m'arrive de me trouver dans le secteur d'un de mes fils ou amie, je téléphone pour savoir "si je peux venir les déranger quelques instants..."
Jamais, au grand jamais, je ne suis passée à l'improviste chez quelqu'un...Même si on me dit...."passe quand tu veux, je suis là..." suis pas fichue de le faire...J'ai toujours la voix de ma mère dans les oreilles qui me serine: "On ne dérange pas les gens !!"...J'ai appris toute ma vie à être invisible, à me faire le plus discrète possible...
Je me demande souvent si mes enfants n'ont pas pris ça pour de l'indifférence? Eux n'ont pas eu ce problème, ils ont été capable de passer, de venir sans que je le leur demande..Ils n'ont donc pas été contaminés !!!
Et c'est tant mieux ! Parce qu'au fond, vouloir un peu de chaleur humaine , ce n'est pas déranger...C'est vivre...C'est aimer..
Allez ! une p'tite toile !! et quelques paroles de ma chanteuse préférée Barbara...
Il a foutu le camp, le temps du lilas,
Le temps de la rose offerte,
Le temps des serments d'amour,
Le temps des toujours, toujours.
Il m'a plantée là, sans me laisser d'adresse.
Il est parti, adieu Berthe.
Si tu le vois, ramène-le moi,
Le joli temps du lilas.
Mariana Baitelu artiste roumaine




















