lundi 20 avril 2026

La jeune fille aux corbeaux....

 J'aime tous les oiseaux mais plus particulièrement les corbeaux... JE les nourris chaque jour sur ma terrasse, ils m'appellent, me reconnaissent dès que je sors.. une petite histoire....

Peintre née à Copenhague Inge Schuster 


Elle venait toujours à la même heure.

Sans bruit, elle traversait les herbes hautes, s’asseyait au pied du tronc d'un arbre, toujours le même puis se laissait glisser jusqu’à s’allonger. Elle fermait les yeux... s'endormait parfois...

Alors ils arrivaient.

D’abord un seul, silhouette découpée dans le ciel. Puis deux. Puis une poignée. Bientôt, ils étaient une vingtaine, peut-être davantage. Les corbeaux se posaient avec précaution sur les branches, certains au sol, sautillant entre les fleurs sans jamais les abîmer. Leurs plumes noires brillaient dans la lumière.....

Ils ne criaient pas ...Ils parlaient bas.

Un croassement doux, presque tendre, roulait entre eux, comme une conversation secrète dont elle était le centre . Lorsqu’elle dormait, leurs têtes s’inclinaient légèrement vers elle. Lorsqu’elle bougeait, un frémissement parcourait le groupe, mais aucun ne s’enfuyait.

Elle les aimait.

Pas d’un amour bruyant ou naïf. Non.  Dans le monde des hommes, elle s’était souvent sentie de trop, déplacée. Ici, au contraire, elle avait sa place exacte. Ni plus, ni moins.

Un jour, un enfant du village l’avait suivie en cachette.

Il s’était attendu à quelque chose d’effrayant. On lui avait dit que les corbeaux portaient malheur, qu’ils annonçaient la mort, qu’ils savaient des choses qu’il valait mieux ignorer. Pourtant, caché derrière les herbes, il n’avait vu qu’une scène étrangement douce.

Les oiseaux entouraient la femme comme une cour silencieuse. L’un d’eux s’était approché davantage, posant ses pattes près de sa main ouverte. Il avait penché la tête, puis avait émis un son si bas qu’il ressemblait à un soupir.

L’enfant n’avait pas eu peur.

Il avait même eu, l’espace d’un instant, l’impression que ces créatures veillaient. Pas sur le champ. Pas sur l’arbre. Sur elle.

Et peut-être… sur quelque chose en elle.

Lorsque le vent s’était levé, les fleurs avaient frissonné,  les corbeaux s'étaient serrés les uns contre les autres....Aucun ne s’était envolé. Ils étaient restés.

Comme s’ils savaient qu’un jour, peut-être, elle ne se réveillerait pas tout de suite.

Et que ce jour-là, il faudrait être là.


samedi 18 avril 2026

Le colza...


 Le champ semblait respirer.

Sous le ciel pâle, les fleurs de colza ondulaient , chaque vague dorée frôlant la suivante . Au loin, les montagnes bleutées .... c'était au loin, un autre monde...

La femme tenait la main de la petite fille avec douceur , comme si ce simple geste contenait tout ce qu’elle voulait protéger. Leurs robes jaunes se confondaient presque avec les fleurs, si bien qu’on aurait pu croire que le champ lui-même les avait inventées pour ne pas être seul.

La petite fille sautillait parfois pour éviter les tiges les plus hautes, puis levait les yeux vers la femme.

 - On va où ? demanda-t-elle.

La femme sourit, mais ce sourire avait une nuance un peu triste...

- Là où ça fera moins mal.

La petite fronça les sourcils, ne comprenant pas tout, mais serrant un peu plus fort la main qui la guidait. Pour elle, le monde était simple : tant que cette main était là, rien ne pouvait vraiment disparaitre...

Derrière elles, il y avait une maison aux volets fermés, des mots trop lourds, des silences trop pleins. Devant, il n’y avait rien encore — seulement ce champ infini, et la promesse fragile d’un ailleurs.

La femme s’arrêta un instant, se pencha vers l’enfant et posa son front contre le sien.

- Tu sais, murmura-t-elle, même quand on part, on emporte avec nous ce qui compte vraiment.

- Comme quoi ?

- Comme ce champ, ces couleurs.

La petite fille réfléchit, puis hocha la tête avec sérieux, comme si elle venait de comprendre un secret immense.

Alors elles repartirent, deux éclats de soleil marchant dans un autre soleil, jusqu’à ce que leurs silhouettes deviennent petites, puis minuscules 

Et le champ, lui, continua de respirer.

jeudi 16 avril 2026

Le citronnier...

 Elena Wuest 1977), artiste allemand 


Le mur est là, immobile, partagé entre un blanc éclatant et un bleu lavé par le soleil, comme si le ciel avait doucement coulé dessus. Contre lui, une branche de citronnier , fine et obstinée, presque timide, comme une main tendue.
Elle porte la vie sans faire de bruit.

Les fleurs, petites étoiles blanches, répandent un parfum si doux qu’il semble suspendre le temps. Les citrons, eux, s’accrochent aux branches, lourds , en équilibre... Le vent passe parfois, léger, et tout frémit. Rien ne tombe. Tout tient.

C’est ici que Lina venait s’asseoir, chaque matin.

Elle posait son dos contre le mur, à la frontière du blanc et du bleu, comme pour choisir entre deux mondes. Elle fermait les yeux, et l’odeur du citronnier la traversait, délicate mais tenace, réveillant des souvenirs qu’elle ne savait pas nommer. Peut-être une cuisine d’enfance, peut-être une voix, peut-être une absence.

Un jour, une fleur s’est détachée.

Elle n’est pas tombée loin, juste sur le livre que Lina tenait ouvert sans le lire. Surprise, elle a souri, comme si l’arbre venait de lui parler. Elle a pris la fleur entre ses doigts, l’a portée à son nez, et pour la première fois depuis longtemps, elle a respiré profondément.


mercredi 15 avril 2026

Les pissenlits....

L'homme chaque semaine participe à un atelier d'écriture avec plusieurs amies... c'est moi qui choisit les mots sur lesquels ils vont nous raconter une histoire.... j'écris chaque mot sur un petit carré de papier et chaque semaine ils en tirent un au sort...et chacun se laisse aller ...

 j'ai donc eu moi aussi envie de faire à peu près la même chose, mais avec des tableaux de peintres qui me plaisent...


Voilà donc une petite histoire sur cette magnifique toile....
 Quelle chance !  j'ai pensé à relever le nom de l'auteur....😂

Une peinture Lithuanienne 

Tatjana Cechun 2024

Ce matin-là, une petite fille est entrée avec du soleil plein les cheveux. Dans ses mains, elle tenait un bouquet de pissenlits, cueillis à la hâte, les tiges inégales. Elle les a déposés dans le vase avec un sérieux presque sacré....

Les pissenlits, eux, ne cherchaient pas à durer. Ils savaient. Leur éclat était une promesse brève, bientôt ils s'envoleraient. Pourtant, dans ce court instant, ils offraient tout. Une chaleur, une douceur, une présence, une lumière...

La petite fille est revenue plusieurs fois dans la journée. Juste pour les regarder. Parfois, elle souriait sans raison. 

Un peu d’eau, quelques pissenlits, et une main d’enfant…
Et voilà qu’un objet ordinaire avec des fleurs ordinaires devenait l'endroit le plus lumineux de la maison..

Juste parce qu'une petite fille blonde les a vu comme des petits soleils extraordinaires...


lundi 13 avril 2026

La fuite...2

 

Trois ans.

Trois années à traverser la France ...Ville après ville. Atelier après atelier. Des mains différentes, des exigences nouvelles, des regards qui ne pardonnaient pas l’à-peu-près. Chez les Compagnons, on ne triche pas avec le geste.

Dans chaque ville une carte postale pour Marcel.. quelques mots pour ne pas oublier.. Marcel n'avait pas le téléphone, seules les cartes envoyées à sens unique restaient le lien..

Il a appris la précision...Tracer. Ajuster. Écouter le bois.Toujours écouter le bois.

Ses mains sont devenues sûres. Calmes. Là où autrefois il y avait la peur, il y avait maintenant la maîtrise

Et dans les ateliers, on a commencé à le remarquer. Pas seulement pour son travail. Mais pour ce qu’il mettait dedans.

Ils ne disaient pas “talent” trop vite. Chez eux, les mots avaient du poids. Mais ils voyaient cette manière qu'il avait de comprendre la matière sans la brusquer.

Les projets ont grandi avec lui.

Les chantiers sont devenus plus exigeants.

Et puis un jour, un nom est arrivé. Un chantier à part. Presque sacré.

Reconstruire. Redonner vie. Travailler pour quelque chose de plus grand que soi.

Notre-Dame de Paris.

Quand il a posé le pied sur le chantier, il a levé les yeux.

Les pierres, les échafaudages, toute une histoire suspendue entre ciel et terre.

Et lui, là, au milieu. Cet enfant qui fuyait sous l’orage était devenu un homme qui bâtit.

On est venu le filmer. Des caméras. Des micros. Des questions.

- Qu’est-ce qui vous a amené ici ?

Il a hésité une seconde.

Puis il a répondu, simplement :

- Quelqu’un m’a appris à regarder autrement. À respecter ce que j’avais entre les mains… et ce que j’étais.

