dimanche 14 septembre 2025

Amis pour toujours...2

 Chapitre 2

Pour l'instant, c'était les vacances, de longues vacances, car la rentrée en fac se faisait plus tard que lorsque nous étions au lycée...Zélie avait décidé de partir en Angleterre chez une tante afin de perfectionner son Anglais...Elle essaya de me convaincre de la suivre, mais j'avais d'autres projets...

Depuis quelques mois, j'avais rencontré une fille ,Jade, qui me plaisait bien...

Je n'en avais jamais parlé à Zélie et même si nous passions tout notre temps libre ensemble je réussissais à m’échapper certains soirs afin de retrouver ma belle...Elle avait 3 ans de plus que moi, travaillait déjà, elle bossait dans la mode je crois....je dis je crois parce qu'on n'avait jamais parlé vraiment de ce qui nous intéressait...Je l'entendais parfois parler au téléphone, de shooting, de défilés, de collections...des trucs de filles quoi !

Je la filmais sous toutes les coutures...Elle était terriblement féminine, sa chambre était un repaire pour produits de beauté, robes, maquillage...Jamais je ne l'avais vue au naturel...Lorsque je dormais avec elle, je sais que ; très tôt le matin elle se levait pour se maquiller avant mon réveil...Une vraie femme , pleine de charme, la colère facile, la larme aussi...je passais dans la même journée par un tas de sentiments qui me laissait pantois...

Zélie était tellement plus simple, plus sage, plus posée...Zélie c'était mon meilleur pote au féminin..C'était la sœur que je n'avais pas eue, celle qui m'avait sauvé de la détresse à mon premier jour de maternelle...Je ne lui avais pas parlé de Jade, et je ne savais pas pourquoi...Peut être parce que Zélie n'avait pas de petit ami et que je me sentais coupable de ne pas être toujours avec elle ?

De toute façon avant de partir pour Paris nous aurions bien assez de temps pour aborder le sujet..Pour l'instant, je vivais des choses passionnées avec mon amoureuse et en conduisant Zélie à l'aéroport je me réjouissais de ces vacances un peu secrètes que nous allions passer tous les deux...Elle à Londres et moi à Lisbonne avec Jade..Elle devait rencontrer un jeune couturier qui faisait fureur et devait à tout prix négocier les photos de  sa collection....Je partais le lendemain pour une quinzaine de jours..

Après une dernière accolade à Zélie je repris le chemin de la maison...Ma mère avait confectionné un tas de cookies au cas où j'oublierais de me nourrir ..Elle non plus ne savait pas que je partais avec une fille...Pour elle je filais avec des potes me remettre de la fatigue de l'année scolaire..On était sensés avoir loué un appartement dans le sud de la France où on allait s 'éclater durant ces 15 jours...

Jade m'attendait , ses quatre valises prêtes à être mises dans le coffre du taxi .....J'hallucinais !! 4 valises ! Mais on part pour 15 jours !! j'avais un malheureux sac avec deux bermudas un jean et deux pulls léger ! C'était bien suffisant ! Elle riait aux éclats, disant que je n'y connaissais rien aux femmes, et que ce qu'elle emportait serait juste suffisant...Elle achèterait ce qui lui manquerait là bas !!

Le voyage fut court et c'est en descendant sur le tarmac de l'aéroport que je me rendis compte que je n'avais pas mon téléphone...J'étais sûr de l'avoir emporté puisque j'avais donné un dernier coup de fil à ma mère lorsque j'étais dans le taxi....

Je pestai intérieurement, c'était mon cadeau de fin d'études et je sais qu'il avait coûté un bras à mes parents...j'en parlai à Jade mais pour elle ce qui était le plus urgent pour l'instant c'était ses satanés bagages...

-Vite, vite, dépêche toi! Marco nous attend à la sortie...ton téléphone, c'est pas grave, tu en achèteras un nouveau plus tard...

Elle était drôle elle ! Comme si un nouveau téléphone pouvait remplacer celui que mes parents m'avaient offert!Il y avait ma vie dedans, des milliers de photos, des milliers de messages de Zélie...Je haussai les épaules et allai récupérer les bagages sur le tapis...

Un grand et beau gars nous faisait de grands signes...

C'est Marco ! Vite, viens...et elle partit comme une flèche me laissant empêtré dans les 4 valises et mon sac..Je chopai un caddie au vol …ça commençait mal ce voyage ! J'aurais bien eu besoin d'entendre la voix de Zélie me murmurer à l'oreille des mots d'encouragement...

Mais j'étais grand, sans ma pote de tous les instants, avec une fille qui pour l'instant était pendue au cou du beau Marco !

À la sortie de l'aéroport, la voiture de Marco était là...Il nous conduisit dans la vieille ville , j'avais hâte de poser mes bagages, de trouver un téléphone pour appeler mes parents et de me mettre à l'aise..

La maison qui nous hébergeait était belle, et Marco nous guida vers notre chambre...Je pris une longue douche , mis des vêtements plus légers et descendis les rejoindre...

Et c'est là que je les vis...Jade et Marco ; qui s'embrassaient à perdre haleine à moitié couchés sur le divan du salon...Je tournai les talons, ouvris la porte et je me mis à courir...courir comme si ma vie en dépendait...La vision de leurs deux corps enlacés troublait ma tête à tel point que je traversai à un carrefour comme un fou, sans regarder...Le dernier son que j'entendis fut des bruits de freins, de klaxons et je plongeai dans un trou noir....

Allez ! une p'tite toile !

Catrin Weltz Stein




vendredi 12 septembre 2025

Amis pour toujours....

 Une vieille fiction retrouvée ..Cette histoire va où elle veut...Elle est un peu brouillonne , un peu cul - cul la praline , 😂mais elle me fait passer le temps et c'est tout ce qu'il me faut !!

Un jour elle m'a abandonné..lâchement !

 J'étais petit, environ 3 ans, elle a déplié un à un tous les doigts qui s'accrochaient à ses cheveux, à ses bras...Lâche moi disait elle, tu es grand maintenant, il faut aller à l'école...ça veut dire quoi être grand ;..moi, je me sentais petit, je n'avais jamais quitté ses jupes, c'est tout juste si je dormais tout seul dans mon lit...j'étais resté si longtemps accrochée à elle, à ses seins généreux, que j'avais déjà vécu un véritable drame lorsqu'elle m'avait éloigné de son lit...Mon père râlait ...Elle me couchait, soi-disant pour m'endormir dans le grand lit de leur chambre, tous les soirs mon père avec moultes précautions me déposait dans mon lit et une heure après, je sentais le froid m'envahir...j'étais seul, il faisait noir, les monstres étaient sous le lit et je fuyais silencieusement vers la chaleur protectrice de ma mère...qui tellement habituée à mes terreurs nocturnes ne se réveillait même plus, elle ouvrait simplement les draps et je me lovais dans sa chaleur ...Enfin, je pouvais dormir tranquillement, les monstres étaient ailleurs ..Jusqu'au jour, où mon père ferma la porte à clé....Je poussai, tapai, criai, hurlai, pleurai...Rien n'y fit...La porte resta close..Je m'endormis tout contre le bois froid avec de gros sanglots plein le cœur...

Ma mère me découvrit au matin..Je la sentais triste, mais mon père très déterminé me fit comprendre que c'était terminé...J'étais un grand garçon, j'avais une jolie chambre et je devais dormir dans mon lit avec mes doudous....

Lorsque le soir tombait, j'étais tétanisé..On dut instaurer un rituel anti monstres, installer une guirlande de petites lumières destinées soi disant, à me protéger , et j'ai accepté l'inévitable : Les bras de ma mère n'étaient plus l'endroit du réconfort total..Il me fallait apprendre à vivre avec la peur..

Et là, elle m'abandonnait à nouveau...J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps, je ne voyais personne...j'étais recroquevillé dans un coin de la pièce, attendant le moment où ma mère viendrait me rechercher...Elle l'avait promis..à 11h30 je serai là...on rentrera tous les deux manger à la maison...Et si elle ne venait pas ?

Tout à coup, une ombre se faufila devant moi...Je levai les yeux et vis une petite créature avec des cheveux jaunes et une totosse rose dans la bouche qui me regardait curieusement...Jusqu'à présent je n'avais jamais été confronté à d'autres enfants..Nous habitions un peu à l'écart du village, j'étais fils unique et ma mère était ma seule référence..Mon père aussi bien sûr, mais lui ; c'était plutôt une voix..qui grondait, qui râlait...Il n'avait pas le contact facile avec les enfants et pour moi c'était celui qui faisait la loi, celui qui m'empêchait d'être pleinement heureux...

-Coucou...tu veux jouer ?

Mes pleurs repartirent de plus belle...cette petite chose parlait, souriait, m'invitait à jouer avec elle...Je ne voulais pas la voir, ni lui répondre...Elle s'assit donc tranquillement à mes côtés et commença à déshabiller un poupon tout en fredonnant une comptine que je connaissais vaguement, ma mère me la chantait le soir pour m'endormir...

Elle parlait à son poupon comme une petite maman le ferait : « allez viens mon beau, je vais changer ta couche car tu sens pas la rose ...et je vais te mettre une jolie robe rose...j’écarquillais les yeux car c'était ridicule, ce poupon était un garçon...on ne met pas de robe à un garçon...

Alors, je me redressai pour le lui expliquer....et la petite créature éclata de rire...

-ohhhhhhh ! Tu sais parler ? je sais bien que c'est un garçon, mais moi je veux qu'il soit une fille, alors elle aura une robe....

Cette petite blondinette devint ma meilleure amie....Grâce à elle j'oubliai mes peurs, c'est elle qui me fit connaître un monde inconnu pour moi...Le monde de l'enfance ! Je n'avais vécu qu'avec ma mère, je ne connaissais pas l'insouciance et la gaîté de ces petits êtres...

Lorsque ma mère me récupéra à 11h30 je la regardai avec des yeux nouveaux...Elle voulait me garder avec elle l'après midi, mais je lui ai dit non...je préférais retourner à l'école..

Chaque jour je retrouvais Zélie et elle accourait vers moi dès que je franchissais la porte !

-Noah, Noah criait elle ! Viens ! Viens !

Et elle m'embarquait dans des histoires merveilleuses peuplées de fées, de dragons et de chevaliers..Elle avait une imagination débordante, et j'attendais chaque jour les rôles qu'elle m'attribuait dans ses histoires avec impatience...

Les années de maternelle passèrent très vite ! On eut la chance d'être ensemble dans les mêmes classes durant de nombreuses années....Je me fis aussi d'autres amis, primaire, collège et lycée furent des années folles..J'étais un garçon sportif , extraverti, ouvert, l'esprit vif...J'étais apprécié des profs mais aussi des élèves..Je garde de très bons souvenirs de toutes ces années et ça, je le dois à Zélie, c'est elle qui m'a ouvert au monde scolaire et à tous les autres...

Elle était devenue une magnifique jeune fille, longue, fine, sa crinière blonde bouclée encadrait un joli visage aigu plein de charme ..Mais c'était surtout ses yeux qui étaient magnifiques ! Bleus, comme le ciel, bleus comme la mer...Pas coquette pour deux ronds elle traînait inlassablement en jeans et tee shirt été comme hiver...un vieux blouson qu'elle tenait de son père servait pour la plupart des saisons...Si je réfléchis, je crois que je ne l'avais jamais vue en robe !

On venait tous les deux d'avoir notre Bac avec mention très bien, et depuis des années on pensait partir à Paris pour faire nos études...Zélie voulaient être prof de français, d'arts plastiques, dessin...oui, elle ne savait pas encore ce qu'elle aimait le mieux, mais ce qu'elle savait c'est qu'elle voulait enseigner à des enfants...

Moi, j'étais passionné de cinéma, et le métier de scénariste réalisateur me tentait depuis toujours...J'écrivais, je réalisais des petits films avec une caméra que mes parents m'avait offerte pour mes 15 ans...Je la traînais partout..j'avais des centaines d'heures d'enregistrées, des scènes prises sur le vif, d'autres plus cadrées...Je faisais partie d'une troupe de théâtre et c'est de là qu'était née ma passion pour l'écriture...

Nos parents n'étaient pas très chauds à l'idée de nous laisser partir si loin d'eux, ma mère surtout, qui était restée très fusionnelle avec moi...Nous habitions dans la banlieue de Strasbourg et pour elle Paris, c'était aussi loin que New York !!Mon grognon de père ne donnait pas son avis, il se demandait juste comment on allait pouvoir financer nos études, un appartement, et tout ce qui va avec....

Allez ! une p'tite toile !! C'est une artiste que j'adore, elle illustrera tout au long de cette semaine mes écrits....

Catrin Welz Stein




mercredi 10 septembre 2025

Inondations....

 Cette année encore, la nature s'est fâchée ...Elle a inondé villes, villages...provoqué l’exode de centaines de personnes...C'est effrayant de voir avec quelle force elle nous a contraint à l'humilité....




Vous me saccagez, vous construisez à tort et à travers, je vous rends la pareille en inondant ce qui fait votre fierté: vos maisons...vos foyers...vos voitures...
Certains ont tout perdu, des récoltes entières sont saccagées par l'eau.....


La solidarité se met en branle...tout le monde aide, donne ses surplus de vêtements...héberge "cette nouvelle vague de migrants"...ben oui ! ce sont devenus des migrants climatiques ! et ce n'est que le début je pense....

Pour une fois, La Bretagne et l'Est ont été épargnés....Les orages sont prévus pour nous aujourd'hui ! l'homme est dans sa maison à la campagne, je viens de l'avoir au téléphone...Il est époustouflé par la beauté du jardin en ce moment...
"prends vite des photos lui ai je dit... Cet après midi, ça va tonner et il risque d'y avoir de la grêle et de la pluie... et le jardin va disparaître sous les intempéries."
Il a ri, mais il a pris des photos !

Une petite anecdote pour dédramatiser.....

Dans notre maison, chaque journée de pluie me rendait soucieuse....En effet, une immense mare se formait dans le sous sol..impossible de savoir d'où cette eau provenait...on a fait recimenter les murs qui donnaient sur l'extérieur, fait intervenir une entreprise pour venir "déboucher" un regard qui n'était même pas bouché ....cherché  d'où pouvait bien venir cette satanée eau....Mystère !

ça a duré des années ! l'homme épongeait au fur et à mesure que ça montait... L'eau était propre, claire....pas des eaux usées quoi! C'était énervant au possible !

J'ai même fait intervenir un technicien de la mairie qui m'a dit, qu'il y avait des sources sous terre, et que nous en avions sans doute une sous la maison qui débordait quand il pleuvait trop....

Un jour, comme je voyais l'homme s'épuiser à enlever l'eau, j'ai décidé d'acheter un aspirateur à eau...qui ne servirait qu'à ça.....

Il est fièrement monté au sous sol....depuis 3 ans....et il attend vaillamment la pluie...
Ce qui est incroyable, c'est qu'il a continué de pleuvoir, faut pas oublier qu'on est en Lorraine, hein ! , mais depuis que l'aspi monte la garde, l'eau ne monte plus....pas la moindre petite flaque d'eau depuis 3 ans....et comme je suis un peu superstitieuse, j'interdis à quiconque de bouger cet aspirateur...

S'il le faut je coulerai un bloc de ciment dessus, mais personne n'y touchera !!

Allez! une p'tite toile !




dimanche 31 août 2025

La machine à coudre...

Demain c'est la rentrée des classes et une anecdote m'est revenue à l'esprit. Enfin pas seulement une, tout une série... ça m'a sauté dessus en regardant un reportage où une mère et ses enfants achetaient les fournitures scolaires et les habits neufs.... Comme c'était facile !! Et tout est revenu...en vrac...

J'ai parfois l'impression de radoter mais tant pis... je suis assez vieille pour qu'on me pardonne !🤣

Nous étions cinq filles .... Le confort était rare, l’argent encore plus. Une seule paye entrait, celle de notre père maçon, et encore… pas toujours entière. Les détours par le bistrot grignotaient souvent ce qu’il fallait pour vivre. Alors, c’était sur les épaules de ma mère que reposait la charge du foyer.

La journée nous roulions des tickets pour la foire foraine..Nous étions tous mis à contribution.. cela permettait d'acheter les produits courants.. pain.. lait.. oeufs.. huile.. mais on ne pouvait pas acheter d'habits.. à l'époque Vinted n'existait pas et tout le quartier était logé à la même enseigne ! On usait nos vêtements jusqu'à la corde... On regardait avec envie les filles qui habitaient à l'étage en dessous.. le papa était gendarme et il avait un salaire décent... chaque rentrée scolaire elles avaient des nouveaux vêtements...

J'étais l'avant dernière et j'usais les vêtements déjà usés de mes trois soeurs aînées..je détestais ça.. surtout les chaussures, toujours trop grandes ou trop vieilles.. jusqu'à mes 13 ans je n'ai jamais eu de chaussures neuves ! Seule l'aînée était chanceuse ! Jamais on ne pouvait choisir..ma mère achetait au marché, toujours une taille au dessus , ce qui fait qu'elle avait toujours l'air aussi mal fringuėe que nous ! Ce n'était que justice !😉

Nous avions la chance d'avoir une mère qui cousait.. elle avait une vieille Singer à pédales et elle s'est lancée dans la couture sans aucun cours..

Le soir, quand le silence s’installait dans la maison, on entendait ce bruit régulier, presque rassurant : le va-et-vient de l’aiguille de sa machine à coudre. C’était une chanson de patience, de courage. À la lumière d’une lampe fatiguée, elle se battait contre la pauvreté avec du fil et des morceaux de tissu, c'était une bataille énorme et le résultat n'était pas toujours au rendez-vous...

Un vieux manteau élimé devenait, une fois retourné, un vêtement « neuf » pour l’une de nous. Des rideaux trop usés, qu’on aurait pu jeter, finissaient en robes d’été. Des draps troués se transformaient en chemisiers. Chaque chute de tissu avait un avenir entre ses mains. Rien n’était perdu, rien n’était inutile. Elle savait donner une seconde vie aux choses...

Nous regardions ses doigts courir sur l’étoffe, rapides, précis, infatigables. Ses yeux fatigués brillaient d’une flamme que nous n’avons jamais oubliée. Elle cousait plus que des vêtements : elle cousait notre fierté d’enfants de pauvres. À l’école, nous n’avions peut-être pas les habits comme les autres, mais les nôtres sentaient l’amour de notre mère...

Jamais elle ne se plaignait. Jamais un mot amer contre la dureté de la vie. Son langage, c’était ses points droits, ses ourlets pas toujours parfaits, ses boutons solidement cousus. Dans chaque couture, il y avait un morceau d'elle...

Aujourd’hui encore, quand je ferme les yeux, j’entends le ronronnement de la machine à coudre. Et je revois ma mère, penchée sur son ouvrage, une femme simple mais immense par sa force. Elle n’a pas seulement cousu nos vêtements , elle a cousu nos vies.