- Vous pensez à quelqu’un en particulier ?

Un silence. Un léger sourire.

-  Oui.

Mais il n’a pas donné de nom. Certaines histoires n’appartiennent pas aux médias....

Le reportage est passé à la télévision.

Des images de bois, de gestes précis, de lumière sur la poussière en suspension.....

Quelque part, dans une petite maison au bord d’un chemin… peut-être que quelqu’un regardait.

Le printemps est arrivé.

Un de ces longs week-ends de mai où l’air sent déjà l’été. Sans prévenir, il a pris un billet.

Un train. Puis un autre.

Le paysage défilait, mais cette fois, il reconnaissait les contours. Les champs. Les routes. Les silences.

Son cœur battait différemment. Pas de fuite. Un retour.

Il est descendu à la petite gare. Rien n’avait vraiment changé. Ou peut-être que si.

C’était lui qui avait changé. Il a marché jusqu’au chemin bordé de haies. Chaque pas était chargé de souvenirs.

L’atelier. Le banc.

Mais en arrivant, il a su. Avant même de voir.

Il y avait quelque chose dans l’air. Un vide.

Une maison trop silencieuse. La porte était fermée. Les volets à demi clos.

Le jardin… laissé à lui-même. Comme une respiration arrêtée.

 Il s’est approché lentement.Sa main a frôlé le bois de la porte.Le même bois. Mais sans chaleur cette fois.

Une voisine est apparue derrière la haie. Elle l’a regardé, longtemps.

Comme si elle le reconnaissait sans l’avoir jamais vraiment connu.

Puis elle a dit doucement :

- Vous êtes en retard… Marcel est parti cet hiver.

Les mots ont mis du temps à trouver leur place. Parti. Comme ça.

Sans bruit. Sans au revoir.

Il ne s’est pas effondré. Il est resté là.

Longtemps.

Devant cette maison qui lui avait tout donné.

Puis il a contourné la maison.

L’atelier était encore là.Fermé, mais debout. Comme lui.

Il s’est assis sur le banc.Le même.

Et pour la première fois depuis des années, il a laissé les larmes venir. Pas celles de la peur. Celles de la perte.

Il a fermé les yeux.

Et dans le silence, il a entendu encore la voix :

— Regarde ce que tu fais… et regarde-toi le faire.

Alors il a ouvert les yeux. Et il a compris. Marcel n’était pas parti.

Pas vraiment. Il était là. Dans chaque geste. Dans chaque pièce de bois ajustée avec respect. Dans chaque chose construite avec patience...

La voisine murmura il était si fier de vous… il relisait chaque carte comme un trésor. Avant l’hôpital, il lui avait confié la clé de la boîte aux lettres… comme un au revoir silencieux.

Dans le petit paquet, quelques cartes jamais ouvertes, et une photo de nous deux au jardin, sourires pleins de lumière.

Au dos, de sa belle écriture : “Tellement fier de toi… de t’avoir transmis l’amour du bois. Merci d’être venu, merci pour ta confiance, pour cette amitié. Certaines rencontres ne s’arrêtent pas… elles continuent de vivre autrement ... dans ce qu'on devient...Et tu es devenu celui en qui j’ai cru, dès le premier regard.”

Allez une p'tite toile !



dimanche 12 avril 2026

La fuite....

 Une petite fiction....

Il y a des maisons qui ne protègent pas. Et pourtant ce sont des  lieux censés réparer...

Ils étaient quatre enfants dans cette famille d’accueil, entassés comme des valises oubliées. 

Ici, on ne parlait pas d’amour, seulement de survie. L’homme buvait comme un trou sans fond. La femme, elle, avait rendu les armes depuis longtemps. Ses silences pesaient plus lourd que les cris.

Le seul revenu venait de l’argent versé pour les enfants. Une somme qui tombait chaque mois, régulière… et qui ne se transformait jamais en repas suffisants,  ni en gestes tendres. La faim était là. Elle s’installait au creux des ventre et ne partait jamais vraiment.

À 16 ans, Régis  avait déjà compris une chose essentielle : personne ne viendrait le sauver.

Les coups, eux, arrivaient sans prévenir. Une parole de trop, un regard mal placé, ou parfois rien du tout. Juste l’alcool qui cherchait une sortie. Et son corps devenait un terrain de jeu.

Alors il a commencé à préparer sa fuite, il ne pouvait pas rester, un jour ça finirait mal...

Quelques pièces grappillées ici et là. Des petits boulots chez des voisins, discrets, presque invisibles. Tondre une pelouse, porter des sacs, réparer une clôture. Chaque pièce était une promesse.

Le jour du départ, le ciel semblait complice.

Fin d’après-midi. L’air était lourd, chargé d’électricité. Le genre de moment où la nature elle-même retient son souffle. Il n’a rien dit. Il n’a laissé aucune trace. Juste son absence.

Il a coupé à travers champs. Les herbes hautes fouettaient ses jambes, le vent commençait à hurler. Puis l’orage a éclaté. Brutal... Il accepta la pluie comme un cadeau.. ça le lavait de toute la crasse de la maison..

il avançait. La pluie collait ses vêtements à la peau, mais elle avait quelque chose de différent, de propre..

Après ce qui lui a semblé des heures, il a atteint une route. Une ligne droite, noire, infinie. Il a continué à marcher sans savoir où elle menait. Juste loin de cette maison de fous.

Puis un bus est apparu. Freins qui grincent. Portes qui s’ouvrent.

Le chauffeur l’a regardé, trempé, silencieux. Il a tendu ses quelques pièces, trésor dérisoire mais essentiel. Ça a suffi.

Le bus roulait à travers la pluie, et pour la première fois, il ne regardait pas derrière lui.

C’est à l’un des arrêts suivants qu’il est monté. Un vieux monsieur. Manteau usé, regard clair. Il s’est assis à côté de lui, comme si c’était évident.

- Tu fuis ou tu cherches ? a-t-il demandé doucement.

Le garçon n’a pas répondu tout de suite.

- Je cherche… a-t-il fini par répondre...

Le vieil homme a hoché la tête, comme si ce mot suffisait à tout comprendre.

-  Alors descends au prochain arrêt. On cherchera ensemble.

Il n’y avait ni piège dans sa voix, ni insistance. Juste une proposition simple, posée là comme une main tendue sans obligation de la saisir.

Le bus s’est arrêté dans un souffle. Dehors, la pluie s’était calmée. Le garçon a hésité une seconde, puis s’est levé.

Il est descendu. 

Le vieil homme s’appelait Marcel. Veuf depuis des années, il vivait dans une petite maison au bord d’un chemin bordé de haies, un endroit que le monde semblait avoir oublié… et qui, justement pour cela, laissait de la place pour respirer.

Ancien menuisier, ses mains racontaient une vie entière. Rugueuses, marquées, mais précises. Des mains qui avaient construit, réparé, façonné… et qui n’avaient jamais frappé.

La première nuit, le garçon a dormi dans un vrai lit. Pas un matelas fatigué posé à même le sol. Un lit qui ne grinçait pas. Il s’est endormi sans peur.

Le lendemain matin, après un copieux petit déjeuner, des crêpes, de la confiture des fruits du jardin...Marcel lui a simplement dit :

-  Si tu restes, tu apprends.

Pas comme un ordre. Comme une promesse. Le bois est devenu leur langage.

Au début, il ne voyait que des planches. Des morceaux bruts, sans âme. Mais Marcel lui a appris à regarder autrement.

- Le bois, ça se respecte. Ça a vécu avant toi. Chaque morceau porte une histoire..

Il lui a montré les nervures, les nœuds, les lignes fines comme des rides. Chaque coup de rabot devait la suivre, pas la contraindre.

Il a appris la patience. Appris que forcer ne donne rien de beau. Que la précision vaut mieux que la colère. Que la douceur peut être une force.

Et surtout, il a appris que créer, c’est exister autrement.

Les journées s’organisaient sans bruit. Le matin, le jardin. Des légumes simples, mais vivants. Tomates, courgettes, haricots. La terre sous les ongles, le soleil sur la nuque. Manger ce qu’on avait fait pousser avait un goût nouveau. Un goût de dignité.

L’après-midi, l’atelier.

L’odeur du bois coupé remplissait l’air. Sciure au sol, lumière filtrée par les fenêtres, outils alignés avec soin. Marcel parlait peu, mais chaque mot comptait.

- Regarde ce que tu fais. Et surtout regarde-toi le faire.

Petit à petit, quelque chose a changé.

On ne lui criait plus dessus. On ne le frappait plus.  On lui montrait. On lui expliquait. On le respectait.

Un soir, alors qu’il terminait une petite étagère, ses mains encore hésitantes mais appliquées, Marcel s’est approché.

Il a posé la main sur le bois, puis sur l’épaule du garçon.

-Tu vois… c’est droit. C’est solide. Et c’est toi qui l’as fait.

Le garçon a regardé son travail. Puis ses mains. Il a vu les ampoules, les égratignures, mais c'était des mains honnêtes, des mains qui apprenaient ..

- T’as le droit d’être fier, tu sais.

Ces mots-là, personne ne les lui avait jamais donnés.

Ils ont résonné longtemps.