J'ai parfois été ridicule avec ce manteau retourné qui était vert à l'endroit mais à l'envers il était à carreaux... Un truc impossible à porter.. j'ai rasé les murs longtemps attendant avec impatience qu'il devienne trop petit...

La dernière de mes sœurs est arrivée 7ans après moi.... donc elle a eu la même chance que l'aînée...des vêtements neufs... En plus la situation était un peu meilleure, elle n'a pas connu les vêtements retournés...

Et puis, un jour, il y eut ma communion. Pour la première fois, je reçus un habit neuf, vraiment neuf, sorti non pas des mains de ma mère, mais de la boutique. Une jupe impeccable, un chemisier à jabot bleu, et même des chaussures toutes neuves. Je me souviens encore de l’odeur du cuir quand j’ai ouvert la boîte, de la fierté mêlée d’un peu de gêne que j'ai ressenti en les enfilant ...

Mais au fond, ce n’était pas le tissu ni les chaussures qui comptaient. Ce qui rendait ce jour unique, c’était le regard de ma mère. Elle me regardait comme si, à travers moi, elle touchait la récompense de toutes ses nuits blanches passées à coudre, de toutes ses mains abîmées par l’aiguille. 

Son sourire ce jour-là, je ne l’ai jamais oublié : c’était celui d’une mère qui voyait son enfant, pour un instant, semblable aux autres, peut-être même plus belle. Elle n'était pas démonstrative, ne savait pas nous prendre dans ses bras pour des câlins mais elle trouvait d'autres moyens de nous montrer qu'elle nous aimait...

Je me suis demandée comment elle avait pû trouver l'argent pour acheter ces habits neufs... j'ai su que c'était le résultat de 6 mois de lessives chez les voisins, de coutures pour celles qui ne savaient pas coudre.. chaque sou était économisé, précieusement mis de côté...Sur le coup je n'ai pas su la remercier, mais avec le recul je sais tout ce que ça a pû lui coûter... Et je lui rends hommage aujourd'hui parce qu'elle était forte, et qu'elle nous a donné tout ce dont nous avions besoin.. même le superflu.. et on ne le savait pas...

Merci pour tout maman....

Allez une p'tite toile !




samedi 30 août 2025

Les adieux...

Je me suis réveillée ce matin avec un goût amer dans la bouche....un goût de souvenirs bien cachés,  qui n'apparaissent souvent que la nuit, dans mes rêves...Allez savoir pourquoi c'était une nuit pleine d'adieux.....

Il y a dans la vie des passages que l’on aimerait  bien éviter. Ceux où il faut fermer une porte, poser un dernier regard. Dire adieu. En général, j'évite d'y penser le jour, sinon le gris me submerge...et comme je rejette fermement ce qui peut me faire mal, ça vient me tourmenter la nuit...

Parce qu'un adieu, c’est plus qu’un mot. C’est une traversée. C’est accepter qu’un chapitre se termine,même si on n'en a pas envie,  même si nos mains tremblent au moment de tourner la page.

Certaines histoires de vie, d’amour ou d’amitié ne trouvent pas le dénouement que l’on espérait. On croyait que ça allait durer toujours et  puis les chemins s’écartent. Il reste des souvenirs doux-amers, des rires figés dans le passé. Dire adieu à une histoire, c’est reconnaître qu’elle a eu sa place, qu’elle a façonné une partie de nous, mais qu’il est temps d’avancer sans elle. 

Quand j'ai quitté mon ex-mari, j'ai dû dire adieu à une espèce de sécurité affective, matérielle rassurante pour plonger dans une autre histoire...Qui elle, n'avait rien de sécurisant..Il a fallu prendre les rênes...Je m'étais laissée portée durant 20 ans par quelqu'un qui était comme un père, là plus rien n'était stable...

J'ai eu tout de suite l'impression d'entrer dans un monde où rien n'était solide, et que si je voulais me sentir en sécurité c'était à moi, de construire...J'ai compris très vite qu'il n'allait pas me tendre la main pour me guider...Au contraire! Tout était imprévisible, j'avais l'impression d'être sur un manège qui ne s'arrêtait jamais...

C'est moi qui posais les questions, qui cherchais les réponses...Je portais à bout de bras une histoire qui tanguait pas toujours dans le bon sens...Je me sentais en permanence déséquilibrée..Je n'avais rien appris lors des années passée avant...

Je me suis fais violence pour endosser un rôle qui n'était pas pour moi... ça fatigue de vivre dans l'inconfort moral...Et un jour, dans ma tête, jai dit Adieu...j'ai lâché , avec colère, avec résignation...On ne peut pas être éternellement quelqu'un qui n'est pas soi...Et quand on lâche, on se sent plus sereine...On sépare les choses, la vie, la maison...on continue à exister, mais sans pression... Cela a transformé notre histoire...

Au fond, ce n'est pas un adieu, c'est autre chose...C'est une amitié assez précieuse, où l'un est là pour l'autre , on partage la maison comme des amis...Une espèce de co-location quoi !

Il y a des adieux difficiles, qui laissent des traces...Ma mère qui part sans qu'on s'y attende...Heureusement j'ai pu la voir le samedi à l'hôpital....elle allait bien, se réjouissait de rentrer....et le lundi alors que l'ambulance attendait..Ils l'ont retrouvée morte sur sa chaise, sa valise au pied, habillée pour rentrer chez elle...J'ai eu envie de foutre le feu à l'hôpital...C'était pas prévu, dans ma tête elle rentrait...et elle a dit Adieu sans prévenir...Comment faire le deuil quand on ne comprend pas pourquoi? elle est décédée le 25 Aout 1993, 32 ans...et j'ai toujours pas compris...

Dire adieu à ex mari a été difficile, mais j'ai pu l'accompagner ..Il m'a appelée le 1 er mai 2019....m'a demandé de venir lui faire des courses car il n'avait plus rien à manger...et je l'ai trouvé, couché, presque agonisant...J'ai voulu appelé le Samu..Il n'a pas voulu...Je suis restée avec lui à la maison plus d'une semaine, le changeant, le lavant, l'aidant pour tous les petits gestes de la vie, et quand j'ai senti qu'il etait au plus mal, nous l'avons mis dans la voiture et emmené aux urgences....Il est mort le 4 juin...et nous avons pu durant ces deux mois, parler comme nous ne l'avions sans doute jamais fait...J'ai dit adieu à l'homme qu'il avait été dans ma vie, à l'histoire que nous avions écrite ensemble...

Nous avons remonté le passé, écouté nos chansons préférées, et un jour il m'a dit: "Voilà ce que je veux que tu fasses pour mon enterrement..." Je veux telle musique, je veux que tu invites telles personnes....je veux reposer sur la tombe de mes parents...et plein d'autres petites recommandations...

J'ai compris que le départ était proche...Je lui ai dit adieu en silence, je lui ai dit que j'avais été heureuse d'avoir fait un bout de chemin avec lui et que notre séparation m'avait fait grandir...Je l'ai remercié d'avoir toujours continué à être dans ma vie, et de m'avoir appelée quand il a compris qu'il allait partir...

Il a serré ma main longtemps....

J'ai dû dire adieu à la maison

Une maison n’est jamais seulement des murs. Elle a abrité nos rires, nos disputes, nos rêves. Elle garde l’odeur du café du matin, le bruit des pas familiers, les fêtes improvisées des enfants. Dire adieu à une maison, c’est laisser derrière soi une part de ses racines. J'ai fait tout ce qu'il m'avait dit de faire....Et quand la maison a été vide, j'ai fait le tour des pièces...et j'ai trouvé au sous sol, les traits sur le mur qui montrait la hauteur de nos enfants...Cette toise improvisée avec les dates, la taille et le prénom de l'enfant mesuré, est la seule chose que j'aurais voulu emporter...Dire adieu, ce n’est jamais tourner le dos. C’est porter avec soi ce qui a compté, mais dans une forme différente. 

J'ai dû dire adieu à une partie de ma vie...Une histoire que je croyais pourtant éternelle, des liens familiaux que je pensais indestructibles...Quand les enfants s'éloignent et qu'ils emportent avec eux les petits enfants...Ce n'est pas un adieu que j'ai choisi, je le subis c'est tout..ça laisse un vide immense, que rien ne peut combler..

Dire adieu à une histoire, c'est accepter de ranger les messages que je relisais en boucles, de comprendre qu'il faut arrêter de relancer , de souhaiter un joyeux anniversaire, un joyeux Noël, qui n'auront jamais de réponse...Se dire qu'il vaut mieux rire en se souvenant des bons moments plutôt que de s'user à ressasser les ratés...

Et peut-être que l’art de vivre réside là : savoir accueillir les adieux, sans perdre l’élan d’accueillir aussi les futurs « bonjour ». 

Oui, dire Adieu, ça  pique...Mais ça me rappelle que j'ai eu la chance d'être aimée, d'avoir pu partager des rires, d'avoir aimé avec tendresse...

et l'ADIEU qui s'impose à nous, sans qu'on ait besoin de prononcer ce mot , c'est l'adieu à sa jeunesse....C'est constater que le miroir n'est plus du tout indulgent...qu'il creuse vos rides, qu'il accuse les contours de votre visage...Le corps qui ne suit plus...Monter sur une chaise devient de l'acrobatie digne du cirque du soleil!  

J'essaie de vivre ce passage avec humour et résignation...Je ris de ce souffle qui se fait court lorsque je monte à l'étage, je râle devant les courbatures matinales, devant tous ces petits bobos qui vous classent dans la catégorie des seniors...

Mais je me rends compte que mon corps n'est plus un outil...C'est quelque chose de plus fragile, que je dois ménager...Des fois j'oublie...Je descends vite les escaliers et je rate quatre ou cinq marches...La dureté du sol me rappelle que je suis vieille !!

Dire adieu à sa jeunesse physique c'est accepter que l'on est un mélange étrange de souvenirs de vigueur et de trahisons corporelles, avec juste assez d'humour pour ne pas pleurer devant le miroir, mais assez de lucidité pour comprendre que le temps ne fait pas de cadeaux...

Voilà....Je dois dire que je préfère les au revoir....Mais les adieux sont là...Et on doit vivre avec !!

Allez! une p'tite toile !!





vendredi 22 août 2025

Ces matins qui nous surprennent....


Tu connais sûrement ces matins étranges.......

Ces  matins qui commencent par une surprise....

On ouvre les yeux,  rien de spécial ne nous attend dans la journée… et pourtant, on se sent léger. On ne sait pas pourquoi. C’est comme si un petit rayon de soleil s’était glissé en nous, sans prévenir. Tu te réveilles avec une légèreté dans le cœur. Le ciel est gris, rien d’exceptionnel ne se passe, et pourtant tu te sens bien. Comme si la vie t’offrait un petit cadeau gratuit, juste parce que tu es là. Au bon endroit...Et tu souris...Bêtement !

Ces matins-là font du bien. Ils rappellent que parfois, le bonheur ne s’explique pas, il se vit. 



Et puis, il y a les autres.

Les matins où la même grisaille dehors réveille quelque chose en dedans. Des souvenirs qui font mal, des visages qui manquent, des blessures qu’on croyait refermées. 

On se lève avec ce poids sur la poitrine, sans l’avoir choisi. Tout revient, sans prévenir. Dans ces instants-là, on se sent parfois submergé avant même que la journée ne commence, avant même d'avoir posé un pied hors du lit...On se retourne, on essaie de se rendormir, on espère qu'un rêve plus lumineux viendra effacer cette grisaille qui nous submerge....Mais non ! Même le sommeil ne veut pas de nous...

Ces matin gris font partie de nous..Ils racontent nos histoires, nos épreuves, nos cicatrices..Ils sont le signe que nous avons aimé..perdu...traversé des tempêtes mais que nous sommes toujours là...

Mais ils ne disent pas tout de nous. Parce qu’un autre matin viendra, plus doux, plus clair.

Alors si aujourd’hui ton matin est lumineux, savoure-le.

Et si ton matin est gris, accueille-le doucement. Laisse-le passer. Il ne définit pas toute ta journée, ni toute ta vie.

Au fond, c’est peut-être ça le secret : apprendre à dire oui aux matins, quels qu’ils soient. J'ai un peu de mal parfois, mais je crois que nous portons tous ces deux réalités en nous.

J’ai souvent l’impression que ma vie alterne entre ces deux réveils.

Des matins qui réchauffent, d’autres qui bousculent. Mais au fond, les deux nous construisent.

 Les légers nous rappellent que la joie existe, même sans raison. Les lourds témoignent de ce que nous avons traversé, et de la force qu’il nous a fallu pour continuer.

Si je fais le total j'ai plus de matin lumineux que de matin gris ! Peut-être qu'avec la vieillesse vient la sagesse?  

Et toi… tu fais quoi de tes matins gris ? et de tes matins multicolores?

Allez !  une p'tite toile !!




jeudi 21 août 2025

Coupable....

 

Une petite fiction juste avant la rentrée....

La famille Martin donnait l’image d’un foyer presque parfait.

Julien, le père, architecte reconnu, avait le charme facile, les amis nombreux, la réussite sociale en bandoulière. C'était un charmeur, beau parleur qui séduisait tout le monde sans grands efforts...

Claire, sa femme, enseignait le français au lycée, discrète et cultivée, rarement au centre de l’attention. Son mari parlait pour elle, pensait pour elle, lui donnait un rôle effacé...Il était là pour faire le show, elle était là pour l'écouter, rire à ses blagues...Dans une assemblée, elle n'existait pas...

 Ensemble, ils avaient deux enfants : Louise, quinze ans, vive et sensible, et Thomas, treize ans, passionné de jeux vidéo et de foot.

Pour les voisins, rien ne laissait deviner l’ombre qui rongeait la maison. Seuls ceux qui osaient regarder de plus près apercevaient parfois le verre de trop, la voix qui grimpait, l’agacement qui devenait rage. Julien avait ce qu’on appelait pudiquement un alcoolisme mondain : champagne aux vernissages, whisky après les réunions, verres qui s’enchaînaient au club de tir où il aimait briller. Rien de bien grave pour les gens qu'il cotoyait, mais parfois, au milieu des siens, il dérapait....

Louise, elle, adorait son père. Il lui racontait ses voyages, lui montrait ses croquis d’immeubles, lui offrait des moments de complicité tendre qu’elle chérissait comme des trésors. Ensemble ils refaisaient le monde...Elle parlait de ses rêves, de ses colères, de ce monde qu'elle aurait voulu plus doux..lui écoutait avec cette patience tendre, parfois amusée; se retrouvant dans ses élans et ses révoltes...et le monde, même s'il ne changeait pas beaucoup, semblait plus léger, plus beau lorsqu'ils étaient ensembles ...

 Avec sa mère, le lien était plus distant, empreint de réserve, d’une pudeur qui confinait parfois au silence. Le père était tellement brillant qu'elle ne faisait pas le poids à côté de lui..

Un soir d’orage, tout bascula.
La dispute éclata pour un rien : une remarque, un reproche noyé dans l’alcool. Les voix montèrent. Les insultes fusèrent. Claire, excédée, osa répondre plus fort qu’à l’habitude. Julien, rouge, la gifla. Puis, dans un geste de folie, il sortit de son étui une arme de petit calibre.

— Arrête, Julien ! cria-t-elle. Tu es fou !

La scène dégénéra. Une lutte brutale s’engagea. Chaises renversées, verre brisé, corps emmêlés. Louise, terrorisée, s’interposa, tendant ses mains tremblantes vers son père.

— Papa, non ! Papa je t'en supplie...

Il la repoussa d’un geste violent. La jeune fille bascula en arrière, heurta le coin de la table basse et sombra dans l’inconscience.

Quand elle ouvrit les yeux, un plafond blanc l’accueillit. 

Odeur d’antiseptique. Bip régulier des machines. Sa tête la lançait. Dans un souffle, une infirmière lui dit :

— Tu es à l’hôpital. Repose-toi.

Mais Louise, affolée, demanda :

— Où est mon père ? Et ma mère ?

Le silence dura une éternité avant que la vérité n'atteigne son cerveau blessé:

— Ton père est mort, Louise. Tué par balle.....Et ta mère est en garde à vue.

Le monde de Louise s’écroula d’un coup.
Elle revoyait le rire de son père, sa main dans la sienne, leurs confidences sous les étoiles. Comment croire qu’il n’existait plus ? Comment accepter que sa mère, si effacée, si discrète, soit désormais accusée de meurtre ?

Dans son cœur d’adolescente, deux sentiments se déchiraient : l’amour immense pour son père, et la culpabilité sourde d’avoir, peut-être, été le déclencheur du drame en s’interposant.

Dans la chambre d’hôpital, les murs se rapprochaient. Elle entendait encore la détonation, le cri de sa mère, le bruit sourd de sa chute. Et dans ses rêves, toujours, le regard de son père — ce regard qu’elle ne retrouverait plus jamais, sinon dans la mémoire des jours heureux.

Le procès fut une épreuve insoutenable.Louise, alors âgée de seize ans, assise dans le box réservé aux familles, n’avait pas voulu témoigner. 

Elle aurait pu dire qu’elle avait vu son père ivre, violent, menaçant, arme à la main, ca aurait peut-être apporté des circonstances atténuantes à l'affaire...Mais ses lèvres restèrent closes. Dans son cœur, une seule vérité comptait : sa mère avait tué son père, l’homme qui l’aimait comme personne, son pilier, son modèle.

Quand la condamnation tomba — vingt-cinq ans de réclusion criminelle —, Louise éprouva une étrange forme de soulagement glacé. Mais très vite, ce soulagement se mua en rancune. Vingt-cinq ans lui parurent bien peu. Sa mère lui avait volé son père, elle aurait voulu qu’elle disparaisse à jamais.

Elle fit alors une promesse silencieuse : ne jamais franchir les murs de la prison pour la voir. Et elle la tiendrait.

Jusqu’à sa majorité, Louise fut recueillie, avec Thomas, par leur tante paternelle, Hélène. Une femme généreuse et solide, elle devint pour eux un repère, une figure stable et aimante. 

Thomas, plus jeune, resta longtemps partagé, oscillant entre colère et compassion pour sa mère. Louise, elle, demeura intransigeante, murée dans son refus et dans sa rancoeur...

Au lycée, puis à l’université, elle révéla une force insoupçonnée. Les blessures, au lieu de la briser, l’avaient endurcie. Brillante, elle choisit d’étudier le droit, comme si, par instinct, elle cherchait à comprendre, à nommer, à mettre des mots de justice sur les drames que la vie inflige. 

Ses professeurs louaient son intelligence, sa précision, sa ténacité. Rapidement, elle devint une avocate redoutée, spécialisée dans les affaires criminelles.

Les années passèrent.
douze ans après le drame, un courrier officiel tomba : Claire Martin, sa mère, bénéficiait d’une libération anticipée. La nouvelle fit l’effet d’une déflagration dans la vie de Louise.