Pendant ce temps, dans l’autre maison, rien n’a changé.

Il y avait juste une assiette en moins. Un bruit en moins. Mais personne n’a appelé. Personne n’a cherché. Personne n'a signalé..

Comme si son absence avait toujours été prévue. Comme s’il n’avait jamais vraiment existé là-bas.

Chez Marcel, au contraire, chaque jour racontait une histoire nouvelle... Il apprenait à soigner les lapins, ramassait les oeufs des poules, se lançait dans la fabrication de gâteaux qu'il suivait sur un vieux cahier de recettes..

 Marcel souriait.. le dimanche était un jour de repos.. ils partaient dans les champs cueillaient des pissenlits, il découvrait les herbes sauvages, trouvait des champignons.. il apprenait à vivre... Il apprenait un métier. Mais surtout, il apprenait à se tenir droit.  À se regarder sans baisser les yeux.

À comprendre que sa valeur ne dépendait que de lui...

Et parfois, le soir, assis sur le banc devant la maison, Marcel lui racontait des histoires. Pas pour fuir le réel, mais pour lui donner des racines ailleurs.

- Tu sais petit, un arbre, ça pousse même dans la tempête, disait-il. Tant que ses racines tiennent ya pas à s'inquiéter 

Le garçon levait les yeux vers le ciel.

Et pour la première fois depuis longtemps, il ne cherchait plus à fuir.

Il construisait. 

La suite demain......

Allez une p'tite toile !! 




mercredi 25 mars 2026

Rituel....

 Tous les matins,je me réveille avec la même chanson en tête.... Elle s’invite avant même que mes yeux n’acceptent la lumière.

"Encore un matin… un matin pour rien…"...

Et moi, je reste là, immobile quelques secondes, presque étonnée d'être 

encore là ? Comme si la nuit avait pu en décider autrement.

J'ai une amie qui a perdu sa fille comme ça... jeune femme de 42 ans, qui se couche.. et ne se réveille pas... Un tsunami dans cette famille..

Il y a trois ans, on m’a annoncé un cancer du sein. Trois ans, c’est long et c’est court. Je ne savais pas que c'était ainsi.. Personne n'en parle, et moi j'évite le sujet.. comme si c'était honteux 

Depuis, je vis comme dans une salle d’attente. Sans numéro affiché, sans voix pour m’appeler. J'ai pourtant pris un ticket à l'entrée.. et j’attends.

De partir. De rester.. chaque soir lorsque je ferme les yeux je suis persuadée que je ne serai plus là le matin.. Hier je suis tombée sur une vieille photo qui date du jour de l'enterrement de ma mère... Les 5 filles étaient là...

 Derrière la photo j'ai écrit : 

Maman : DCD à 77 ans

Soeur ainée : DCD à 78 ans 

Deuxième sœur : DCD à 75 ans

Troisième sœur : DCD à 77 ans 

Nous ne sommes plus que deux... et la suivante en toute logique.. c'est moi.. Alors ma tête se prépare, inconsciemment...

Je ne suis pas triste, mais j'attends.. bêtement, juste avec la logique des chiffres...

C’est le printemps pourtant. Je le sais, même sans ouvrir les rideaux.

Il doit y avoir des violettes dans le jardin. Elles reviennent chaque année, fidèles au poste, sans se poser de questions. Elles ne se demandent pas si la vie vaut encore la peine d’être vécue. Elles poussent. C’est tout. Moi, je reste là,  dans ma chambre. Rideaux à demi tirés.

Par peur du soleil. Pas de sa chaleur… non. De ce qu’il éclaire.

Car dehors, la vie continue. Avec ou sans moi, et c’est peut-être ça le plus troublant.

Le monde ne s’arrête pas. Il ne ralentit même pas.

Les enfants ont grandi. Les petits-enfants aussi. Leurs rires existent quelque part....

Il y a des photos, des souvenirs, des anniversaires que j’imagine de loin.

Je me demande parfois à quel moment on devient spectateur de sa propre existence. Sans bruit. Sans grand bouleversement.

Juste… un léger glissement.

Et pourtant, au milieu de tout ça, il y a des instants étranges. Presque doux.

Comme cette pensée furtive : Et si j’ouvrais les rideaux aujourd’hui ? Juste un peu. Pas pour tout voir. Pas pour tout affronter.

Mais peut-être pour apercevoir une violette.Une seule suffirait.

Peut-être que ce matin-là ne serait pas “pour rien”.

Peut-être qu’il serait simplement… là. Comme moi.

Ça ne m'empêche pas d'exister, de faire ce qui doit être fait.. 

je me rends compte que chaque matin je fais les mêmes rituels rassurants.. quelques mots croisés dès le réveil, je cherche des bêtises à mettre sur Facebook... je petit déjeune... je prépare à manger et j'attends que la journée passe.. sans heurts, sans projets...

Je vis dans un cocon qui se rétrécit un peu plus chaque jour... je ne suis pas malheureuse.. J'attends...

Et je peux dire une chose qui est rassurante... je ne suis pas triste.. 

Allez une p'tite toile !!



dimanche 15 mars 2026

Le cadeau....

Encore une petite fiction....

Aujourd’hui, j’ai quarante ans.

Quarante ans. Un âge qui sonne comme une cloche un peu solennelle, un peu angoissante aussi. Depuis des semaines, j’imagine ce moment. 

J'aimerais qu'on organise pour moi une petite fête surprise , des amis , mon amoureux...parce que 40 ans ça se fête... c'est une moitié de vie déjà accomplie !

Depuis un mois, je surprends l'homme avec qui je vis depuis plus de 18 ans qui parle au téléphone. Il parle bas, presque en chuchotant. Dès que j’entre dans la pièce, il se tourne vers la fenêtre. je surprend quelques bribes...

- Oui, Paris…

- Non, quelque chose de beau…

- Oui, un bijou peut-être…- 

- Et le parfum, vous l’avez toujours ?

Paris. Bijou. Parfum.

Trois mots qui tintent comme des promesses. 

Je fais semblant de ne rien entendre, mais dans ma tête les hypothèses fleurissent ... Une bague ? Un week-end romantique ? Peut-être les deux. Pourquoi pas ?

Le matin de mon anniversaire, je dors encore quand je sens une odeur chaude et beurrée flotter dans la chambre.

Pierre est là, avec un plateau. Café fumant. Croissants dorés. Un sourire mystérieux accroché aux lèvres.

- Joyeux anniversaire, ma belle 

Je me redresse, les cheveux en bataille. Merci....

Il pose le plateau sur mes genoux et me regarde manger avec une excitation presque enfantine.

- Descends vite, descends vite. Il y a une surprise pour toi. Une magnifique surprise...

Mon cœur commence à battre un peu plus vite. je descends l’escalier en imaginant déjà la scène. Peut-être une boîte avec un bijou sur la table. Peut-être des roses. Peut-être même une valise prête pour partir.

Je tourne dans le salon.Et là, au milieu de la pièce, sous la lumière du matin.

Il y a…

Un aspirateur.

Grand. Gris. Rutilant. Avec un tuyau qui serpente comme un serpent mécanique.

Je reste immobile. Mon cerveau patine un instant, comme une voiture sur du verglas.

Derrière moi, il descend les marches, visiblement fier de lui.

- Alors ?!

Je regarde l’aspirateur.

Je regarde mon amoureux, celui qui me connait mieux que personne....

Je regarde l’aspirateur.

- …C’est… un aspirateur....dis je un peu frustrée....

- Pas un simple aspirateur, dit-il avec enthousiasme. C'est L’ASPIRATEUR...

Il s’approche, tapote la machine comme si c’était une voiture de collection.

-Regarde ! Sans sac ! Fil ultra-long ! Turbo-brosse ! Et il aspire même les poils du canapé !

Je cligne des yeux. Quels poils ? Nous n'avons pas d'animaux...

 - Tu m'as acheté un aspirateur pour mes quarante ans? …

- Mais oui ! Tu te plains toujours que l’ancien n’aspire rien.

Il appuie sur un bouton. L’appareil se met à rugir comme un petit moteur d’avion.

- Écoute cette puissance !

Je pense au bijou.

Je pense au parfum.

Je pense à Paris.

Le silence s’installe. Puis je me mets à rire. Parce que c'est drôle je trouve... peut être que c'est une caméra cachée... et qu'il va me donner mon vrai cadeau.. Il me fait marcher... Mais non... Il est sérieux.. c'était bien un aspirateur qu'il comptait m'offrir...

Je fais bonne figure. Après tout, ce n’est qu’un cadeau raté. Ça arrive. Alors je le remercie, je fais semblant d'être contente... Et il n'a même pas prévu un petit resto pour l'occasion... je m'attaque à la bouffe un peu tristoune..

La vie reprend son rythme. Mais dans la semaine, quelque chose recommence. Je l’entends à nouveau parler au téléphone. Toujours à voix basse. Toujours le même mot qui revient.

- Paris…

Je passe dans le couloir. Le téléphone disparaît presque aussitôt dans sa poche.

- C’était qui ? je demande.

- Personne. Le travail.

Il pose son téléphone sur la table. À l’envers.

Plus tard, j’entends le petit cling d’un message. Il le saisit aussitôt, s’éloigne dans la cuisine, puis dans le jardin....