Elle avait vingt-huit ans désormais. Son frère Thomas, marié, père d’un petit garçon, l’invita à « tourner la page », à envisager au moins une rencontre.

— Tu devrais essayer, lui dit-il avec douceur. Elle a payé. douze ans, ce n’est pas rien. C’est notre mère, Louise…

Louise, figée, sentit remonter en elle une colère intacte. Pour elle, le temps n’avait rien effacé. Les années n’avaient pas atténué la perte de son père, ni la trahison ressentie.

Elle fixa son frère et, d’une voix froide, lâcha :

— Toi, peut-être. Mais moi, je n’ai plus de mère. Elle est morte le jour où elle a tué papa.

Et pourtant, au fond d’elle, une faille subsistait. Elle, l’avocate brillante, qui défendait des coupables avec acharnement, savait que la vérité n’était jamais simple. Elle connaissait les nuances, les zones d’ombre, les vies où la culpabilité se mêlait à la peur.

 Elle savait que sa mère avait vécu sous la domination d’un homme violent. Mais cette connaissance intellectuelle, elle refusait de l’appliquer à son propre drame.

Pour Louise, il ne restait qu’une certitude : son père n’était plus là, et c’était à cause de sa mère.

Les années avaient passé ,  Louise était devenue une avocate réputée, tenace et respectée. Rien ne semblait pouvoir la détourner de la ligne droite qu’elle s’était imposée : justice, rigueur, vérité. Pourtant, la vérité avait encore des secrets à lui cracher au visage.

Un soir d’automne, alors qu’elle rentrait tard d’une plaidoirie, la pluie battait le pare-brise. Un virage mal négocié, une voiture surgie de l’ombre. Le choc fut brutal. Le monde bascula dans un éclat de verre et un grondement de tôles froissées.

À l’hôpital, le verdict médical fut lourd : commotion cérébrale, opération délicate, longue convalescence.
Quand elle reprit pied dans la réalité, Louise découvrit une douleur persistante, un mal de tête permanent comme une enclume invisible. Mais surtout, vinrent les cauchemars.

Chaque nuit, la même scène revenait. Elle entendait encore ce cri, ce fracas, ce coup de feu qui ne cessait de résonner dans ses tempes. Au début, elle croyait revivre la nuit tragique de son adolescence, ce souvenir gravé à vif. Mais peu à peu, les images se brouillaient, puis se précisaient autrement. Des détails nouveaux apparaissaient, insupportables.

Elle avait commencé à tenir un journal pour essayer de trier le réel de l'imaginaire, notant chaque flash, chaque sensation, chaque détail du cauchemar qui revenait.. Mais plus elle écrivait, plus les souvenirs revenaient, insistants, comme s'ils voulaient qu'elle accepte une vérité qu'elle refusait de regarder depuis des années..

Et une nuit, en sueur, secouée de tremblements, elle hurla :

— C’est moi… C’est moi qui ai tiré !

Dans son rêve, dans son cauchemar — ou peut-être dans sa mémoire —, c’était elle qui tenait l’arme, ses mains d’adolescente crispées, ses yeux pleins de larmes, et c’était elle qui pressait la détente pour protéger sa mère.

Au matin, épuisée, Louise ne savait plus. 

Était-ce un simple délire né de sa blessure ? Ou la vérité enfouie depuis quatorze ans, recouverte par un voile protecteur de son esprit ?

Les jours suivants, les flashs se multiplièrent. Elle revoyait la lueur métallique de l’arme, le visage déformé de son père par l’alcool et la colère, le hurlement de sa mère. Et puis, le coup de feu. Son propre geste. Son propre cri.

Mais rien n’était clair. Était-ce la réalité ou une hallucination construite par son cerveau blessé ?

Désormais, une seule obsession la rongeait : trouver la vérité.
Si elle avait tiré, pourquoi sa mère avait-elle accepté de porter seule la faute, d’endosser douze ans de prison sans jamais la trahir ?
Et si ce n’était qu’un rêve, comment expliquer la cohérence effrayante de ces images ?

Chaque nuit, la frontière entre passé et délire se fissurait davantage. Et chaque matin, Louise s’interrogeait :

— Suis-je l’avocate brillante que tout le monde admire… ou suis-je l’assassin de mon propre père ?

Le doute devint une plaie ouverte. Louise n’arrivait plus à travailler. Ses plaidoiries, autrefois si fluides, s’enrayaient. Ses collègues remarquaient ses absences, ses silences. Mais elle n’osait rien dire. Qui croirait une avocate brillante confessant que peut-être, elle avait tué son père adolescente, et laissé sa mère croupir en prison à sa place ?

Alors, seule, elle commença à enquêter.
Elle demanda au tribunal l’accès au dossier criminel. En tant qu’avocate, elle pouvait y prétendre. Quand elle ouvrit la chemise cartonnée, ses mains tremblaient.

Les photos d’époque — la scène de crime, le corps de son père, l’arme retrouvée — la glacèrent. Tout y était, figé. Mais rien qui ne la désignait directement. Le rapport de police mentionnait une altercation, une lutte confuse, un coup de feu impossible à attribuer avec certitude. Sa mère avait tout assumé, sans jamais varier dans sa version.

Pourquoi ?

Elle décida d’aller plus loin. Une seule personne pouvait lui donner des réponses : sa mère.
Douze ans plus tôt, elle lui avait juré qu’elle ne franchirait jamais les murs de sa prison. Aujourd’hui, Claire était libre. Louise n’avait plus d’excuse.

Un soir, elle se rendit dans la petite maison où sa mère vivait désormais, à l’écart de tout. Son frère Thomas l’avait revue, lui. Il disait qu’elle avait vieilli prématurément, mais qu’elle n’avait jamais cessé d’aimer ses enfants.

Louise hésita longtemps sur le seuil avant de frapper. La porte s’ouvrit. Claire apparut, amaigrie, les yeux marqués par le temps.

Un long silence. 
— Louise…

La jeune femme sentit un mélange de haine, de douleur, et d’attirance irrépressible. Elle voulait hurler, la gifler, mais aussi l’étreindre. À la place, elle lança :

— Dis-moi la vérité. Ce soir-là… qui a tiré ?

Claire baissa les yeux. Ses mains tremblaient.

— Tu étais là, tu sais ce qui s’est passé…
— NON ! explosa Louise. Justement, je ne sais pas. J’ai des flashs. J’ai l’impression que c’est moi. Que c’est moi qui ai appuyé sur la gâchette.

Un silence glaçant. Puis Claire releva la tête, les yeux humides.
— Si tu crois ça, c’est que tu as trop souffert. Ton esprit te joue des tours. Tu n’étais qu’une enfant. Tu t’es interposée, oui. Mais… c’est moi. C’est moi qui ai tiré.

Louise la scruta, tentant de déceler un mensonge. Mais la sincérité semblait transpercer chaque mot.

Pourtant, au fond d’elle, une voix persistait : Non. C’est toi. Tu sais que c’est toi.

Cette nuit-là, dans sa chambre d’hôtel, Louise ne dormit pas. Elle se revoyait, arme en main, doigt crispé, détonation, sang. Était-ce la réalité ou une illusion née du trauma ?

Elle comprenait soudain l’ironie cruelle de son destin : elle, l’avocate qui réclamait toujours des preuves, se retrouvait prisonnière d’un doute sans issue.

Et peut-être qu’aucun tribunal au monde ne pourrait jamais dire la vérité.

Les semaines suivantes, Louise retourna encore et encore au dossier. Rien n’y faisait : les preuves manquaient, les rapports restaient flous. Le coup de feu avait été attribué à sa mère faute de mieux, parce qu’elle l’avait confessé.

Mais une idée l’obsédait : et si quelqu’un d’autre savait ?

Elle décida de confronter son frère. Thomas, plus jeune, avait toujours semblé vouloir tourner la page. Mais peut-être avait-il vu ou compris quelque chose qu’il avait préféré taire.

Ils se retrouvèrent dans un café discret. Louise, nerveuse, attaqua sans détour :

— Thomas… cette nuit-là. Tu as vu qui a tiré ?

Il resta figé, son café suspendu à ses lèvres. Ses yeux cherchèrent à fuir, puis il souffla :
— Louise, pourquoi tu rouvres ça ? Papa est mort. Maman a payé. Qu’est-ce que ça changera ?

— Tout, répondit-elle sèchement. J’ai besoin de savoir.

Un long silence pesa. Puis Thomas finit par lâcher, presque à voix basse :
— Oui… j’ai vu.

Louise sentit son cœur exploser dans sa poitrine.

— Dis-le.
— C’était toi.

Le monde bascula. Ses mains devinrent glacées. Elle attendit qu’il nie, qu’il corrige, qu’il dise que c’était un mauvais souvenir. Mais il continua :

— Tu t’es interposée. Papa brandissait l’arme, maman essayait de l’arrêter. Tu as saisi la main de papa, tu as hurlé… et dans la lutte, le coup est parti. Mais… c’est ton doigt qui a pressé la détente. J’ai tout vu.

Louise chancela. Son frère posa une main sur la sienne :
— Maman l’a compris tout de suite. Elle s’est accusée pour que tu vives sans ce poids. Elle a endossé la faute, elle a tout pris. Parce que tu étais son enfant, et qu’elle t’aimait, même si tu ne l’as jamais vu.

Les larmes jaillirent, brûlantes, incontrôlables. Tout s’effondra en elle : la haine, la rancune, les certitudes. Elle avait condamné sa mère à un rejet éternel, alors qu’elle lui avait offert la liberté.

Cette nuit-là, Louise retourna voir Claire. Elle entra sans frapper, se jeta contre sa mère et sanglota :
— Pardonne-moi… C’était moi… Je le sais maintenant…

Claire la prit dans ses bras, en silence. Les mots n’étaient plus nécessaires.

Pour la première fois depuis quatorze ans, Louise se sentit redevenir une fille. Pas une avocate, pas une victime, pas une coupable. Simplement, la fille d’une mère qui avait tout donné pour elle.

Et au fond, elle sut que la vérité n’appartenait plus aux tribunaux. Elle appartenait seulement à ces deux femmes, liées à jamais par une nuit de sang et d’amour.

Allez une p'tite toile !



dimanche 10 août 2025

Les odeurs...

 


Après avoir écrit la couleur des jours au réveil, j'ai eu envie de parler des souvenirs qui remontent à la surface grace aux odeurs.....

J'ai trop de mémoire...et c'est parfois un problème...Elle est sélective et ne garde que les moments forts, je sais que  chez d'autres personnes, les souvenirs s'estompent, se voilent...Pas chez moi.... et tous mes souvenirs ont des odeurs....


J'ai des souvenirs qui remontent à l'enfance et ça fait rigoler tout le monde lorsque je me mets à citer les plats qui ont été dégustés à tel mariage ou autre occasion.....Il y a très, très longtemps, j'ai assisté au mariage de ma deuxième soeur...et je pourrais vous dire tout le menu...Tout se faisait à la ferme de mon beau frère et ça sentait les odeurs de cuisine, de pâte feuilletée, de jambon qui cuisait longuement dans un bouillon sur le coin de la cuisinière....et je peux vous dire à quelle place j'étais dans la tablée, l'odeur de l'étable où une immense balançoire était accrochée aux poutres.... Je devais avoir 7 ans....
Il y a des parfums qui ne se respirent pas seulement avec le nez, mais avec tout le corps, toute la mémoire.

Une odeur de linge séchant au soleil et soudain, l’été de mon enfance se déroule, les draps gonflent sous le vent, une odeur de savon de Marseille ...
et la voix de ma mère saute à mes oreilles ... Elle sent l'eau de Cologne , l'eau de javel... Les odeurs ramènent le passé dans le présent.. sans prévenir.. et je retrouve des visages, des lieux..

J'ai le souvenir de la fraicheur de la rosée dans le verger où le beau père de ma soeur m'entraînait pour ramasser les dernières prunes..... On posait le panier sur la table immense de la cuisine, et la vieille mamie sortait le beurre qui avait été baratté à la ferme , la farine sortait d'un immense sac, et elle triturait ensemble les éléments...moi je versais l'eau....Une belle boule de pâte reposait, pendant qu'on dénoyautait les dernières prunes juteuses...Puis elle graissait d'immenses plats à tartes et mon boulot était de ranger les demies prunes sur le fond....De temps en temps, j'en croquais une, et je me souviens encore du sucre et de l'acidité à la fois ....puis, je semais du sucre sur l'ensemble et la glissais dans  le four de la vieille cuisinière à bois ..Pas de thermostat...Elle glissait son coude à l'entrée du four et savait quand il fallait l'enfourner....Si je ferme les yeux, j'ai l'odeur.....cette odeur de beurre, de fruits murs, de cannelle .....et quand on la sortait du four, elle était là, dorée et craquante....

Toute ma vie, ce sont les odeurs et les goûts qui sont restés imprimés dans ma tête....et souvent, les évènement qui ont jalonnés mes jours, allez savoir pourquoi, avaient  une odeur....
Mes échecs, mes réussites, mes bonheurs....ont tous une odeur ...Et c'est pourquoi je ne réussis pas à m'en débarrasser....Parfois, ça me gonfle, car il y a des tonnes de moments que je préférerais oublier....ça me simplifierait la vie,  ainsi que celle des autres, j'en suis sûre !

Il suffit parfois d’une odeur pour faire voyager mon cœur plus vite que n’importe quel train.
Une bouffée de pain chaud, et me voilà enfant devant le four de la cuisine attendant que la porte s'ouvre....
Le parfum de la pluie sur la terre sèche me ramène aux étés d’antan, quand les orages éclataient soudain, et que nous restions, trempés, à rire sous le ciel gris.  Ce parfum  est toujours disponible, mais j'ai arrêté de danser sous la pluie..

Certaines odeurs n’invitent pas au voyage, elles ramènent brutalement à des endroits qu’on voudrait oublier.

L'odeur du désinfectant me ramène aux couloirs blancs de l’hôpital, j'avais 18 ans ne connaissais rien de la vie et je travaillais de nuit dans un service de cancéreux... Un service aux pas pressés et aux voix basses qui disaient l’essentiel sans oser le dire.

Un parfum de tabac froid suffit à faire revivre des soirs où les cris montaient plus haut que la fumée. Mon père chassait ses démons sous nos yeux apeurés.. l'odeur est restée dans mes narines...

Ces senteurs-là ne caressent pas la mémoire, elles font mal..
Elles surgissent sans prévenir, et tout le corps se tend, comme si, dans ce souffle, le passé pouvait encore blesser.

C'est pour ça, qu'en vieillissant, je ne veux plus d'odeurs...ou alors, juste les odeurs que je connais bien, celles qui ne peuvent plus me faire de mal.
C'est à ce prix que je trouve une certaine tranquillité....égoïste, oui !...mais tranquille !!
Il faut dire quand même que  je chéris aussi  les odeurs des bons moments  , je les entretiens , me les remémore, m'en repais....et ça me donne une espèce de sérénité tranquille... Ah! n'avoir en tête que l'odeur des bons moments........

L'odeur que je préfère ?? c'est l'odeur qu'il y a lors vous enfouissez votre nez dans le cou d'un bébé....C'est la meilleure...C'est une odeur que rien n'imite et que rien n'efface...Un mélange de lait chaud, de peau douce..On y respire l'innocence...
C'est pourquoi, quoiqu'on fasse, ça reste gravé dans la mémoire...Les enfants peuvent partir, vous avez dans votre bibliothèque des odeurs,  ce magnifique parfum...Il suffit de la croiser un jour, au hasard d'un autre enfant, et tout revient...

Et vous ? avez vous des souvenirs odorants ?

Allez une p'tite toile !




samedi 2 août 2025

La couleur des jours au réveil


Y’a des jours bleus, des jours comme un ciel sans promesse de pluie,
des jours où tout flotte, tout est doux et léger,
Ces jours-là sentent le linge propre qui sèche au soleil 
On y rêve les yeux ouverts, sans peur de tomber... Des matins où tu te réveilles légere, où l’air sent bon sans raison, où ton corps suit ton âme sans rechigner.

Y’a des jours gris, des jours qui sentent le silence ...
des jours d’attente sans heure précise, où le monde paraît loin, même quand il est tout près.
On y marche doucement,comme si le cœur s’excusait d’être encore là  . Pas vraiment tristes, pas vraiment bien. Des jours en veille, où tu fais tout sans y penser, comme si c’était pas toi, comme si t’étais juste de passage dans ta propre peau.

Y’a des jours noirs. Tu ouvres les yeux, et déjà t’as pas envie. T’as pas rêvé, ou alors mal.
Le plafond te tombe dessus sans faire de bruit, et t’as l’cœur qui pèse lourd, comme un sac trop plein de rien,  t’as pas de force, pas d’goût, et pourtant faut y aller, faut essayer de vivre......

Y’a des jours rouges, des jours pleins de feu et de fièvre,
où le rêve crie plus fort que la raison, où l’on brûle de dire, de faire, de vivre,
quitte à tout renverser, quitte à se perdre un peu. Des jours où tu te réveilles en colère,contre toi, contre eux, contre tout.Le monde t’agresse, même à travers la fenêtre.

Et puis y’a les jours sans couleur, transparents comme l’eau d’un verre oublié. Tu te réveilles, t’existes, mais c’est tout. Pas d’émotion, pas d’envie, pas de drame.Juste un jour de plus dans le calendrier des silences . On les traverse sans les voir et on essaie de les oublier dès le soir

Et parfois…

Parfois y’a des jours multicolores,
des jours peints à la main par l’enfant qu’on fut,
des jours en vrac mais plein de vie, où les rêves éclatent en confettis, les jours multicolores sont  ceux qu’on n’attendaient pas, ceux qui débarquent sans prévenir....des invités rares...

Des matins où tout s’emmêle ... comme un arc-en-ciel..
Le bleu de l’espoir,le rouge du désir, le vert qui te calme, l'orange qui ébloui 
et même un peu de jaune, comme une lumière douce au fond des yeux....

T’as encore les cernes,t’as toujours tes doutes,
mais y’a un éclat quelque part, une envie folle de vivre quand même.....
Tu regardes par la fenêtre, et le ciel n’est pas plus beau que d’habitude,
mais il te touche le cœur...Tu penses à quelqu’un. À un mot entendu hier.

À un souvenir revenu sans frapper.Et ça suffit. Ça suffit pour que ton cœur se mette à battre un peu plus fort que d’habitude. T'es juste vivante...

C’est pas un bonheur parfait, c’est pas un miracle. C’est un feu d’artifice intérieur, silencieux mais intense.

C’est ça les matins multicolores..... c'est ceux qu’on garde précieusement en soi, qu’on replie comme un dessin d’enfant, et qu’on garde dans la poche
pour les jours vraiment noirs......

Et vous? quelles sont les couleurs de vos jours??

Allez !! une p'tite toile !!






mercredi 30 juillet 2025

Une vie bien ordinaire...