Je reste seule dans le salon.

Mes yeux tombent sur l’aspirateur. Il est toujours là, rangé dans un coin, impeccable, comme un témoin silencieux.

Et soudain une idée me traverse l’esprit. Une idée froide, désagréable, qui s’insinue comme un courant d’air sous une porte.

Peut-être que la surprise que j’attendais pour moi…n’était pas pour moi.

Peut-être que Paris, le bijou, le parfum…étaient destinés à quelqu’un d’autre.

Je me surprends à écouter davantage. À observer davantage.

Les messages qui arrivent tard le soir. Le téléphone qu’il emporte partout..

Et moi, au milieu de tout ça, je passe l’aspirateur dans la maison..

La machine ronronne. Elle avale les miettes de croissant tombées le matin de mes quarante ans.

Et je me demande, en regardant la porte derrière laquelle il parle doucement au téléphone , si parfois les surprises ne servent pas simplement à faire du bruit pour couvrir autre chose. 

Puis un soir, il me dit qu’il doit partir quelques jours pour le boulot.

- Un congrès. Trois jours. Je pars demain...

- Où ça ? je demande. Peut être que je peux venir avec toi ?

Il hésite une fraction de seconde.

— Oh… une ville sans intérêt..

Un congrès si ennuyeux que je ne peux même pas venir avec lui. Une ville si insignifiante qu’il ne la nomme même pas.

Il prépare sa valise rapidement. Trop rapidement. Quelques chemises pliées à la hâte, son ordinateur, une trousse de toilette...

Le matin je suis là, debout dans l’encadrement de la porte, à regarder cet homme que je connais depuis dix huit ans, enfiler sa veste rapidement… et bizarrement je trouve qu'il ressemble à un étranger qui répète un rôle

- Bon. À dans trois jours.  Je t'aime..

- Moi aussi, je répond...

Je reste un moment immobile.Puis je regarde autour de moi..Le salon. La table. Le canapé. Et dans le coin…

L’aspirateur.

Je ne sais pas pourquoi, mais je me mets à rire toute seule. Un petit rire nerveux.

- Eh bien, on dirait qu’on est tous les deux abandonnés, toi et moi.

La machine reste là, droite et muette, comme un soldat au garde-à-vous...

La maison semble plus grande quand on est seule. Chaque bruit devient un événement. 

Et puis…cling. Le téléphone. Son téléphone.

Il l’a oublié sur la table du salon. L’écran s’allume doucement.

Un message. Juste quelques mots.

“J’ai hâte d’être à Paris avec toi.” Marie 

Mon cœur se serre. Paris. Encore Paris.

Je reste longtemps immobile..

Dans le coin du salon, l’aspirateur attend.

Et je comprends soudain que les trois jours qui commencent vont peut-être aspirer bien plus que de la poussière dans cette maison. 

La porte d’entrée s’ouvre brusquement. Il apparaît dans l’encadrement, légèrement essoufflé.

-J'ai oublié mon téléphone !

Nos regards se croisent une seconde. 

Il le saisit rapidement, presque nerveusement..  j’étais déjà dans la rue, heureusement pas trop loin !.

Il évite mon regard. Vérifie l’écran. Le glisse dans sa poche comme un objet précieux.

- Bon… je vais être en retard., il m'envoie un baiser rapide, de loin ..

- À dans trois jours. On s'appelle ! 

Et il disparaît. Je reste là, au milieu du salon...

Avec l’aspirateur...

Peut-être que je me trompe. Peut-être qu’il y a une explication.

Ou peut-être…

Peut-être que je suis simplement en train d’assister, silencieusement, à la fin d’une histoire d’amour. Dix huit années balayées...

Et dans le coin de la pièce, l’aspirateur attend toujours.

Comme s’il savait déjà que c'est lui qui va devoir ramasser les morceaux....

Je ne pleure pas. Pas encore. Peut-être plus tard. Peut-être jamais. Parfois les larmes prennent des chemins imprévisibles.....

Je repense aux chuchotements au téléphone. Au message arrivé par erreur.. et je sais.. je sais que c'est fini.. qu'il vient de tirer un trait sur notre histoire..

Alors je prends mes dispositions.

La maison est à moi, c'est la maison de mon enfance.. je l'ai retapée avec amour, et Pierre,  lorsqu'il est arrivé dans ma vie y a juste déposé ses valises...

Le lendemain matin, j’appelle un serrurier. Un homme solide arrive avec sa caisse d’outils...

Il hausse légèrement les sourcils, mais ne pose pas de questions. Les serruriers doivent voir passer toutes sortes d’histoires.

Les tournevis tournent. Les cylindres glissent. Les vieilles serrures tombent dans une petite boîte en fer...

Pendant qu’il travaille, je passe l’aspirateur.

La machine avale la poussière, les miettes, les petits fragments invisibles de la vie quotidienne....

Le serrurier finit par refermer sa mallette.

- Voilà. Tout est neuf.

Il me tend un petit trousseau de clés brillantes

Quand il part, la maison est étrangement calme..

Je m’assieds et je  regarde l'aspirateur...

- Tu vois, lui dis-je doucement, finalement tu étais peut-être un bon cadeau.

La machine reste silencieuse, évidemment.

Mais dans cette grande maison redevenue mienne, il y a soudain une sensation inattendue.

Pas de colère, pas de tristesse. Juste une décision.

Dans deux jours, il reviendra peut-être avec des explications.

Ou avec des mensonges. Mais une chose est sûre.

La clé qu’il mettra dans la serrure… ne tournera plus..

Alors je monte au grenier. Là-haut, l’air sent le carton, la poussière . 

Je fouille un peu et je trouve plusieurs grandes boîtes. Des cartons solides, ceux qu’on garde pour “au cas où”.

Aujourd’hui, le cas est arrivé. Je redescends avec les bras chargés.

Dans la chambre, j’ouvre son armoire.

Ses chemises sont alignées comme des petits soldats disciplinés. Je les regarde un instant. Il y a quelques semaines encore, je les repassais en me demandant dans quel restaurant nous irions pour mes quarante ans.

Je prends la première pile et je la mets dans un carton. Puis une autre. Les pulls. Les pantalons. Les chaussettes roulées en petites boules sages.Tout disparaît dans les cartons.

Les chaussures suivent. Deux paires élégantes, des baskets fatiguées, des mocassins qu’il portait les dimanches.

Je les empile.

Dans le bureau, je récupère ses papiers. Les dossiers, les carnets, les stylos qu’il prétendait toujours perdre.

Carton.

Carton.

Carton.

Le travail est presque mécanique. Une sorte de tri calme, méthodique. Comme si je rangeais une maison après une fête un peu trop longue.

Après tout, nous ne sommes pas mariés … et dans cette maison, il n’a pas acheté grand-chose.

Je réfléchis. Puis mon regard glisse vers le salon. Vers l’objet brillant dans son coin.

L’aspirateur.

Je souris toute seule.

-Toi… tu es vraiment le symbole de cette histoire.

Je réfléchis encore un instant. Peut-être que je vais lui laisser.

Oui.

Quand il rentrera, il trouvera ses cartons dans la véranda. Les vêtements, les chaussures, les papiers. Tout ce qui lui appartient.

Et au milieu…

l’aspirateur.

Après tout, c’est le seul objet qu’il ait vraiment apporté dans cette maison.

Je pousse les cartons un par un jusqu’à la véranda, et je pose l’aspirateur au milieu des paquets.

Comme une pièce centrale d’exposition.

Je recule d’un pas pour regarder l’ensemble.C’est presque artistique.

Un petit musée de la fin d'un amour..

Et le plus étrange, c’est que je n’ai même pas envie de lui donner d' explications. Pas envie d'écouter ses mensonges...Je lui laisse juste une lettre....

Cher toi,

Je te laisse ce petit mot pour t’éviter de rester trop longtemps devant la porte à essayer une clé qui ne fonctionne plus. Les serrures ont été changées pendant ton congrès. J’espère que Paris était agréable.

Tu trouveras dans la véranda tout ce qui t’appartient: tes chemises, tes chaussures, tes papiers...

Comme tu peux le constater, j’ai tout soigneusement emballé. Je suis quelqu’un d’organisé. Quarante ans, ça rend efficace.

Concernant le partage des biens, la situation est assez simple. La maison est à moi, les cartons sont à toi, et au milieu tu trouveras ton chef-d’œuvre: L'ASPIRATEUR......

Je te le laisse bien volontiers parce qu’il pourra peut-être te servir à aspirer la poussière de ton nouvel appartement… ou les miettes de croissants lors de tes prochains week-ends à Paris.

Si par hasard la personne qui t’envoie des messages si enthousiastes à propos de cette ville souhaite venir habiter avec toi, elle sera sûrement ravie d’apprendre que tu es déjà équipé d’un aspirateur dernier cri. C’est une base solide pour une grande histoire.

Ne t’inquiète pas pour moi. La maison est calme, les serrures sont neuves, et je viens de découvrir que la vie sans mensonges fait un silence beaucoup plus agréable.

Je te souhaite donc beaucoup de bonheur, beaucoup de voyages, et surtout beaucoup de poussière à aspirer.

Joyeux congrès, joyeux Paris… prend bien soin de l'aspirateur !

Signé

La femme de quarante ans qui a finalement trouvé la meilleure surprise de la semaine: La tranquillité.

PS: Ne me cherche pas...Je me suis pris un p'tit voyage sur internet, au soleil ☀️, 10 jours..je pars demain.....ya pas de raison.. C'est mon anniversaire ! ..

Allez une p'tite toile !!





vendredi 27 février 2026

Quand la vie bascule...


Une petite histoire imaginaire..


 À Lyon, dans un appartement en rez-de-chaussée avec un petit carré de jardin qui sentait la menthe froissée et le basilic, vivait une jeune femme nommée Garance. Vingt-huit ans, comptable,  précise comme une horloge suisse, le regard noisette et le rire facile...

Elle partageait sa vie avec Louis, trente ans, ingénieur à l’esprit cartésien et aux bras rassurants. Ils s’étaient rencontrés dix ans plus tôt, presque des enfants encore, et leur amour avait poussé plus vite que le lierre contre la clôture.

Très vite, ils avaient emménagé ensemble. Très vite, ils avaient décidé que “plus tard” était un mot inutile et très vite, Lou était née.

Lou, trois kilos d’amour absolu, de boucles indisciplinées et une façon de hurler qui faisait trembler les murs.

Ils gagnaient bien leur vie. Ils étaient complémentaires. Lui , construisait des ponts, elle équilibrait des colonnes. Ensemble, ils bâtissaient un bonheur tranquille, plein de rires, de tendresse avec leur magnifique petite fille..

Garance n’avait plus de famille. Elle avait été élevée en foyer jusqu'à ses 18 ans, avait fait des études car elle avait vite compris qu'elle serait toujours seule à décider de sa vie...

Louis, lui, avait des parents installés à une dizaine de kilomètres de Lyon ...Des petits bourgeois de province aux regards affûtés, persuadés que leur fils méritait mieux qu’une comptable sans racines.

Lorsque Lou vint au monde, les angles se sont arrondis… un peu. Les jugements, eux, restaient tapis derrière les sourires.

Mais Garance et Louis s’en fichaient. Leur univers tenait dans un salon lumineux, un jardin minuscule où le linge séchait à l'air libre et une table de cuisine où l’on refaisait le monde en partageant des pâtes trop cuites.

Un soir, Louis ne rentra pas. Un accident. Une voiture folle conduite par des ados inconscients.

Un téléphone qui sonne  tard. L'hôpital, le regard inquiet du médecin...

Le coma dura une semaine. Une semaine suspendue comme un souffle retenu. Puis le silence.

Garance devint veuve à vingt-huit ans.

Elle se coucha. Elle voulait disparaître. Le plafond devint son ciel unique. Le monde, une pièce fermée. Des voisins compatissants se sont chargés de Lou en attendant qu'elle se remette..

 Lou avait trois ans. Trois ans et deux bras minuscules capables de retenir une mère au bord du vide.

Les beaux-parents vinrent pour l’enterrement. Manteaux sombres, phrases sèches. Ils repartirent sans tendresse, sans regarder leur petite fille en larmes , en laissant derrière eux une sentence invisible, muette qui voulait dire : Débrouille-toi.

Elle allait le faire. Elle devait le faire.. Elle n'avait pas le droit de flancher..ses années en foyer lui avait donné une force énorme.. Il fallait continuer, seule mais avec une petite Lou qui avait besoin d'elle 

La banque l’appela. L’assurance aussi.

L’appartement lui revenait. Louis avait souscrit une assurance décès supplémentaire.

Trois cent mille euros.

Une somme qui n’achète ni un mari ni une nuit paisible, mais qui protège des tempêtes. Garance plaça l’argent avec prudence. Elle continua à travailler. Elle éleva Lou. Elle devint solide, plus froide, moins ouverte..

Elle portait le deuil comme un manteau trop lourd.

Plus de maquillage. Cheveux tirés en queue-de-cheval stricte. Vêtements figés dans le temps. Elle s’était mise entre parenthèses.

Le jour de ses trente-cinq ans, ses collègues décidèrent qu’on ne pouvait pas laisser une femme s’éteindre sans protester. Ils l’invitèrent donc au restaurant.

Garance hésita. Lou, dix ans désormais, la poussa doucement :

-  Maman, tu as le droit d’être jolie, tu as le droit de sourire, de rire...

Elle y alla pour elle et fit même un petit effort devant son miroir..

Et ce soir-là, un homme la regarda autrement.

Marc.

Voix douce. Regard appuyé. Compliments délicats....

Garance se surprit à sourire. Un vrai sourire. Celui qui plisse les yeux.

Elle accepta un rendez-vous. Puis deux. Puis davantage.

Il écoutait. Il discutait. Il admirait.

Lou, elle, observait.

Les enfants sentent le froid même derrière les portes closes.

Le jour où Marc entra dans l’appartement, Lou remarqua ses yeux. Pas sur sa mère. Pas sur elle. Sur les murs. Sur les meubles. Sur les détails.

Il posait des questions fines et intrusives :

- C’est à toi, tout ça ?

-Tu as acheté quand ? Tu sais que tu es dans un quartier où la valeur des maisons augmente de plus en plus..

Lou s'inquiétait.. elle était une petite fille mais la mort de son père l'avait fait grandir plus vite... elle ne disait rien mais faisait des listes.. dans sa tête.. Elle essayait de se faire toute petite, voulait que sa mère garde le sourire mais elle sentait qu'il y avait un problème...

Ils sortaient souvent.. restaurants, cinéma, concerts...sa mère s'épanouissait, riait à nouveau.. souvent il oubliait sa carte .... elle payait le restaurant, le ciné...il avait un problème de carte bloquée disait il... je te rembourserai...

Il a eu sa voiture en panne. Son garage attendait un règlement.il en avait absolument besoin pour travailler... Elle paya sans sourciller ! 

Il la rembourserait c'est sûr !.

Lou fronçait les sourcils.

Il eludait quand elle lui demandait quel était son métier.

Ses réponses changeaient de forme selon les jours.

Garance, elle, brillait sous cette attention retrouvée. Après des années d’invisibilité, être regardée lui semblait une renaissance.

Elle riait quand elle payait l’addition. Elle minimisait. Elle excusait...

Marc, lui, calculait. Il parlait d’avenir. D’emménager ensemble.

Il parlait de mariage.

Il évoquait des investissements communs, des projets, des “facilités” administratives. Tu as besoin de quelqu'un qui t'aide à gérer...

Lou, un soir, dit simplement :

- Maman, il regarde la maison comme s’il voulait l’acheter.

Les enfants ne connaissent pas la finance. Mais ils savent reconnaître la faim.

Garance hésitait parfois. Une ombre passait. Puis elle se rappelait le vide laissé par Louis. Et elle s’accrochait à la chaleur nouvelle.

Marc sent le moment approcher. Il se fait plus tendre. Plus pressant.

Derrière les mots doux, une mécanique froide s’installe.

L'Épouser. Mélanger les comptes. Sécuriser l’accès. Ruiner doucement.

Marc devenait plus présent. Trop présent.

Il proposa de passer chaque soir. Puis de rester dormir. Puis d’avoir “quelques affaires ici, car c’était plus simple”.

Il critiquait doucement. Toujours enrobé de sucre.

-Tu devrais arrêter de travailler autant, tu es épuisée.

- Lou est un peu trop méfiante, tu ne trouves pas ?

- Tes collègues profitent de toi.

Garance, qui a longtemps vécu dans le silence du deuil, confond cette insistance avec de l’attention. Elle se sent protégée. Choisie. Aimée...

Il l’isole sans en avoir l’air. Les sorties se raréfient.

Les amies deviennent “jalouses"... Elle devrait faire attention..

Lou observe. Elle note. Elle n’aime pas la manière dont Marc serre la mâchoire quand sa mère parle d’argent.

Un soir, ils dînent dans un petit restaurant du quartier. Banquettes rouges, lumière tamisée, odeur de basilic chaud.

Marc parle de mariage. Il a presque choisi la date. Garance rougit. Elle n’a pas encore dit oui. Elle flotte.

Et puis une voix surgit.

- Marc ? C’est bien toi ?

Un homme d’une quarantaine d’années, veste de cuir fatiguée et sourire franc, s’approche de leur table. Il semble surpris.

Marc se fige.

- Julien ! Quelle… surprise.

Julien s’installe sans invitation, enthousiaste. Il parle fort, rit beaucoup. Il dit qu’ils étaient voisins “à l’époque”. Qu’ils se sont “perdus de vue après… enfin bon”.

Marc serre son verre si fort que ses phalanges blanchissent.

Garance perçoit le changement de climat. 

Julien regarde Garance avec curiosité.

- Enchanté. Vous êtes… ?

- Sa compagne, répond Marc trop vite.

Julien hoche la tête. Il observe. Il hésite. Puis lâche, presque innocemment :

- Je ne savais pas que tu étais revenu dans la région. Après tout ce qui s’est passé avec…

Silence.

Marc coupe net.

- Ça suffit, Julien.

Un sourire crispé. Un regard qui dit tais-toi.

Mais les silences parlent parfois plus fort que les phrases.

Julien se lève finalement, lance un “on se revoit” bientôt et s’éloigne.

Marc ne touche plus à son assiette.