 Heureusement , tout le village était là...tous l'ont accompagnée jusqu'au cimetière, tous l'ont aidée .....Elle a eu des petits plats préparés par tous les voisins, son bois était régulièrement scié et rangé sans qu'elle  ait besoin de le demander....Elle achète juste le bois et comme par magie elle le retrouve coupé et prêt à l'emploi...


Elle essaye de se faire légère, ça la gêne tant d'attentions ... mais il y a toujours quelqu'un qui lui dépose des œufs, des petits gâteaux...Ils l'invitent régulièrement à venir déguster leur repas du dimanche, parfois elle y va...d'autres fois non....l'infirmière passe régulièrement , pour boire un p'tit café dit elle ! mais elle sait qu'elle va en profiter pour lui prendre sa tension, écouter son cœur.....

Ils savent qu'elle n'a plus le téléphone et ils lui proposent à chaque fois de venir téléphoner chez eux....elle n'en abuse pas...qui appeler d'abord ? 

Les enfants sont loin, et hormis un appel de temps en temps parce qu'un de ses chats est malade c'est tout ce qu'elle se permet..

Elle rentre à l'église et glisse dans le tronc des pauvres les derniers sous de son enveloppe, et elle repart le cœur léger...
La vie s'écoule , tranquille.....et un soir vers 22h, elle entend frapper violemment à sa porte...ça tape, ça tape...le cœur battant elle ouvre la porte et voit Sandrine ,  l'épicière toute en rire qui la serre dans ses bras....elle rit, elle pleure, parle fort....
Elle apprend qu'elle a gagné...elle a gagné au loto ! J'ai gagné dit elle? oui, vous avez gagné ! asseyez vous Marie, j'ai peur de vous dire la somme! vous me promettez de ne pas mourir?

Allons, allons ! on ne meurt pas comme ça!

Vous avez gagné un peu plus de 4 millions d'euros....Vous vous rendez compte ? c'est énorme !

Elle ne comprend pas tout de suite ce que ça représente, la seule chose qui lui vient à l'esprit c'est qu'elle va pouvoir s'acheter une télévision.... pour l'instant c'est tout ce dont elle a envie....
et Sandrine  de continuer: "Marie, vous allez pouvoir voyager, aller voir vos neveux, connaitre leurs  enfants...que d'heureux vous allez faire avec tout cet argent !

Mais comment je vais faire pour aller chercher cet argent ?? demande t elle pragmatique..
Ne vous inquiétez pas! c'est moi qui vous accompagnerai, on fera le voyage tranquillement et vous pourrez déposer cet argent à votre banque !
Elle serre Sandrine  dans ses bras, se laisse embrasser de bon cœur, et cette dernière regagne son logis...

Elle ne dormira pas de la nuit...ça la trouble tout cet argent dont elle n'a pas besoin...ses journées sont chamboulées, elle en perd ses rituels....L'épicière a gardé le secret....Une semaine plus tard, un vendredi , elles partent toutes les deux au siège du Loto....C'est un grand voyage pour elle, mais tout se fait en douceur...Elle est accueillie par des personnes charmantes qui lui expliquent comment dépenser son argent...ce qu'elle doit faire, ce qu'elle ne doit pas faire....elle sourit..Elle a 86 ans, et ces petits jeunes veulent lui apprendre à gérer son budget !

Après une nuit de repos à l'hôtel, elle se fait conduire à la banque pour y déposer son chèque....Elle passe deux heures avec le banquier, plus qu'en 60 ans de vie!  Il essaie de lui faire faire un tas de placements judicieux, il parle dans une langue qu'elle ne connait pas...
Elle sait ce qu'elle veut et après maintes discussions elle obtient enfin ce qu'elle est venue chercher....

Elle retrouve Sandrine  dans le hall et elle l'invite à manger dans un restaurant prestigieux afin de la remercier de sa gentillesse....Pendant que son amie  se prépare, elle appelle la réception et se fait livrer un tas de bricoles, des souvenirs de Paris  qu'elle n'a pas eu le temps d'acheter elle même.....

Elle a fait quelques achats  pratiques pour elle  à la boutique que l'hôtel lui a recommandé...Un tailleur, des chaussures et un sac...si elle va au restaurant, il ne faut pas qu'elle fasse trop misérable !  Elle a pu bénéficier des services du coiffeur de l'hôtel , un peu de poudre sur le bout du nez, un peu de rose sur les lèvres et la voilà prête....

Elles passent une soirée délicieuse, elles ont fait tout leur repas au champagne ! un peu grises, mais heureuses, elles regagnent leurs chambres tard dans la soirée ....

Le retour est plus calme, elle se sent fatiguée par tous ces changements...et c'est heureuse qu'elle franchit le seuil de sa porte où tous ses chats sont là et lui font la fête !

6 h...Le réveil sonne....les rituels reprennent ! Elle est comme une petite fille le matin de Noël qui a tous ses cadeaux à déballer....ce matin, elle va recevoir une grande télévision à écran plat, une télévision qui va lui faire voir la vie en couleur...Elle a hâte !
Elle déballe tout ce qu'elle avait commandé à l'hôtel et elle se réjouit à l'avance de ce qu'elle va y trouver....
Elle a demandé à Sandrine de garder le secret sur cet argent....Elle ne voudrait pas que l'attitude des gens du village change envers elle ...Simplement,  elle n'aura plus à compter ses sous, elle n'aura plus besoin d'enveloppes...Mais elle ne compte pas changer grand chose à sa vie, elle est très heureuse ainsi ....

Deux années ont passé, la petite maison est restée la même, seule la télévision fait une tache plus claire dans la salle à manger.....88 ans, l'âge l'oblige à faire de tout petits pas...trois  de ses chats sont morts, de vieillesse...il reste la vieille minette qui ne sort plus beaucoup, qui passe sont temps blottie sur un coussin....

Elle sait qu'elle ira bientôt rejoindre Adrien, elle le sent un peu plus chaque jour...L'infirmière passe toujours lui faire coucou,  l'hiver a été rude et une mauvaise toux l'a clouée au lit ...tout le village s'est relayé pour l'aider...lui faire à manger, l'aider pour sa toilette...ça l'embête car elle n'aime pas déranger...

Un matin, elle a eu comme un regain de jeunesse...Elle s'est réveillée l'œil vif...et vite, vite, elle a fait ses derniers préparatifs...Elle a guetté le facteur afin de lui remettre un énorme colis,.....Elle a écrit  quelques lettres et puis elle s'est couchée, épuisée....Dieu merci, durant ces deux années elle avait eu le temps de tout organiser.....

Lorsque Sandrine l'épicière est venue pour la faire manger, elle l'a trouvée sans vie....curieusement, Marie  souriait.......Il y avait une lettre ainsi que deux paquets  sur la table de nuit, une longue lettre pleine d'instructions...et Sandrine a fait le nécessaire...

Elle a téléphoné aux neveux de Marie et leur a annoncé son décès....Ils ont tous les deux été désolés de ne pouvoir venir, et Sandrine leur a dit de ne pas s'en faire que leur tante avait tout prévu...elle leur a quand même demandé ce qu'elle devait faire des meubles de la petite maison...Ils ont répondu de les donner à qui les voudrait et que de toute façon ils allaient faire un papier disant qu'ils refusaient l'héritage...Dieu sait qu'ils ne voulaient pas de vilaines surprises ! Sandrine recevrait leur courrier de renonciation  au plus tôt !

Tout le village était là , l'église était pleine ...Un gros carton trônait derrière le cercueil couvert de fleurs....Sandrine a lu une lettre destinée à toutes ces personnes qui chaque jour l'avait aidée à vivre et à rester dans sa petite maison....Une lettre pleine d'amour, de remerciements...Elle leur disait à quel point elle avait trouvé en eux cette famille qui lui avait toujours fait défaut et que comme ils étaient sa famille, elle leur laissait à tous un petit souvenir d'elle....

Sandrine était chargée de distribuer les lettres qui se trouvaient dans le gros carton....chaque enveloppe portaient un nom, une adresse.....Elle lut au micro les 200 noms...chacun s'avança pour recevoir son enveloppe...Personne n'essaya de l'ouvrir..Ils attendaient tous que chacun eut la sienne ...

Une dernière enveloppe fut donnée au curé....D'un geste,  Sandrine ouvrit la sienne....dedans, une lettre, et 100 billets de 200 euros.....Chaque personne effarée sortait cet argent sans rien comprendre...Seule Sandrine comprenait...et c'est en larmes qu'elle les invita à lire chaque lettre qui accompagnait cet argent ...Il y eu des pleurs, des sourires, puis des larmes à nouveau....C'était pas grand chose, mais chacun recevait 20 000 euros...personne n'était riche au village, et cet argent allait faire du  bien dans les familles...

Le maire qui voulait faire des travaux dans le village eut le budget pour les faire...
Le curé reçut le solde du compte bancaire...40 000 euros qui devaient servir à entretenir la tombe d'Adrien et Marie et de pallier à d'éventuelles détresses  ...

Durant ces deux années que la vie lui avait donné, Marie avait été bien occupée....Lorsqu'elle était sortie de sa banque elle avait avec elle 20 000 billets de 200 euros....l'hôtel lui avait fourni 300 enveloppes , et elle avait fait le voyage avec tout l'argent dans ses valises...Chaque jour, avec l'annuaire du village, elle écrivait une lettre pour chacun et remplissait l'enveloppe avec les 100 billets de deux cent...

Marie fit les premières pages des journaux!! 4 millions d'euros distribués aux quatre vents c'était du pain béni pour les journalistes !