Sur le chemin du retour, Marc explose. Pas violemment. Froidement.

 - Il est instable. Il raconte n’importe quoi. Je ne veux pas que tu lui adresses la parole si tu le croises.

Garance ne comprend pas. Pourquoi cette colère ?

Il change de sujet. Il devient tendre. Il s’excuse presque.

Le lendemain, il insiste pour passer la soirée à la maison...

Mais quelque chose a bougé. Une minuscule fissure.

Les jours suivants, Marc accélère. Il parle de compte joint. De simplifier les choses. De vendre l’appartement pour acheter “plus grand, ensemble”.

Il critique la prudence financière de Garance.

- L’argent doit circuler. Sinon il meurt.

Il lui demande de lui montrer ses placements. “Par confiance.”

Lou entend. Lou comprend.

Un soir, elle glisse à sa mère :

-  S’il est si parfait, pourquoi il a peur d’un voisin ?

Garance ne répond pas.

Mais elle pense à la crispation. À la phrase interrompue. À “après tout ce qui s’est passé”.

Quelques jours plus tard, Garance croise Julien près de la boulangerie. Il la reconnaît, demande des nouvelles de Marc... Garance pose des questions sur son passé...

Il hésite. Puis parle.

 Marc a déjà vécu ici. Avec une femme plus âgée. Elle possédait une maison. Ils devaient se marier.

Puis il y a eu des dettes. Des signatures. Des crédits à son nom à elle.

Et un départ précipité.

Julien ne donne pas de détails croustillants. Il n’a pas besoin.

Garance sent la mécanique. Elle reconnaît le schéma.

Compliments. Isolement. Fusion financière. Puis siphonnage.

Elle rentre chez elle le cœur battant. Marc l’attend déjà dans le salon.

Il sourit. Mais pour la première fois, elle voit autre chose derrière ce sourire.

Une faim.

L’emprise fonctionne tant que la proie doute d’elle-même. Garance a douté. Longtemps. Mais elle est comptable. Elle sait que les colonnes doivent s’équilibrer.

Et soudain, tout est déséquilibré.

Ce soir-là, pendant que Marc parle de “leur avenir”, elle ne l’écoute plus.

Elle calcule. Elle se souvient qu’elle n’est pas seule. Dans la chambre voisine, Lou lit.

Et les mères, parfois, se réveillent plus féroces que l’amour qu’on leur promet...

Marc parle de notaire. De date. De projet commun.

Garance l’écoute, mais ce n’est plus la même écoute. Elle a vu Julien. Elle a entendu l’histoire. Elle a recoupé. Vérifié. Cherché. Elle sait.

Son cœur bat vite, mais sa voix reste posée.

-  J’ai croisé ton ancien voisin..

Marc sourit. Trop lentement.

- Ah oui ?

- Il m’a parlé de ton ancienne compagne. De la maison. Des crédits.

Le sourire se fissure. Il se lève.

La douceur quitte son visage comme une lumière qu’on éteint.

- Tu crois un type que je n’ai pas vu depuis des années ?

- Je crois les faits.

Elle reste droite. Comptable jusqu’au bout des ongles.

-Tu m’as menti. Tu ne dis rien sur ton travail. Tes revenus. Tes dettes. Pourquoi ?

Marc s’approche. Trop près.

- Parce que tu n’as pas besoin de tout savoir.

- Si. J’en ai besoin.

Sa voix tremble un peu. Mais elle tient.

Il lui attrape le bras. Fort. Ses doigts s’enfoncent dans sa peau.

- Tu vas arrêter tout de suite avec tes accusations.

Le ton n’a plus rien de tendre.

Garance tente de se dégager.

-  Lâche-moi.

Il serre davantage.

- Tu me dois du respect. Après tout ce que je fais pour toi. Tu étais une pauvre petite chose même pas attirante, si je ne t'avais pas abordée tu serais toujours cette petite souris grise que personne ne voulait..

La phrase est absurde. Violente. Déformée.

Dans le couloir, Lou a entendu la voix changer.

Les enfants savent reconnaître le moment où l’air se charge d’électricité.

Elle voit la silhouette de sa mère tirée en arrière.

Elle voit la main de Marc. Elle ne crie pas. Elle agit. Ses doigts tremblent, mais elle compose le numéro.

- Police ? C’est pour ma maman. Il lui fait mal. J’ai peur qu’il la frappe.

Dans le salon, Marc pousse Garance contre le mur.

- Tu ne me quitteras pas comme ça. Tu crois que tu vaux quoi sans moi ?

Et là, quelque chose bascule.

Pas chez lui.

Chez elle.

Garance ne voit plus un sauveur.

Elle ne voit plus un amoureux. Elle voit un homme qui calcule. Un homme qui serre. Un homme qui menace.

Elle pense à Louis.

À Lou.

À toutes les nuits où elle a survécu seule.

Et soudain, la peur se transforme.

-  Je ne te dois rien, dit-elle. Et si on fait les comptes , depuis qu'on se connait tu es plutôt dans le rouge...

Il lève la main.

On entend au loin une sirène.

Marc hésite.

Lou apparaît dans l’encadrement de la porte, pâle mais droite.

- Ils arrivent.

Trois mots minuscules. Trois mots immenses.

La main de Marc reste suspendue dans l’air.

Il comprend. Il relâche. Trop tard.

La sirène s’arrête devant la maison.

Les gyrophares colorent les murs du salon en bleu .

Marc tente de parler. D’expliquer. De minimiser.

Mais la marque rouge sur le bras de Garance parle pour elle.

Lou ne lâche pas la main de sa mère.

Quand les policiers l’emmènent, Marc ne ressemble plus à un stratège. Il ressemble à un homme démasqué.

La porte se referme. Le silence revient, fragile.

Garance s’assoit. Ses bras tremblent.

Lou grimpe contre elle.

- Je t’avais dit qu’il regardait la maison bizarrement.

Garance rit à travers ses larmes.

- Oui, mon petit cœur . Tu avais raison.

Ce soir-là, elle comprend une chose essentielle.

Elle n’était pas faible, elle était blessée. Mais on peut guérir d’une blessure.

Et on ne négocie jamais avec la violence.

Dans le petit appartement de rez-de-chaussée, la pluie cesse. Le soleil revient...

Et pour la première fois depuis longtemps, Garance ne se sent plus éblouie.

Elle se sent lucide. Et libre.

 Lou s'endort contre elle... Elle n'a plus peur.. elle sait que tout va bien se passer ...

Elle sait lire les bilans. Elle sait repérer les lignes qui ne collent pas.

Elle sait que lorsqu’un chiffre sonne faux, il cache toujours une vérité.

Et surtout, elle a une fille de dix ans qui veille comme un petit phare têtu.. 

Allez une p'tite toile !






jeudi 5 février 2026

L'Amour c'est.......

 Une petite fiction.. liée à une conversation entendue il y a longtemps...

Une mère et sa fille.... 

Elles sont assises à la table de la cuisine, deux tasses, un reste de tarte, et ce silence confortable qu’on ne partage qu’avec ceux qui nous connaissent depuis toujours.

La fille regarde sa mère, hésite, puis se lance.

- Dis maman… tu l’aimes encore papa ? Après plus de quarante ans ?

La mère sourit.  Un sourire qui a vécu.

- Oui, dit-elle simplement.

La fille fronce les sourcils.

- Mais comment tu le  sais ?

- Parce que je suis encore là, répond la mère.

La fille baisse les yeux.

- Moi ça fait sept ans que je suis avec lui… et je ne sais plus. Il n’y a plus le feu, plus le vertige. Je me demande si l’amour est encore là… ou s’il est parti sans me prévenir.

La mère prend une gorgée de café. Elle ne se presse pas. Elle a appris que les grandes réponses n’aiment pas la vitesse.

- Tu sais,  l’amour ne disparaît pas. Il change de forme. Et parfois, on ne le reconnaît plus.

- Au début, l’amour fait du bruit. Il s’emballe, il exige, il prend toute la place. Puis, avec le temps, il s’assoit. Il pose les valises. Il devient moins spectaculaire, plus raisonnable . 

Parfois on a envie de mettre les voiles.. pour retrouver les papillons du début avec quelqu'un d'autre......

- Alors pourquoi tu es restée ? demande la fille 

La mère réfléchit.

- Je suis restée parce qu’il connaît mes silences. Parce qu’il a vu mes pires versions et qu’il n’est pas parti. Parce qu’il me laisse être fatiguée sans me demander d’être brillante.

Je suis restée parce qu’un jour, j’ai compris que l’amour, ce n’est pas toujours ressentir… c’est choisir.

La fille murmure :

- Choisir, même sans papillons ?

Tu sais les papillons meurent vite. Mais ce qui reste… ça nourrit. Ça réchauffe. Ça tient la maison quand la tempête passe.

Elle pose sa main sur celle de sa fille.

L’amour se transforme. Il devient patience, respect, mémoire commune. Il devient “je suis là”, même quand je n’ai plus envie de parler. Il est aussi tempête  lorsqu'on n'est pas d'accord...Il est.. regarder un film ensemble et débattre durant des heures..Il est...prendre un  petit verre devant la cheminée , sans parler, juste à regarder les flammes...Il est ...préparer les plats qu'il aime ..Il est..Lui laisser le champ libre lorsqu'il en a besoin..

La fille respire profondément.

- Alors peut-être qu’il est encore là… mais autrement.

 Exactement, dit la mère. Et parfois, le reconnaître, c’est déjà l’aimer à nouveau.

La tarte a refroidi.

Le café aussi.

La fille insiste, presque amusée :

- D’accord… mais concrètement, pourquoi tu es restée ?

La mère rit doucement.

- Oh, pour plein de mauvaises raisons !

- Mauvaises ?

Oui. Parce qu’il faisait trop froid pour repartir seule. Parce qu’on venait d’acheter le canapé. Parce que j’avais déjà plié ses chaussettes pendant vingt ans et que ça me semblait un gâchis d’arrêter. 😂

Parce que recommencer ailleurs ça fait peur.. 

La fille rit....

- Et les bonnes raisons ?

- Je suis restée parce qu’il sait quand je mens en disant que “ça va”. Parce qu’il me laisse la dernière part de gâteau alors qu’il la veut autant que moi.. Parce qu’il se souvient de mon café comme je l’aime, qu’il oublie toujours où il a posé ses lunettes, ses clés....

- Je suis restée parce qu’il me fait rire quand je suis de mauvaise foi. Parce qu’il m’énerve exactement de la même façon depuis quarante ans, et que quelque part… ça me rassure.  Je suis restée parce qu’on se connaît par cœur. Et que malgré ça, il arrive encore à me surprendre. Avec une soupe quand je suis malade...une boite de chocolat dont il mange les 3/4....un bouquet de mimosas car il sait que je les aime...

Je suis restée parce qu’il met encore mon portable à charger quand je l’oublie. Parce qu’il râle sur la météo tous les jours...il fait trop froid...il fait trop chaud..et qu'il sort malgré tout sous la pluie, la neige, le vent...

Parce qu’il coupe le fromage de travers, parce qu'il achète les légumes les plus moches au marché sous prétexte que personne d'autre que lui ne les prendra...  

Je suis restée parce qu’il connaît mes manies et les accepte. Même celles que je prétends ne pas avoir. Parce qu’il sait que quand je dis “fais comme tu veux”, il ne faut surtout pas faire comme il veut.

- Ça n’a pas l’air très romantique !

- Mais c’est ça, le romantisme après longtemps. C’est quelqu’un qui sait où sont les couvertures, et qui te les apporte avant même que tu demandes..L’amour ne fait plus de promesses bruyantes. Il fait des gestes discrets. 

La fille hoche la tête.

- Alors peut-être que je confonds la fin du feu avec le début du foyer.

La mère rit.

- Exactement. Le feu brûle. Le foyer réchauffe. Et on peut vivre très longtemps avec ça.

- Mais maman… sérieusement. Pourquoi tu es restée ?

La mère soupire....

- Parce qu’à un moment, partir demandait plus d’énergie que rester.

La fille rit.

- Ce n’est pas très glorieux…

- L’amour, passé un certain âge, n’a rien à prouver.

- Je suis restée parce qu’il ne me demande plus d’être jolie, mais d’être bien. Parce qu’il m’écoute raconter la même histoire depuis trente ans et qu’il fait encore semblant de découvrir la chute... Je suis restée parce qu’il m’énerve. Et qu’un autre m’énerverait différemment, et ça… j’avais pas envie de réapprendre.

- Donc l’amour, c’est accepter l’énervement ?

- Non, répond la mère. C’est choisir celui dont l’énervement devient familier et qu'on peut jouer avec....

- Et si on n’est plus sûrs d’aimer?

- Alors pense à ce que tu ferais s’il n’était plus là.

La fille réfléchit.

- Je serais perdue pour plein de petites choses idiotes…

- Voilà, dit la mère. L’amour, ce n’est pas quand tout est extraordinaire, c’est quand l’ordinaire devient irremplaçable.

La fille sourit enfin.

- Donc tu es restée par amour ?

La mère hausse les épaules.

- Oui. Mais un amour mature. Celui qui sait que les papillons s’envolent…et que le vrai luxe, c’est quelqu’un qui reste pour balayer après...Ou quelqu’un qui reste pour sortir les poubelles quand tu es fatiguée… c’est ça l’amour....

Ce n’est pas quand il te manque que tu l’aimes. C’est quand il est là… et que tu respires mieux.

Allez!! une p'tite toile !! 






vendredi 23 janvier 2026

Chambre 18



Ce matin sur mon fil d'actualités... cette photo... ça m'a donné envie d'écrire une nouvelle.. fictive bien sûr....



On l’appelait la chambre 18.

Pas par méchanceté ,  non ... par fatigue. Par manque de bras, de temps, de souffle. Dans le couloir trop long de l’EHPAD Les Tilleuls, les prénoms s’effaçaient comme de la craie sous la pluie. Il restait les numéros, plus simples à retenir quand les journées débordaient.

Avant, elle s’appelait Madeleine. Mais cela, plus personne ne le disait.

Madeleine avait quatre-vingt-six ans et des souvenirs pleins les poches. Des dimanches qui sentaient le poulet rôti, un mari qui sifflotait faux, une fille aux nattes trop serrées. Elle avait été couturière. Ses mains se souvenaient encore des gestes, même quand sa tête hésitait.

Ici, pourtant, ses mains ne servaient plus à rien.

Elle entendait tous les bruits du service....

— La 18 a encore refusé de manger. La 18 n’a pas dormi cette nuit. Il faut changer la 18.

Les jours se ressemblaient tous.. même lumière pâle, même odeur de désinfectant, mêmes voix pressées...On la lavait vite, on la nourrissait vite, on la couchait tôt... Personne n'était méchant, juste débordé...

Et à chaque fois, quelque chose se fissurait un peu plus en elle. De plus en plus elle cherchait son nom comme on cherche une clé perdue.

Parfois il lui revenait, doucement — Ma… de… puis il se s'envolait avant la fin.

Dans sa chambre, il n’y avait plus de téléphone. Trop compliqué, avait-on dit. Plus de photos non plus : elles avaient disparu lors d’un déménagement, ou d’un oubli, ou d’un tri trop rapide.

Sa fille ne venait presque plus.  Je travaille beaucoup, maman. Tu comprends…

Madeleine hochait la tête. Elle comprenait tout. Elle comprenait surtout le silence.

Un matin, quelque chose s’est levé en elle. Pas une révolte spectaculaire. Juste une certitude simple, têtue.

Elle ne voulait plus être un numéro. Elle voulait qu’on l’appelle.

Par son nom.

Alors elle a mis sa plus belle robe, son gilet et elle a marché. Le couloir, la porte coupe-feu, le jardin encore humide de rosée. Personne ne l’a vue partir.

Dehors, l’air était frais. Vivant.

Madeleine avançait sans savoir où aller. Chaque pas était une victoire. Les voitures passaient trop vite, le monde semblait immense, mais elle continuait.

Elle ne fuyait pas l’EHPAD. Elle se cherchait elle même....

Je suis quelqu'un se disait elle.... Mais à qui le dire?

Au coin de la rue,  elle s'assit sur un banc... Elle pleurait, sans bruit quand une voix s'est adressé à elle...

C'était une aide soignante, pas celle qui courait toujours, pas celle qui soupirait... Une jeune femme aux yeux fatigués mais doux.. Elle la regardait vraiment... Vous êtes de l' EHPAD non? Comment vous appelez vous ?

La vieille dame répondit : chambre 18....

Non ! Ça c'est une chambre, pas un prénom... Moi je m'appelle Clara.. et vous, je suis sûre que vous avez un joli prénom...

À cet instant précis quelque chose s'ouvrit en elle... Madeleine dit elle...

Alors Madeleine,  je vais vous raccompagner..

Tout doucement elle l'aida à se lever.. Clara marcha à son rythme, lui décrivant les arbres, le ciel, le monde qui grouillait autour d'elles...

De retour le chiffre 18 brillait toujours, mais quelque chose avait changé... Avant de partir, Clara colla un petit papier sous la plaque... MADELEINE..

Comme ça dit elle, on n'oubliera pas... Elle prit le temps d'aller lire son dossier.. Elle apprit que Madeleine avait été couturière... Un jour elle alla la voir avec une boîte trouvée dans la réserve..

- Regardez ce que j'ai trouvé ? Quelqu'un l'avait mise de côté..

À l'intérieur, des boutons anciens, des bobines, une petite paire de ciseaux...

Les mains de Madeleine tremblèrent, mais elles savaient... Elle touchait du bout des doigts tout ce qui avait fait sa vie..

Vous voyez, votre mémoire est encore là.. Elle habite toujours vos mains...

Madeleine souriait, elle était reconnue...on ne s'adressait plus à un lit, plus à un dossier..on s'adressait à elle : MADELEINE...

Les jours suivants quelque chose changea dans l'établissement.. Un matin, les résidents découvrirent de nouvelles plaques sur les portes.. Sous les numéros froids apparaissaient, écrit en lettres rondes :

Madeleine : chambre 18

Lucien : chambre 8

Aïcha : chambre 22

Et ce jour là, même si le personnel manquait toujours, même si le temps courait trop vite, les résidents étaient devenus autre chose que des chiffres.. parfois cela suffit pour rester humain..