Lorsque Sandrine reçut les deux renonciations d'héritage des neveux de Marie, elle les confia au notaire chargé de la succession.....Tout était en ordre !

Les deux petits paquets que Marie  avait laissé sur sa table de nuit avait été envoyé aux neveux de Marie...à l'intérieur une banale tour Eiffel , un journal avec des gros titres: "Marie B. lègue 4 millions d'euros aux habitants de son village"  ainsi qu'une carte postale où Marie avait écrit 

                                                     "Bons baisers de Paris "


Allez !! une p'tite toile !





mardi 29 juillet 2025

Une vie bien ordinaire.....

 Nouveau défi d'écriture.......Ceci est une  fiction bien sûr, mais inspirée par une de mes voisines....


bsoletetlo

belle  bottes    étole obole  bête télé stèle  loto belote

Chaque jour les mêmes gestes, les mêmes rituels ...le réveil sonne chaque matin à 6 h et à chaque fois elle se dit, pourquoi le faire sonner puisque ça fait déjà une demie heure que j'ai les yeux ouverts...il sonne pour rien, pour occuper l'espace, le bruit aigu qu'elle attend dans le noir  lui rappelle qu'elle est vivante...assez vivante pour sortir le bras de dessous sa couette et de tâtonner pour l'arrêter....

Elle se dresse au bord de son lit  et commence à sentir la douleur des ses vieilles articulations...là! là ! doucement, il faut qu'elles se réveillent elles aussi...un pied dans son vieux chausson, l'autre suit, et debout elle s'approche de la fenêtre...Il va faire beau, l'horizon est rose, pas de nuages....elle couvre ses épaules de son étole en laine, elle a toujours un peu  froid au réveil , et se dirige vers la salle de bain...
Son reflet dans la glace la surprend toujours...qui est cette vieille femme qui me regarde?  elle grimace, se souvient qu'elle a été belle et son vieux cœur sourit .....elle commence une  toilette de chat sans trop regarder son reflet...

Elle longe le salon où trône son énorme télé et se dit, comme chaque matin, qu'un jour il faudra qu'elle en change...ils en font des toutes plates à présent, et les couleurs sont magnifiques...Sur la sienne tout est verdâtre, ni noir et blanc...ni couleur....verdâtre et quand elle regarde les documentaires sur Arte elle se plait à inventer des couleurs pour  tous les animaux exotiques qu'elle voit... et puis, acheter une télé, est ce bien raisonnable? il ne lui reste plus suffisamment d'années à vivre pour que ça soit rentable!

Quand elle fait le calcul de ce qu'elle perçoit chaque mois, il n'est pas possible de mettre suffisamment de côté pour s'offrir du superflu....Elle a quatre chats qui ne se préoccupent pas de ce qu'elle gagne! chaque matin, ils attendent la queue en l'air qu'elle verse leur pitance dans leurs gamelles ! Ensuite, elle peut se préparer son petit déjeuner...du café avec de la chicorée, quelques tartines avec de la confiture des fruits de son jardin....

Elle sort sur le pas de la porte, et c'est le meilleur moment de la journée...Le soleil pointe le bout de son nez, il y a de la rosée sur l'herbe et prestement elle se débarrasse de ses chaussons pour enfiler ses vieilles bottes en caoutchouc....elle passe d'une fleur à l'autre, enfouit son nez au cœur de certaines, sourit car une bête  à bon dieu est en train de se goinfrer de pucerons....

Après son petit tour, elle se sent bien...ses articulations  ont retrouvé un peu de jeunesse et  elle décide  de se rendre au village pour y faire quelques courses....Dans sa tête elle rêve des ingrédients qu'elle va acheter pour son repas du midi...

Elle a tellement peu d'argent, que dès que sa petite retraite est virée, elle retire ce qu'il lui faut pour le mois et le répartit dans plusieurs enveloppes ...Tout ce qui a trait à la vieille maison qu'elle loue est prélevé chaque mois et elle doit jongler avec le reste......156 euros.....c'est ce qui lui reste pour manger, pour ses chats, pour le stère de bois qui brûle chaque jour dans sa vieille cuisinière, pour les réparations....pour plein de trucs non prévus ,  qui font que son vieux  cœur bat trop vite le soir quand elle angoisse sur son devenir....

Elle n'a pas eu d'enfant avec Adrien ..Juste les enfants de sa soeur....un garçon et une fille....qui sont partis loin ...Jean vit aux USA et Garance vit  au Pays bas.....Tous les deux ont des enfants qu'elle ne connait pas...son neveu est en retraite , il a 65 ans,  il a travaillé toute sa vie dans le pétrole...elle n'a jamais su en quoi ça consistait, il n'a jamais pris le temps de lui expliquer...Ils sont restés en contact quelques temps et puis elle a dû réduire ses dépenses...supprimer le téléphone...Elle lui a écrit, de longues lettres..mais il n'a jamais répondu...Son cœur se serre lorsqu'elle pense à lui..

Garance, elle, a fait de longues études qui l'ont menée à faire de la politique.....elle a rencontré son mari  et est partie vivre avec lui aux Pays Bas....parfois elle se dit, qu'elle aurait aimé y aller..Juste pour les voir, faire connaissance avec leurs enfants..Mais elle n'a jamais réussi à mettre suffisamment d'argent de côté pour se payer un billet...Garance lui a téléphoné au début, régulièrement...et puis la vie l'a bouffée, elle a  eu 3 enfants et a abandonné ses rêves de carrière pour s'en occuper..
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Son cœur se serre lorsqu'elle pense à eux...parfois,  elle sort les albums et toute sa vie défile dans les photos...Sa soeur qu'elle a tant aimée et qui est partie trop jeune...Elle a élevé les deux enfants du mieux quelle a pu avec l'aide de son beau-frère et d'Adrien...Elle les a tellement aimé ces petits...

Parfois elle reçoit une carte " bons baisers de toute la famille! ", elle voyage avec ces cartes, Rio, l'Egypte, la Grèce, le Canada....le frère et la sœur se sont retrouvés pour des vacances communes et les deux familles ont signé la carte....Elle a pleuré ce jour là ...

Ils ne sont jamais venus dans cette petite maison qu'elle habite....Ne se sont d'ailleurs jamais demandé pourquoi elle avait quitté la grande maison de leur enfance ..Son beau frère est parti rejoindre sa soeur chérie, alors que les petits faisaient leurs études à la ville...Elle ne pouvait plus assumer les charges...
Elle est donc partie vivre dans un village tout petit....200 âmes, la première grande ville est à 200 kms..Ils n'ont jamais proposé de venir la voir.....Comment les aurait- elle reçus s'ils étaient venus?  la question ne s'est jamais posée Dieu merci !

La petite stèle au fond du jardin est tombée...Elle y a enterré ses vieux chats et elle y pose chaque jour quelques fleurs pour le souvenir....
Allez ! trêve de rêverie, il faut se vêtir, se coiffer et aller dans l'épicerie, tabac, café, poste pour y faire quelques emplettes...elle termine sa dernière enveloppe du mois, il reste 22,80 euros...Pas de quoi faire des folies ! elle liste ses besoins : quelques boites pour les chats , de la chicorée, du pain frais, une petite tablette de beurre, de la lessive, une tranche de jambon, peut être un petit fromage de chèvre....de l'huile d'olive, son petit luxe à elle...avec les tomates du jardin c'est un vrai régal....une savonnette qui sent bon...et puis, après tout ça, il ne devrait plus rester grand chose!

Quand elle arrive à l'épicerie il est 9h....Sandrine, l'épicière la salue gaiement ! elle est en train de  ranger les journaux, les magazines...c'est tout petit mais il y a quand même deux tables où les vieux viennent jouer à la belote les après midis, une grande vitrine réfrigérés pour les produits laitiers et la charcuterie.....quelques étagères pour l'épicerie...Elle a vite fait de trouver ses denrées et se retrouve à la caisse pour payer....il lui reste 9,25 euros dans son enveloppe et ça la déstabilise....L'épicière la connait bien, et lui dit en riant:" juste ce qu'il faut pour faire une grille de Loto....!"


Pourquoi pas se dit elle! elle n'a jamais eu beaucoup de chance mais qui ne risque rien n'a rien !  et la voilà qui remplit maladroitement les cases avec les dates de naissance de ses neveux...Elle fait enregistrer sa grille et repart avec son vieux cabas vers la vieille église du village....

Un p'tit tour au cimetière pour dire une prière sur la tombe d'Adrien son mari, elle redresse le vase qui est tombé...Il faut que je fasse un bouquet de roses pour remplacer les fleurs fanées....La photo d'Adrien qu'elle a fait poser sur la stèle semble la suivre des yeux....Il est beau et jeune sur cette photo..coquette elle arrange un peu ses cheveux...comme s'il pouvait la voir..Il est mort il y a 5 ans, et elle a suivi son cercueil toute seule avec les gens du village....

Ses neveux n'ont pas pu se déplacer, trop de travail, trop de choses à organiser...Jusqu'au bout Adrien a espéré les voir et quand il a commencé à perdre un peu la tête, il la prenait pour Garance....Il lui prenait la main et lui disait: "tu sais ma fille, il faudra t'occuper de maman avec ton frère, ça va être dur pour elle lorsque je ne serai plus là.... Jean, il faut couper du bois pour l'hiver et le ranger dans le hangar..." et elle, elle pleurait doucement sur son amour qui partait....Ces petits qu'il avait aidé à élever il les avait toujours pris pour les siens...au seuil de la mort il leur parlait comme s'il était leur père...

Allez! une p'tite toile ! La suite demain....