Le couloir semblait respirer autrement...on ne disait plus : La 18 déambule, mais Madeleine aimerait se promener...

On la saluait par son prénom, même si elle ne se souvenait plus de tout , elle savait une chose essentielle... elle n'était plus un numéro.. elle était un prénom, une histoire... une personne.. vivante 

Parfois Clara passait le soir quand le bâtiment se calmait enfin.. Elle s'asseyait quelques minutes au bord du lit...

-Racontez moi votre mari.. vous savez celui qui sifflait faux..

Elles riaient..

Certaines nuits, Madeleine appelait.. Elle ne savait plus pourquoi, ni comment.. Mais quelqu'un venait...

- C'est moi, Madeleine...

Alors elle se rendormait..

Un matin d'hiver, la neige recouvrit le jardin..

- je crois que je vais partir bientôt dit elle calmement..

Clara ne répondit pas tout de suite, mais elle sentait que les forces de Madeleine s'amenuisaient ..

Elle téléphona à sa fille, elle sentait qu'il le fallait..

Dans l'après-midi, la fille de Madeleine arriva, essoufflée, en retard..

Elle s'assit près du lit bouleversée par ce corps devenu si fragile...

Maman... je suis là.. je suis tellement désolée, je pensais manquer de temps.. mais je n'avais pas compris que c'était toi qui en manquais...

Les paupières de Madeleine frémirent...

- Tu as grandi souffla t elle..

- Oui maman..

Elles restèrent ainsi, main dans la main.. Il n'y avait pas de reproches, plus de temps perdu... juste l'instant...

Elle s'endormit paisiblement.. 

Madeleine n'était pas partie comme un numéro, elle était partie comme une femme, une mère, avec un prénom, avec une main tenue... et la certitude d'avoir été jusqu'au dernier instant : Un être humain...

Allez une p'tite toile... Madeleine est partie pêcher des étoiles...









dimanche 11 janvier 2026

Je ne suis pas vieille mais....

 On a tous ce moment où on se dit : « Non, vraiment, je ne suis pas vieux »… juste avant de faire quelque chose qui dit exactement le contraire. C’est une expérience que je fais tous les jours !

On ne vieillit pas : on change de logiciel, c’est tout. Et parfois, le système plante.😂.. alors j'ai décidé de marquer tous ces jours au fer rouge !! 

Je ne suis pas vieille, car je n’ai pas encore perdu toute ma mémoire. Elle est simplement devenue sélective. Je me souviens très bien de paroles de chansons des années 60/70, mais impossible de me rappeler pourquoi je suis entrée dans la cuisine....je me dis que ce n’était pas trop important. Si ça l’avait été, je m’en souviendrais non?

Je ne suis pas vieille, car je sais encore faire la fête. Euhh.. juste un p'tit peu hein ?La fête commence plus tôt, finit plus tôt, et inclut désormais une discussion passionnée sur les douleurs articulaires. Mais l’intention est là.

 Et parfois même la danse, version minimaliste hein ! Assise sur mon divan bien moelleux, sans saut,  ni torsion suspecte. Juste un petit dandinement malgracieux.....plier les jambes, plier les bras et basta...😂

Je ne suis pas vieille mais … j’ai déjà soupiré en disant : « Ah, ça fait du bien d’être assis. » Avant, s’asseoir n’était pas un plaisir. C’était un état normal. Aujourd’hui, c’est une récompense, presqu' un plaisir coupable !

Je ne suis pas vieille mais j’ai déjà pesté contre un jeune qui marchait trop vite. Il n’a rien fait, hein. Il a juste deux genoux tout neufs. Je ne lui en veux pas, je l’envie. Mais, intérieurement, je lui souhaite une petite crampe, juste pour voir

Je ne suis pas vieille mais j’ai une collection de sacs en plastique, de pots vides, d'élastiques... Pas par passion, non... juste au cas où. Personne ne sait quel est ce « cas où ». Mais il est puissant. Presque religieux. ..Juste par instinct de survie. Un jour, ils me seront utiles. Je ne sais pas quand. Mais je le sens....

Je ne suis pas vieille mais je dis parfois : « À mon époque… »

Ce qui est techniquement vrai. J’ai eu une époque. J’en ai même plusieurs. Ce n'est pas ma faute si elles étaient meilleures ... Seules les personnes qui ont vécu la même époque que moi peuvent comprendre... Bizarrement la vie était plus dure mais aussi bien plus douce....

Je ne suis pas vieille, et c'est pour ça que je m’habille comme je veux....

C’est-à-dire confortable. Très confortable.L’élégance pour moi aujourd’hui, c’est de pouvoir respirer et m’asseoir sans être gênée par un pantalon trop serré.... j'aime les  grands jupons colorés qui ne m'entrave pas.. Les robes en laine doudoune avec des collants colorés.. j'en ai des jaunes, des bleus ciel, des grenats.. je crois que parfois je fais honte à l'homme 😂.. Il dit avec un air tendu :#"sont pas trop jaunes tes collants ?"#.... je rigole au fin fond de moi 😂

Je me moque du regard des autres, Il n'y a que mon confort qui m'importe..

Je ne suis pas vieille mais je sens la météo avant même d’ouvrir les volets.

L’épaule dit pluie, le genou dit froid. Je suis devenu une application météo ambulante… mais sans la pub.😂

Je ne suis pas vieille mais je mets mes lunettes… puis je cherche mes lunettes. Parfois je les ai sur la tête. Parfois, je les ai… dans la main. C’est devenu un sport quotidien.

Je ne suis pas vieille, mais… je commence mes phrases par « Avant ».

Avant quoi ? Je n'ose pas dire avant c'était mieux.. mais j'en pense pas moins et ça donne du poids à mes histoires.

En vrai, et après avoir bien réfléchi...... je ne suis pas vieille...

Je suis juste une édition rare, un peu usée… mais pleine de valeur. On dit aussi vintage.. c'est le mot que les jeunes emploient pour dire vieux !!😂

Allez une p'tite toile ! 

 (Petite mamie traînant son sapin pour Noël ! Car oui dans le temps, on n' achetait pas de sapin, on allait en forêt couper celui qui nous avait fait de l'oeil lors des promenades !,) Mais ça c'était avant......



mercredi 31 décembre 2025

Meilleurs vœux !!

 Une nouvelle année commence, et avant de parler de résolutions qu’on ne tiendra qu’à moitié (soyons honnêtes), j’avais surtout envie de vous dire merci.

Merci d’être là, de me lire, parfois en silence, parfois en laissant un petit mot qui réchauffe la journée. Merci pour cette présence discrète mais précieuse, pour cette complicité qui se crée sans bruit, au fil des mots partagés.

Je ne sais pas ce que cette année nous réserve. Je sais seulement qu’elle passera, comme toutes les autres, avec ses hauts, ses creux, ses éclats et ses silences. Alors pour 2026, je ne nous souhaite pas d’être parfaites. Je nous souhaite d’être vraies. D’oser dire quand ça va, et surtout quand ça ne va pas. 

Je nous souhaite des moments simples qui font du bien sans qu’on sache pourquoi. Des rires un peu trop longs, des larmes qui soulagent, des mots partagés sans avoir besoin de les expliquer. Je nous souhaite la douceur de se sentir comprises, même à distance, même en silence.

Des matins sans urgence, des cafés qui s’éternisent et des conversations qui font du bien. Je nous souhaite moins de “il faut” et beaucoup plus de “j’en ai envie” et aussi des " j'en ai marre"... Parce qu'on a le droit de dire non...

Je nous souhaite des jours où l’on se sent fortes, et d’autres où l’on accepte d’être fatiguées sans se juger. Des moments simples qui deviennent importants, des souvenirs qui s’installent sans faire de bruit, et cette capacité intacte à rire de nous-mêmes quand tout ne se passe pas comme prévu. 

Que cette année nous apporte de la légèreté — pas celle qui fuit les problèmes, mais celle qui aide à les porter. Qu’elle nous offre des surprises, de la tendresse, et juste assez de folie pour continuer à vivre...

Bonne année à vous, mes ami(e)s.

Merci d’être là, même quand je raconte n’importe quoi. Promis, je continuerai 😄

Merci d’être vous, et de faire de cet espace un endroit vivant, vrai et chaleureux.

Merci d'être là.... Même quand les soucis, et les peurs vous submergent...vous êtes précieux et je pense à vous avec tendresse....

Allez une p'tite toile... toute en légèreté......


mercredi 24 décembre 2025

24 Décembre...


Bûche aux fruits rouges,

sur la table un doux éclat —

Noël se savoure.







De rouges framboises
Sur le beau biscuit gourmand
Délicieuse bûche

Marie 

Toute en douceur
gourmandises de framboises
la bûche est là

Josette 

Buche de Noël
parfum poire-chocolat
sans trébucher !

Marine 

une étoile m'a dit"
c'est une oeuvre d'art gourmande
piquer une framboise

Fifi 
 

 

mardi 23 décembre 2025

23 Décembre..

 Table étincelante 

Les bougies blanches veillent 

Noël se reflète...


Une nappe blanche
Auréolée de lumière
Pour repas de fête

Marie 

Ambiance parfaite
la famille est réunie
naissance divine

Josette